‹ Du pape (volume 3)Chapitre 86 sur 208 · LIVRE II, CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE YI

une donation dans les formes. Elle la vit écrite sur le parchemin et déposée sur Tautel de saint Pierre. Les modernes crient à la fausseté y et c'est T innocence même qui racontait ainsi ses pensées (1). Il n'y a donc rien de si vrai que la donation de Constantin. De ce moment on sent que les empereurs ne sont plus chez eux à Rome. Ils ressemblent à des étrangers qui de temps en temps viennent y loger avec permission. Mais voici qui est plus étonnant encore : Odoacre avec ses Hérules vient mettre fin à Tempire d'Occident, en W5; bientôt après les Hérules disparaissent devant les Goths, et ceux-ci à leur tour cèdent la place aux Lombards, qui s'emparent du royaume d'Italie. Quelle force, pendant plus de trois siècles, empêchait tous les princes de fixer d'une manière stable leur trône à Rome? Quel bras les repoussait à Milan , à Pavie, à Ravenne , etc. ? C'était la donation qui agissait sans cesse, et qui partait de trop haut pour n'être pas exécutée.

C'est un point qui ne saurait être contesté , que les Papes ne cessèrent de travailler pour maintenir aux empereurs grecs ce qui leur restait de l'Italie, contre les Croths , les Hérules et les Lombards. Ils ne négligeaient rien pour inspirer le courage aux exarques et la fidélité aux peuples; ils conjuraient sans cesse les empereurs grecs de venir au secours de l'Italie; mais que pouvait-on obtenir de ces misérables prin-

(4) Ne voyait-elle pas aussi un ange qui effrayait Attila devant saint Léon? Nous n'y voyons, nous autres modernes, que l'ascendant du Pontife ; mais comment peindre un tueendant? Sans la langue pittoresque des hommes du cinquième siècle , c'en était fait d'un chefd'œuvre de Baphaëi; au resto, nous sommes tous d'afccord sur le prodige. Un aicendant qui arrête Attila est bien aussi surnaturel qu'un ange ; et qui sait même si ce sont deux choses?

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ces? Non-seulement ils ne pouvaient rien faire pour l'Italie, mais ils la trahissaient systématiquement, parce qu'ayant des traités avec les Barbares qui les menaçaient du côté de Constantinople , ils n'osaient pas les inquiéter en Italie. L'état de ces belles contrées ne peut se décrire et fait encore pitié dans l'histoire. Désolée par les Barbares , abandonnée par ses souverains, l'Italie ne savait plus à qui elle appartenait, et ses peuples étaient réduits au désespoir. Au milieu de ces grandes calamités, les Papes étaient le refuge unique des malheureux; sans le vouloir et par la force seule des circonstances, les Papes étaient substitués à l'empereur, et tous les yeux se tournaient de leur côté. Italiens, Hérules , Lombards , Français, tous étaient d'accord sur ce point. Saint Grégoire disait déjà de son temps : Quiconque arrive à la place que f occupe est accablé par les affaires 9 au point de douter souvent s'il est prince ou Pontife (1).

En plusieurs endroits de ses lettres , on le voit faire le rôle d'un administrateur souverain. 11 envoie, par exemple , un gouverneur à Népi , avec injonction au peuple de lui obéir comme au Souverain Pontife luimême ; ailleurs il dépêche un tribun à Naples , chargé de la garde de cette grande ville (2). On pourrait citer un grand nombre d'exemples pareils. De tous côtés on s'adressait au Pape; toutes les affaires lui étaient portées : insensiblement enfin , et sans savoir comment, il était devenu en Italie, par rapport à Tempe-

(4 ) lloc i» loco quiiquii paslor dicHur^ cwit exlerioribus graviter occupatur, ità ut sœpè incertum sil utrùm paitorit officium an terreniproceris agat. Lib. I, epist. 25, al. 24, ad Joh. epiiC. C. P. et cœl. orient. Pair. — Orsi, dans le Uvre cilé, préf. p. xix.

\9) Lib. Il, epitt. XI, al. VUl ad Nepe$. ibid. p. xx.

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reur grec , ce que le maire du palais était en France à regard du roi titulaire.

Et cependant les idées d'usurpation étaient si étrangères aux Papes , qu'une année seulement avant l'arrivée de Pépin en Italie , Etienne II conjurart encore le plus méprisable de ces princes ( Léon Tlsaurien ) de prêter Foreille aux remontrances qu'il n'avait cessé de lui adresser pour l'engager à venir au secours de l'Italie (1).

On est assez communément porté à croire que les Papes passèrent subitement de l'état particulier à celui de souverain, et qu'ils durent tout aux Carlovingiens. Rien cependant ne serait plus faux que cette idée. Avant ces fameuses donations qui honorèrent la France plus que le Saint-Siège , quoique peut-être elle n'en soit pas assez persuadée , les Papes étaient souverains de fait, et le titre seul leur manquait.

Grégoire II écrivait à l'empereur Léon : « L'Occi-

« dent a les yeux tournés sur noire humilité Il nous

« regarde comme l'arbitre et le modérateur de la

a tranquillité publique Si vous osiez en faire l'es-

« sai , vous le trouveriez prêt à se porter même où vous « êtes pour y venger les injures de vos sujets d'Oui rient, »

Zaccarie, qui occupa le siège pontifical de 741 à 752, envoie une ambassade à Rachis, roi des Lombards, et stipule avec lui une paix de vingt ans, en vertu de laquelle toute l'Italie fut tranquille,

(irégoire II, en 726, envoie des ambassadeurs à

{{) Deprecam imperiaiem ciemcnliam utj ju^ià id quod el fwpiùn tcripieral^ cum exercilu ad tuendns hat Italiœ partet modi» omnibus adveniret , etc. ( Anasl. le bibliolh. cilé dans la disserl. de <À'nni , ibid. p. 205.)

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Charles Martel, et traite avec lui de prince à prince (1).

Lorsque le Pape Etienne se rendit en France, Pépin vint à sa rencontre avec toute sa famille, et lui rendit les honneurs souverains; les fils du roi se prosternèrent devant le Pontife. Quel évéque, quel patriarche de la chrétienté aurait osé prétendre à de telles distinctions? £n un mot, les Papes étaient maîtres absolus, souverains de fait, ou, pour s'exprimer exactement, souverains forcés, avant toutes les libéralités carlovingiennes ; et, pendant ce temps même, ils ne cessaient encore, jusqu'à Constantin Copronyme, de dater leurs diplômes par les années des empereurs, les exhortant sans relâche à défendre Tltalie, à respecter Topinlon des peuples, à laisser les consciences en paix; mais les empereurs n'écoutaient rien , et la dernière heure était arrivée. Les peuples d'Italie , poussés au désespoir, ne prirent conseil que d'eux-mêmes. Abandonnés parleurs maîtres, déchirés par les Barbares , ils se choisirent des chefs , et se donnèrent des lois. Les Papes, devenus ducs de Rome par le fait et par le droit , ne pouvant plus résister aux peuples qui se jetaient dans leurs bras, 6t ne sachant plus comment les défendre contre les Barbares, tournèrent enfin les yeux sur les princes français.

Tout le reste est connu. Que dire après Baronius , Pagi, le Cointe, Marca, Thomassin, Muratori, Orsi, et tant d'autres qui n'ont rien oublié pour mettre cette grande époque de l'histoire dans tout son jour?

(1) On petil voir tous ces faits déuillés dans l'onvrage du cardinal Orsi, qui a épuisé la matière. Je ne puis insister que sur les vérit<^ générales et sur les traits les plus marquants.

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