‹ Du pape (volume 4)Chapitre 32 sur 52 · CHAPITRE XVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIL

mJL DANGER DANS LES SUITES DE LA SUPRÉMATIE

RSœNNUE.

JLjisez les livres des protestons ; vous y verrez l'infaillibilité représentée conune un despotisme épouvantable qui enchaîne Fesprit humain, qui l'accable, qui le prive de ses facultés ; qui lui ordonne de croire et lui défend de penser. Le préjugé contre ce vain épouvantail a été porté au point qu'on a vu Locke soutenir sérieusement que les catholiques croient à la présence réelle ^r la foi de V infaillibilité

du Pape (i).

(i) « Que ridée dé rinfaillibilitë , et celle d'une cer- » taine personne , viennent i 8*unir inséparablement » dans Tesprit de quelques hommes ,, et bientôt vous » les verrez avalbr le dogme de la présence simul- » tanée d'un même corps en dedk lieux différens, Sam » autre autorité que celle de la personne infaillible qui » leur ordonne de croire SAivs exambn. C Locke ^ sur VEntend. hum. Uv. II, chap. XXXIII, § XVII.) LtB lecteurs français doivent être avertis que ce passage ne se trouve que dains le texte anglais. Coste , quoique protestant, trouvant là niaiserie un peu forte, refusa de la traduire.

La France n'a pas légèrement augmenté le mal en se rendant en grande partie complice de ces extfavagances. Les exagérateurs allemands sont venus à la charge. Enfin , il s'est formé en delà des Alpes , par rapport à Rome , mie opinion si forte , quoique très-fausse , que ce n'est pas une petite entreprise que celle de faire seulement comprendre aux honrunes de quoi U s*agit.

Cette épouvantable juridiction du Pape sur les esprits ne sort pas des limites du symbole des apûtres ; le cercle, comme on voit, n'est pas immense , et l'esprit humain a de quoi s'exercer au-dehors de ce périmètre sacré.

Quant à la discipline, elle est générale ou locale. La première n'e#pas fort étendue; car il y a fort peu de points absolunient généraux et qui ne puissent être altérés sans menacer l'essence de la religion. La seconde dépend des circonstances particulières , des localités , des privilèges, etc. Mais il est de notoriété que sur l'un et sur l'atitre point, le Saint Siège a toujours fait preuve de la plus grande condescendance envers toutes les Eglises; souvent même , et presque toujours il est allé au-devant de leurs besoins et de leurs désirs. Quel intérêt . pourroit ^voir Je Pape de chagriner inutilement les nations réunies dans sa communion ?

( i85) n y a d'ailleurs, dans le génie occidental, je ne sais quelle raison exquise, je ne sais quel tact déhcat et sûr, qui va toujours chercher Tessence des choses et néglige tout le reste. Cela se voit surtout dans les formes religieuses ou les rits , au sujet desquels TËglise romaine a toujours montré toute la condescendance imaginable. Il a plu à Dieu, par exemple, d'attacher Tœuvre de la régénération humaine au signe sensible de Teau , par des raisons nullement arbitraires, très-profondes au contraires et très-dignes d'être recherchées. Nous professons ce dogme, comme tous les chrétiens , mais nous considérons qu'il y a de Veau, dans une burette comme il y en a dans la mer Pacifique, et que tout se réduit au contact mutuel de l'eau et de l'homme , accompagné de certaines paroles sacramentelles. D'autres chrétiens prétendent que pour cette liturgie on ne sauroit se passer au moins dun bassin >* que si P homme entre dans , Peau il est certaùiement baptisé ; 'mais que si Veau tombe sur Vhomme le succès detnent très^douteux. Sur cela on peut leur dire ce que ce prêtre égyptien leur disoit déjà il y a plus de vingt siècles : Fous n^êtes que des enfans ! Du reste , ils sont bien les maîtres : personne ne les trouble.; s'ils vouloient même une rivière

comme les baptktes anglais, on les laisseroit faire.

L'un des principaux mystères de L* religion chrëtienne a pour matière essentielle le paùi. Or, une oublie est du pain, conuEne le plus «énorme pain que les hommes aient jamais soumis à la cuisson : nous avons donc adopté rour blie. D'autres nations chrétiennes croient-elles qu'il n'y a pas d'autre pain proprement dit , ^e celui que nous mangeons à table , ni de véritable manducation sans mastication ? nous respectons beaucoup cette logique orientale; et bien sûrs que ceux qui l'emploient aujourd'hui feront volontiers comme nous, dès qu'ils seront aussi sûrs que nous , il ne nous vient pas seulement dans l'esprit de les troubler; contens de retenir pour nous l'azyme léger qui a pour* lui l'analogie de la pâque antique, celle de la première pâque chrétienne , et la i^onvenance plus forte peut-être qu'on ne •pense,, de consacrer un pain particulier à la célébration d'un tel mystère.

Les mêmes amateurs de l'inmiersion et du 4evain, viennent-ils, pair une fausse interprétation de récriture et par une ignorance visible de la nature humaine , nous soutenir que la profanation du mariage en dissout le lien ? c'est dans le fait^uneexhortationformelle auccime.

(i»7) M'importe , nous n'avons pas voulu pour cela chicaner des frères qui s'obstinent; et dans l'occasion la plus solennelle , nous leur avons 4it simplement : Nous \h>us passerons sous sir lence; mais au nom de la raison et de la paix y ne dites pas que nous rCy entendons rien (i )•

Après ces exemples et tant d'autres que je pourrois citer , quelle nation , en vertu de la suprématie romaine, pourroit craindre pour sa discipline et pour ^^'^ privil^es particuliers ? Jamais le Pape ne refusera d'entendre tout le monde , ni surtout de si^isfaire les princes en tout ce qui sera chrétiAmement possible. Il n'y a point de pédanterfe à Rome ; et s'il y avoit quelque chose à craindre sur l'article de la complaisance , je serois porte à craindre l'excès plus que le défaut.

Malgré ces assurances tirées des considérations les plus décisives , je ne doute pas que le préjugé ne s'obstine ; je ne doute pas même que de très-bons esprits ne s'écrient : « Mais si ^ rien n'arrête le Pape où s'arrêtera-t-il? L'his- 9 toire nous montre comment il peut user de I» ce pouvoir; quelle garantie nous donne-t-

(x) Si qui s dix^rit Ecclesiam errare cùm docuit et docet. Concil. Trident, sess. XXIV , Dt matrimonio , cao* VH. : t

( i88 ) » on que les mêmes évènemens ne se repro^ I» duiront pas ? i»

A cette objection, qui sera sûrement faite, je réponds d'abord en gënéraj,' que les exemples tirés de l'histoire contre les Papes ne prouvent rien, et ne doivent inspirer aucune crainte pour l'avenir , parce qu'ils appartiennent à un autre ordre de choses que celui dont nous sommes les témoins. La puissance des Papes fut excessive par rapport à nous , lorsqu'il étoit nécessaire qu'elle fût telle, et que rien dans le monde«ine pouvoit la suppléer.

C'est ce que j'espère {trouver, dans la suite de cet ouvrage , d'une manière qui satisfera tout juge impartial.

Divisant ensuite par la pensée ces hommes qui redoutent de bonne foi les entreprises de% Papes ^ les divisant, dis-je, en deux classes ^ celle des catholiques et celle des autres , je dis d'abord aux premiers : « Par quel aveugle- » ment, par quelle défiance ignorante et cou* » pablé, regardez-vous l'Elglise comme im » édifice humain , dont on puisse dire : Qui I» le soutiendra P et son chef , comme un 9 homme ordinaire , dont on puisse dire : Qui » le gardera ? » Cest une distraction assez commune, et cependant inexcusable. Jamais une prétention désordonnée ne pourra- séjouiv

( i89 ) 0er sur le Saint Siège : jamaiâ llnjiistîbe et Terreur ne pourront y prendre racine et tromr per la foi au profit de Tàmbition.

. Quant aux hommes qui, par naissance ou par système , se trouvent hors du cercle catholique , s'ils m'adressent la même question : Qiieslr^e qui arrêtera h Pape? je leur répondrai : Tout ; les canons , les lois , les coutumes des natiqps , les souverainetés , les grands tribunaux , les assemblées nationales , la prescription , les représentations , les négociations , Je devoir, la crainte, la prudence, et pardessus tout , l'opinion reine du inonde.

Ainsi , qu'on ne me fasse point dire : Que je veux DONC faire du Pape un monarque wuversel. Certes, je ne vejux rien de pareil ^ quoique je m'attende bien à ce donc , argument si commode au défaut d'autres. Mais comme les fautes épouvantables, commises par certains princes contre la religion et contre son chef, ne m'empêchent nullement de respecter , autant que je le dois , la monarchie temporelle , les fautes possibles d'un Pape contre cette même souveraineté , ne m'empêcheroient point de le reconnbître pour ce qu'il est. Tous les pouvoirs de l'univers se limitent mutuellement par une résistance réciproque : Dieu n'a pas voulu établir une plus

( ^9») grande perfection sur la terre , quoiqu'il ait mis d'un càté assez de caractères pour faire reconnoitre sa main. U n'y a pas dans le monde un seul pouvoir en ëtat de supporter les suppositions possibles et arbitraires ; et si on les juge par ce qu'ils peuvent faire ( sans parler de ce qu'ils ont fait )y il faut les abolir tous*

Page 1