‹ Du pape (volume 4)Chapitre 41 sur 52 · ARTICLE L · texte numérisé non relu

ARTICLE L

Sainteté des Mariages.

Un grand adversaire des Papes , qui s'est beaucoup plaint du scandale des excommunicaiionsy observe que c* étaient toujours des

^narit^mfidts au rompis qui ajouUdmt ce nommau scandale au pffemier (i).

Akigi un mduUèrt public est wi scandale^ •t Taote destmé & le réprimer est un scandak aussi. Jamais deux choses plus diffi^entes ne pc»4àreiit k mteM nom. Mais tenons-nous-ep pour le uiHnent à fassaftion incontestable ^fue lés Somwaùès Pontifes employèrent prmcipalemeni tes armes spùitudles pour réprin mer la licence anticonjugaie des princes.

Or jamais les Piapes et l'Eglise ^ ^i génëMÏ, «e rendirent de service plus signalé au monde <[ue celui de réprimer chez les^ princes , *pa)r

(i) Lettrés sur ^histoire. Paris, Nyoû, i8o5,tom.II, IfttreXLVH,p.4a6.

Lw .pftpieit tpiMks m'apprennent ^e les taleas A les «ervi^ du magUtral françaU, nnteur de cet lettres, Tont porte k la double illuatiiatiou ^e la pair^ et du ministère. Un gouvernement imitateur de TAngleterre ne sauroit Timiter plus heureusement que dans les distinctions qu'elle accorde aux grandes mi^ gistraluMS^ Je prie le respectable auteur de permette que je le.osotiedise de temps en len^M, à mesure qqe ses idées sV>ppo9eront aux miennes; car nouasomines^ lui et moi, une nouvelle preuve qu*aveç ait» vues également droites , de part et d autre , on peut néanmoins se trouver opposé de front Cette polémique innocente servira , je Tespère , la vérité , sans blesser la courtoisie.

rautorifcé cks censures ecdéskstiques , les accès d'une p^ission ternJble , méune chez les Jiommes doMx, mais qui n-a plua dencmi chez les hommes violeos., et'^jui se jouera consrtamment des^plus saintes lois du ; mariage , :partoujt oii elle sera à Taise. L'aftiour, lors- (ju'il n'est pa& apprivoisé jusqu'à un* certain p^int par une extrême civilisation , est un animal féroce, capable des plus horribles excès. Si Ton ne veut pas qu'il dévore tout , il faut ^qu'il soit enchaîné^. ^ il ne peut l'être que par la^terjceur : mais qu6 fera-t-on craindre à celui qi^ ne craint rien sur la terre ? La sainteté des mariages, base sacrée du bonheur public, est surtout de JLa plifs haute imporj^ce dans les familles royales où les désordre^ d'un .cei^ taîtt gen^e ont des 'suites inc^ukUes , d#nt -on est bien éloigné de se douter. Si" dons là feunéssé dès^tialîons septentrionales!,' les Papes 'n*avoïeiit pas' eu le moyen d^épôuvanler les pa^i^ins souveisiipies^i^ 1^ pppçes,^ 4?. caprices 4^ caprices. et xi'^abus en aj^us^ aturPÀ^nt fini par établir ei^ loi le divorce, et > peut-être la •polygiimie; etce désordre «erépétafiit, comme *il arrive Ibuj'ourfe^ jusque dans les dernières classes de ta société, aucun œil ne sauroit plus apercevoir les bornes pu se seroit arrêté un tel débordement.

Luther » dëbarrassé de cette puissance' inn commode qui , sur aucun point de la morale, n'est plus inflexible que sur celui du mariage, n'eut-il pas l'effronterie d'écrire dans son com« mentaire sur la Genèse , publié en i525 , que sur la question de smH>ir si ton peut (woir^ plusieurs femmes , t autorité des patriarches nous laisse libres ; qus la chose vlest ni per-^ mise ni défendue j et que pour lui il ne décide rien (i) : édifiante théorie qui trouva bientôt son application dans la maison du landgrave de Hesse-GaaseL

Qu'on eût Laissé faire les princes indomptés du moyen âge , et bientôt «n eût vu les mœurs des païens (2). L'Eglise même, malgré sa vigi-^ lance et ses effcnis infatigables , et malgré la force qu'elle exerçoit sur les : esprits dans le» siècles plus ou moins reculés, n'obtenoit ce^ pendant que des succès équivoques ou in^

(1) BéUarmin ^ êe Controç* christ* Jiê. ïngolsL 1601 ,' iti'-foL tom* iXIf CoL 17^*

, (a) « Les rois francs, Contran , Çaribert , Sigebertj^ A Chilpëric, Dagobert , avoient en plusieurs femmes à » la fois , sans qu^on en eût murmure ; et si c'ëtoif un Ti scud éafe , il étoit sans trooble. >» '( Volt. Essai sur Vhist. généi. tom. 1 ^ chap^XXX, ^-^^fi^y'kAmM&o% le filtt-^ il.prouvf sfulenMot cçv^bieq Àià aynaJiM^bk» prpifes avoieiit besoin d'être réprimes.

( 27o) teitnitteM. EUe n'a vaincu (pi'ài ne rectdaht jamais»

Le noble auteur <]ue je citois toiA-à4'keure a fait lies (réflexions bien sages sur la répudia* tion d'Eiëonore de Guyemie. « Cette répudia»

1^ tion, dit-ily fit perdre àLouis VII les riches » provinces qu'elle lui avoit apportées^..».. Le » maria^ d'Ellëonore arrondissoit le royaume » et rétendoit îosqu'à la ma* de Gascogne* « C'étoit Tottvrage du célèbre Suger, un des » plus grands benunes qui aient existé » on )> des plus grands ministres ^ un des plus^ I» grands bienfiûteurs de la monarchie. Tant n qu'il vécut, il s'apposa à une répudiation » qui devait attirer sur la France tant de ca- 91 lamités; mais après sa mort, Louis TII n'é- )i conta que les motift 'de mécontentement » personnels qu'il avoit contre Eléonore. /^ 9» de0(nt songtr queUsmaric^eB des rois sont » autre chose que des actes de JamUle : c#

» SOfit^ ET C'ÉTOlEMt SURTOUT ÀLOto, des tràl^

» tés politiques qiûon ne peut changer sans 1» donner tes plus grandes secousses aux états » dont ils ont réglé le sort (i).

On ne sauroit mieux dire : mais tottt-à«-

(0 lettret aw lliMoiM, Oià. Utbe XLVI, p. tjtf

( ^7^ ) fhevdrej lorsqtfil è'àgissoit des triamgës sait lesquels le Pape fff oit crû deffoîr îriterpôse* ton watarité , k chose s'aStfAt k faoteui' sou^ rnie toute autre fkce, et Faction lia Somrertaiint Pontife y pom eitipéùhet un altère solénttel , nétoit plus çtùuh scandale ajotUi à celui de t adultère. Telle est y même sur les meilleure esprits , la ftrtrce entratiTiante dés préfogés dé siècle, de natîdn et de eotps f il étoît cependant 4rès-àîsë de Voir qù*an grand bomme, capable d'arrêter un pririce passionné , et on prince passionné capable de se laisser njenèr par un ^rand honntié, sont détix phétiômènes si tares, qu'il n'y a rien de si rare au mfonde , excepté rheuretme rencontre <f un tel niiiniiitfe et d'un tel prince.

L'écrivain que j'ai cité dit fort bien, stJRTOUt ALOhs. Sans doute , surtout alors ! H falloit donc daté dëii remèdes dont on petit se passet kt qiH seroient fdéme nuisibles dujoutdhui.

L'e*ttéttie civili^tion apprivoise les passions : en les rendant peuf-^étre plus abjectes et ^\ùk cbrru{ittires, eUe lenrète atrmoini^ cette férbce iihpéttiôsité qui distingue 1» bai^arie. Le chri4tia^me, qiniie ttssé d!é tHva2Ëe)r suV Yhotxtméj à tfultdUt déployé ses forces dand la jeunesse ésÈ Aationss; niè3« tblntéla puissaiïeè de ffi^Bl^ seroit nulle si elle n'étoit pas concentrée txà

une seule tête étrangère et souveraine. Le prêtre sujet manquç toujours de force, etpeut^ être même qu'il en doit manquer à l'égard de * son souverain. La Providence peut susciter un Ambroise (rara wis in terris ! ) pour etfrayer un Théodose: mais dans le cours ordinaire des choses , . le bon exemple et les remontrances respectueuses sont tout ce qu'on doit attendra du sacerdoce. A Dieu ne plaise - que je nie le mérite et Telficacité réelle de ces moyens!

inais , pour le grand œuvre qui se préparoity il en falloit d'autres; et pour l'accomplir, aUr tant que notre foible nature le permet, les Papes furent choisis. Ils ont tout fait pour la gloire, pour la dj^té, pour la con^rvah tion surtout des races souveraines. Quellç autre puissance pouvoit se douter de l'impor- .tance des lois du marine sur les trônes sur^ tout^ et quelle autre paissauce ppuvoit les faire exécuter sur les trôner surtout? I^otiè siècle grossier art'-il pu seulement s'occupe^ de l'un àe^ plu$ profonds mystères du mond^^ Jl ne seroit cepea^^^t p^s difficile de déçois vrîr ceitaines lois , m même d'en montrer I4 sanction d^ns Jk3 év^meqs connus, si le respect, le. perapettoit: mai^ que. dire à des hommes qui croieot qH'iilf j payent fm^ de% ^Quverains?^.^ ^., 'v.-::-r.i: ...-. :. -.^c

Ce livre n'ëtant pas une histoire, )e ne veux point accumuler les citations. U suffira d'observer en général que les Papes ont lutté , et.pouvoient seuls lutter sans relâche pour maintepir sur les trônes la pureté et rindis-. solubilité du mariage , et que , pour cette raison seule , ils pourroient être placés ^ la tête des bienfaiteurs du genre humain, a Car » les mariages des princes , c'est Voltaire qui )» parle , font dans l'Europe le destin des peu* » pies ; et jamais il n'y a eu de cour entière- » ment lii^ée à la débauche jscms qu'il y ait eu 3» des résolutions et même des séditions (i). »:

Il est vrai que ce même Voltaire, après avoir rendu un témoignage si éclatant à la vérité, se déshonore ailleurs par une contradiction frappante , qu'il appuie d'une obser* vation pitoyable.

« L'aventure de Lothaire^ dit-il , fut le )> premier scandale touchant Iq mariage des » têtes couronnées en occident (xi) >]. Voilà encore le mot de scandale appUcjpié avec 1^ même justesse que nous avons .ac^mirée plus haut ; mais ce qui suit est exquis : « Les an-

(i) Voltaire , Essai sur rhi#L.giéo. fom^dyyiy Qh..CIy pag. 5i8 ; ch« Cil , pag. 5ao. i

(a) Ibid. tom. 1, chap. XXX, p. 499* .^ • •, TOM. I. 1 8

p cîens Romains et les Orientaux furent plus » heureux sur ce point (i). »

Quelle insigne dëraison ! Les anciens Romains n'avoient point de rois ; depuis ils eurent des tnonstres. Les Orientaux ont la polygamie et tout ce qu'elle a produit. Nous aurions aujourd'hui des monstres , ou la polygamie , ou l'un et Fautre, sans les Papes.

Lothaire ajant répudié sa femme pour épouser sa maîtresse , avoit fait approuver son mariage par deux conciles assemblés ^ Fun à Metz, Fautre à Aix-la-Chapelle. Le Pape Nicolas I le cassa, et son successeur, Adrien II , fit jurer au roi , en lui donnant la communion, qu'il avoit sincèrement quitté Waldrade ( ce qui étoit cependant faux) , et il exigea le même serment de tous les seigneurs qui accompagnoient Lothaire. Ceux-ci moururent presque tous subitement, et le roi luimême expira un mois juste après son serment.

Là-dessus Voltaire n'a pas manqué de nous dire , que tous les historiens n'ont pas manqwé ék crier au miracle (2). Au fond, on est étonné

' (1) VoHoire^ Esied sur Fhist gén. tom. I , ch. XXXf

pag. 449* (a) Ibid. ^ . - .

souvent de choses moins étonnantes ; imds il ne s'agit point ici de miracles ; contentons* nous d'observer que ces grands et mémorables actes d'autorité spirituelle sont dignes de l'étemelle reconnoissance des hommes . et n'ont jamais pu émaner que des Souverains Pontifes. Et lorsque Philippe, roi de France, s'avisa, en 1092, d'épouser une fenune mariée, l'archevêque de Rouen, l'évéque de Senlis et celui de Bayeux , n'eurent-ils pas la bonté de bénir cet étrange mariage , malgré l'opposition d'Yves de Chartres ?

Quand on roi veat le crime, il eat trop obëi*

Le Papfs seul pouvoit donc y mettre opposition ; et loin de déployer une sévérité exagérée , il finit par se contenter d'une promesse fort mal exécutée*

Dans ces deux exemples on voit tous les autres. L'opposition ne sautoit être placée mieux que dans une puissance étrangère et souveraine , même temporellement. Car les Majestés j en se contrariant, en se balançant, en se choquant même, ne se lèsent point, nul n'étant avili en combattant son égal ; au lieu que si l'opposition est dans l'état même , chaque acte de résistance , de quelque ma-

nière qu'il 6oit formé , compromet la souveraineté.

Le temps est venu où, pour le bonheur de rhumanité, il seroit bien à désirer que les Papes reprissent une juridiction éclairée sur les mariages des princes , non par un ueto effrayant, mais par de simples refus, qui devroient plaire à la raison européenne. De funestes décliiremens religieux ont divisé l'Europe en trois grandes familles : la latine, la protestante, et celle qu'on nomme grecque. Cette scission a restreint infinin^nt le cercle des mariages dans la famille latine: chez les deux autres il y a moins de danger sans doute , l'indiSérence sur les dogmes se prêtant sans difficulté à toute sorte d'arrangement ; mais chez nous le danger est immense. Si l'on n'y prend garde incessamment, toutes les races augustes marcheront rapidement à leur destruction , et sans doute il y auroit une foiblesse bien criminelle à cacher que le mal a déjà commencé.

Qu'on se hâte d'y réfléchir pendant qu'il en est temps. Toute djTiastie nouvelle étant une plante qui ne croit que dans le sang humain, le mépris des principes les plus évidens expose de nouveau l'Europe , et par conséquent le monde à d'interminables carnages. O princes!

que nous aimons, que nous vénérons, pour

( 277 ) qui nous sommes prêts à verser notre sang au plumier appel , sauvez-nous des guerres de successions. Nous avons ëpousë vos races ; conservez-les ! Vous avez succédé à vos pères^ pourquoi ne voulez-vous pas que vos fils vous succèdent ? - Et de quoi vous servira notre dé* Vouement si vous le rendez inutile ? Laissez donc arriver la vérité jusqu'à vous; et puisque les conseils les plus inconsidérés ont réduit le Grand-Prêtre à ne plus oser vous la dire ^ permettez au moins que vos fidèles serviteurs Tintroduisent auprès de vous.

Quelle loi dans la nature entière est plus évidente que celle qui a statué que tout ce qui germe dans Tunivers désire un sol étran-r ger ? La graine se développe à regret sur ce même sol qui porta la tige dont elle descend: il faut semer sur la montagne le blé de la plaine , et dans la plaine celui de la montagne ; de tous côtés on appelle la semence Lointaine^ La loi dans le règne animal devient plus frap^ pante; aussi tous les législateurs lui rendirent hommage par des prôlôbitions plus ou moins étendues» Chez les nations dégénérées, qui s^ou* blièrent }usqa'à permettre le mariage entre d^ frères et djessœurs^ ces unions infâmes produi*^ sirent des monstres. La loi chrétienne , dont Vwx des. caractères les plus distiactlfs est de-

s'emparer de toutes les idées générales pour les réunir et les perfectionner^ étendit beaucoup les prohihâtions ; s'il y eut quelquefois de l'excès dans ce genre , c'étoit l'excès du bien , et ja^ maïs les canons n'égalèrent sur ce point la sévérité des lois chinoises (i ). Dans Tordre matériel les animaux sont nos maîtres. Par quel aveuglement déplorable l'homme qiii dépenr* sera une somme énorme pour unir, par exemple , le cheval d'Arabie à la cavale nor^ mande, se donnera-t-il néanmoins sans la moindre difficulté une épouse de son sang?

Heureusement toutes nos fautes ne sont pas mortelles; mais toutes cependant sont des fautes , et toutes deviennent mortelles par la continuation et par la répétition* Chaque forme organique portant en elle-même un principe de destruction , si deux de ces prin-^ cipes viennent à s'unir, ils produiront une troisième forme incomparablement plus mau^ vaise ; car toutes lés puissances qui s'unissent ne s'additionnent pas seulement, elles s^ mul-> tiplient. Le Souverain Pontife àuroit-il par hasard le droit de dispenser des lois physiql^s?

(i) Il n'y a que cent noms à la Chine , et le mariage y est probil>é entre toutes personnes qui portent le même nom, quand même U n y a plus de parenté.

( 279 ) Partisan sincère et systématique de ses prérogatives , j'avoue cependant que celle-là m'étoit inconnue. Rome moderne n'est-elle point surprise ou rêveuse , lorsque Thistoire lui apfnrend ce qu'on pensoit dans le siècle de Tibère et de Caligula de certaines unions alors inouies? (i) et les vers accusateurs qui faisoîeût retentir la scène antique, répétés aujourd'hui par la voix des sages, ne rencontrennent-As point quelque foible écho dans les murs de S. Pierre (2) ? '

Sans doute que des circoflstaAces extraordinaires exigent quelquefois, ou permettent au moins des dispositions extraordinaires ; mais il faut se ressouvenir aussi que toute exception à la loi , admise par la loi , ne demande plus qu'à devenir loL

Quand même ma respectueuse voix pourront s'élever jusqu'à ces hautes régions o& les erreurs prolongées peuvent avoir de si fupestes suites , elle ne sauroit y être prke pour celle de l'audace où cfe Timprud^ce. Dieu donna à la franchise , à la fidélité , à la droiture , un accent qui ne peut être ni contrefait ni mé-^ €H)nnu.

(1} TacUe , ann* XII ^ 5., &, 7. , (a) Senecas Trag. octav. I,, i38^ &3^^^

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