‹ Du pape (volume 3)Chapitre 54 sur 208 · LIVRE I, GHAPITRB XIV · texte numérisé non relu

LIVRE I, GHAPITRB XIV

]e Pape, par exemple, est souyerain dans FËglise , tous les actes de Thistoire ecclésiastique doivent Fattester en se pliant uniformément et sans effort à cette supposition, et que dans la supposition contraire, tous les faits de même doivent contredire la souveraineté.

Or, il n*y a rien de si faux que cette supposition, et ce n*est point ainsi que vont les choses : Jamais aucune institution importante n'a résulté d'une loi , et plus elle est grande, moins elle écrit. Elle se forme elle-même par la conspiration de mille agents, qui presque toujours ignorent ce qu'ils fbnt; en sorte que souvent ils ont l!air de ne pas s'apercevoir du droit qu'ils établissent eux-mêmes. L'institution végète ainsi insensiblement à travers les siècles ; Creseit oecuHo vehit arbor œvo : c'est la devise éternelle de toute grande création politique ou religieuse. Saint Pierre avait-Il une connaissance distincte de l'étendue de sa prérogative et des questions qu'elle ferait naître dans l'avenir? Je l'Ignore. Lorsque après une sage discussion, accordée à l'examen d'une question importante à cette époque. Il prenait le premier la parole au concile de Jérusalem , et que fouie la multitude se lt»l (1) , salht Jacques même n'ayant parlé à son tour du haut de son siège patriarcal, que pour confirmer ce que le chef des apAtres venait de décider, saint Pierre aj^issait-U avec ou en vertu d'une connaissance claire et distincte de sa prérogative ; ou bien, en créant à son caractère ce magnifique témoignage, n'agissait- Il que par un mouvement intérieur séparé de toute contemplation rationnelle? Je l'ignore encore.

On pourrait, en théorie générale, élever des ques-

rn Acics, XV, i'2.

tions curieuses ; mais j'aurais peur de me jeter dans les subtilités, et d'être nouveau au lieu d'être neuf, ce qui me fâcherait beaucoup; il vaut mieux s'en tenir aux idées simples et purement pratiques.

L'autorité du Pape dans l'Église ; relativement aux questions dogmatiques , a toujours été marquée au coin d'une extrême sagesse ; jamais elle ne s'est montrée précitée , hautaine, insultante, despotique. Elle a constamment entendu tout le monde , même les révoltés, lorsqu'ils ont voulu se défendre. Pourquoi donc se serait-elle opposée à l'examen d'une de ses décisions dans un concile général? Cet examan repose uniquement sur la condescendance des Papes, et toujours ils l'ont entendu ainsi. Jamais on ne prouvera que les conciles aient pris connaissance, comme juges proprement dits y des décisions dogmatiques des Papes , et qu'ils se soient ainsi arrogé le droit de les accepter ou de les rejeter.

Un exemple frappant de cette théorie se tire du concile de Chalcédoine si souvent cité. Le Pape y permit bien que sa lettre fût examinée, et cependant jamais il ne maintint d'une manière plus solennelle l'irréformabUité de ses jugements dogmatiques.

Pour que les faits fussent contraires à cette théorie, c'est-à-dire à la supposition de pure condescendance, il faudrait, comme le savent surtout les jurisconsultes, qu'il y eût à la fois contradiction de la part des Papes , et jugement de la part des conciles , ce qui n'a jamais eu lieu*

Mais ce qu'il faut bien remarquer, c'est que les théologiens français sont les hommes du monde auxquels il conviendrait le moins de rejeter cette distinction.

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