LIVRE I, CHAPITRE XV
puissance, en expectative, et dans cet état les hérauts mêmes de la vérité ne montraient encore qu'ignorance et que faiblesse.
Nicole a rappelé cette vérité dans son catéchisme raisonné : c( Avant d'avoir recule Saint-Esprit, dit-il , a le jour de la Pentecôte, les apôtres paraissaient a faibles dans la foi, timides à l'égard des hommes, a etc.... Mais depuis la Pentecôte , on ne voit plus en « eux que confiance , que joie dans les souffrances , <i etc. (1).
On vient d'entendre la vérité qui parle; maintenant elle va tonner : « Ne fut-ce pas un prodige bien étona nant de voir les apôtres , au moment où ils reçua rent le Saint-Esprit, aussi pénétrés des lumières <c de Dieu.... qu'ils avaient été jusque là ignorants « et remplis d'erreurs...., tandis qu'ils n'avaient eu a pour maître que Jésus-Christ? 0 mystère adorable « et impénétrable I Vous le savez : Jésus-Christ, tout « Dieu qu'il était , n'avait pas suffi , ce semble, pour a leur faire entendre cette doctrine céleste , qu'il (( était venu établir sur la terre...., et ipsi nihil ho^ « rum irUellexerunt (2). Pourquoi? parce qu'ils n'a- « vaiènt point encore reçu l'Esprit de Dieu, et que « toutes ces vérités étaient de celles que le seul Esa prit de Dieu peut enseigner. Mais dans l'instant « même que le Saint-Esprit leur est donné, ces vé- « rites qui leiu* avaient paru si Incroyables se déve- « loppent à eux, etc. » (3). C'est-à-dire le testament est ouvert et l'Église commence.
(4) Nicole, Instruc. théol. el mor. sur les sacrements. Paris, 1723, i. I. De la conf. , ch. U, p. 87.
(2) Luc, XVIII, 54.
(3) Bourdaloue, Serm. sur la Pentecôte, première partie, sur le text« : Repleii sunt amnês Spiritu Sanclo, Myst. tom. 1.
98 DU PAPB.
Si j'ai insisté sur cette misérable objection , c*est parce qu'elle se présente la première, et parce qu'elle sert merveilleusement à mettre dans tout son jour Tesprit qui a présidé à cette discussion de la part des adversaires de la grande prérogative. C'est un esprit de chicane qui meurt d'envie d'avoir raison; sentiment bien naturel à tout dissident , mais tout à fait inexplicable de la part du catholique.
Le plan de mon ouvrage ne me permet point de discuter une à une les prétendues erreurs reprochées aux Papes, d'autant plus que tout a été dit sur ce sujet : je toucherai seulement les deux points qui ont été discutés avec le plus de chaleur, et qui me paraissent susceptibles de quelques nouveaux éclaircissements; le reste ne vaut foê l'honneur d'être eUé.
Les docteurs italiens ont observé que Bossuet, qui , dans sa défense de la déclaration (1) , avait d'abord argumenté , comme tous les autres, de la chute du pape Libère, pour établir la principale des quatre propositions, a retranché lui-même tout le chapitre qui y est relatif, comme on peut le voir dans l'édition de 17tô. Je ne suis point à même de vérifier la chose dans ce moment , mais Je n'ai pas la moindre raison de me défier de mes auteurs; et la nouvelle histoire de Bossuet ne laisse d'ailleurs aucun doute sur le repentir de ce grand homme.
On y lit que Bossuet, dans l'intimité de la conversation, disait un jour à l'abbé Ledieu : J'ai rayé de mon traité de la puissance ecclésiastique tout ce qui regarde le pape Libère , COMKE NE prouvant pas bien