‹ Du pape (volume 3)Chapitre 90 sur 208 · LIVRE II, CHAPITRE VI. i · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VI. i

prit de tout sage observateur, Tidée d'une puissance évidemment assistée.

Sur les guerres soutenues par les Papes, il faut, avant tout, bien expliquer le mot de puissance temporelle. Il est équivoque, comme je Tai dit plus haut; et, en effet, il exprime, chez les écrivains français, tantôt Faction exercée sur le temporel des princes en vertu du pouvoir spirituel , et tantôt le pouvoir temporel , qui appartient au Pape comme souverain , et qui Tassimile parfaitement à tous les autres.

Je parlerai ailleurs des guerres que Topinion a pu mettre à la charge de la puissance spirituelle. Quant à celles que les Papes ont soutenues comme simples souverains, il semble qu'on a tout dit en observant qu'ils avaient précisément autant de droit de faire la guerre que les autres princes; car nul prince ne saurait avoir droit de la faire injustement, et tout prince a droit de la faire justement. Il plut aux Vénitiens, par exemple, d'enlever quelques villes au Pape Jules H , ou, du moins, de les retenir contre toutes les règles de la justice. Le Prince-Pontife, l'une des plus grandes tètes qui aient régné, les en fit cruellement repentir. Ce fut une guerre comme une autre, une affaire temporelle de prince à prince, et parfaitement étrangère à l'histoire ecclésiastique. D'où viendrait donc au Pape le singulier privilège de ne pouvoir se défendre? Depuis quand un souverain doit-il se laisser dépouiller de ses états sans opposer de résistance? Ce serait une thèse toute nouvelle, et bien propre surtout à donner des encouragements au brigandage , qui n'en a pas besoin.

Sans doute c'est un très-grand mal que les Papes soient forcés de faire la guerre; sans doute encore.

Jules II, qui s^est trouvé sous ma plume, fut trop guerrier; cependant Téquité Tabsout jusqu'à un point qu'il n'est pas aisé de déterminer. « Jules , dit Tabbé c( de Feller, laissa échapper le sublime de sa place; il « ne vit pas ce que voient si bien aujourd'hui ses « sages successeurs, que le Pontife romain est le père « commun , et qu'il doit être l'arbitre de la paix, non c( le flambeau de la guerre (1). »

Oui, lorsque la chose est possible; mais, dans ces sortes de cas, la modération du Pape dépend de celle des autres puissances. S'il est attaqué , de quoi lui sert sa qualité-de Père commun? Doit-il se bornera bénir les canons pointés contre lui? Lorsque Buonaparte envahit les États de l'Église, Pie VI lui opposa une armée : impar congressus Achilli! Cependant il maintint l'honneur de la souveraineté, et l'on vit flotter ses drapeaux. Mais si d'autres princes avaient eu le pouvoir et la volonté de joindre leurs armes à celles du Saint-Père , le plus violent ennemi du Saint-Siège eût-il osé blâmer cette guerre, et condamner, chez les sujets du Pape, ces mêmes efforts qui auraient illustré tous les autres hommes de l'univers?

Tous les sermons adressés aux Papes sur le rôle pacifique qui convient à leur caractère sublime me paraissent donc hors de propos, à moins qu'il ne fût question de guerres offensives et injustes, ce qui, je crois, ne s'est pas vu, ou s'est vu , du moins, assez rarement pour que mes propositions générales n'en soient nullement ébranlées.

Le caractère , il faut encore le dire , ne saurait jamais être totalement effacé chez les hommes. La na-

(I) Fcllcr, Dicl. hisl., art. Jules II.

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