LIVRE II, ÇHAPITRB VI. il
J'observerai seulement deux choses , suivant le plan que je me suis tracé :
1° LMdée de la souveraineté pontificale antérieure aux donations carlovingiennes était si universelle et si incontestable, que Pépin, avant d'attaquer Astolphe , lui envoya plusieurs ambassadeurs pour rengager à rétablir la paix et à restituer les propriétés de la sainte Eglise de Dieu et de la république romaine ; et le Pape, de son côté, conjurait le roi lombard, par ses ambassadeurs , de restituer de bonne volonté et sans effusion de sang les propriétés de la sainte Eglise de Dieu et de la république des Romains (1) ; et , dans la fameuse charte ^^o Ludovicus, Louis le Débonnaire énonce que Pépin et Charlemagne avaient, depuis longtemps , par un acte de donation , restitué Vexarchat au bienheureux Apôtre et aux Papes (2) .
ïmagine-t-on un oubli plus complet des empereurs grecs, une confession plus claire et plus explicite de la souveraineté romaine?
Lorsque les armes françaises eurent ensuite écrasé les Lombards et rétabli le Pape dans tous ses droits, on vit arriver en France les ambassadeurs de l'empereur grec, qui venaient se plaindre , et, « d'un air in-a civil, proposer à Pépin de rendre ses conquêtes. » La cour de France se moqua d'eux , et avec grande raison. Le cardinal Orsi accumule ici les autorités les
(I ) ut paeifieè fine uUd tanguinit effutione, propria S. Dei Ecctetiœet reipubiicœ rom, reddant jura. Et plus haut, rbstitubnda jura. Orsi, lib., chap. Yll., p. 94, d'après Anastase le bibliothécaire.
(2) Exarchalum quem Pepinut rex et genitor nos ter
CaroluM, imperator, P. Betro et prœdeeeuoribut vettrit jàm dudùm per donationis paginam rbstituerunt. Cette pièce est imprimée tout au long dans la nouvelle édition des Annales du cardinal Baronius , tom. Xlil, p. 637. (Orsi, ibid., cap. X, p. ao*.)
plus graves pour établir que les Papes se conduisirent dans cette occasion selon toutes les règles de la morale et du droit public. Je ne répéterai point ce qui a élé dit par ce docte écrivain , qu'on est libre de consulter (1). Il ne paraît pas, d'ailleurs, qu'il y ait des doutes sur ce point.
2° Les savants que j'ai cités plus haut ont employé beaucoup d'érudition et de dialectique pour caractériser avec exactitude le genre de souveraineté que les empereurs français établirent à Rome après l'expulsion des Grecs et des Lombards. Les monuments semblent assez souvent se contrarier, et cela doit être. Tantôt c'est le Pape qui commande à Rome, et tantôt c'est l'empereur. C'est que la souveraineté conservait beaucoup de cette mine ambiguë que nous lui avons reconnue avant l'arrivée des Carlovingiens. L'empereur de Constantinople la possédait de droit; les Papes , loin de la leur disputer, les exhortaient à la défendre. Ils prêchaient de la meilleure foi l'obéissance aux peuples, et cependant ils faisaient tout. Après le grand établissement opéré par les Français , le Pape et les Romains, accoutumés à cette espèce de gouvernement qui avait précédé, laissaient aller volontiers les affaires sur le même pied. Ils se prêtaient même d'autant plus aisément à cette forme d'administration, qu'elle était soutenue par la reconnaissance, par l'attachement et par la saine politique. Au milieu du bouleversement général qui marque cette triste mais intéressante époque de l'histoire , rimmense quantité de brigands que suppose un tel ordre de choses, le danger des Barbares, toujours auv
(Il Orsi, ibid. cap. VII, p. 104 el seqq.