‹ Du pape (volume 4)Chapitre 42 sur 52 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

Maintien des Zois ecclésiastiques et âes Mœurs

sacerdotales.

0N.pemt.4U^» au pied 4e la lettre, en demandant grâice pour une expression trop familière^ que vers Je X** siècle le genre humain , en Europe , étoà, devenu fou. Du Tné-> lange de. la. cojrruption romaine avec la férocité des Barhaiïes qui avoient inondé l'empire ^ U étoit enfin ^résulté un état de choses que heureusement peut-:être on ne reverra plus.

LaférocUé et la déba^cfie j t anarchie et la pauvreté étaient doits tous les états» Janiaiâ rignorance ne fut plus universelle (i). Pour défendre l'Eglise contre le débordement af-^ freux de la corruption et de l'ignorance , il ne falloit pas moins qu'une puissance d'un ordre supérieur , et tout-à-fait nouvelle dam le moi^e^ Ce fut celle des Sape^* Eux-nsiémes „ dans ce malheureux siècle, payèrent un tribut fatal et passager au désordre général Xa Chaire pontificale étoit opprimée , déshonorée

(i) VolUlre , Essai sur Vt^Moire gëqéral^ , lom* l, ebap. XXXVllI , p. Ç33^

(^^Ôi ) et sanglante (i) ; mais bientôt elle reprit son •ancienne dignité ; et c'est aux Papes que Fon dut le nouvel ordre qui s'établit (â).

Il seroit permis sans doute de s'irriter de la mauvaise foi qui insiste avec tant d'aigreur sur les vices de quelques Papes , sans dire un mot de l'efiroyable débordement qui régna de leur temps.

J'ai toujours eu d'ailleurs , sur cette triste époque, une pensée qui veut absolument se placer ici. Lorsque des courtisanes toutespuissantes, des monstres de licence et de scélératesse , profitant des désordres publics , s'étoient emparées du pouvoir , disposoient de tout à Rome , et portoient sur le Siège de S. Pierre, par les moyens les plus coupables, ou leurs fils ou leurs amans, je nie très-expressément que ces hommes aient été Papes* Celui qui entreprendroit de prouver la pro-

(i) Voltaire, Essai sur Htlstoire- gëoërale , lom. I, chap. XXXIV, p.5i6,

(2) « On s'étonne que sous tant de Papes si scandaleux » ( X.« siècle ) et si peu puissans , TEglise romaine ne » perdit ni ses prérogatives nises prëtentions.*» ( Volt. ih. çbap. XXXV. )

Cest fort bien dit de s'iionner ; car le phénomène ^t t^uniainement inexplicable.

position contraire, se trouveroit certainement fort empêché.

Après avoir jeté cette observation sur ma route y je passe à la grande question qui a si fort retenti dans le monde : je veux parler de celle des investitures , agitée alors entre les deux puissances avec une chaleur que des hommes , même passablement instruits , ont peine k comprendre de nos jours. .

Certes, ce n'étoit pas une vaine querelle que celle des investitures. Le pouvoir temporel méhaçoit ouvertement d'éteindre la suprématie ecclésiastique. L'esprit féodal qui dominoit alors , alloit faire de l'ËgEse , en AUemagne et en Italie, un grand fief relevant de Fempereur. Les mots , toujours dangereux, rétoient particulièrement sur ce point, en ce que celui de bénéfice appartenoit à la langue féodale, et qu'il signifioit également le fief et le titre ecclésiastique ; car le fief étoit le bénéfice ou le bienfait par excellence (i). H iàXkA même des lois pour empêcher les prélats de donner en fiefs les biens ecclésias^

(i) Sic progressumestut adJiUos J^ffn/rfj|(feudum)i in quÊim scilicet dominus hoc \^elUt hmefiàum periiatTt* ( Consuet feud. Ub. 1, Ut 1, § L }

tiques, tout le monde voulant être vassal ou sus^erain (i).

Henri Y demandoit ou qu'on lui abandonnât les investitures 9 ou qu'on obligeât les évéques à renoncer à tous les grands biens et à tous les droits qu'ils tenoient de Fem^ pire (3).

La confiisioa des idëes est visible dans cette prétention. Le prince ne voyoit que les pos* sessions tenaporelles et le titre féodal. Le pape Calixte II lui fit proposer d'établir les choses sur le pied où eUes étoient en France , où ^ quoique les investitures ne se prissent point par l'anneau al: la crosse , les évéques ne lais* soient pas de s'acquitter parfaitement de leurs devoirs pour le temporel et les fiefs (3).

Au concile de Reims, tenu en 1119 par ce même Calixte II , les Français prouvèrent déjà à quel point ils avoient l'oreille juste. Csûf le Pape ayant dit : Nous défendons absolument de recewir de la main et une personne laïque VinvestUure des églises , ni celle des UenM

(0 Episcopum vet abbaiem feuâum dàre non passe. ( Consuet feud. ibid. lib. I, tit. VI. )

(a) Maiiabourg, Hiftt de la décad. de Pemp. tom. II, Iw. IV. A. 1109^

(3) Ibid. A. 1119.

ecclésiastiques j toute rassemblée se récria, parce que le canon sembloit refuser aux princes le droit de donner les fiefs et les régales dépendant de leurs couronnes. Mais dès que le Pape eut changé Fexpressîon et dit :

Nous défendons absolument de receçoir des laïques V investiture des éi^chés et des abbayesy il n'y eut qu'une voix pour approuver tant le décret que la sentence d'excommunication.

Il y avoit à ce concile au moins quinze archevêques , deux cents évoques de France , d'Espagne , d'Angleterre et d'Allemagne même. Le roi de France étoit présent , et Sugcr approuvbît. •

Ce fameux ministre ne parlé de Henri V que comme d'un parricide dépourvu de tout sentiment d'humanité ; et le roi de France promit au Pape de l'assista de toutes ses forces contre l'empereur (i).

Ce n'est point ici un caprice du Pape ; c'est Favis de toute l'Eglise , et c'est encore celui de la puissance temporelle la plus éclairée qu'il fut possible de citer alors.

Le pape Adrien IV donna un second exemple de l'extrême attention qui étoit indispen-

(i) Maimbourg, Ilist. de la dëcad. de feinp. toin^Ui^ liv. IV. A. 1119%

sable alors pour distinguer des choses qui ne pou voient ni diflfërer davantage, ni se toucher de plus près. Ce Pape ayant avancé , peut-être sans y bien réfléchir^ que Vempereur ( Frédéric I/' ) tenoit de lui le BÉNÉFICE de la couronne impériale , ce prince crut devoir le conti'edire pubUquement par une lettre circulaire ; sur quoi le Pape , voyant combien ce mot de bénéfice avoit excité d'alarmes , prit le parti de s'expliquer , en déclarant que par bénéfice il avoit entendu bienfait (i).

Cependant l'empereur d'Allemagne vendoit publiquement les bénéfices ecclésiastiques. Les prêtres portoient les armes (2) ; un concubi-

(i) Il serait inutile de parler ici latin , puisque notre langue se prête à représenter exactement cette redoutable thèse de grammaire.

(2) Maimbourg, ibid. liv. IIl. A. 1074- — « Frëdërîc y* ternit, par plusieurs actes de tyrannie, Fëclat de set 7» belles qualités. Il se brouilla sans raison avec diffë- » rens Papes ; il saisit le revenu des bénéfices vacans ; j> s*appropria la nomination aux évécbés, et fit ouver- » tement un trafic simoniaque de ce qui étoit sacré, j» ( Vies des saints , trad. de l'anglais , in-8*^ tom. III ^ j». 522. S. Guldin , 18 avril. )

« Il n y avoit peut-être pas alors un seul évèque qui » crût la simonie un péché. » C'est le témoignage de S. Pierre Damien , cilé par le docteur MarcheUi, dana sa critique de Fleury- ( Tom. I , art 1 9 § II 1 p* 490

nage scandaleux souilloit Tordre sacerdotal ; il ne falloit plus qu'une mauvaise tête pour anéantir le sacerdoce, en proposant le mariage des prêtres comme un remède à de plus grands maux. Le Saint Siège seul put s'opposer au torrent , et mettre au moins TEglise en état d'attendre , sans une subversion totale, la réforme qui devoit s'opérer dans les siècles sui vans. Ecoutons encore Voltaire dont le bon sens naturel fait regretter que la passion l'en prive si souvent.

« Il résulte de toute l'histoire de ces temps- » là , que la société avoit peu de règles cer-- » laines chez les nations occidentales ; que » les états avoient peu de lois , et que l'Eglise » vouloit leur en donner (i). *>

Mais parmi tous les Pontifes appelés à ce grand œuvre, Grégoire VII s'élève majestueusement ,

Qr:antùm tenta soient inter vïbuma cupressi^

Les historiens de son temps , même ceux que leur naissance pouvoit faire pencher du cdté des empereurs , ont rendu pleine justice à ce grand homme. i< Cétoit, dit l'un d'eux, un hom- » me profondément instruit dans les saintes

(0 Volt Essai sur rhist géa. 1 1, ch. XXX, p. 5a.

(287 ) V lettres , et brillant de toutes les sortes de » vertus (i ). » — « H exprimoit, dit un autre, t> dans sa conduite toutes les vertus que sa 1» bouche enseignoit aux hommes (2) ; » et Fleury qui ne gâte pas les Papes , comme on sait 9 ne refuse point cependant de reconnoitre que Grégoire VII « fut un honune vertueux , » né avec un grand courage , élevé dans la 9 discipliné monastique la plus sévère, et p plein d'un zèle ardent pour piu'ger l'Eglise 3» des vices dont il la voyoit infectée , particule lièrement de la simonie et de Fincontûience » du clei^é (3). r>

Ce fiit un superbe moment, et qui fourniroit le sujet d'un très -beau tableau, que celui de l'entrevue de Canossa près de Reggîo^ en 1077, lorsque ce Pape, tenant l'eucharistie entre ses mains , se tourna du côté de l'em-^ pereur, et le somma de jurer y comme iljuroit

(i) Virum sacris Utteris eruditissimum et omnium çirtutum génère celeherrimum. ( Lambert de Schàfnabourg , le plus fidèle des bistoriens de ce temps-li. ) Maimb. ibid. ann. 1071 i 1076*

(2) Quod verbo docuit exemplo declarùviu .( Othon de Frisingae, ibid* ann. loyS. ) Le témoignage de cet annaliste n'est pas suspect. •

(3) EMsc m, sur lliist ecclés. n.« 17, et IV.^ dise. ».• 1.

lui-même y sur son salut étemel^ de n'm^zr jamais agi qu'avec une pureté parfaite din-tention pour la gloire de Dieu et le bonheur des peuples ; sans que Fempereur , oppressé par sa conscience et par l'ascendant du Pontife, osât répéter la formule ni recevoir la conununion.

Grégoire ne présumoit donc .pas trop de lui-même, lorsqu'en s'attribuarit , avec la confiance intime de sa force , la mission d'instituer la souveraineté européenne , jeune encore à cette époque et dans la fougue des passions, il écrivoit ces paroles remarqua-* blés : « Nous avons soin, avec Tassistailce di- 3» vine , de fournir aux empereurs, aux rois et » aux autres souverains , les armes spirituelles » dont ils ont besoin pour apaiser cliez eux » les tempêtes furieuses de l'orgueil. *>

C'est-à-dire, je leur apprends qu'un roi n'est pas un tyran. — Et qui donc le leur auroit appris sans lui (i)?

(i) Imperatoribus et regihus , cœUrisque prindpihus^ ut êlationes maris et superbiœ Jlucius comprimere va* Itant <irma humilitatis , Deo auctore providere curamusm

Cest cependant de ce^and homme que Voltaire a osé dire : « L'Eglise l'a mis au nombre des saints^ » comme les peuples de Tantiquitë dëifioient leurs de-

Maîmbourg se plaint sërieusement de ce que «( rhumeur impérieuse et inflexible de 3» Grégoire VII ne put lui permettre d'accom- » pagner son zèle de cette belle modération p qu'eurent ses cinq prédécesseurs (i )« »

Malheureusement , la belle modération, de ces Pontifes ne corrigea rien , et toujours on se moqua d'eux. Jamais la violence ne fut arrêtée par la modération. Jamais les puis^ sances ne se balancent que par des efforts contraires. Les empereurs se portèrent contre les Papes à des excès inouis dont on ne parle jamais : ceux-ci à leur toujf peuvent quelquefois avoir passé envers les empereurs les bornes de la modération ; et Ton fait grand bruit de ces actes un peu exagérés que Ton présente comme des forfaits. Mais les choses humaines ne vont point autrement. Jamais aucune constitution ne s'est formée, jamais aucun amalgame politique n'a pu s'opérer autrement que par le mélange de differens

n fenseurs ; et les sages Font mis au nombre des fous. » tom. III f chap. XLVI, pag. 44*) •** Grégoire VII un fou ! et fou au jugement des sages , comme les anciens àijenseurs des peuples lîEfk vérité. -— Mais on ne réfute pas un fou ( ici Texpression est exacte ) ; il suffit da le présenter et de le laisser dire.

(i) Hist de la décad. etc. liv. IIL A. 1073.

â^mens qui, s^^nt d'abord choqués, ont fini par se pënftrer et se tranquilliser.

Les Papes ne disputoient point aux empereurs rinvestiture par le sceptre ^ mais seulement FinVestiture par la crosse et F anneau.

Ce n'étoit rien , dbra-t-on. Au contraire c'ëtoît tout Et conunent se seroit-on si fort ëchauâTë de part et d'autre , si la question n'avoit pas ëté importante ? Les Papes ne disputoient pas même sur les élections , comme Maimboui^ le prouve par l'exemple de Suger (i). Us consentoient de . plus à l'investiture par le sceptre ; c'est-à-dire qu'ils ne s'opposoient point à ce que les prélats , considérés comme vassaux , reçussent de leur, seigneur suzerain , par FinvestRure féodale, ce mère et mixte empire ( pour parler le langage féodal ) , véritable essence du fief, qui suppose de la part du seigneur féodal une participation à la souveraineté , payée envers le seigneur suzerain qui en* est la source , par la dépendance politique et la loi militaire (2).

(i) Hist de la décad. etc. liv. IIT. A. ttar.

(2) Voltaire est excessivement plaisant sur le gouvernement féodal. « On a long-temps recherché , dit-if, » l'origine de ce gouvernement ; il est à croire q^Û n n en a point diantre que Tancienne coutume de toutes

( ^9^ ) Mais ils ne vouloient point d*investiture par la crosse et par t anneau , de peur que le souverain temporel, ne se- servant de ces deux signes religieux pour la cérémonie de Tinves-titure, n'eût Fair de conférer lui-même le titre et la juridiction spirituelle , en changeant ainsi le bénéfice en fief; et sur ce point, Tempereur se vit à la fin obligé de céder (i).

Mais dix ans après, Lothaire revenoit encore à la chaîne et tâchoit d'obtenir du pape Innocent II le rétablissement des investitures

i» les nations d'imposer un hommage et un tribut au » plus foible. » ( Ibid. tom. I, cbap. XXXIII, p. Sia* ) Voilà ce que Voltaire saroit sur ce gouvernement fui fut y comme Ta 8it Montesquieu inrec beaucoup da vérité , un moment unique dans Xhistoire. Tous les ouvrages sérieux de Voltaire , s'il en a fait de sérieux , itincellent de traits semblables ; et il est utile de les faire remarquer , afin que chacun soit bien convainca que nul degré d'esprit et de talent ne sauroit donner k aucun homme le droit de parler de ce qu*il ne uâk pas.

« Les empereurs et les rois ne 'prétendoient pas » donner le Saint-Esprit, mais ils' vouloient lliom-^ 1^ mage du tempoirel qulh ann>ieift donné. On se m battit pour une oérémonie indifférente. » ( Volt ibid» ehap. XLVL ) Voltaire n*y comprend rien.

(i) flist. de la décad. ete. liv. III. A. 1 121.

( ^9^ ) par la crosse et TaJineau ( ii3i ), tant cet pbjet paroissoùy c'est-à-dire étoit important ! , Grégoire VII alla sans doute sur ce point plus loin que les autres Papes , puisqu'il se crut en droit de contester au souverain le serment purement féodal du prélat vassal. Ici on peut voir une de ces exagérations dont je parlois tout-à-Fheure ; mais il faut aussi çojisidérer Texcès que Grégoire avoit en vue. B craignoit le Jief qui éclipsoit le bénéfice. Il craignoit les prêtres guerriers. Il faut se mettre dans le véritable point de vue , et Ton trouvera moins légère cette raison alléguée dans le concile de Cbâlons-sur-Sadne, ( 1078 ), pour soustraire les ecclésiastiques au serment' féodal, çue les mains qvi consacroient le corps de Jésus-ChriM ne devient point se mettre entre des mains trop souvent souillées par Tejfusion du sang humain , peut-être encore par des rapines ou d autres crimes (1). Chaque

(i) On sait que le vassal, en prêtant le serment qui précédoit l'investiture, tenoit ses mains jointes dans celles de son seig^neur.

Thê council dêclared exécrable that pure hanis tvhich cottïd cmbate god\, etc. ( Hume's W^illiam Bufus. ch. V. } 11 faut remarquer en passant la belle expression crier Dieu. Nous avons beau répéter que

(293) Siècle a ses préjuges et sa manière de voir d'après laquelle il doit être jugé. C'est un insupportable sophisme du ndtrç de supposer constanunent que ce qui seroit condamnable de nos jours , Tétoit de même dans les temps passes ; et que Grégoire VII devoit' en agir avec Henri IV , comme en agiroit Pie VII envers sa majesté Fempereur François H.

On accuse ce Pape d'avoir envoyé trop de légats ; mais c'est uniquement parce qu'il ne pou voit se fier aux conciles provinciaux; et Fleury qui n'est pas suspect et qui préféroit ces conciles aux légats ( i ) , convient néanmoins que si les prélats allemands redoutoient si fort l'arrivée des légats , c'esl çu*ils se sentoient coupables àe simonie ^ et qu'ils voyoient arriver leurs juges (2).

En un mot , c'en étoit foit de l'Eglise , humainement parlant ; eUe n'avoit plus de

Fassertioi» ce pain est Dieu ne sauroit appartenir qu'i un insensé ( Bossuet, Hist. des Tariat. liv. II , n.^ 3 ) , les protestans finiront peut-être eax-mèmes avant qut finisse le reproche qu'ils nous adressent de faire Dieu wec de la farine^ Il en coûte de renoncer k cette gentillesse.

(1) IV/ Disc, n." !!•

(a) Hist. eccK liv. LXII^ n.^ lu

forme » plus de police y et bientôt plus de nom t sans Tintervention extraordinaire des Papes cpii se substituèrent à des autorités égarées ou corrompues ^ et gouvernèrent d'une matmère plus immédiate pour rétablir Tordre.

Cen étoit fait aussi de la monarchie européenne, sî4es souverains détestables n'avoient pas trouvé sur leur route un obstacle terrible ; et pour ne parler dans ce moment que de Grégoire VU, je ne doute pas que tout homme équitable ne souscrive au jugement parfai* tëment dé^téressé qu'£n a porté rhistorieii des révolutions d'Allemagne. « La simple » exposition des faits, dit- il, démontre que » la conduite de ce Pontife fut celle que tout » honune d'un caractère ferme et éclairé » auroit tenue dans les mêmes circonstao* » ces ( I ) » On aura beau lutter contre la vérité , il faudra enfin que tous les bons e»* prits en reviennent à cette décision*

(0 Wvùiugdone deUa Germsnia , di Carlo Dmina»

ARTICLE ÎU.

, Liberté de t Italie.

Le troisième but que les Papes poursuivirent sans relâche , coimne princes temporels , îok la liberté de TltaUe qu'ils vouloient absolument soustraire à la puissance allemande.

« Après les trois Othons , le combat de la doj» mination allemande et de la libefté italique » resta long-temps dans les mêmes termes (i )• » U me paroit sensible que le vrai fond de la n querelle étoit que les Papes et Les Romains » ne vouloient point d'emperenrs à Ro!me.(d)'^ c'est-à-dire qu'ils ne vouloient point de maîtrf» chez eux.

Voilà la vérité. La postérité de CharleBM^ne étoit éteinte. L'Italie ni les Papes en particulier ne dévoient rien aux princes q^ la renvplacèrent en Allemagne. « Ces princes trai^ 3» choient tout par le glaive (3). Les Italiens j» avoient certes un' droit phis naturel à la li- 3» berté, qu'un Allemand n'en avoit d'être leur

(i) VoU. Essai sur Thisi géa. toocu l, oh. XXXVII» pag* b2& (a) Ibid. ch. XLVI.

(3) ttdd. tonw U^rfuXLVlI:, pag. S7.

ï» maître (i). Les Italiens n'obëissoient jamais » que malgré eux au sang germanique; et cette » liberté , dont les villes d'Italie éUûent alors » idolâtres , respectoit peu la possession des » Césars allemands, y* ( i ) Dans ces tejnps malheureux « la papauté étoit à l'encan ainsi » que presque tous les évêchés : si cette autoy> rite des empereurs amt duré , les Papes » n'eussent été que leurs chapelains , et l'Italie » eût été esclave (3),

» L'imprudence du Pape Jean XII d'avonr » appelé les Allemands à Rome , fiit la source ï> de toutes les calamités dont Rome eti'Italie » fiirent affligées .pendant tant de siècles (4)» L'aveugle Pontife ne vit pas qiiel genre de prétefitions il alloit déchaîner, et la force incalculable d'un nom porté par un grand homme.

« Il ne paroît pas que TAUemagné, sous Henrijo l*Oiselèur , jMrétendît être l'empire : il n'en » fut pas ainsi sous Othoq-le-Grand (5). » Ce prince , qui sentoit ses forces , « se fit sacrer *> et obligea le Pape à lui faire séi^mént de

(i) Volt Essai sur rhist.gën.tom. II, ch.XLVn, p. 56.

(2) lUd. cb* LXI et LXll.

(3) Ibid. loin.1, ch. XXX VIU, pag. Sag à 43i.

(4) Ibid. ch. XXXVI , pag. Sai.

(5) Ifaid. tom. Il, ch. XXXlX^ pag« 5i3 et 5i4.

( ^97 ) » fidélité (i). Les Allemands tenoient donc les 1» Romains subjugués y et les Romains brisoîent » ^urs fers dès qu'ils le pouvoient (2). » Voilà tout le droit public de lltalie pendant ces temps déplorables oà les hommes manquoieiit absolument de principes pour se conduire. « Le y> droit de succession même ( ce palladium de 3» la tranquillité publique ) ne paroissoit alors I» établi dans aucun état de l'Europe (3). Rome » ne savoit ni ce qu'elle étoit , ni à qui elle y» étoit (4)* L'usage s'établissoit de donner les » couronnes non par le droit du sang , mais » par le suffrage des seigneurs (5). Personne p ne savoit ce que c'étoit que l'empire (6). Il » ny avoit point de lois en Europe (7). On n'jr y> recofinoiàsoit ni droit de naissance , ni droit 3» d'élection ; l'Europe étoit un chaos dans le- V quel le plus fort s'élevoit' sur les ruinés du 3» plus foible , pour être ensuite précipité par Ht d'autres. Toute l'histoire de ces temps n'est

(0 Volt Essai sur l'hitt, gën. tom, I , c. XXXYI^p. Szu (9) Ibid. pag. 5a2 et SaS.

(3) Ibid. ob. XL, pag. 261.

(4) Ibid. ch. XXXVII , pag. Sa?.

(5) Ibid.

(6) Ibid. tom. II, cb. XL VU, pag. 56 ; ch. LXffl ^ pag. 22S.

(7) Ibid. ch. XXIV.

» que cdie de quelques capitaines Imrbares p qui disputoient arec des évéques la domi- » nation sur des ser& imbécilles (i)«

p U v^y avoit réellement plus d'empire ni de » droit y ni de fait. Les Romains , qui s'étoient » donnés à Gharlemagpe par acclamation , ne » voulurent plus reconnoitre des bâtards, des » étrangers à peine maîtres d'une partie de la » (jermanie. Cétoit un singulier empire ro- » ipain (2). Le corps germanique s'appeloit le p saint empire romain , tandis que réellement

P il n'étpit NI SAINT y NI EMPniE, NI ROMAIN (3).

P U paroit évident que le grand dessein de p Frédéric U étoit d'établir en Italie le trône p des nouveaux C^ais » ei il est bien sûr au p moins gu^il çouioit régner sur FltaUe sans p bornf ei sans partage. C'est le nœud secret p de toutes lés querelles qu'il eut avec' les p Papes ; il employa tour-àr-tour la souplesse n et la violence » et le Saint Siège le condiattit p avec les mêmes armas (4)* Les Guelphes y ces

(0 Volt Essai sur ThisL géo. tom. I, cb. XXXU, pag; 5o8, 509 et 5 10.

(a) Ibid. tom. U , cb. LXVI , pag. ^67.

(3) Ibid.

(4) Cest-à-dire, at^ee tipie et la politique» Je voudxvis bien savoir quelles armes noinreUes gsi % inventées

( ^99 ) 9 partisans de la. papauté, et bnomie n^iis de » LA LiBEETÂ 9 balancèrent toujours le pouvoir y> des Gibelins , partisans de Tempire. Les di^ j» visi(Nis entre Frédéric et le S. Siège n'eurent

» JAMAIS LA REUGION POUR OBJET (l). i>

De quel front le même écrivain y oubliant; ces aveux solennels y s'avise-t-il de nous dire ailleurs : « Depuis Charlemagne jusqu'à no6 » jours la guerre de l'empire et du sacerdoce » fut le principe de toutes les révolutions ; ]» c'est là lejil qui conduit dans ce labyrinthe » de rhistoire moderne (2). n

En quoi d'abord l'histoire moderne est-elle un labyrinthe plutôt que l'histoire ancienne ? J'avoue, pour mon compte, y voir plus clair, par exemple , dans la dynastie des Capets que dans celle des Pharaons : mais passons sur cette fausse expression, bien moins fau£tse que le fond des choses. Voltaire convenant formel* lement que la lutte sanglante des deux partis en Italie , étoit absolument étrangère à la religion , que veut-il dire avec son Jil? Il est

dès-lors , et ce que dévoient faire les Papes k l*ëpoque dont |aous parlons ? ( Volt. tom. II , chap. LU, p. 98.)

(i) Volt Essai sur i'hist. gën. tom, II, ch. LU , p. gtf.

(;») Ibid. tom. IV, cb. CXCV, p. $69.

( 3oo )

faux qu'il y ait eu une guerre proprement dite entre, F empire et le sacerdoce. On ne cesse de le répéter pour rendre le sacerdoce responsable de tout le sang versé pendant cette grande lutte ; mais dans le vrai ce fut une guerre entre TAllemagne et l'Italie , entre l'usurpation et la liberté, entre le maître qui apporte des chaînes , et l'esclave qui les repousse ; guerre dans laquelle les Papes firent leur devoir de piînces italiens et de politiques sages en prenant parti pour l'Italie, puisqu'ils ne pouvoient ni favoriser Içs empereurs sans se désh(»iorêr , hi essayer même la taeutxalité sans se perdre.

Henri VI, roi de Sicile et empereur, étant mort à Messine , en 1 1 97 , la guerre s'alluma en Allemagne pour la succession entre Philippe , duc de Souabe , et Othon fils de Henri- Léon , duc de Saxe et de Bavière. Celui-ci descendoit de la maison des princes d'Est- Guelfes j et Philippe des princes Gibelins (i).

(0 Muratori, Antich. îlat. iii-4.' Monaco, 1766, tom. III ; dissert. LI , p. 1 1 1.

Il est remarquable que, quoique cea deux factions fussent nées en Allemagne et venues depuis en Italie, pour ainsi dire toutes faites , cependant les princes Guelfes , avant de régner sur la Bavière et sur la

( 3oi )

La rivalité de ces deux princes donna naissance aux deux factions trop fameuses qui désolèrent l'Italie pendant si long-temps ; mais rien n'est plus étranger aux Papes et au sacerdoce : la guerre civile une fois allumée , il falloit bien prendre parti et se battre. Par leur caractère si respecté et par rinuQense autorité dont ils jouissoient , les Papes se trouvèrent naturellement placés à la tête du noble parti des convenances ^^ de la justice et de l'indépendance nationale. L'imagination s'accoutuma donc à ne voir que le Pape au lieu de l'Italie ; mais dans le fond il s'agissoit d'elle , et nullement de la religion ; ce qu'on ne sauroit trop 9 ni même assez répéter.

Le venin de ces deux factions avoit pénétré si avant dans les cœurs italiens , qu'en se di^ visant il finit par laisser échapper son acception primordiale, et que ces mots de Guelfes et de Gibelins ne signifièrent plus que des gens qui se haïssoient. Pendant cette fièvre épouvantable , le clergé fit ce qu'il fera toujours.

Saxe , ëtoient Italiens ; en sorte que la faction de ce nom , en arrivant en Italie , sembla remonter i sa source*

Trassero queste due diaboliche fazioni la loro origine ialla Germania^ etc*' ( Muratf ibid. )

n n'oublia rien de ce qui étoit en son pouvoir pour rétablir la paix , et plus d'une fois on vit des évéques accompagnés de leur clergé , se jeter avec les croix et les reliques des suints entre deux années prêtes à se charger , et les oonjurer , au nom de la religion , d'éviter Teffiision du sang humain. Us firent beaucoup de bien sans pouvoir étouffer le mal (i).

« Il n'y a point de Pape, c'est encore l'aveu » exprèsxl'un censeur sévère du Saint Siège, il )» n'y a point de Pape qui ne doive craindre en 9> Italie r^rancfissement des empereurs. Les 31» anciennes prétentions... seront bonnes le jour » où on les fera valoir avec avantage (2). »

Donc, il ny a point de Pape qui ne dût isy opposer. Où e^ la charte qui avoit donné l'Ita- Ue aux epipereurs allemands ? Où a-t-on pris que le Pape ne doive point agir comme prince temporel; qu'il doive être piu*ement passif, se laisser battre , dépouiUer , etc. Jamais on ne {NTouvera cela.

A l'époque de Rodolphe ( en 1274) ^ les

(i) iMaratori, ibid.^ p. 1 19. «-> Lettres sur rbtstoirei lom. m, liv. LXm , pag. a8o.

(2} Lettres sur Fhist. tom. lU , lett LXII , p. aSo.

Autres iveux du même auteur, tom. Il, lett XLDIf pag. 437 i et lett XXXIV, pag. Si 6.

9 ancieos droits de Fempireétoientperdtis... et p la nouvelle maison ne pouvoit les revendiquer » sans injustice ;••• rien n'est plus incohérent n que de vouloir, pour soutenir les prétentions y> de l'empire y raisonner d'après ce qu'il étoit » sous Gharlemagne (i). »

Donc les Papes y comme chefs natuiek de l'association italienne , et protecteur»-nés dee peuples qCii la composoient, avoient toutes les raisons imaginables de s'opposer de toutes leurs forces à la renaissance en Italie de ce pouvoir nominal , qui , malgré les titres af*fichés à la tête de ses édits, n'étoit cependant ni saint y ni empire y ni romain^ ^

Le sac de Milan, l'un des évènçmens les plus horribles de l'histoire , suffiroU seul , au jugement de Voltaire , pour justifier tout ce çue firent les Papes {tt)*

Que dirons* nous d'Othon II et de son fameux repas de l'an 981 ? Il invite une grande quantité de seigneurs à im repas magnifique, pendant lequel un ofikier de l'empereur entre avec une liste de ceux que son maître a pros^ crits* On les conduit dans une chan9i)re voisine

(1) Lettres sur Phist. tom. II, leUre XXXIV, p. 3iG.

(2) Cëtoit b|en jnstifier les Papes que d*en user ainsi. ( Voit. Essai sur i'hist gën. tom. II , cb. LXI , p. i56. }

( 3o4 ) où ils sont égorgés. Tels étoient les princes à qui les Papes eurent affaire.

Et lorsque Frédéric , avec la plus abominable inhumanité, faisoit pendre de sang froid des paréns du Pape , faits prisonniers dans une ville conquise (i), il étoit permis apparemment de faire quelques efforts pour se soustraire à ce droit public.

Le plus grand malheur pour riioftime politique , c'est d'obéir à une puissance étrangère. Aucune humiliation, aucun tourment de cœur ne peut être comparé à celui-là. Lia nation sujette, à moins qu'elle ne soit protégée p^ quelque loi extraordinaire , ne croit point obéir au souverain , mais à la nation de ce souverain : or , nulle nation ne veut obéir à une autre, par la raison toute simple qu'aucune nation ne sait commander à une autre.

Observez les peuples les plus sages et les mieux gouvernés chez eux ; vous les verrez

(i) En ia4i- Maimbourg est bon à entendre sur ces gentillesses. ( Art ann. i25o. ) « Les bonnes qualité » de ^rëderlc furent obscurcies par plusieurs autres » très-mauvaises , et surtout par sa lubricité , par son j» désir insftiabie de vengeance, et par sa cruauté, qui » loi firent commettre de grands crimes, que Dieu »^ néanmoins , à ce qu'on peut croire , lui fit la grâce » d'effacer dans sa dernière maladie. » — Aken.

perdre absolument cette sagesse et ne ressembler plus à eux-mêmes, lorsqu'il s'agira d'en gouverner d'autres* La rage de la domination étant innée dans l'homme , la rage de la fa^re sentir n'est peut-être pas moins natu-* relie : l'étranger qui vient commander chez une nation sujette , au nom d'une souverain^é lointaine , a*U lieu de s'informer des idées nationales pour s'y, conformer, ne semble trop souvent les étudier que pour les contrarier ; il se croit plus maître , à mesure qu'il appuie plus rudement la main« IJ prend la morgue pour la dignité , et ^mble Croire cette dignité mieux attestée par lindignation qu'il excite^ que par les bénédictions qu'il pourroit obtenir^ Aussi tous les peuples sont convenus de placer au premier rang des grands hommes ces fortunés citoyens qui eurent l'honneur d'arracher leur pays au joug étranger ; héros ç'ils ont réussi , ou martyrs s'ils ont (échoué , leurs noms traverseront les siècles. La stupi-» dite moderne voudroit seulement excepter les Papes de cette apothéose universelle , et: les priver de Timmortelle gloire qui leur est due comme princes temporels , pour avoir travaillé sans relâche à l'affranchissement de leur patrie. Que certains écrivains français refusent de rendre justice à Grégoire VII,

cela se conçoit Ayant sur les yeux des préjuges protestans , ptiilosophiques , jansénistes et parlementaires , que peuvent-ils voir à travers ce quadi'uple bandeau? Le despotisme parlementaire pourra même s'ëlever jusqu'à défendre à la liturgie nationale d'attacfier une certaine célébrité à la^ fête de S. Grégoire ; et le sacerdoce , pour éviter des chocs dangereux, se verra forcé de plier (i), confessant ainsi l'humiliante servitude de cette Eglise dont on nous vantoit les fabuleuses libertés. Mais vous , étrangers à tous ces préjugés , vous habitans de ces belles c<|ptrées que Grégoire vouloit affranchir, vous que la reconnoissance au moins devroit éclairer ,

Vos 6!

Pompilitis sanguis* •.•...••

(i) On. célébrait en France l'office de Grégoire VII ^ commun des confesseurs ^ L'Eglise gallicane ( «i Ubrê comme on tait ) n'ayant point oêé lui décerner un ^iBce FROFEE , de peuf de se brouiller avec les parlemens qui avoient condamné la mémoire de ce Pape par arrêts du ao juillet ij2^y et du ^3 février ijio* {Zaccaria^ Anti-Febronius vindicaius, tom* I, dissert* II9 cap. V, p. 387 , not. i3. )

Observez que ces mêmes magistrats qui condam^ nent la mémoire d'un Pape déclaré saint, se plaindront

Harmonieux héritiers de la Grèce , vous , à qui il ne manque que l'unité et rindépendance , élevez des autels au sublime Pontife , qui fit des prodiges pour vous donner un nom.

fort bien de la monstrueuse confusion que tel ou tel Pape a faite de t usage des deux puissances* ( Lett §ur l'hist. toni. III , leU. LXU , pag. 221. )

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