CHAPITRE PREMIER
QUELQUES MOTS SUR LA SOUVEliAINETt.
JLi*HOMME, en Sa qualité cfétre à la fois moral et corrompa, juste dans son intelligence, et pervers dans sa volonté y doit nécessairement être gouverné ; autrement il sefoit à la fois sociable et insociable y et ia société seroit à la fois nécessaire et impossible.
On voit dans les tribunaux la nécessité absolue de la souveraineté ; car Fhomme doit être gouverna précisément comme il doit être jugé , et par la même raison ; c'est-à-dire , parce que, partout où il n'y a pas sentence y il y a combat.
Sur ce poiot, comme mxr tant d'autres, rfaomme ne sauroit imaginer rien de mieux
que ce qui existe , c'est-à-dire une puissance qui mène les tiommes par des règles g^érales, faites non pour un tel cas ou pour un tel homme , mais pour tous les cas , pour tous les temps et pour tous les homnies.
L'homme étant juste au moins dans son intention , toutes les fois qu'il ne s'agit pas de lui-même ; c'est ce qui rend la souveraineté et par conséquent la société possibles. Car les cas où la souveraineté est exposée à mal-faire volontairement, sont toujours , par la nature des choses , beaucoup plus rares que les autres, précisément pour suivre encore la même analogie ; comme dans l'administration de la justice, les cas où les juges sont tentés de prévariquer, sont nécessaij^ement Tarés par rapport aux autres. S'il en étoit autrement , l'administration de la justice seroit impossible comme la souveraineté.
Le prince le plus dissolu n'empêche pas qu'on poursuive les scandales pubhcs dans ses tribunaux , pourvu qu'il ne s'agisse pas de sa maîtresse. Mais comme il est seul au-dessus de la justice, quand même il donneroit malheureusement chez lui les exemples les plus dangereux , les lois générales pourroient toujours être exécutées. ^
L'^onune étant donc nécessairement associé
( ^o9 > et nëcessaîrement gouverné , sa volonté n'est pour rien dans rétablissement du gouvernement ; car, dès que les peuples n'ont pas le choix et que la souveraineté résulte directement de la nature humaine, les souverains n'existent plus par la grâce des peuples ; la souveraineté n'étant pas plus le résultat de leur volonté , que la société même.
On a souvent demandé si le roi étoit fait pour le peuple , ou celui-ci pour le premier ? Cette question suppose , ce me semble , bien peu de réflexion. Les deux propositions sont fausses prises séparément , et vraies prises ensemble. Le peuple est fait pour le souverain , le souverain est fait pour le peuple ; et l'un et l'autre sont faits pour qu'il y ait une souveraineté.
Le grand ressort, c^^ns la montre, n'est point fait pour le balancier, ni celui-ci pour le premier ; mais chacun d'eux pour l'autre ; et l'un et l'autre pour montrer l'heure.
Point de souverain sans nation , conmie point de nation sans souverain. Celle-^ci doit plus au souverain, que le souverain à la na^tion ; car elle lui doit l'existence sociale et tous les biens qui en résultent ; tandis que le prince ne doit à la souveraineté qu'un vain éclat qui n'a rien de commun avec le bonheur, et qui l'exclut même presque toujours.