‹ Du pape (volume 4)Chapitre 44 sur 52 · JUSTIFICATION DE CE POUVOIE · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION DE CE POUVOIE

JuES ëcriviaîns du dernier âge ont assez souvent une manière tout-à-fait expéditive de juger les institutions. Ils supposent un ordre de choses purement idéal , bon suivant eux , et dont ils parteilt comme d'une donnée pour juger les réalités.

Voltaire peut fournir dans ce genre un exemple* excessivement comique. Il est tiré de la Henriade ] et n'a pas été remarqua que je sache. ^ .

Cestun usage antique et $acrë parmi nous^ Quand la mort sur le trône étend ses rudes coups, Et que du sang des rois, si cher à la patrie, Dans ses derniers canaux la source s'est tarie , Le peuple au même instant rentre en ^es premiers

droits ; Il peut choisir un maître, il peut changer ses lois. Les états assemblés , organes de la France , Nomment un souverain , limitent sa puissance. Ainsi de nos aïeux les augustes décrets Au rang de Chad^magne ont placé les Capets. (C. VU.)

Charlatan ! Où donc a-t-il vu toutes ces

belles choses ? Dans quel livre a-t-il lu les droits

du peuple? ou de quels faits les a-t-il dérivés? On diroit que les dynasties changent en France dans une période réglée comme les jeux olympiques. Deux mutations en i3oo ans, voilà certes^ un usage bien constayt !. Et ce qu'il y a de plaisant , c'est qu'à Fung et à l'autre époque ,

La source de ce sang si cber à la patrie,

Dans ses derniers canaux ne s'étoit point tarie* '

Il étoit au contraire en pleine circulation lorsqu'il fut exclu par un grand homme évidemment mûri à côté du trône pour y monter (i).

On raisonne sur les Papes comme Voltaire vient de raisonner. On pose en fait, expressément ou tacitement , que l'autorité du «acer-

(i) Il est bon d'yitendre Voltaire raisonner comme historien sur le même événement. «On sait, dit-il, » commeot Hugues Capet enleva la couronne à Toncle I» du dernier roi. Si les suffrages eussent iti kkresj » Charles auroit été roi de France. Ce ne fut point un Y> parlement de la nation qui le priva du droit de êes » ancêtres, comme l'ont dit tant d'historibns, ce fut M ce qui fait et qui défait les rois, la force aidëe de la M prudence. » ( Volt. Essai , etc. tom. U, ch. XXXIX. ) Il n y a point ici d'augustes décrets , comme on voit. Il écrit à la marge : Hugues Capet s^empara du royaume à force ouverte*

doce ne peut s'unir d'aucune manière à celle de l'empire ; que dans le système de VElglise catholique , un souverain ne peut être excommunié ; que le temps n'apporte aucun changentent aux constitutions politiques ; que tout de voit^er autrefois comme de nos jom's,etc.; et sur ces belles maximes, prises pour des axiomes , on décide que les anciens Papes ayoient perdu l'esprit.

Les plus simples lumières du bon sens enseignent cependant une marche toute diflfiérente : Voltaire lui-même ne Fa-t-il pas dit ? On a tant d exemples dans l'histoire de Funion du sacerdoce et de V empire dans d autres religions (i) / Or , il n'est pas nécessaire , je pense ) de prouver que cette union est infiniment plus natui^lle sous l'empire d'une religion vraie que soiîs celui de toutes les autres, qui sont fausses puisqu'elles sont autres.

H faut partir d'ailleurs d'un principe général et incontestable , savoir que tout goui>ernement est bon lorsqu'il est établi et qu^il sub-^ siste depuis long-temps sans contestation.

Les lois générales seules sont ét^nelles. Tout le reste varie, et jamais iin temps ne ressemble

(i) Volt Essai, etc. tom. I » ch. XIIL

à l'autre. Toujours sans doute l'homme sera gouverné , mais jamais de la même manière* D'autres mœurs , d'autres connoissances ^ d'autres croyances amèneront nécessairement d'autres lois. Les noms aussi trompent sur ce point comme sur tant d'autres, parce qu'ils sontsujets à exprimer tantôt les ressemblances des clu)ses aontemporaines , sans exprimer leurs différences , et tantôt à représenter des choses que le temps a changées, tandis que les noms sont demeurés les mê|iies. Le mot de monarchie , par exemple , peut représenter deux gouvernemens ou contemporains ou séparés par le temps , plus ou moins différens sous la même dénomination ; en sorte qu'on ne pourra point affirmer de l'un tout ce qu'on affirme justement de l'autre.

•< C'est donc une idée bien vaine , un travail 9> biep ingrat , de vouloir tout rappeler aux r> usages antiques, et de vouloir fixer cette roue 3» que le temps fait tourner d'un mouvement » irrésistible. A quelle époque faudroit-il avoir

y> recours ? à quel siècle , à quelles lois

3» faudroit-il remonter ? à quel usage s'en tenir ? » Un bourgeois de IWmeseroit aussi bien fondé » à demander au Pape des consuls , des tribuns , » un sénat, des comices et le rétabh'ssement f ni> tier de la république romaine ; et un bour*

j> geois (FAUiènes pourroit réclamer auprès du » sultan rancien aréopage et les assemblées du » peuple, qui s'appeloient églises (i) ».

Voltaire a parfaitement raison ; mais lorsqu'il s'agira de juger les Papes, vous le verrez oublier ses propres maximes, et nous parler de Grégoire VII comme on parleroit aujourd'hui de Pie VII s'il entreprenoit les iftêmes choses. Cependant, toutes les formes possibles de gouvernement se sont présentées dans le monde ; et tputes sont légitimes dès qu'elles sont établies, sans que jamais il soit permis de raisonner d'après des hypothèses entièrement séparées des faits- Or, s'il est un fait incontestable attesté par tous les monumens de l'histoire, c'est que les Papes , dans le moyen âge et bien avant encore dans les derniers siècles, ont exercé une grande puissance sur les souverains temporels ; qu'ils les ont jugés, excommuniés dans quelques grandes occasions , et que souvent même ils ont déclaré les sujets de ces princes déliés envers eux du serment de fidélité.

(i) Volt ibid. tom. III, ch. LXXXVI. Cest-i-dire que les assemblées du peuple s'appeloieot des assemblées* Toutes les œuvres philosophiques et historiques de Voltaire sont remplies de ces traits d'une ërudilion éblouissante.

Lorsqu'on parle de despotisme et de goucémentent absolu , on sait rarement ce qu'on dit. U n'y a point de gouvernement qui puisse tout. Eln vertu d'une loi divine, il y a toujours à côté de toute souveraineté une force quelconque qui lui sert de frein. C'est ime loi, c'est une coutume , c'est la conscience , c'est une tiare , c'est un poignard ; mais c'est toujours quelque chose.

Louis XIV s'étant permis un jour de dire devant quelques hommes de sa cour , qu'il ne çoyoit pas de plus beau gouçernement que celui du Sophiy l'un d'eux , c'étoit le maréchal d'Estrées , si je ne me trompe , eut le noble courage de lui répondre : Mais , sire , j'en ai çu étrangler trois dans ma çie*

Malheur aux princes s'ils pouvoient tout !

Pour leur bonheur et pour le nôtre, la toutepuissance réelle n'est pas pçssible.

Or , l'autorité des Papes fut la puissance choisie et constituée dans le moyen âge pou« faire équilibre à la souveraineté temporelle et la rendre supportable aux honmies*

Et ceci n'est encore qu'une de ces lois générales du monde, q^'on ne veut pas observer, et qui sont cependant d'une évidence incontestable.

Toutes les nations de l'univers ont accordé

au sacerdoce plus ou moins d'influence dans les affaires politiques ; et il a été prouvé jusqu'à l'évidence que , de toutes les nations po-' licées y il n'en est aucune qui ait attribué moins de pouiH)irs et de privilèges , à leurs prêtres , çue les Juifs et les chrétiens (i).

Jamais les -nations barbares n'ont été mûries et civilisées que par la religion, et toujours la religion s'est occupée principalement de la souveraineté.

« L'intérêt du genre humain demande un » frein qui retienne les souver^ns et qui mette » à couvert la vie des peuples : ce frein de la » religion auroit pu être , par une convention » universelle , dans la main des Papes. Ces pre- » miers Pontifes, en ne se mêlant des querelles i> temporelles que pour les apaiser , en aver- » tissant les rois et les peuples de leurs devoirs, » en reprenant leurs crimes , en réservant les 9 excommunications pour les grands attentats, #> auroient toujours été regardés comme des

» images de Dieu sur la terre. Mais les hom- 3» mes sont réduits à n'avoir pour leur défense y> que les lois et les mœurs de leurs pays : lois

(i) Histoire de Tacadëmie des rnscriptions et belleslettres , io-12 , tom. XV, pag. i43. — Traité historiq. etdogm. de la relig. par 1 abbë Bergier, tom. VI , p. 120

f> souvent n^oxisées y mœurs souvent corron^

» pues (0*4Hf

Je ne crois pas que jamais on ait mieux raisonné en faveur des Papes. Les peuples, dans le moyen âge , n'avoient chez eux que des lois nulles ou méprisées , et des mœurs corrompues. Il falloit donc chercher ce Jreùi indispensable hors de chez eux. dejrein se trouva et ne pouvoit se trouver que dans Tautorité des Papes. Il n^airîva donc que ce qui devoit arriver.

Et que veut dire ce grand raisonneur , en nous disant , d'une manière conditionnelle , que c^frein^ si nécessaire aux peuples , auroit PU ÊTRE , par une condition universelle , dans la main du Pape? Elle y fut en effet, non par une convention expresse des peuples , qui esi impossible ; mais par une convention tacite et universelle , avouée par les princes même coihme par les sujets , et qui a produit dés avantages incalculables.

Si les Papes ont fait quelquefois plus ou moins que Voltaire ne le désire dans le morceau cité , c^est que rien dliumain n'est parfait, et qu'il n'existe pas de pouvoir qui n'ait jamais abusé de ses forces. Mais si, comme

(i) Voltaire , Essai, etc. tom. II, ch. LX.

l'exigent la justice et la droitagtfson y on fait abstraction de ces anomalies lH^nables ^ il se trouve que les Papes ont en effet réprimé les Soui^erams , protégé les peuples , apaisé les querellés temporelles par une sage interçenrtion j averti les ^ois et les peuples de leurs deuoirs , et frappé danathèmes les grands atterUats quOls rCaçoient pu prévenir.

On peut juger maintenant l'incroyable ridicule de Voltaire qui nous dira gravement dans le même volume , et à quatre chapitres seulement de distance : ^ Ces querelles ( de )> l'empire et du sacerdoce ) sont la suite né- » cessaire de la forme de gouvernement la rt plus absurde à laquelle les hommes se soient » jamais soumis : cette absurdité Consiste à » dépendre d'un étranger. »

Comment donc , Voltaire ! vous \^ne2. de vous réfuter d'avance et de soutenir précisément le contraire. Vous avez dit que <* celte a puissance étrangère étoit réclamée haute- » ment par l'intérêt du genre humain ; les » peuples, privés d'un protecteur étranger ^ » ne trouvant chez eux, pour tout appui, que » des moeurs souvent corrompues et des lois » souvent méprisées (i)«

(0 Volt Essai 9 etc. toin. II, ch. LXV.

Ainsi, ce même pouvoir qui est aii chapitre LX.^ ce qu'on peut imaginer de plus désirable et de plus précieux , devient au cliapitre LXY*^ ùe qu'on ri a jeûnais çu de plwi absutde.

Tel est Voltaire, le plus méprisable des écrivains lorsqu'on ne le considère que sous le point de vue moral ; et par cette raison même , le meilleur témoin pour la vérité , lorsqu'il lui rend hommage par distraction.

Il n'y a rien de plus raisonnable ^ il n'y a rien de plus plausible qu'une influence mo-* dérée des Souverains Pontifes sur les actes des princes* L'empereur d'Allemagne , même sans état , a pu jouir d'une juridiction légitime sur tous les princes formant l'associatioii germanique : pourquoi le Pape ne pourroit-il pas de même avoir une certaine juridiction sur tous les princes de la chrétienté ? Il n*y a là certainement rien de contraire à la nature des choses. Si cette puissance n'est pas établie, je ne dis pas qu'on l'établis^ ^ c^est de quoi je proteste solennellement ; mais si elle est établie, elle sera légitime comme toute autre, puisque aucune puissance n'a d'autre fondement La théorie est donc pour le Pape ; et de plus, tous les faits sont d'accord.

Permis à Voltaire d'appeler le Pape un

étranger , c'est une de ses superficialités ordinaires. Le Pape , en sa qualité de prince temporel, est sans doute, comme tous les autres , étranger hors de ses états ; mais comme Souverain Pontife , il n'est étranger nulle part dans TEglise catholique , pas plus que le roi de France ne Test à Lyon ou à Bordeaux.

// y avoit des mamens bien honorables pour la cour de Rome , c'est encore Voltaire qui parle. Si les Papes avaient toujours usé ainsi de leur autorité y ils eussait été les législateurs de F Europe (i).

Or j c'est un fait attesté par l'histoire entière de ces temps' reculés, que les Papes ont usé sagement et justement de leur autorité, assez souvent pour être les législateurs de F Europe ; et c'est tout ce qu'il faut.

Les abus ne signifient rien ; car , « maigre » tous les troubles et tous les scandales , il y eut » toujours , dans les rits de l'Eglise romaine , y> plus de décence , plus de gravité qu'ailleurs ; » l'on sentoit (pe cette Eglise , quand elle ï> ÉTOIT LIBRE (2) et bien gouvernée , étoit faite

(i) Volt. Essai, etc. tom. II, chap. LX.

(2) C'est un grand mot ! A certains princes qui se plaigooient de certains Papes, on auroit pu dire : Sils

» pour donner des leçons aux autres (i). Et s> dans Topinion des peuples , un évâque de » Rome étoit quelque chose de plus saint que » tout autre évêque (3). »

Mais d'où venoit donc cette opinion universelle qui avoit fait du Pape un être plus que humain , dont le pouvoir purement spirituel faisoit tout plier devant lui ? Il faut être absolument aveugle pour ne pas voir que rétablissement d'une telle puissance ëtoit nécessairement ipipossible ou divin.

Je ne terminerai point ce , chapitre sans faire une observation sur laqi^lle il me semble qu'on n'a point assez insisté ; c'est que les plus grands actes d'autorité qu'on puisse citer de la part des Papes agissant sur le pouvoir temporel, attaquoient toujours une souveraineté élective ; c^est-à-dire une demi -souveraineté h laquelle on avoit sans doute le droit de demander compte, et que même on pou volt déposer s'il lui arrivoit de malverser à un certain poinL

Voltaire a fort bien remarqué que Félet^n

ne sont pas aussi bons quils devaient Vétre , c^est parce que vous les avez faits*

(i) Volt fbid, chap. XLV.

(2} Le même , ibid, tom. III, ch« CXXL

( 326 ) suppose nécessairement un contrat entre le roi et la nation (i) ; en sorte que le roi électif peut toujours être pris à partie et être jugé* U manque toujours de ce caractère sacré qui est Fouvrage du temps ; car l'homme ne respecte réellement rien de Ce qu'il a fait luimême. II se rend justice en méprisant ses œuvres , jusqu'à ce que Dieu les ait sanctionnées par le temps. La souveraineté étant donc en général fort mal comprise et fort mal assurée dans le pioyen âge ^ 1^ souveraineté âective efi parliculiei* n'avoit guère d'autre consistance que ^ celle que lui donnoient les qualités personnelles du souverain : qu'on ne s'étonne donc point qu'elle ait été si souvent fittaquée , transportée ou renversée. Les aml)assadeurs de S. Louis disoient franchement à l'empereur Frédéric II , en 1 289 : « Nous » çroyops que le roi de France , notre maître » p qui qe doit le sceptre des Français qu'à sa ik naissaiiçe » est au-dessus d'un empereur quelle conque qu'une élection libre a seule porté x> sur lé trône (2)^ »

(i) Voltaire f Easai gur ka mœurs, etc. tom. UI9 çhap. CXXl.

(a) Credimus dominum nostrum regem^aîliœ çuem lima refii sanguinis prove:çit ad scepira Francorum

( 3^7 ) Cette profession de foi ëtoit très-raison^ nable. Lors donc que nous voyons les empereurs aux prises avçc les Papes et les électeurs, il ne faut pas nous en étonner ; ceux-ci usoient de leur droit, et renvoy oient les empereurs tout simplement, parce qu'ils n'en étaient pas contens. Aussi tard que le connnencement du XV.* siècle , ne voyons-nous pas encore Tempereur Yenceslas légalement déposé comme négligent y imUile^ dissipateur et indigne (i)? Et même si l'on fait abstraction de l'éligibilité qui donne , conune je Tobservois tout-à- Theure , plus de prise sur la souveraineté ^ on n'avoit point encore mis en question alors si le souverain ne peut être jugé pour aucune cause. Le même siècle vit déposer solennellement , outre l'empereur Yenceslas , deux rois d'Angleterre , Edouard II et Richard II , et le pape Jean XXIII , tous quatre jugés et con-

regenia^ exceileniiorem êssê alîquo imptraiore quem sola êUctio provehit voluntaria. ( Maimbourg; , ad A. i^ )

(i) Ces jpith^es ëtoient foibles pour le bourreau de S% Jean Nipomucène ; maif si le Pape avoit eu alors le pouvoir d'eIRràyer Yenceslas, celui-ci seroit mort sur sou trdne, et seroit mort moins coupable^

damnes avec les formalités juridiques ; et la régente de Hongrie fut condamnée à mort (i).

Aucune puissance spuvei'aine quelconque ne peut se soustraire à une certaine résistance. Ce pouvoir réprimant pourra changer de nom y d'attributions et de situation ; mais toujours il existera.

Que si cette résistance feit verser du sang, c'est un inconvénient semblable à celui des inondations et des incendies qui ne prouvent nullement qu'il faille supprimer l'eau ni le feu.

A-t-on observé que le choc des deux pmssances qu'on nomme si mal-à-propos la guerre de r empire et du sacerdoce^ n'a jamais franchi les bornes de Tltalie et de l'Allemagne, du moins quant à ses grands effets , je veux dire le renversement et le changement des souverainetés. Plusieurs princes sans doute furent excommuniés jadis ; mais quels étoient en effet les résultats de ces grands jugemens? Le souverain entendoit raison ou avoit Vair de l'entendre : il s'abstenoit pour le moment d'une guerre criminelle ; il renvoyoit sa naaîtresse , pour la forrtie ; quelquefois cependant la femme reprenoit ses droits. Des puissances

(i) Voltaire a fait celte observation. ( Essai sqr Icâ mœurs , de tom. 11 , ch, LXVI çt LXXXV. )

amies, des personnages împortans et modères s'interposoient ; et le Pape , à son tour ,, s'il avoit été ou trop sévère ou trop hâtif, prêtoit Foreille aux remontrances de la sagesse. Où sont les rois de France , d'Espagne , d'Angleterre , de Suède , de Danemarck , déposés efficacement par les Papes ? Tout se réduit à des menaces et à des traités ; et il seroit aisé de citer des exemples où les Souverains Pontifes furent les dupes de leur facilité. La véritable lutte eut toujours lieu, en Italie et en Allemagne. Pourquoi ? Parce que les circonstances politiques firent tout , et que la religion n'y entroit pour rien. Toutes les dissensions , tous les maux partoient d'une souveraineté mal constituée et de l'ignorance ^ tous les principes. Le princefélectif jouit toujours en usufruitier. U ne pense qu'à lui, parce que l'état ne lui appartient que par les jouissances du moment. Presque toujours il est étranger au véritable esprit royal ; et le caractère sacré , peint et non grwé sur son front, résiste peu aux moindres frottemens.

Frédéric II avoit fait décider par ses jurisconsultes, e^ sous la présidence du fameux Barthoie , qu'il avoit succédé , lui Frédéric , à tous les droits des empereurs roumains , et qu'eu cette qualité , il étoit maître de tout le

monde connu. Ce n'étoit pas le compte de ritalie ; et le Pape , quand on l'auroit considéré seulement comme premier électeur, avoit bien quelque droit de se mêler de cette étrange jurisprudence. H ne s'agit pas au reste de savoir si les Papes ont été des hommes, et s'ils ne se sont jamais trompés ; mais s'il y a eu , compensation faite , sur le trône qu'ils ont occupé , plus de sagesse , plus de science et plus de vertu que sur tout autre ; or 9 sur ce point le doute même n'est pag permis.

Page 1