CHAPITRE XII
Du Concile de Constance.
Que faut -il donc penser de cette fameuse session IV*, où le concile (le conseil) de Constance se déclare supérieur, au Pape? La réponse est aisée. Il faut dire que Vassemblée déraisontMf comme ont déraisonné depuis, le long parlement d'Angleterre, et rassemblée constituante, et rassemblée législative, et la convention nationale, et les cinq-cents, et les deux-cents, et les derniers cortès d'Espagne; en un mot, comme toutes les assemblées imagkiabJes, nombreuses et non présidée».
Bossuet disait en 1681 , prévoyant déjà le dangereux entraînement de Tannée suivante : Vous savez ce que c'est que les assemblées et qud esprit y domine ordinairement (1).
Et le cardinal de Retz, qui s'y entendait un peu, avait dit précédemment dans ses mémoires, d'une manière plus générale et plus frappante : Qui âssem^ BLE LE PEUPLE l'ébieut; maxime générale que je n'applique au cas présent qu'avec les modiflcations qu'exigent la justice et même le respect; maxime, du reste, dont l'esprit est incontestable.
Dans Tordre moral et dans Tordre physique , les lois de la fermentation sont les mêmes. Elle natt du contact, et se proportionne aux masses fermentantes. Rassemblez des hommes rendus spiritueux par une passion quelconque, vous ne tarderez pas à voir la chaleur, puis l'exaltation, et bientôt le délire; pré-
(I) Bossuet, Lettre à l'abbé de Rancè. Fonlainebleati, septembro 1681. — Hisl. de Bossuet, liv. VI, n© 5, lom. Il, p. 9».
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Gisement comme dans le cercle matériel , la fermentation turbuUnie mène rapidement à ïacide et celle-ci à la putride. Toute assemblée tend à subir cette loi générale, si le développement n'en est arrêté parle froid de Tautorité qui se glisse dans les interstices et tue le mouvement. Qu'on se mette à la place des évéques de Constance , agités par toutes les passions de TEurope, divisés en nations» opposés d'intérêt, fatigués par le retard, impatientés par la contradiction, séparés des cardinaux, dépourvus de centre, et, pour comble de malheur, influencés par des souverains discordants : est-il donc si merveilleux que , pressés d'ailleurs par Timmense désir de mettre fin au schisme le plus déplorable qui ait jamais affligé r Église, et dans un sitele où le compas des sciences n'avait pas encore circonscrit lea idées comme elles l'ont été de nos jours , ces évéques se soient dit à eux-mêmes : Nous ne pouvons rendre la paix à l'Eglise et la réformer dans son chef et dans ses membres ^ q^'en commandant à ce chef même : déclarons donc qu'il est obligé de nous obéir? De beaux génies des siècles suivants n'ont pas mieux raisonné. L'assemblée se dé^ Clara donc, en premier lieu, coneik œcuménique (1); il le fallait bien pour en tirer ensuite la conséquence que toute personne de condition et de dignité quelcon^ que f même papale (2) , était tenue d'obéir au concile en ce qui regardait la foi et l'extirpation du schisme (3). Mais ce qui suit est parfaitement plaisant : « Notre seigneur le Pape Jean XXII ne transférera
(I ) Comme certains éiatt-git%éraux se déclarèrent ASSBHBLàB na« TÈonkLEmee qui regardaii la eonHituHon, et l* extirpation dee abus. Jamais il n'y eut de parité plus exacte.
(3) Ils n'osent pas dire rondement le Pape.
(5) Session IVc
a point hors de la ville de Constaoce la cour de a Rome ni ses officiers , et Qe les contraindra ni dite rectenient ni indirectement à le suivre, sans la dé- « libération et le consentement du concile, surtout à « regard des offices et des officiers dont l'absence a pourrait être cause de la dissolution du concile ou « lui être préjudiciable (1). »
Ainsi, les pères avouent que, par le seul départ du Pape, le concile est dissous, et, pour éviter ce malheur, ils lui défendent de partir, c'est-à-dire, en d'autres termes , quiU se déclarent les twférieÊirs de celui quUê dédaretU au-desme d'eux. U n'y a rien de si Joli.
La cinquième session ne fut qa'une r^^étition de la quatrième (2).
Le monde catholique était alors divisé en trois parties ou obédiences, dont chacune reconnaissait un Pape différent. Deux de ces obédiences, celles de Grégoire Xll et de Benoit XllI, ne reçurent jamais le décret de Constance prononcé dans la quatrième session; et, depuis que les obédiences furent réunies, jamais le concile ne s'attribua , indépendamment du Pape , le droit de réformer l'EgHse dams le chef et dans ses membres. Mais dans la session du 30 octobre 14^17, Martin V ayant été élu avec un concert dont il n'y avait pas d'exemple , le concile arrêta que le Pape réf armerait lui --même l'Eglise^ tawt dans le chef que
(I) Fleury, liv. iJI, no 475.
(â) 11 y aurait une infinité de choses à dire sur ces deux sessions , sur les manuscrits de Scheelestrate , sur les objeetions d* Arnaud et de BoiBuet, sur Tappui qu*onl tiré ces manuscrits des précieuses décou* vertes faites dans les bibliothèques d'Allemagne, etc., etc. ; mais si je ni*enronçais dans ces détails , il m'arriverait un petit malheur que je voudrais cependant éviter, s'il était possible, celui de n*élre pas lu.