LIVRE H, CUAPITHE VU
H est vrai que ce même Voltaire , après avoir rendu un témoignage si éclatant à la vérité, se déshonore ailleurs par une contradiction frappante , qu'il appuie d'une observation pitoyable :
« L'aventure de Lothaire , dit-il , fut le premier tt scandale touchant le mariage des têtes couronnées a en Occident (1). » Voilà encore le mot de scandale appliqué avec la même justesse que nous avons admirée plus haut; mais ce qui suit est exquis : a Les c( anciens Romains et les Orientaux furent plus heu- « reux sur ce point (2) . »
Quelle insigne déraison! Les anciens Romains n'avaient point de rois; depuis ils eurent des monstres. Les Orientaux ont la polygamie et tout ce qu'elle a produit. Nous aurions aujourd'hui des monstres , ou la polygamie, ou l'un et l'autre, sans les Papes.
Lothaire, ayant répudié sa femme Theutberge pour épouser Waldrade, avait fait approuver son mariage par deux conciles assemblés, l'un à Metz, l'autre à Aix-la-Chapelle. Le Pape Nicolas P' le cassa , et son successeur, Adrien II, fit jurer au roi , en lui donnant la communion , qu'il avait sincèrement quitté Waldrade (ce qui était cependant faux) , et il exigea le même serment de tous les seigneurs qui accompagnaient Lothaire. Ceux-ci moururent presque tous subitement , et le roi lui-même expira un mois juste après son serment. Là-dessus, Voltaire n'a pas manqué de nous dire que tous les historiens nofit pas manqué de crier au miracle (3). Au fond , on est étonné souvent de choses moins étonnantes; mais il ne s'agit point ici
(\) Voltaire, Essai sur l'hist. gén., lom. I, chap. XXX, p. 44». (2) Ibid. tom. 1. chap. XXX, p. 499.
(5) Ibid.
de miracles; contentons- nous d'observer que ces grands et mémorables actes d'autorité spirituelle sont dignes de Fétemelle reconnaissance des hommes, et n'ont jamais pu émaner que des Souverains Pontifes.
Et lorsque Philippe, roi de France, s'avisa, en 1092, d'épouser une femme mariée, l'archevêque de Rouen, l'évêque de Senlis et celui de Bayeux, n'eurent-iis pas la bonté de bénir cet étrange mariage, malgré l'opposition d'Yves de Chartres?
Quand un roi Yeut le crime, il est trop obéi.
Le Pape seul pouvait donc y mettre opposition ; et loin de déployer une sévérité exagérée, il finit par se contenter d'une promesse fort mal exécutée.
Dans ces deux exemples on voit tous les autres. L'opposition ne saurait être placée mieux que dans une puissance étrangère et souveraine, même temporellement. Car les Majestés, en se contrariant, en se balançant, en se choquant même, ne se LÈ^irr point, nul n'étant avili en combattant son égal; au lieu que si l'opposition est dans l'état même, chaque acte de résistance, de quelque manière qu'il soit formé, compromet la souveraineté.
Le temps est venu où, pour le bonheur de l'humanité , il serait bien à désirer que les Papes reprissent une juridiction éclairée sur les mariages des princes, non par un veto effrayant, mais par de sim* pies refus, qui devraient plaire à la raison européenne. De funestes déchirements religieux ont divisé l'Europe en trois grandes familles : la latine, la protestante , et celle qu'on nomme grecque. Cette scission a restreint infiniment le cercle des mariages dans la