LIVRE I, CHAPITRE XVr
sion, mieux que nos raisonnements, réfute tous les sophismes de Torgueil , de quelque nom qu'on prétende les étayer.
Nous avons vu tout à Theure les centuriateurs de Magdebourg défendant d'avance le Pape contre Bossuet; écoutons maintenant le compilateur demi-protestant des libertés de TÉglise gallicane, réfutant encore d'avance les prétendues maximes destructrices de l'unité :
Cl Les maximes particulières des Églises, dit-il, ne « peuvent avoir lieu que dans le cours ordinaire des <c choses ; le Pape est quelquefois au-dessus de ces rè- « gles pour la connaissance et le jugement des gran- « des causes concernant la foi et la religion (1). »
Fieury, qu'on peut regarder comme un personnage intermédiaire entre Pithou et Bellarmin , tient absolument le même langage : Quand il s'agit » dit-il, de faire observer les canons et de maintenir les règles , la puissance des Papes est souveraine , et s'élève au-dessus de tout {^).
Qu'on vienne maintenant nous citer les maximes d'une Église particulière, à propos d'une décision souveraine rendue en matière de foi! c'est se moquer du sens commun.
Ce qu'il y a de plaisant, c'est que, tandis que les évoques s'arrogeraient le droit d'examiner librement une décision de Rome, les magistrats, de leur côté, soutiendraient la nécessité préalable de l'enregistrement , ouïs les gens du roi , de sorte que le Souverain
{i) Pierre Pithou. XLVle art. de sa rédaction. Cet écrivain était protestant, et ne se convertit qu^aprés la Saint-Barthélemi.
(2) FIcury, Disc, sur les libertés de l'Église gallicane. Nouv. opusc, p. 34.
1â2 DU PAPE.
Pontife serait jugé non-seulement par ses inférieurs , dont il a le droit de casser les décisions , mais encore par l'autorité laïque, dont il dépendrait de tenir la foi des fidèles en suspens tant qu'elle le jugerait convenable.
Je terminerai cette partie de mes observations (1) par une nouvelle citation d'un théologien français; le trait est d'une sagesse qui doit frapper tous les yeux :
tt Ce n'est, dit-il, qu'une contradiction apparente <x de dire que le Pape est au-dessus des canons , ou « qu'il y est assujetti ; qu'il est le maître des canons , « ou qu'il ne l'est pas. Ceux qui le mettent au-dessus a des canons l'en font mattre , prétendent seulement « qu'il en peut dispenser, et ceux qui nient qu'il soit (( au-dessus des canons ou qu'il en soit le mattre , « veulent seulement dire qu'U n'en peut dispenser que « pour l'utilité et dans les nécessités de l'Eglise (2).
Je ne sais ce que le bon sens pourrait ajouter ou ôter à cette doctrine , également contraire au despotisme et à l'anarchie.
(1) S'il m'arrive quelqueroit de ne pas entrer dans tous les détails que pourrait exiger une critique sévère et minutieuse, tout lecteur équitable sentira , sans doute, que n'écrivant point sur rinfaillibilitc exclusivement, mais sur le Pape en général, j'ai dû garder sur chaque objet particulier une certaine mesure, et m'en tenir à ces points lumineux qui entraînent tout esprit droit.
(2) Thomassin, Discipline de l'Église, tome V, p. 295. Ailleurs, il ajoute avec une égale sagesse : « Rien n*est plus conforme aux canons « que le violement des canons qui se Tait pour un plus grand bien que l'observation même des canons. » Liv. U , ch. LXVlll, no 6. ) On ne saurait ni mieux penser, ni mieux dire.