‹ Du pape (volume 3)Chapitre 57 sur 208 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Infaillibilité de fait.

Si du droit nous passons aux faits, qui sont la pierre de touche du droit, nous ne pouvons nous empêcher de convenir que la chaire de saint Pierre , considérée dans la certitude de ses décisions, est un phénomène naturellement incompréhensible. Répondant à toute la terre depuis dix-huit siècles , combien de fois les Papes se sont-ils trompés incontestoMementf JamsAs. On leur fait des chicanes , mais sans pouvoir jamais alléguer rien de décisif.

Parmi les protestants et en France même , comme Je l'ai observé souvent, on a amplifié Tidée de Finfaiilibilité, au point d'en faire un épouvantai! ridicule; il est donc bien essentiel de s'en former une idée nette et parfaitement circonscrite.

Les défenseurs de ce grand privilège disent donc et ne disent^ rien de plus , que le Souverain Pontife parlant à V Église librement (1] , et » comme dit V école , ex

fMei eontroveriiiê jMdieio, Romœ , 477S , S vol. iB-4o, tom. I , lib. 1 , cap.XXXVlI,arl. I,p.81.

On a TU même Irés-souTent , dans l'Église, les éyéqaes d'une église nationale, et même encore des évéques particuliers, confirmer les décrets des conciles généraux. Orsi en cite des exemples tirés des quatrième, cinquième et sixième conciles généraux. [Ibid. lib. 11, cap. I, art. ci?., p. 404.)

(4) Par ce mot librement y j'entends que ni les tourments, ni la

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cathedra , ne s'est jamais trompé et ne se trompera jamais sur la foi.

Par ce qui 8*est passé Jusqu'à présent , Je ne vois pas qu*on ait réfuté cette proposition. Tout ce qu*on a dit contre les Papes pour établir qu'ils se sont trompés, ou n*a point de fondement solide, ou sort évidemment du cercle que Je viens de tracer.

La critique qui s'est amusée à compter les fautes des Papes, ne perd pas une minute dans l'histoire ecclésiastique , puisqu'elle remonte jusqu'à saint Pierre. C'est par lui qu'elle commence son catalogue; et quoique la faute du Prince des apôtres soit un fait parfaitement étranger à la question , elle n'est pas moins citée dans tous les livres de l'opposition, comme la première preuve de la faillibilité du Souverain Pontife. Je citerai sur ce point un écrivain , le dernier en date, si Je ne me trompe, parmi les Français de l'ordre épiscopal qui ont écrit contre la grande prérogative du Saint-Siège (1).

Il avait à repousser le témoignage solennel et embarrassant du clergé de France, déclarant en 1626, que l'infaillibilité est toujours demeurée ferme et inébranlable dans les successeurs de saint Pierre,

Pour se débarrasser de cette difficulté, voici comment le savant prélat s'y est pris : « L'indéfectibilité , « dit-il , ou l'infaillibilité qui est restée jusqu'à ce jour a ferme et inébranlable dans les successeurs de saint « Pierre , n'est pas sans doute d'une autre nature

persécution, ni la violence enfin, sous toutes les formes, n*aura pu priver le Souverain Pontife de la liberté d'esprit qui doit présider à ses décision».

(4) Défente de$ libertés de l*Êglite gallicane et de l'attemblée du clergé de Franeey tenue et» 4683. Paris, 4817, in •4», par feu M. Louis- Matthias de Barrai , archevêque de Tours. Pages 327, 328 et 529.

« que celle qui fut octroyée au chef des apAtres en « vertu de la prière de Jésus-Christ. Or, réyénement 0 a prouvé que Tindéfectibilité ou rinfeillibilité de la « foi ne le mettait pas à Tabri d'une chute; donc ^ « etc. » Et plus bas il ijoute : «On exagère fausse- « ment les effets de Tintercession de Jésus-Christ , « qui fut le gage de la stabilité de la foi de Pierre» « sans néanmoins empêcher sa chute humiliante et « prévue. »

Ainsi, voilà des théologiens, des évéques même (je n'en cite qu'un instar omnium)^ avançant ou supposant du moins, sans le moindre doute, que TËglise catholique était établie, et que saint Pierre était Souverain Pontife avant la mort du Sauveur.

Us avaient cependant lu, tout comme nous, que là oéUy aun teitament , il est nécessaire que la mort du testateur intervienne , parce que le testament n'a lieu que par la mort » n ayant point de farce tant que le tes^ tateur est encore en vie (1).

Ils ne pouvaient se dispenser de savoir que TËglise naquit dans le cénacle, et qu'avant l'effusion du Saint-Esprit, il n'y avait point d'Église.

Ils avaient lu le grand oracle : // vous est utile que je m'en aille ; car si je ne m'en vais pas, le consolateur ne viendra point à vous ; mais si je m'en vais , je vous l'en^ verrai. Lorsque cet Esprit de vérité sera venu , il rendra témoignage de moi , et vous me rendrez témoignage vouS' mêmes (2).

Avant cette mission solennelle, il n'y avait donc point d'Église, ni de Souverain Pontife, ni même d'apostolat proprement dit; tout était en germe , en

(4) Héb.lX, V. 16 et 4 7.

(2) Joan. XVI,7; XV, 26 el 27.

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