LIVRE 1, CHAPITRE XV
C'était un grand malheur pour Bossuet, d^avoir à se rétracter sur un tel point : mais il voyait que Fargument tiré de Libère était insoutenable. Il Test au point que les centuriateurs de Magdebourg n'ont pas osé condamner ce Pape , et que même ils Tont absous.
a Libère, dit saint Athanase, cité mot pour mot par « les centuriateurs , vaincu par les souffrances d'un « exil de deux ans et par la menace du supplice, a « souscrit enfin à la condamnation qu'on lui deman* « dait; mais c*est la violence qui a tout fait , et Taver- « sion de Libère pour Thérésie n'est pas plus douce teuse que son opinion en faveur d'Athanase; c'est i< le sentiment qu'il aurait manifesté s'il eût été « libre (1). » Saint Athanase termine par cette phrase a remarquable : a La violence prouve bien la volonté de a celui qui fait trembler^ maiê nullemmt celle de celui a gui tremble (2), ï> maxime décisive dans ce cas.
Les centuriateurs citent avec la même exactitude d'autres écrivains, qui se montrent moins favorables à Libère , sans nier cependant les souffrances de VexU. Mais les historiens de Magdebourg penchent évidemment vers l'opinion de saint Athanase : Il paraîtrai-sent-ils , que tout ce quon a raconté de la souscription de Libère ne tombe nullement sur le dogme arien , mais seulement sur la condamnation d* Athanase (3). Que sa
(4) Likerium poit escitetum in exilio Meum'um, infiesum minisque wtorêis ad tubseripU<m9m contra Àihanatium indueêum fwitte. .. VuràM t7/iid ipiumet eorumviolentiam et lÂberiiin hœretim odium et êuum pro Ât/uwasio suffragium , quiun liberot effectue haberet, talit coarguii.
(5) Quœ enim per tormenta contra priorem ejne tententiam ex^ torta eumt , eo jam non metuentium^ eed eogentiwn wlmUatet habendœennt.
(S) Quanquam kœe de tubtcriptione in AthanaHum ad qnam Li-
langue ait prononcé dans ce cas plutôt que sa conscience, comme l'a dit Cicéron dans une occasion semblable f c'est ce qui ne semble peu douteux. Ce quil y a de certain , c'est que Libère ne cessa de professer la foi de Nicée (1).
Quel spectacle que celui de Bossuet accusateur d'uû Pape excusé par Télite du calvinisme I Qui pourrait ne pas applaudir aux sentiments qu'il confiait à son secrétaire ?
Le plan de mon ouvrage ne me permettant point les détails, je m'abstiens d'examiner si le passage de saint Athanase, que je viens de citer, est suspect en quelques points; si la chute de Libère peut être niée purement et simplement comme un fait con~ trouvé (2); si, dans la supposition contraire. Libère souscrivit la première ou la deuxième formule de Sirmium. Je me bornerai à citer quelques lignes du docte archevêque Mansi, collecteur des conciles; elles prouveront peut-être, à quelques esprits préoccupés,
Qu*il est quelque bon sens aux bords de Tltalie.
« Supposons que Libère eût formellement souscrit c< à Farianisme (ce qu'il n'accorde point], parla-t-il
beriutimpulsuttit, non de eomensu in dogmate cum Àrianit diei videnlur.
(1) Linguâ eum supertcripsisM magis quàmmente^ quod de Juramento cujutdam Cicero dixit , omninà videtur , quemadmodum et Àihanoiius eum exeusavit ComUmtem certè in profemone /Idei Nicmiœ mamisse indicot. Genluri» ecclesiasUcn Hislori» per aliquot studiosos et pios viros in urbe Magdeburgicâ et Basile» per Joannem Oporinum, 1569. Cent. IV, c. X, p. 4484.)
(2) Quelques savants ont cru pouvoirsoutenir celle opinion. Voy. Ditieri. êur lepapeUbère^dant iaquelle on fait voir quHl n'est pat totnbi, Paris, cbez Lemesle, 4736, in-4a. — Framiêd ÂntonH Zachariw. P. S, Dissertatio de eommentitio Liberii laptu. In Thés, iheol. Ven. 4763, io-40, fom. II , p. 560, et seqq.