PHILOSOPHIQUE
J'entends que toutes les i^exîons que j'ai faites jusqu'à présent, s'adressent aux catholiques systématiques , comme il y en a tant dans ce moment, et qui parviendront, je l'es^ père > h produire tOt ou tard UBe (^imon invincible. Maintenant je m'adresse à la foule hélas ! trop nombreuse encore , des ennemis et des indifférens , surtout aux hommes d'état qui en font partie, et je leur dis : « Que vou- D lez-vous et que prétendez-vous donc ? En- » tendez-vous que les peuples vivent sans re* » ligion, et ne commencez-vous pas à comp prendre qu'il en faut une ? Le christianisme, ï> et par sa valeur intrinsèque et parce qu'il y> est en possession , ne vous paroît-il pas pré- » férable à toute autre ? Les essais faits dans » ce genre vous ont -ils contentés, et les j» douze apôtres , par hasard , vous plairoient- » ils moins que les théophilantropes ou les » martinistes ? Le sermon sur la montagne
9 VOUS paroit-il un code passable de morale?
» et si le peuple entier venoit à régler ses
» mœurs sur ce modèle , seriez-vous contens?
» Je crois vous entendre répondre affirmati-
» vement. Eh bien ! puisqu'il ne s'agit plus
» que de maintenir cette religion que vous
» préférez, comment auriez-vous, je ne dis
j> pas runpéritie, mais la cruauté d'en faire
» une démocratie , et de remettre ce dépôt
» précieux aux mains du peuple ? Vous atta-
j> chez peu d'importance à la partie dogma**
» tique de cette religion : par quelle étrange
» contradiction voudriez-vous donc agiter
» l'univers pour quelque vétille de collège,
7> pour de misérables disputes de mots (ce
» sont vos termes ) ? Est-ce donc ainsi qu'on
» mène les hommes? Voulez-vous appeler
j> l'évêque de Québec et celui de Luçon pour
» interpréter une ligne du catéchisme ? Que
» des croyant puissent disputer sur l'infailli-
» bilité , c'est ce que je sais puisque je le vois ;
» mais que l'homme d'état dispute de même
» sur ce grand privilège, c'est ce que je ne
» pourrai jamais concevoir. Comment, s'il se
» croit dans le pays de l'opinion , ne chef che-
>f roit-il pas à la fixer ? comment ne choisi-
^ roit-il pas le moyen le plus expéditif pour
» l'empêcher de divaguer ? Que tous les évê*
t ques de Tunivers soient convoqués pour dé-
p terminer une vérité divine et nécessaire au
h 'Saiut, rien de plus naturel si le moyen est
» indispensable; car nul effort, nulle peine ,
I» nul embarras ne devroient être épargnés
y* pour atteindre un but aussi relevé ; mais s'il
» s'agit seulement d'établir une opinion à la
I» place d'une autre ^ les frais de poste dun
n seul infaillible sont une insigne folie. Pour
» épargner les deux choses les plus précieuses
» de l'univers, le temps et l'aident, hâtez-
1» vous d'écrire à Rome afin d'en £adre venir
» une décision légale qui déclarera le doute
» illégal : c'est tout ce qu'il vous faut ; la po«
» litique n'en demande pas davantage. »