LIVRE II,, CHAPITRE VI
soin d'éclat, et je ne sais quelle splendeur extraordinaire partait du trône de saint Pierre, au point que déjà dans le troisième siècle, Fun des plus grands seigneurs de Rome, préfet de la ville, disait en se jouant, au rapport de saint Jérôme : « Prometteza. moi de me faire évéque de Rome, et tout de suite « je me ferai chrétien (1). » Celui qui parlerait ici d'avidité religieuse , d'avarice , d'influence sacerdotale , prouverait qu*il est au niveau de son siècle, mais tout à fait au--dessous du sujet. Comment peut-on concevoir une souveraineté sans richesses? Ces deux idées sont une contradiction manifeste. Les richesses de rÉglise romaine étant donc le signe de sa dignité et rinstrument nécessaire de son action légitime, elles furent l'œuvre de la Providence qui les marqua dès Torigine du sceau de la légitimité. On les voit et Tonne sait d'où elles viennent; on les voit et personne ne se plaint. C'est le respect, c'est l'amour, c'est la piété, c'est la foi, qui les ont accumulées. De là ces vastes patrimoines qui ont tant exercé la plume des savants. Saint Grégoire , à la fin du quatrième siècle , en possédait vingt-trois en Italie , et dans les tlesdela Méditerranée, en Illyrie, enDalmatie, en Allemagne et dans les Gaules (2). La juridiction des Papes sur ces patrimoines porte un caractère singulier qu'on ne saisit pas aisément à travers les ténè-
(1) Zaeearià, Anli-Febron. Vindie. Tom. IV, dissert. IX, cap. III, p. 33.
(2) Voy. la Dissertaiion de l'abbé (ienni à la fln du livre du cardinal Orsi , Délia origine del domimo e délia tovranità de* rom. Poniefici sovra gli tlati loro temporalmente ioggeUi. Roma, Pagliarini , in-I2 , 1754, p. 306 à 309. Le patrimoine appelé des Alpet Cottiennes était immense ; il contenait Gènes et toute la côte maritime jusqu'aux fron< tiéres de France. Voyez les autorités. Ihid.
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bres de cette histoire, mais qui s'élève néanmoins visiblement au-dessus de la simple propriété., On voit les Papes envoyer des officiers , donner des ordres et se faire obéir au loin, sans qu'il soit possible de donner un nom h cette suprématie dont en effet la Providence n'avait point encore prononcé le nom.
Dans Rome, encore païenne, le Pontife romain gênait déjà les Césars. Il n'était que leur sujet; ils avaient tout pouvoir contre lui , il n'en avait pas le moindre contre eux : cependant ils ne pouvaient tenir à côté de lui. On lisait sur son front le caractère d'un sacerdoce si éminent , que l'empereur ^ qui portait parmi ses titres celui de Souverain Pontife ^ le souffrait dans Rome avec plus d'impatience qu'il ne souffrait dans les armées un César qui lui disputait V empire (1). Une main cachée les chassait de la ville éternelle pour la donner au chef de V Eglise éternelle. Peutrêtre que , dans l'esprit de Constantin, un commencement de foi et de respect se mêla à la gène dont je parlé ; mais je ne doute pas un instant que ce sentiment n'ait influé sur la détermination qu'il prit de transporter le siège de l'empire, beaucoup plus que tous les motifs politiques qu'on lui prête : ainsi s'accomplissait le décret du Très-Haut (2). La même enceinte ne pouvait renfermer l'empereur et le Pontife : Constantin céda Rome au Pape. La conscience du genre humain, qui est infaillible , ne l'entendit pas autrement, et de là naquit la faUe de la donation, qui est très-vraie. L'antiquité, qui aime assez voir et toucher tout , fit bientôt de V abandon (qu'elle n'aurait pas même su nommer)
(1) Bossuet, Lettre pastor. sur la commun, pascale, no IV, ex Cyp. epiit. LI ad Ant.
(2) Iliade, 1,5.