‹ Du pape (volume 4)Chapitre 2 sur 52 · VI · texte numérisé non relu

VI

tificale à travers les siècles, d'écarter les nuages funestes que le préjugé , Verreur et la passion , dans le coupable dessein de nous la faire méconnoître , n'ont cessé d'amonceler autour d'elle ; de nous la montrer enfin telle qu'elle est dans tous ses rapports^ et de rendre la nécessité de son action si sensible, que tout esprit droit et religieux se vît entraîné à cette conclusion : Sans le Pape il riy a plus de christianisme , et par une suite inis^itable y r ordre social est blessé auccmr.

Cette grande idée étoit réserrée à l'homme célèbre qui , au commencement des jours révolutionnaires , considéra la France (i) ; çt qui, en consignant notre avenir dans un petit nombre de pages aussi fortement pensées qu'éloquemment écrites , prit rang dès^lors parmi les meilleurs écrivains comme parmi les plus dairvoyans politiques de notre âge«

Selon lui , le Pape est , si l'on peut parler ainsi , la religion insible. De ce principe dé-

( i) Con sid^rations su c la France. Bâle et Genève, 1 797 Paris, 1798 et i8i4«

VIJJ

coulent sous sa plume des consëquences nombreuses , et d'un immense intérêt dans leur application à Tordre social ; conséquences qu'il a toujours soin de justifier par le raisonnement et par l'histoire. Une discussion savante dissipe les doutes , éclaircit les difficultés 9 résout les objections. Mais nous re^ commandons surtout à l'attention du lecteur la bonne foi qui accompagne constamment la polémique de l'écrivain. Loin de dissimuler ce qui a été dit contre les systèmes qu'il défend 9 il semble au contraire chercher des objections. Que s'il rencontre sur sa route des hommes qui , avec un égal amour de la vérité, ne partagent cependant pas ses principes ; il est le premier à leur tendre la main , fst ne les combat qu'en les embrassant.

Dans un tel ouvrage , le lecteur doit s'attendre à retrouver un grand nombre de faits , déjà souvent reproduits dans tous leurs détails par nos historiens ecclésiastiques et profanes. Toutefois , autant par l'importance du sujet auquel ces faits se rattachent , que par la manière lumineuse dont ils sont discutés et

ramenés an but général , ils ne peuvent manquer d'exciter un intérêt égal , peut - être même supérieur à celui de la nouveauté.

Nous n'avons pas Thonneur d'être connus de l'auteur. La confiance la plus gratuite ^ eâfet d'un hasard dont nous apprécions le bonheur , nous a seule mis en possession de ses précieux manuscrits. "Quelques - uns des principes qu'il professe sur* l'autorité pontificale , s'éloignent des théories enseignées communément parmi nous. Quand ses ou-* vrages précédens n'en auroient pas suffisam-^ ment arerti , il n'est personne qui ne sache que les catholiques étrangers n'admettent pas au sujet du Pape les maximes qu'iLi' appellent et que nous appelons nous-mêmes , d'une manière trop absolue , maximes de r Eglise de France. A cet égard, en notre qualité de simples éditeurs , nous n'avons rien à dire 9 sinon qu'en combattant une doctrine réputée firançaise , il étoit difficile de manifester plus d'attachement k notre nation , et plus d'estime pour le sacei'doce français.

Au reste, il n'est plus question maintenant

de défendre telle opinion parce qu'elle est gallicane^ et de , combattre telle autre parce qu elle est uhnunqntaine. Il s'agit de chercher la vérité quelque part qu'elle habite. Il s'agit de la trouver et de s'y attacher d'autant plus fortement, que nous avons plus besoin d'elle que jamais. Le monde caJtholiqiie doit-il adopter les opinion^ de nos théologiens , ou nos théologiens doiçent-dls soumettre leurs opinions à celles du monde catholique? C'est une question qui doit être -examinée , non plus entre Française , Italiens , Allemands , etc. , avec tous les préjugés de nation et d'éducation', mais entre chrétiens ^^eulement , avec amour *et charité , avec le désir le plus désintéressé de connoitre la véritable route, et de sy jeter pour n'en plus sortir* Jamais intérêt plus grand, plus général, plus. pressant, ne commanda l'attention de l'esprit , la droiture du cœur et le silence des passions.

« Depuis que les peuples ne voient rien » au-dessus des rois, Us s'y sont mis euxj) mêmes » (i). Aux enseignemens des saintes

(i) Tbéorie du pouvoir, tom. II, pag. aSg.

ëeritores suf Torigine du pouvoir, la philo* Sophie a substitué la souveraineté des peuples. Les schismes , les hérésies qui désolèrent l'Eglise au XVI.« siècle , avoîent préparé les voies 9 ou plutôt elles avoient déjà insinué dans les esprits ce dogme monstrueux. Les grandes dissidences j s'il est permis de parler ainsi , qui s^ sont élevées dans l'Eglise catholique, quoiqu'elles n'ei> aient pas rompu l'unité , n'ont-elles point cependant augmenté le mal, et n'a-t-il pas raisonné juste , a-t-il violé les lois de l'induction , ce prêtre ennemi des rois, qui , sur les quatre articles relatifs à l'autorité spirituelle, en a calqué quatre autres tout-à-fait semblables, exprimés pour ainsi dire dans les mêmes termes sur la puissance temporelle (i) ? C'est aux hommes d'état qui veillent autour des trônes à méditer et à répondre.

Le moment où la vérité doit être connue est arrivé. « Elle est mûrie par le temps et

(i) Voyez dans VAmi de la Religion et du Roi^ l'exposé des quatre articles politiques de M- TAbbë G...««tv tojn. XV, n.® 389 , pag. 358.

■ V les éyénemem. Son développement est né-

^ y> cessaire k la conservation de la société ; et

f ^ Tagitation que Ton peut remarquer dans

9 la société générale , n'est autre chose que

i> les efforts qu'elle fait pour enfanter la vé*

j» rite » (i).

(x) Théorie du pouvoir , tom. II , pag. 3.

MA«M«l«%\%%%««i%\\\«M%%>\\<«A%'^M%%%%%Mf»«^«\%%%%Vt%>%%%%\%%%l%%V%M

Page 1