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CHAPITRE V

CARACTèaE DISTinCTIF DU POUVOIR EXERCÉ PAR LES PAPES.

Les Papes ont lutté quelquefois avec des souverains , jamais avec la souveraineté. L'acte même par lequel ils déliaient les sujets du serment de fidélité , déclarait la souveraineté inviolable. Les Papes avertissaient les peuples que nul pouvoir humain ne pouvait atteindre le souverain dont l'autorité n'était suspendue que par une puissance toute divine ; de manière que leurs anathèmes , loin de jamais déroger à la rigueur des maximes catholiques surTinviolabilité des souverains , ne servaient au contraire qu'à leur donner une nouvelle sanction aux yeux des peuples.

sa quelques personnes regardaient comme une subtilité cette distinction de souverain et de souvei*ainelé^ je leur «acrifierais volontiers ces expressions dont je n'ai nul besoin. Je dirais tout simplement que les coups frappés par le Saint-Siège sur un petit nombre de souverains , presque tous odieux et quelquefois même insupportables

(1) Si les ëUits-gënëranx de France ayaient adressa à Louis XIY une prière semblable à celle que les communes d'Angleterre adressèrent, yen Ja fin da XlVe siècle , au roi Edouard lU {Hum. Ed. III, J377, chap. XVI, in-4y p. 332), je suis persuadé que sa hauteur en eût été choquée l^aucoDp plus que d*one bulle donnée tout Vanneau dupêehêur et dirige < la même fin»

par leurs crimes^ purent les arrêter ou les effirayer, sani altérer dans Tesprit des peuples Fidée haute et sublime qu'ils devaient avoir de leurs maîtres. Les Papes étaient universellement reconnus comme délégués de la Divinité de laquelle émane la souveraineté. Les plus grands princes recherchaient dans le sacre la sanction et , pour ainsi dire, le complément de }eur droit. Le premier de ces souverains dans les idées anciennes , l'empereur allemand , devait être sacré par les mains mêmes [du Pape. Il était censé tenir de lui son caractère auguste, et n'être véritablement empereur que par le sacre. On verra plus bas tout le détail de ce droit public, tel qu'il n'en a jamais existé de plus général, de plus incontestablement l'econnu. Les peuples qui voyaient excommunier un roi, se disaient : H faut que cette puissance soit bien haute, bien sublime^ bien au-dessus de tout jugement humain, puisqu'elle ne peut être contrôlée que par le Ficaire de Jésus-Christ.

En réfléchissant sur cet objet , nous sommes sujets à une grande illusion. Trompés par les criailleries philosophiques, nous croyons que les Papes passaient leur temps à déposer les rois ; et parce que ces faits se touchent dans les brochures in-douze que nous lisons, nous croyons qu'ils se sont touchés de même dans la durée. Comliien compte-t-on de souverains héréditaires effectivement déposés par les Papes? Tout se réduisait à des menaces et à des transactions. Quant aux prmces électifs ^ c'étaient des créatures humaines qu'on pouvait bien défaire , puisqu'on les avait faites; et cependant, tout se réduit encopeà deux ou trois princes forcenés, qui, pour le bonheur du genre humain*^ trouvèrent un frein (faible même et très-insufiisant) dans la puissance spirituelle des Papes. Km reste , tout se passait à l'ordinaire dans le monde fo^

lidqne. Chaqpie roi était tranquiUe chez lui de la part de FEgfise; les Papes ne pensaient point à se mêler de leur administration ; et jusqu'à ce qu'il leur prit fantairïe de dépouiller le sacerdoce, de renvoyer leurs femmes ou d'en avoir deux à la fois , ils n'avaient rien à craindre de ce côté.

 cette solide théorie , l'expérience vient ajouter sa démonstration. Quel a été le résultat de ces grandes secousses dont on fait tant de bruit? L'origine divine de la souveraineté, ce dogme conservateur des états, se trouva universellement établi en Europe. Il forma en quelque sorte notre droit public, et domina dans toutes nos écoles jusqu'à la funeste scission du XYI® siècle*

L'expérience se trouve donc parfaitement d'accord avec le raisonnement. Les excommunications des Papes n'ont fait aucun tort à la souveraineté dans l'esprit des peuples ; au contraire, en la réprimant sur certains points, en la rendant moins féroce et moins écrasante, en l'effi^ayant pour son propre bien qu'elle ignorait, ils l'ont rendue plus vénérable; ils ont &it disparaître de son front l'antique caractère de la béte, pour y substituer celui de la régénération ; ils l'ont rendue sainte pour la rendre inviolable : nouvelle et grande preuve, entre mille, que le pouvoir pontifical a toujours été un pouvoir conservateur. Tout le monde, je crois, peut s'en convaincre ; mais c'est un devoir particulier pour tout en&nt de l'Eglise, de reconnaître qne l'Ecrit divm qui l'anime ^ magno se corpore mùcet S Desaurait enfanter rien de mal en résultat, malgré le méiange humain qui se fait trop et trop souvent apercevoir 3tQ milieu des tempêtes politiques.

A ceux qui s'arrêtent aux faits particuliers» aux torti

(1) [Yirgil. Ma, IV, 727.]

acciaenieis, aux erreurs de tel oii tel homme ; qui s^appesântissentsur certaines phrases, qui découpent chaque ligne de rhistoire, pour la considérer à part, il n'y a qu*uiie chose à dire : Du point où il faut s*élever pour embrcaser T ensemble, on ne voit plus rien de ce que vous voyez* Pariant j il n'y a pas moyen de vous répondre , à moins que vous ne vouliez prendre ceci pour une réponse.

On peut observer que les philosophes modernes ont suivi à regard des souverains une route diamétralement opposée à celle que les Papes avaient tracée. Ceux-ci avaient consacré le caractère en frappant sur les personnes; les autres, au contraire, ont flatté souvent, même assez bassement, la personne qui donne les emplois et les pensions ; et ils ont détruit^ autant quMl était en eux, le caractère, en rendant la souveraineté odieuse ou ridicule, en la faisant dériver du peuple, en cherchant toujours à la restreindre par le peuple.

Il y a tant d'analogie, tant de fraternité, tant de dé^ pendance entre le pouvoir pcmtifical et celui des rois, que jamais on n'a ébranlé le premier sans toucher au second, et que les novateurs de notre siècle n'ont cessé de montrer au peuple la conspiration du sacerdoce et du despotisme; tandis qu'ils ne cessaient de montrer aux rois le plus grand ennemi de l'autorité royale, dans le sacerdoce : incroyable contradiction, phénomène mouî, qui serait unique s'il n'y avait pas quelque chose de plus extraordinaire âscore; c'est qu'ils aient pu se &ire croire par les peuples et par les rois.

Le chef des réformateurs a Eût en peu de lignes sa proièssion de foi sui* les souverains.

« Les princes, dit-il, sont communément leà plus grands « fous et les plus fieffés coquins de la terre : on n'en saua rait attendre rien de bon ; ils ne sont dans ce monde que

« les bourreaux de Ditu dont il se sert pour nous châ- « tier ^ »

Les glaces du scepticisme ont calmé la fièvre du XVP Mède, et le style s'est adouci avec les mœurs ; mais les principes sont toujours les mêmes. La secte qui abhorre le Soaverain Pontife va réciter ses dogmes.

Qne Tunivers se taise et l'écoute parler !

« De quelque manière que le prince soit revêtu de son « autorité, il la tient toujours uniquement du peuple ; et le « peuple ne dépend jamais d'aucun homme mortel, qu'en « Terta de son propre consentement ^. »

« Du peuple dépend le bien-être, la sécurité et la per- « manence de tout gouvernement légal. Dans le peuple « doit résider nécessairement l'essence de tout pouvoir ; < et tous ceux dont les connaissances ou la capacité ont « engagé le peuple à leur accorder une confiance quelque- « fois sage et quelquefois imprudente, sont responsables « envers lui de l'usage qu'Us ont fait du pouvoir qui leur « a été confié pour un temps ^. »

Aujourd'hui, c'est aux princes à faire leurs réflexions. On leur a &it peur de cette puissance qui gêna quelquefois

(1) Luther dans ses œuvres in-folio, tom. II, p. 182, cite dans le livre ilfemand très-t>emarqnable et très-conna, intitule Der triumph der philO' topkie in Àehtzehnien Jahrhunderte, in-8, tom. I, p. 52. Luther s*ëlait môme Mi, à cet ëgard, une sorte de proverbe qui disait : Principem MM, êi non eue latronem vix poisibile ett; c'est-à-dire, être prin<y et 0 être pas brigand, c*est ce qui parait à peine possible. {Ibid,)

(î) NooDT, tur le fi^voir de* Souverains. '-"Reevieil de discoure sur iiverses matières importantes, traduites ou composées par Jean Bar* ^eyrae. Tom. I, p. 41,

(3) Opinion du chevalier ^"illiam Jones. — Bfemoirs of the life of sif yfmmn /OHM, hy lord Trignmouth, London, 1806, in-4, p. 200.

leurs devanciers il y a mille ans, mîlis qui avait divinisé la caractère souverain. Ils ont donné dans ce piège très-habilement tendu ; ils se sont laissé ratnener sur la terre. — Ils ne sont plus que des hommes.

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