AUTRES CONSIDÉRATIONS SUR LE MÊME SUJET
Je ne suis point obligé du tout de répondre aux objections qu'on pourroit élever contre les îdé^ que je viens d'exposer; car je n'entends nullement prêcher le droit indirect des Papes. Je dis seulement que ces idées n'ont rien d'absurde. «Tai^umente ad hominem j ou pour mieux dire , ad homines* Je prends la liberté de dire à mon siècle , qu'il y a contradiction manifeste entre son enthousiasme constitutionnel et son déchaînement contre les Papes ; je lui prouve , et rien n'est plus aisé y que , sur ce point important^ il en sait moins ou n'en sait pas plus que le moyen âge. Cessons de divaguer , et prenons enfin notre parti dé bonne foi sur la grande question de l'obéissance passive ou de la non-résistance. Veut-on poser en principe , « que , pour aucune p raison imaginable (i)> il n'est permis de
(i) Quand je dis aucune raison imaginable^ il va bien sans dire que j*excius toujours le cas oh le sou- TOM. I. i5
î> résister à Tautorité -, qu'il faut remercier ^ Dieu des bons princes , et souffrir patiemt* ment les mauvais, en attendant que le grand jf> réparateur des torts, le temps, en fasse » justice ; qu'il y a toujours plus de danger » à résister qu'à souffrir , etc. ? » J'y consens, et je suis prêt à signer pour l'avenir.
Mais s^il falloit absolument en vwiir à poser des bornes légales à la puissance souveraine , j'opinerois de tout mon cœur pour que les intérêts de l'humanité fussent confiés au Souverain Pontife.
Les défenseurs du droit de résistance se sont trop souvent dispensés de poser la question de bonne foi. En effet , il ne s'agît nullement de savoir si , mais quand et comment il est permis de résister. Le problème est tout pratique , et posé de cette manière , il fait trembler. Mais si le droit de résister se changeoit en droit d'empêcher, et qu'au lieu
veraîn commanderoil le crime. Je ne serais pas même éloigne de croire qu'il est des circonstances plus nom* breuses peut-être qu'on ne le croit, oti le mot de risis^ tance n'est pas synonyme de celui de révolte ; mais je ne puis et je n'aime pas même m'appesantir sur certains détails , d'autant plus que les principes généraux suffisent au but de cet ouvrage.
( 227 ) de résider dans le sujet , il appartînt à une puissance d*un autre ordre , Tinconvéïiient ne seroit plus le même, parce que celte hypothèse admet la résistance sans révolution et sans aucune violation de la souveraineté (i). De plus , ce droit d^opposition reposant sur une tête connue et unique , il pourroit être soumis à des règles , et exercé avec toute la prudence et avec toutes les nuances imaginables ; au lieu que , dans la résistance intérieure, il ne peut être exercé que par les sujets , par la foule , par le peuple en im mot , et par conséquent , par la voie seule de l'insurrectiop.
Ce n'est pas tout : le çeto du Pape pourroit être exercé contre tous les souverains , et s'adapteroit à toutes les constitutions et à tous les caractères nationaux. Ce mot de monarchie limitée est bientôt prononcé. En théorie , rien n'est plus aisé ; mais quand on en vient à la pratique et à l'expérience, on ne trouve qu'un exemple équivoque par sa durée , et que
(i) La déposition absolue et sans retour d'un prince temporel , cas infiniment rare 4ans la supposition actaelle, ne seroit pas plus une révolution que la mort de ce même souverain.
le jugement de Tacite a proscrit d'avance (i), sans parier d^une foule de circonstances qui permettent et forcent même de regarder ce gouvernement comme un phénomène purement local , et peut-être passager.
La puissance pontificale , au contraire , est par essence la moins sujette aux caprices dé la politique. Celui qui l'exerce est de plus toujours vieux, célibataire et prêtre j ce qui exclut les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des erreurs et des passions qui troublent les états. Enfin , comme il est éloigné , que sa puissance est d'une autre nature que celle des souverains temporels , et qu'il ne demande jamais rien pour lui , on pourroit croire assez légitimement que si tous les inconvéniens ne sont pas levés ^ ce qui est impossible , il en resteroit du moins aussi peu qu'il est permis de l'espérer, la nature humaine étant donnée; ce qui est pour tout homme sensé le point de perfection.
Il paroît donc cpie , pour retenir les souverainetés dans leurs bornes légitimes , c'est-àdire pour empêcher de violer les lois fonda-
(i) Délecta ex his et constituta reipuhlicœ forma hu* àarifaciliùs quàm evenire, vel si eyenerit kauddiutumm esse potest. Tacit. jinn. III, 33.
( ^^9 ) mentales de Tétat, dont la religion est la première , l'intervention , plus ou moins puissante 9 plus ou moins active de la suprématie spirituelle, seroit un moyen pour le moins aussi plausmle que tout autre.
On pourroit aller plus loin, et soutenir, avec une égale assurance , que ce moyen seroit encore le plus agréable ou le moins choquant pour les souverains. Si le prince est libre d'accepter ou de refuser des entraves , certainement il n'en acceptera point; car ni le pouvoir ni la liberté n'ont jamais su dire : Cest assez. Mais à supposer que la souveraineté se vît irrémissiblement forcée à recevoir un frein , et qu'il ne s'agit plus que de le choisir , je ne serois point étonné qu'elle préférât le Pape à un sénat colégislatif , à une assemblée nationale, etc. ; car les Souverains Pontifes demandent peu aux princes, et les énormités seules attireroient leur animadverslon (i).
(x) Si les états«gënëraux de France avoieni adressé i Louis XIV , une prière semblable i celle que les communes d'Angleterre adressèrent, vers la fin du XIV."" siècle , au roi Edouard lU. ( Hum. Ed. 111, i377, chap. XVI j in-l^^jp. SSa), Je suis persuade qu^ •a hauteur en eût été choquée beaucoup plus que d'une bulle donnée 9ous fannfau du pécheur et diriçëe à 1<^ aaéme fin*