CONTINUATION DU MÊME SUJET, ÉCLAIRCISSEMENS
ULTÉRIEURS SUR L^INFAILUBILITÉ.
LiOMBiEN les hommes sont sujets; à s'aveugler sur les idées les plus simples ! L'essentiel pour chaque nation est de consarver sa discipline particulière , c'est-à-dire ces sortes d'usages; qui , sans tenir au dogme , constituent cepen-* dant une partie de son droit public ; et se sont • amalgamés depuis long-temps avec le caractère et les lois.de la nation, de manière qu'on; ne saureit y toucher sans la troubler et lui déplaire sensiblement» Or, ces usages, ces.loift particulières, c'est ce qu'elle peut défendre» avec une respectueuse fermeté , si jamais ( par^ une pure supposition ) le Saint Siège entreprenoit d'y déroger ; tout le monde étant d'accord que le Pape et l'Eglise même réunie à lui, peuvent se tnomper sur tout ce qui n'est pas dogme ou fait dogmatique ; en sorte que , sur tout ce qui intéresse véritablement le patriotisme , les affections , les halxtudes , et pour tout dire enfin, l'orgueil national , nulle
( ï9^ ) nation ne doit redouter Finfaillibilité pontificale qui ne s'applique qu'à des objets d'un ordre supérieur.
Quant au dogme proprement dit , c'est précisément sur ce po:nt que nous n'avons aucun intérêt de mettre en question l'infaillibilité du Pape. Qu'il se présente une de ces questions de métaphysique divine , qu'il faille absolument porter à la décision du tribunal suprême : notre intérêt n'est point qu'elle soit décidée de telle ou telle manière , mais qu'elle le soit sans retard et sans appel. Dans l'affaire célèbre de Fénélon , sur vingt examinateurs romains y dix furent pour lui , et dix contre. Dans un concile universel , cinq ou six cents évêques auroient pu se partager de même. Ce qui est douteux pour vingt hommes choisis, est douteux pour le genre humain entier. Ceux qui croient qu'en multipliant les voix délibérantes, on diminue le doute, connoissent peul'homme, et n'ont jamais siégé au sein d'un corps délibérant. Les Papes ont condamné plusieurs hérésies pendant le cours de dix -huit siècles. Quand est-ce qu'ils ont été contredits par un concile universel ? On n'en citera pas un seul exemple. Jamais leurs bulles dogmatiques n'ont été contredites que par ceux qu'elles ^condanmoient Le janséniste ne manque pas
(^93) de nommBr celle qui le frappa , la tropfa^ meuse bulle Unigenitus^ comme Luther trouva sans doute trop fameuse la bulle Exurge Do^ mine. Souvent on nous a dit çue les conciles généraux sont inutiles ^puisque jamais ils ntmt rojnené personne^ Cest par cette observation que Sarpi débute au commencement de son histoire du concile de Trente. La tomsuce^Q porte à faux sans doute ; car le but principal des conciles n'est point du tout de ramener les novateurs dont l'éterneUe obstination ne fut jamais ignorée ; mais bien de les mettre dans leur tort , et de tranquilliser les fidèles en assurant le dogme. La résipiscence des dissidens est une conséquence plus que douteuse »
que l'Eglise désire ardemment sans trop Y^^ pérer. Cependant j'admets Tobjection , et je dis : Puisque les conciles généraux ne sont utiles ni à nous qui croyons , ni aux noi^ateÊ^ qui refusent de Croire > pourquoi les assembler? Le despotisme «ur la pensée , tant reproché aux Papes , est une pure cliimère* Supposons qu'on demande de nos jours , dans l'Eglise ,* s'il y a une ou deux natures , une ou deu± personnes dans F Homme - Dieu ? si son corps est contenu dans Ceucharistie par transsubs-tantiation ou par impanation^ etCé où est donc le despotisme qui dit oui ou non sur ces questoaI! I. i3
lions ? Le concile qui les décideroit, n'itnpo* s^oit41 pas comme le Pape , un joug sur la pensée ? L'indépendance se plaindra toujours de l'un comme de l'autre. Tous les appels aux conciles ne sont que des inventions de l'esprit de révolte , qui ne cesse d'invoquer le concile contre le Pape, pour se moquer ensuite du concile dès qu'il aura parlé comme le Pape (i). Tout nous ramène aux grandes vérités éla* blies. U ne peut y avoir de société humaine sans gouvernement , ni de gouvernement sans
(i) « Nous ccoyons qu'il est permis d*appeler du p Pape au futur concile, nonobstant les bulles de Pie II *m et de Jules II, qui Tout défendu ; mab ces appellafè tiénu doivent être très-rares et pour des causes trèsm^ cajLVES. » ( Fleuiy ^ nouv. Oposc pag. Sa. ) Voilà d'abord un Nous dont TEglise catholique doit très-peu t^M^rrasser ; et d'ailleurs qu'est-ce qu'une occasion ^^grave ? quel tribunal en jugera ? et en attendant que faudra-t-il faire ou croire? Les conciles devront être établis comme un tribunal rfglê et ordinaire , aU"
dessus du Pape ; centra t:è que dit le même Fleury , à la même page* C'est «ne chose bien Arange que de voir sur un point de ceUe importance Fleuxy réfuté par IVlosheim ( 8up. p* 8 ), comme nous avons vu ua Bossuet sur le point d'être remis dans la droite route par \t% centuriateurs de Magdehourg* (^Sup. pag. i4S*) Voilà oh Ton est conduit par l'envie de dire Nous. Ce pronom eat tertH^te «a théologie»
( »95 ) souveraineté , ni de souveraineté sans infeiUi*bilité ; et ce derniar privilège est si absolument nécessaire, qu'on est forcé de supposer Fin-^ failUbilité , même dans les souverainetés tempordles (^ù elle n'est pas ) , sous peine de voir f association se dissoudre. L'Ëglbe ne dethandè rien de plus que les aub-es souverainetés ^ quoiqu'elle lût au-dessus d'eHe une immense supériorité, puisque rifrfaiUilnlité est d'un côté humainement supposée^ et de Tautre dù^inement promise. Cette suprématie indispensable ne peut être exercée que par un oi^ane unique : la diviser , c'est la détruire. Quand ces vérités seroient moins incontestables, il le seroit toujours que toute décision dogmatique du Sakit Père doit faire loi, jusqu'à ce qu'il y ait opposition de la part de TEgEse.
Quand ce phénomène se montrera, nous verrons ce qu'il faudra faire ; en attendant, on devra s'en tenir au jug e ment de Rome. Cette nécessité est invincible , parce qu'elle tient à la nature des choses et à l'essence même de la souveraineté. L'Eglise gallicane a présenté plus d'un exemple précieux dans ce genre. Amenée quelquefois par de fausses théories , et par certaines circonstances locales à se mettre dans une attitude d'opposition apparente avec le Saint Siège, bientôt la force des choses la
(196) ramenoit dans les sentiers antiques. Naguère encore 9 quelques-uns de ses chefs, dont je fais profession de respecter infiniment les noms , la doctrine , les vertus et les nobles souf&ances , firent retentir l'Europe de leurs plaintes contre le pilote qu'ils accusoient d'avoir manœuvré dans un coup de vent^ sans leur demander conseil. Un instant ils purent effirayer le timide fidèle ,
Res est soffidti pîena timoris amor;
mais lorsqu'on est venu enfin à prendre un parti décisif, l'esprit immortel de cette grande Eglise , survivant , suivant l'ordre , à la dissolution du corps, a plané sur la tête de ces illustres mécontens, et tout a fini par le silence et par la soumission.