SVK LA LANGUE LATINE
fai dit qu'aucune nation catholique n'avait à craindre IK)Tir ses usages particuliers et légitimes de cette suprématie présentée sous de si fausses couleurs. Mais si les I^pes doivent une condescendance paternelle à ces usages marqaés du sceau de la vénérable antiquité, les nations à leur tour doivent se souvenir que les difierences locales sont presque toujours plus ou moins mauvaises, toutes les fois qu'elles ne sont pas rigoureusement nécessaires, parce qu'elles tiennent au cantonnement et à l'esprit particulier , deux choses insupportables dans notre système. Gomme la démarche , les gestes , le langage , et jusqu'aux habits d'un homme sage, annoncent son caractère , il Ëiut aussi que l'extérieur de l'Eglise catholique annonce son caractère d'étemelle invariabilité. Et qui donc lui imprimera ce caractère , si elle n'obéit pas à la main d'un chef souverain , et si chaque Eglise peut se livrer à ses caprices pardculiers P N'est-ce pas à l'influence unijue de ce chef, qae l'Eglise doit ce caractère unique qui frappe les yeux les moms clairvoyants? et n'est-ce pas à lui surtout qu'elle doit cette langue catholique , la même pour tous les hommes de la même croyance? Je me souviens que, dans son livre mr rimportance des ojnniom religieuses, M. Necker disait jTu'tZ est enfin temps de demander à V Eglise romaine pourquoi eUes^ obstine àseservird*une langue inconnue, etcJ^ IL EST ENFIN TEMPS , au contraire , de ne plus lui ea parler , ou de ne lui en parler que pour reconnaître et vapter sa profonde sagesse. Quelle idée sublime que celle
d'une langue universelle pour TEglise universelle! D'un pâle à Tautre , le catholique qui entre dans une église de son rit , est chez lui , et rien n'est étranger à ses yeux. Ç^ aïTiyç^nt ^ il m^^i çp q^i'y e;itendit ^outfe s^^ vfe i U peut mêler sa voix à çaUç ifi> spç frèf^. Il les comprend, il en est compris ; il peut s'écrier :
Rome est tonte en tous lieax , elle est tonte où je suis*
L^ firafi^mté (pii réssdia d'une bn^ae eoaunune esc u U^ wfsté^wm d'fune for«e isunense* Dans le IX^ siècle, 4iean VIII , pontife trop facile, avait aecordé aux Sbves la p^mission de ç^ébrer l'office divî» dm^ leur langue ; œ qui pe^t siupr^dre o^ qui a lu la ief^tre CXGY de oo ip^pe , où i][ recowalt U». ioconvénîe&tç de cette tolérance. Çfégoii^ YII retira celte peraussHHi; mais il ne fut [do^ t^lijips à l'égard des Busses , et l'on sait ce qu'il en a coûté k CQ gr^Qd peuple* Si la langue latine se £at ^îse à Ki^ à Movogorod , à Moscou, jamais elle n'eût été détrônée; jamais lea illusAres Slaves, parents de Rome par la langue, n'eussent été jetés daua les bras de ces Grecs dégradés du Ba»-Enipive , dont rfaistoire tsàt pîiié quand elle ne fait pas horreur.
Rien n'égakt la dignité de la langue ladne. Elle fut parlée par lepetfpfe-m qui lui imprima ce caractère de gra»deur unique dans l'histoire du langage humain , et que les langues même les phs par&ite^ n'oat jamais pu saisnr. Le terme de maj$M a]^[MUPtient au latin. La Grèce l'ignore; et c'est par la majesté seule qu'elle demeura au-dessous de Rome, dans les lettres conune dans les camps^ Née
(1) Fatale id Grociœ videtur, nt c&m majbstatis îgnoraret nomen, sola bàe qnemadmod&m in ca«|rM, ifa in poesi cttderetnr. Qnod quid sit, ac )uaQtî| sec iotefiifDnt <|ni alia non panca wskut!^, nec ignorant qoi Grsco-
pour commander^ cette langue coinmande encore dans les livres de ceux qui la parlèrent. C'est la langue des conquérants romains et celle des missionnaires de l'Eglise romaine. Ces hommes ne difièrent que par le but et le résultat de leur action. Pour les premiers , il s^agissait d'asservir , d'humilier^ de ravager le genre humain ; les seconds venaient l'éclairer ^ le rassainir et le sauver \ mais toujours il s'agissait de vaincre et de conquérir^ et de part et d'autre c'est la même puissance ,
Ullrà Garamantas et indof
Proferet imperium (1).
Trajas^ qui fut le dernier effort de la puissance romaine, ne put cependant porter sa langue que jusqu'à l'Euphrate. Le Pontife romain l'a fait entendre aux hdes^ à la Chine et au Japon»
C'est la langue de la civilisation. Mêlée à celle de nos pères les Barbares^ elle sut raffiser^ assouplir^ et, pour ainsi dire^ spirituaUser ces idiomes grossiers qui sont devenus ce que nous voyons. Armés de cette langue^ les envoyés du Pontife romain allèrent eux-mêmes chercher ces peuples qui ne venaient plus à eux. Ceux-ci l'entendirent parler le jour de leur baptême^ et depuis ils ne l'ont plus oubliée. Qu'on jette les yeux sur une mappemonde^ qu'on trace la ligne où cette langue universelle se tut : là sont les bornes de la civilisation et de la fraternité européennes ; au delà vous ne trouverez que la parenté hu* maine qui se trouve heureusement partout. Le signe europé^^ c-est la langue latine. Les médailles , les monnaies ,
ramfcriptaenmjadido legenint. (Dan. HeînsU, Ded. ad filinm, à la lèlc Al VirgUc d'Ebsevir, in-16, 1636.)
(i) [..... Saper et Garamanta» et Indos Profcwi imperium. Virgil. JEn. VI, 794.1
les trophées^ les tombeaux^ les annales primitives^ lef lois^ les canons^ tous les monuments parlent latin : fautil donc les effacer^ ou ne plus les entendre? Le dernia siècle qui s'acharna sur tout ce qu'il y a de sacré ou de vénérable , ne manqua pas de déclarer la guerre au latin, Les Français qui donnent le ton ^ oublièrent presque entièrement cette langue ; ils se sont oubliés eux-méme9 jusqu'à la faire disparaître de leur monnaie , et ne paraissent point encore s'apercevoir de ce délit commis tout à b fois contre le bon sens européen , contre le goût et contre la Religion. Les Anglais même, quoique sagement obstinés dans leurs usages , commencent aussi à imiter la iFrance; ce qui leur arrive plus souvent qu'on ne k croit ^ et qu'ils ne le croient méme^ si je ne me trompe. Contemplez les piédestaux de leurs statues modernes : vous n'y trouverez plus le^goût sévère qui grava les épitapbes de Newton et de Christophe Wren. Au lieu de ce noble laconisme , vous lirez des histoires en langue vulgaire. Le marbre condamné à bavarder , pleure la langue dont il teïiait ce beau style qui avait un nom entre tous les autres styles , et qui , de la pierre où il s'était établi, s'élançait dans la mémoire de tous les hommes.
Après avoir été l'instrument de la civilisation^ il ne manquait plus au latin qu'un genre de gloire^ qu'il s'acquit en devenant^ lorsqu'il en fut temps ^ la langue de la science. Les génies créateurs l'adoptèrent pour communiquer au monde leurs grandes pensées. Copernic^ Keppler. Descartes ^ Newton, et cent autres très-importants encore^ quoique moins célèbres;^ ont écrit en latin. Une foule innombrable d'historiens, depublicistes, de théologiens , de médecins^ d'antiquaires^ etc. , inondèrent l'Europe d'ouvrages latins de tous les genres. De charmants poètes^ des littéi*ateurs du premier oi'dré, rendirent à la
langue de Rome ses formes antiques^ et la reportèrent à un degré de perfection qui ne cesse d*étonner les hommes faits pour comparer les nouveaux écrivains à leurs modèles. Toutes les autres langues, quoique cultivées et comprises^ se taisent cependant dans les monuments antiques, et très-probablement pour toujours.
Seule entre toutes les langues mortes, celle de Rome est véritablement ressuscitée; et semblable à celui qu'elle célèbre depuis vingt siècles, une fois ressuscitée , elle ne mourra plus*.
Contre ces brillants privilèges , que signifie l'objection vulgaire, et tant répétée, d'une langue inconnue au peuple? Les protestants ont beaucoup répété cette objection, sans réfléchir que cette partie du culte, qui nous est commune avec eux, est en langue vulgaire, de part et d'autre. Chez eux, la partie principale, et, pour ainsi dire^ l'âme du culte, est la prédication qui, par sa nature et dans tous les cultes, ne se fait qu'en langue vulgaire. Chez nous, c'est le sacrifice qui est le véritable culte; tout le reste est accessoire : et qu'importe au peuple que ces paroles sacramentelles qui ne se prononcent qu'à voix basse, soient récitées en français, en allemand, etc. , ou en hébreu?
On fait d'ailleurs sm* la liturgie le même sophisme que sur l'Ecriture sainte. On ne cesse de nous parler de langue inconnue , comme s'il s'agissait de la langue chinoise ou sanscredane. Celui qui n'entend pas l'Ecriture et l'ofiîce , est bien le maître d'apprendre le latin. A l'égard des dames même , Fénelon disait qu'il aimerait Inen autant leur faire apprendre le latin pour entendre Vof-f ce divin, que l'italien pour lire des poésies amoureuses *.
(1) Ghristos resurgens ex mortois. jam non moritur. Rom. YI, 9.
{i^) Fénelon, dans le livre de VEducation des fille$. Ce gr«nd homme
Mais le préjugé n* entend jamais raison ; et depuis trois siècles^ il nous accuse sérieusement de cacher l'Ecriture sainte et les prières publiques , tandis que nous les présentons dans une langue connue de tout homme qui peut s'appeler^ je ne dis pas savant , mais instruit, et que l'ignorant qui s'ennuie de l'être, peut apprendre en quel« ques mois.
On ù pourvu d'ailleurs à tout par des traductions de toutes les prières de l'Eglise. Les unes en présentent les mots, et les autres le sens. Ces livres^ en nombre infini^ s'adaptent à tous les âges^ à toutes les intelligences^ à tous les caractères. Certains roots marquants dans la langue originale^ et connus de toutes les oreilles; certaines cérémonies^ certains mouvements^ certains bruits même avertissent l'assistant le moins lettré, de ce qui se fait et de ce qui se dit. Toujours il se trouve en harmonie parfaite avec le prêtre; et, s'il est distrait^ c'est sa faute.
Quant au peuple proprement dit , s'il n'entend pas les mots , c'est tant mieux. Le respect y gagne , et l'intelligence n'y perd nen. Celui qui ne comprend points comprend mieux que celui qui comprend mal. C(Hnment d'ailleurs aurait-il à se plaindre d'une religion qui &it tout pour lui? C'est l'ignorance, c'est la pauvreté , c'est rhumiiité qu'elle instruit, qu'elle console , qu'elle aime par-dessus tout. Quant à la science, pourquoi ne lui dirait-elle pas en latin la seule chose qu'elle ait à lui dire : Qu^il ri y a point de salut pour V orgueil?
Enfin, toute langue changeante convient peu à une Religion immuable. Le mouvement naturel des choses attaque constamment les langues vivantes ; et sans parler de
semble ne pas craindre que la femme panrenoe i comprendra le UÉm di la liturgie, ne soit tentée de s'i^leyer jnsqu^à celui d'Onde.
ces grands changements qui les dénaturent absolument , il en est d'autres qui ne semblent pas importants^ et qui le sont beaucoup. La corruption du siëde s'empare tous les jours de certains mots^ et les gâte pour se divertir. Si rSglise parlait notre langue, il pourrait dépendre d'un bel esprit efironté de rendre le mot le plus sacré de la liturgie ou ridicule ou indécent. Sous tous les rapports imaginables , la langue religieuse doit être mise hors du domaine de Thomme.
roi m; nsmïïfi utm»