‹ Du pape (volume 3)Chapitre 89 sur 208 · MAITRE · texte numérisé non relu

MAITRE

Je crains de me laisser entraîner; cependant je ne dis que ce qui est rigoureusement nécessaire pour mettre dans tout son jour un point des plus intéressants de l'histoire. La souveraineté, de sa nature, ressemble au Nil; elle cache sa tête. Celle des Papes seule déroge à la loi universelle. Tous les éléments en ont été misa découvert, afin qu'elle soit visible à tous les yeux, et vincat cùmjudicatur, H n'y a rien de

^ij Palricii die H il lo seculo el superioribus , qui provincias cum xummd auctorilaie^ subprincipum imperio administra banf, (Marca, de Concord. sacerd. el imp. 1. 42. ) Marca donne ici la formule du serment que prélait le palrice, el le cardinal Orsi Ta copiée, ch. 2, p. 23. Il est remarquable qu'à la suite de celle cérémonie , le palrice

recevait le manteau royal elle diadème. {Mantum ei aureum

eirculum in capiie.) Ibid. p. 27.

ir>.

si évidemment juste dans son origine que cette souveraineté extraordinaire. L'incapacité, la bassesse , la férocité des souverains qui la précédèrent, Tinsupportable tyrannie exercée sur les biens^ les personnes et la conscience des peuples , l'abandon formel de ces mêmes peuples livrés sans défense à d'impitoyables Barbares; le cri de l'Occident qui abdique l'ancien maître ; la nouvelle souveraineté qui s'élève, s'avance et se substitue à l'ancienne sans secousse, sans révolte, sans effusion de sang, poussée par une force cachée, inexplicable, invincible , et jurant foi et fidélité jusqu'au dernier instant à la faible et méprisable puissance qu'elle allait remplacer; le droit de conquête , enfin , obtenu et solennellement cédé par l'un des plus grands hommes qui ait existé, par un homme si grand que la grandeur a pénétré son nom , et que la voix du genre humain l'a proclamé grandeur ^ au lieu de grand: tels sont les titres des Papes, et l'histoire ne présente rien de semblable.

Cette souveraineté se distingue donc de toutes les autres dans son principe et dans sa formation. Elle s'en distingue encore d'une manière éminente , en ce qu'elle ne présente point dans sa durée, comme je l'observais plus haut, cette soif inextinguible d'accroissement territorial qui caractérise toutes les autres. En effet, ni par la puissance spirituelle, dont elle fit jadis un si grand usage, ni par la puissance temporelle, dont elle a toujours pu se servir comme tout autre prince de la même force, on ne la voit jamais tendre à l'agrandissement de ses états par les moyens trop familiers à la politique ordinaire. De manière qu'après avoir tenu compte de toutes les faiblesses humaines , il n'en reste pas moins , dans l'es-

Page 1