‹ Du PapeChapitre 28 sur 61 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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Je ne suis point obligé du tout de répondre aux ob-r jections qu^on pourrait élever contre les idées que je viens d'exposer; car je n'entends nullement prêcher h droit inr direct des Papes. Je dis seulement que ces idées n'ont rien d'absurde. J'argumente ad haminem , ou pour mieux dire^ ad homines. Je prends la liberté de dire à mon siè-' cle qu'il y a contradiction manifeste entre son enthousiasnïe constitutionnel et son déchaînement contre les Papes ; je lui prouve^ et rien n'est plus aisé, que^ sur ce point important, il en çait moins ou n'en sait pas plus que le moyen âge*

Cessons de divaguer , et prenons enfin notre parti de bonne foi sur la grande question de l'obéissance passive ou de la non-résistance. Veut-on poser en principe , « que,

< pour aucune raison imaginable^, il n'est permis de « résister à l'autorité; qu'il Ëiut remercier Dieu des c bons princes, et soui&ir patiemment les mauvais,

< en attendant que le grand réparateur des torts^ le « temps , en fasse justice ; qu'il y a toujours plus de dan-

< ger à résister qu'à souffrir^ etc. » J'y consens, et je luis prêt à signer pour l'avenir*

(1) Qaand je dis aucune raûon imaginable, il va bien sans dire que j'exclus toujours le cas où le souyerain commanderait le crime. Je ne se* rais pas même éloigne de croire qu*il est des eirconstanoes plus nombreuses qu'on ne le oroit, où le mot de réiiiUince n'est pas synonyme de celui de révolté ; mais je ne puis et je n*aime pas même m'appesantir sur certains détails, d'autant pliie que les principes générav< snffisent av butd« let ouvraffe.

Mais s*il fallait absolimieui en venir à poser des bornes légales à la puissance souveraine, j'opinerais de lout mon cœur pour que les intérêts de Thumanité fussent confiés au Souverain Pontife.

Les défenseurs du droit de résistance se sont trop souvent dispensés de poser la question de bonne foi* En effet, il ne s'agit nullement de savoir sij mais guand et com^ ment il est permis de résister. Le problème est tout pratique, et posé de cette manière, il fait trembler. Mais si le droit de résister se changeait en droit d'empêcher , et qu'au lieu de résider dans le sujet , il appartint à une puissance d'un autre ordre , l'inconvénient ne serait plus le même, parce que cette hypothèse admet la résistance sans révolution et sans aucune violation de la souveraineté*.

De plus, ce droit d'opposition reposant sur une tête connue et unique, il pourrait être soumis à des règles , et exercé avec toute la.prudence et avec toutes les nuances imaginables ; au lieu que , dans la résistance intérieure , il ne peut être exercé que par les sujets, par la foule, par le peuple -en un mot , et par conséquent , par la voie seule de l'insurrection.

Ce n'est pas tout : le veto du Pape pourrait être exercé contre tous les souverains, et s'adapterait à toutes les constitutions et à tous les caractères nationaux. Ce mot de niooarchie limitée est bientôt prononcé. En théorie , rien n'est plus aisé ; mais quand on en vient à la pratique et à l'expérience, on ne trouve qu'un exemple équivoque par sa durée , et que le jugement de Tacite a proscrit d'a-

(1) La déposition absolu^ et sans retour d'un prince temporel, cas infioiment rare dans la supposition actuelle, ne serait pas plus une réfolutioa ^oe la mort de ee même souverain.

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▼ance* , sans parler d'une foule de circonstances qui permettent et forcent même de regarder ce gouvernement comme un phénomène purement local , et peut-être passager.

La puissance pontificale , au contraire , est par essence la moins sujette aux caprices de la politique. Celui qui Texerce est de plus toujours vieux , célibataire et prêtre ; ce qui exclut les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des erreurs et des passions qui troublent les états. Enfin, comme il est éloigné^ que sa puissance est d^une autre nature que celle des souverains temporels , et qu^il ne demande jamais rien pour lui , on pourrait croire assez légitimement que si tous les inconvénients ne sont pas levés, ce qui est impossible , il en resterait du moins aussi peu quMl est permis de Tespérer , la nature humaine ctani donnée; ce qui est pour tout homme sensé le point de perfection .

Il paraît donc que , pour retenir les souverainetés dans leurs bornes légitimes, c'est-à-dire pour empêcher de violer les lois fondamentales de l'Etat , dont la Religion est la première , l'intervention , plus on moins puissante, plus ou moins active de la suprématie spirituelle , serait un moyeo pour le moins aussi plausible que tout autre.

On pourrait aller plus loin , et soutenir, avec une égale assurance , que ce moyen serait encore le plus agréable ou le moins choquant pour les souverains. Si le prince est libre d'accepter ou de refuser des entraves , certainement il n*en acceptera point ; car ni le pouvoir ni la liberté n'ont jamais su dire : Cest assez. Mais à supposer que la souveraineté se vit irrémissiblement forcée à rece

(1) Delecta ex his et consociata reîpublîcœ foima laudari faoîliùs qaèra tTeniro. vel si efenetil, haud dioturna «sse potest. (Tadt. àbb. IY, 33.)

Toir un fireîn , et qu'il ne s'agît plus que de le choisir , je ne serais point étonné qu'elle préférât le Pape à un sénat colégislatif, à une assemblée nationale, etc.: car les Souverains Pontifes demandent peu aux princes , et les énormités seules attireraient leur animadversiou*.

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