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VR LA NATURE DU POUVOIR EXERCÉ PAR LES PAPES

Tout ce qu^on peut dire contre Pautorîté temporelle des Papes, et contre l'usage qu'ils en ont fait, se trouve réuni , et pour ainsi dire concentré dans ces deux lignes violentes tombées de la plume d'un magistrat français :

« Le délire de la toute-puissance temporelle des Papes « inonda l'Europe de sang et de fanatisme ^ »

Or, avec sa permission , il n'est pas vrai que les Papes aient jamais prétendu la toute-puissance temporelle; il n'est pas vrai que la puissance qu'ils ont recherchée. fftt un délire; et il n'est pas vrai que cette prétention ait, pendant prés de qiuttre siècles j inondé V Europe de sang et de fmatisme*

D'abord , si Ton retranche de la prétention attribuée aux Papes la possession matérielle des terres et la souveraineté sur ces mêmes pays , ce qui reste ne peut pas certainement se nommer toute-puissance temporelle. Or , c'est précisément le cas oii l'on se trouve; car jamais les Souverains Pontifes n'ont prétendu accroître leurs domaines temporels au préjudice des princes légitimes , ni gêner l'exercice de la souveraineté chez ces princes , ni moins encore s'en emparer. Ils n'ont jamais prétendu que le droit de juger les princes qui leur étaient soumis dans V ordre ^pirùnslj lorsque ces princes s^étaient rendus coupables de certai/is crimes»

Ceci est bien différent , et non-seulement ce droit , s'il

(1) tcUrcs sur rhisloire, tom. Il, lelt. XXVIII, p. 222; ihid. Irt*. XLL

existe, ne saurait s^appeler toute-puissance temporelle ^ mais il s'appellerait beaucoup plus exactement toute-puih sanee spirituelle, puisque les Papes ne se sont jamais rieo attribué qu'en vertu de là puissance spirituelle ; et qae la question se réduit absolument à la légitimité et à retendue de cette puissance.

Que si l'exercice de ce pouvoir, reconnu lé^time, amène des conséquences temporelles, les Papes ne sau« raient en répondre , puisque les conséquences d'un principe vrai ne peuvent être des torts.

Hs se sont chargés d'une grande responsabilité , ces écrivains (français surtout) qui ont mis en question si le Souverain Pontife a le droit d'excommunier les souverains , et qui ont parlé en général du scandale des exeommunica-^ tions. Les sages ne demandent pas mieux i^e de laisser certaines questions dans une salutaire obscinrité ; mais si l'on attaque les principes , la sagesse même est forcée de répondre ; et c'est un grand mal , quoique l'imprudence l'ait rendu nécessaire. Plus on avance dans la connaissance des choses, et plus on en découvre qu'il est utile de ne pas discuter , surtout par écrit , et qv'U est impossible de définir par des lois , parce que le principe seul peut être décidé , et que toute la difficulté glt dam l'application, qur se refuse à une décision écrite.

Fénelon a dit laconiquement et dans un ouvrage qui n'était point destiné à la publicité : « L'Eglise peat ex a communier le prince, et le prince peut fiiire mourir le « pasteur. Chacun doit user de ce droit seulement à toute « extrémité; mais c'est un vrai droit ^. »

Voilà l'incontestable vérité; mais qu'est-ce que la der-

(1) Sbt. 4e Ffeeîon, tom. m, pîi^ccs jusiificali'^es du liv. VIII, méû)y\re n. VIII, p. 479*

inière extrémité? C'est ce qu'il est impossible de définir. 11 faut donc convenir du principe , et se .aire sur les règles d'applicâiion.

On s'est plaint justement de l'exagération qui voulait ioustraire l'ordre sacerdotal à toute juridiction temporelle; On peut se plaindre avec autant de justice de l'exagération contraire qui prétend soustraire le pouvoir temporel à toute juridiction spirituelle.

En général , on nuit à l'autorité suprême en cherchant àPaAranchir de ces sortes d'entraves^ qui soùt établies moins par l'action délibérée des homnies que par la force insensible des usages et des opinions; car les peuples, privés de leurs garanties antiques, se trouvent ainsi portés à en chercher d'autres plus fortes en apparence , mais toujours infiniment dangereuses, parce qu'elles reposent entièrement sur des théories et des raisonnements à priori qui n'ont cessé de tromper les hommes.

U n'y a rien de moins exact , comme on voit, que cette expression dé totOe^issance temporelle , employée pour exprimer la puissance que les Papes s'attribuaient sur les souverains. C'était, au contraire, l'exercice d'un pouvoir purement et éminemment spirituel , eu vertu duquel ils se croyaient en droit de frapper d'excomnnmication des princes coupables de certains crimes, sans aucune usurpaticm matérielle , sans aucune suspension de la souveraineté, et sans aucune dérogation au dogme de son origine divine.

. Il ne reste donc plus de doute sur cette prcqposition , que le pouvoir que s'attribuaient les Papes ne saurait être nommé, sans un insigne abus de mots» touie-'pumaneê temporélU. C'est encore un point sur lequel on peut entendre Voltaire. U s'étonne beaucoup de cette étrange puiS'èonce qui pouvait tout chez V étranger et si peu chez elle, qm

BU PAPB. m

donnait des royaumes et gui était gênée, suspendue , bravée d Rome j et réduite à faire jouer toutes les machines de h politique pour retenir ou recouvrer un village. H bous avertit avec raison d'observer que ces Papes qui votdwrent être trop puissants et donner des royaumes ^ furent toui persécutés chez eux * •

Qu^est-ce donc que cette toute-puissanee temporeïU qm n*a nuUe force tempordU , qui ne demande rien de temp(h rel ou de territorial chez les autres , qui anathématise tout attentat sur la puissance temporelle , et dont la puiS' sance ^empore22e est si faible, que les bourgeois de Rome se sont souvent moqués d'elle?

ie crois que la vérité ne se trouve que dans la prqposidon contraire , savoir que la puissance dont il iagii est purement spirituelle. De décider ensuite quelles sont les bornés précises de cette puissance , c'est une autre question qui ne doit point être approfondie ici. Prouvons seulement, comme je m'y suis engagé ^ que la prétendoB à cette puissance quelconque n'est point un délire.

CSAPIVRE IX.

JUStlFtCATION DE CE PÔUVOllLr

Lest éérivàiùs dû dernier âge ont assez souvent une ina^ nière tout à fisdt expéditive de juger les institutions. Ils ttijpp(Mèttt ifiâ bt*âre dé choses ptirémetit idédl , bon sui- Irànt iétilL ^ et QxM 9è parteîit ciimime d'uttë donnée pour }ttgerl«§k^ftés.

V«fârfi<èj[)ètttfdiiriiif , dâite<tei[eùi*e , tin ieieiodlple excès-

(I) Tell. Essai, ete. lom. II, chap. LXY,

sivëmeat comique. Il est tiré de la Heoriade , et i|7a pai été remarqué , que j[e sache :

Cest an asagç anti<{ii6 et saçr^ parmi nous,

Quand ta mort sur h) trdne éteaà ses rades coupa.

Et q^ du sang dbsreîa» » dier à la patrie,

Oam ses denvecMMoam la woice «'eat tarie.

Le penpie au^méinfl inslani rentre «en set premiers Mil;

II peut choisir un mettre, il peut changer ses lai|i«

Les ëtats assembles, organes de la France,

Nomment un souyeraîu, Umiteot sa puissance.

Ainsi de nos aïea» les augustes dtorets

Au rangdeGharilbmagnB ûnt placé les Gapets K

Cbarlaïa&l Oà donc a-i-ilvu- lottes ûsm^ belles choses? Dsais qpel livre a-^tril fai les droi^. dmpm^iPoia de quels bits les a-t-41 dérivés? On diraM qnS'ks^laEtsifeS' dansait en Fianœ.dàBS une période réglée eofinMi le» Jeux <dympiques. Deux mutations en^tâOûans, wlà certes un «Mj» iMea ocHostantl Et cequ^il y a dlBiplaisant^ c'est qu'à rane es à Tauti^ époque ,

La source de ce sang, si cher à la itatrie, Dans se* derniers capaux ne 8*étail point lacie^

Hélait, au contraire, en pleine circulation. lorsqgui'il Ait exclu par un grand homme éyidemmeiiC inuri à côté du tr4ne pour y monter '•

(1) qh. VII,

(2) Il est bon d'entendre Toltairé raisoimer comme historien sur U même événement. « On sait, dit-il, comment Hugues-Capet enleva la « oonroime à ronele du demieB roi. Sf.4et tm^proffe» eu$i$m 40 Mret, « GharlesAimit éU roi de Vtwm. Ce ae fol peuA on pariement^dela aa- « Uon qui le priva du droit de ses aneAtie»^ «omme Toiil difrfaot d'hist»- « riens; ce ftit ee qui ftit et qui dé&it les roia, h force aWed» la prtifc

lié

On raisonne snr les Papes comme Voltaire vient de rai< sonner. On pose en fait , expressément ou tacitement ,que l'autorité du sacerdoce ne peut s^unir d'aucune manière à celle de Tempire ; que dans le système de l'Eglise catholique, un souverain ne peut être exconmiunié ; que le temps n'apporte aucun changement aux constitutions politiques; que tout devait aller autrefois comme de nos jours, etc. ; et sur ces belles maximes, prises pour des axiomes , on décide que les anciens Papes avaient perdu l'esprit.

Les plus simples lumières du bon sens enseignent cependant une marche toute diflTérente : Voltaire lui-même ne l'a-t-il pas dit? On a tant iFexemples dans Vhistme de Tunion du sacerdoce et de Pempire dans d'€tutres rdigtans^! Or, iln*est pas nécessaire, je pense, de prouver que cette union est infiniment plus naturelle sous l'empire d'une Religion vraie que sous celui de toutes les autres, qui scmt lausses puisqu'elles sont autres.

Il faut partir d'ailleurs d'un principe général et incontestable : savoir que tout gouvernement est bon lorsju^il est établi et qu'il subsiste depuis longtemps sans contestation*

Les lois générales seules sont étemelles. Tout le reste varie, et jamais un temps ne ressemble à l'autre. Toujours sans doute l'honmie sera gouverné, mais jamais de la même manière. D'autres mœurs, d'autres connaissances, d'autres croyances amèneront nécessairement d'autres lois. Les noms aussi trompent sur ce point comme sur tant l'autres , parce qu'ils sont sujets à exprimer tantôt le^

■ « dcBce. » (Voit. Essai , etc. Ion. H, A. XXXIX.) Il n'y a pomi iâ j i^Miguêieê ^étrM, çonUne on toH. Il éeril à la maigo ? Bnguet-Capel j -ê empara du ropaums d force ouverte. (1) Yoll. iMai, etc. lom. I, ch. XIH,

ressemblances des choses contemporaines , sans exprimer leurs différences, et tantôt à représenter des choses que le temps a changées , tandis que les noms sont demeurés les mêmes. Le mot de monarchie , par exemple , peut représenter deux gouvernements ou contemporains ou séparés par le temps , plus ou moins différents sous la même dénomination ; en sorte qu'on ne pourra point affirmer de Tun tout ce qu'on affirme justement de l'autre.

« C'est donc une idée bien vaine , un travail bien in- « grat , de vouloir tout rappeler aux usages antiques, ei « de vouloir fixer cette roue que le temps fait tourner a d'un mouvement irrésistible. A quçlle époque faudrait- « il avoir recours P.... à quel siècle , à quelles lois fau- « drait-il remonter? à quel usage s'en tenir? Un bour- « geois de Rome serait aussi bien fondé à demander au « Pape des consuls, des tri%uns, un sénat, des comices « et le rétablissement entier de la république romaine ; « et un bourgeob d'Athènes pourrait réclamer auprès du fi sultan l'ancien aréopage et les assemblées du peuple , !K qui s'appelaient églises *• »

Voltaire a par&itement raison ; mais lorsqu'il s^agira de juga* les Papes , vous le verrez oublier ses propres maximes, et nous parler de Grégoire VU comme on parlerait aujourd'hui de Pie VII , s'il entreprenait les mêmes choses.

Cependant , toutes les formes possibles de gouvernement $e sont présentées dans le monde ; et toutes sont légitimes dès qu'elles sont établies, sans que jamais il soit permis de raisonner d'après des hypothèses entièrement séparées des faits.

(1) Volt. Essai, etc. lom. ITT, ch. LXXXVI. Ccst-à-dire que les assemblées da peuple s'appelaient des atteaiblie». Toutes les oeutr^ philosophifjues et historiques de Voltaire sont remplies de ces traits d'une érudition éblouissante.

Or ^ irïl Ml on M ilUMiBlestablB M^silé p^ itlttnélM'ttelldSloB^^lfMII^ I%t>e6> tfMfô le moyen tgèet %ièn<li'<lieuA eËCoihô (fine lësâet'BÎéi^-âè^, Mt elerdb ime griattfle pioissâtiee «dr lés isôaverïûii» tempoi-els ; lepCfk %Ss om ^jttgés , -iBxcmmranlës éam ^ffoëkcpre^ grandes otiêttnôto , ^ ^ smitteàt même 41$ Mt âik^aré le» wjets âèiùéBjprïBteet dëlieii^iiVei^iéiii dft slormènt «èSdélfté.

LorsqH^mparledé 4eifpe4SMe'e% ée 'goM^h/umi^tféstXu, éa sait YaiiKQMift «e qtfte tlil. fl ttY^ t)OKtft '8e gotfvemernent qui puisse %otft« En vei^ludHine loi dfVine,9ya tottjettirs à cdté'dè tcmte'sl^Téi^ii)^ ^ue force ^iidc^qae qui lui «ertde fir^é G*est miefoi^ 'éVsftme cotiliime^ ^'esl la oofisdenee^ e^est «me âtUfe, c'est mi'pèignard ; mais ëVst too}oiirs quelque âMM^.

îmà^lSiV â'éttfât pëMts un jemr^de 'flh'e (tei^aift quet -qèeskommeséè laeour^ i^^t? ne ^oyMi pas ikjius beau yàmmtémeiiii'^ïiféUi in Sûphî, Vm ^SPtox, c'était le Uiarédttil d^fisiàrées , Hn jèM me Iraaipe , ^«utle uoMe coafèfge^ë hu tépmStt 1 WaUj, me^ fmedvuiglfiimgUr trois dans ma ne.

VbHieuf tnx 'priiïces SSb ponvatéut tout! Pour leur hàStkéHt irt p&isc le liMït , là tôute^puitôafttce réelle u^est pssjpoisIMe.

40r, 1^âtittbk*ifê des Papes &t la pui^èsance choisie et oonsâMt&èdsrus!le'inoyeuigepour feire équilibrée lasouversiitteië'tempdréfle , et la rendre snpportaiAe aux hommes.

'Bt ced n'est encore ^*tme de ces tois généi^es dn mottte, "qu'on ne veut pas observer , >et qui sont cependant d'une évidence incontestable*

Toutes les nations de l'univers ont accordé au sacerdoce plus ôtt moibs d^infiuence dans les afflaires politiques ; et il a été prouvé jusqu'à l'évidence que,, "de tontesTes natiovu ffolicées , il rien est aucwM qui ait attrUmé moins de pou-

î>oir$ et de privilèges à leurs prêtres , que les juifs et les chrétiens*.

Jamais les nations barbares n'ont été mûries et civilisées que par la Religion , et toujours la Religion s'est occupée principalement de la souveraineté.

« L'intérêt du genre humain deman,de un frejn qui re* a tienne les souverains, et qui mette à couvert la vie des « peuples : ce frein de la ReUgion aurait pu être , par une « convention universelle , dans la main des Papes. Ces « premiers Pontifes, en ne se mêlant des querelles teni- « porelles que pour les apaiser, en avertissant les rois « et les peuples de leurs devoirs, en reprenant leurs crî- « mes, en réservant les excommunicatious pour les grands (< attentats , auraient toujours été regardés comme des « images d|^ DiEp sur la t^erre. Mais les hommes sont ré- « duits à n'avoir pour leur défense que les lois et les « mœurs de leurs pays : lois souvent mépris^ ^ mœurs « souvent corrompues^. »

Je ce crois pas que jamais on ait mieux rsûsonné en laveur des Papes. Les peuples, dans le moyen âge, n'avaient chez eux que des lois nulles ou méprisées , et des mœurs cçrron^pues. 11 fallait donc chercher ce frein indispensable hors de chez etix. Ce frein se trouva et ne pouyait se trouver que dans l'autorité des Papes. Il n'arriva' donc que ce qui devait arriver.

Et ^e veut dire ce grand raisonneur , en ^ovls disant , J'une Qianière conditionnelle , que ce frein^ si nécessaire 3UX peuples , aurait pu être , par une convention universelle^ dans la main du Pape? Elle y fut en effet, non

(^)S>l>^ de l'Académie des inscrîplioQ$ et belles-lettres, iD-12, loro. XV, 0. 143. — Traité historique et dogm. de la Religion par 1 abbé Bergicr, om. VI, p. 120.

(2) Voltaire, Sfgai, etc. tom. 11.. ch. LX.

par une convention expresse fles peuples, qui est impossible ; mais par une convention tacite et universelle, avouée par les princes mêmes comme par les sujets, ei qui a produit des avantages incalculables.

Si les Papes ont fait quelquefois plus ou moins que Voltaire ne le désire dans le morceau cité, c'est que rien d'humain n'est parfait, et quUl n'existe pas de pouvoir qui n'ait jamais abusé de ses forces. Mais si, conmie l'exigent la justice et la droite raison, on fait abstraction de ces anomalie inévitables , il se trouve que les Papes orU en effet réprimé les souverains, protégé les peuples j apaisé les querelles temporelles par une sage intervention , averti les rois et les petipies de leurs devoirs, et frappé d*anatkémes les grands attentats quHls n^ avaient pu prévenir.

On peut juger maintenant Pincroyable ridicule de Voltaire y qui nous dira gravement dans le même volume, et à quatre chapitres seulement de distance : « Ces querelles « (de rempire et du sacerdoce) sont la suite nécessaire « de la forme de gouvernement la plus absurde à laqadle « les hommes se soient jamais soumis : cette absurdité « consiste à d^ndre d'un étranger* »

Comment donc , Voltaire ! vous venez de yous réfiiter d'avance et de soutenir précisément le contraire. Vous avez dit que « cette puissance étrangère était réclamée « hautement par l'intérêt du genre humain ; les peuples, « privés d*un protecteur étranger^ ne trouvant chez eux, « pour tout appui, que des mœurs souvent corrompues « et des lois souvent méprisées^. »

Ainsi, ce méine pouvoir qui est au chapitre LX* ce qu'on peut imaginer de plus désirable et derpluspr^rcieux, devient au chapitre LXV^ ce qu*on nia jamais vu de plm absurde

(1) Volt. Essai, etc. lora. Il» ch. LXV*

Tel est Voltaire, le plus méprisable des écrivains Iors« qu'on ne le considère que sous le point de vue moral ; et par cette raison même, le meilleur témoin pour la Térité, lorsqu'il lui rend hommage par distraction.

Cétait donc une idée tout à fait plausible que celle d'une influence modérée des Souverains Pontifes sur les actes des princes, ^empereur d'Allemagne, même san$ étal, a pu jouir d'une juridiction légitime sur tous les princes formant l'association germanique : pourquoi le Pape ne pourrait-il pas de môme avoir une certaine juridiction sur tous les princes de la chrétienté? Il n'y avait là iDertainement rien de contraire à là nature des choses, qui n'exclut aucune forme d'association politique : si cette puissance n'est pas établie, je ne dis pas qu'on doive l'établir ou la rétablir, c'est de quoi je n^ai cessé de protester solennellement ; je dis seulement , en me rapportant aux temps anciens, que si elle est établie, elle sera légitime comme toute autre , aucune puissance n'ayant d'antre fondement que la possession. La théorie et les faits se trouvent donc d'accord sur ce point.

Permis à Voltaire d'appeler le Pape un étranger , c'est nue de ses mperficialités ordinaires. Le Pape, en sa qualité de prince temporel , est sans doute, comme tous les autres , étranger hors de ses états ; mais comme Souverain Pontife , il n'est étranger nulle part dans l'Eglise cathoUque, pas plus que le roi de France ne l'est à Lyon ou à Bordeaux.

n y avait des moments bien honorables four la cour de Rome , c'est encore Voltaire qui parle. Si les Papes avaient toujours usé ainsi de leur autorité , ils eussent été les Ugixlakurs de V Europe *.

(1) Toit. Euai, eic. tom, II, cb. LX.

Or , c*e$t un fait attesté par rhistoire entière de oei temps reculés , que les Papes ont usé sagement et justeaient de leur autorité « assez souvent pour être les légido' teuTê de V Europe; et c'est tout ce qu'il faut.

Les abus ne signifient rien; car , « malgré tous les trou- « bles et tous les scandales, il y eut toujours^ dans les « rits de FEglise romaine , plus de décence , plus de gra- <c vite qu'ailleurs ; Ton sentait que cette Eglise , quâiq) tt ELLE ÉTAIT LIBRE ^ et bicu gouYcmée , était faite pour « donner des leçons aux autres '• Et dans l'opinion des « peuples , im Evêque de Borne était quelque chose de « plus saint que tout autre Evéque'. »

Mais d'où venait donc cette opinion universelle qui avait fait du Pape un être plus qu'humain , dont le pouvoir purement spirituel faisait tout plier devant lui? H faut être absolument aveugle pour ne pas voir que l'établissement d'une telle puissance était nécessairement impossible ou divin.

Je ne terminerai point ce chapitre sans faire une observation sur laquelle il me semble qu'on n'a point assez insi^ : c'est que les plus grands actes de l'autorité qu'on puisse citer de la part des Papes agissant sur le pouvoir temporel, attaquaient toujours une souveraineté électivei c'est-à-dire une demi-souveraineté à laquelle on avait sans doute le droit de demander compte , et que même on pouvait déposer s'il lui arrivait de malverser à un certain point.

(1) Cest an grand mol I À eerlafait princes qui se plaîgoaksit de cei^ tMO« P«pes, on «anit pu dire : S'Ut ne sont pas aut$i bom f «'td é^ traimê Vêtre, e'eit pmree que wut les avez faite.

(S) Volt. Essai , tom. II, chap. XLT.

(I) Le même, ibid. tom. III, ch. CXXL

Yoltaire a fort bien remarqué qt^eVéleciùm suppose, né^ tmairement un contrat entre le roi et la nation* ; en sorte que le roi électif peut toujours être pris à partie et être jugé, n manque toujours de ce caractère sacré qui est l'ouvrage du temps ; car Fhomme ne respecte réellement rien de ce qu^ila fait lui-même. Il se rend justice en méprisant ses oeuvres, jusqu'à ce que Dieu les ait sanctionnées par le temps. La souveraineté étant donc en général fort mal comprise et fort mal assurée dans le moyen âge , la souvo* ndneté élective en particulier n'avait guère d'autre consistance que celle que lui donnaient les qualités personnelles da souverain : qu'on ne s'étonne donc point qu'elle ait été â souvent attaquée , transportée ou renversée. Les ambassadeurs de saint Louis disaient franchement à l'empereur Frédéric II , en 1239 : « Nous croyons que le roi de « France , notre maître, qui ne dmt le sceptre des Fran- « çais qu'à sa naissance , est au-dessus d'un empa^eur « quelconque qu'une élection libre a seule porté sur le ■ trône^. »

Cette profession de foi était très-raisonnable. Lors donc que nous voyons les empereurs aux prises avec les Papes et les électeurs , il ne faut pas nous en étonner ; ceux-ci usaient de leur droit , et renvoyaient les empereurs tout simplement, parce quHh n*en étaient pas contents* Aussi tard que le commencement du XV* siècle , ne voyons-nous pas encore l'empereur Venceslas légalement déposé comme négligent, inutile ^ dissipateur et indigne^? Bt même si

(1) Yoltaire, Essai sur les mœnrS; etc. tom. ITT, chap. CXXI.

(2) Credimas dominum nostrum regem Galliœ qucni linea regii sanguinis proTexil ad sceplra Francorum regenda» excellenliorem esse aliquo iiO' pwatore qaem sola eleclio proyehit voîuntaria. (Maimbourg, ad A. i'239.|

(3) Gei ëpilbètes éUient faibles pour !e bourreau de saint han Ncpomw

l'on fait abstraction de l'éligibilité qui donne » comme je Tobservais tout à llieiire,^Ius de prise sur la souTeraineté, on (n'avait point encore mis en question alors si le souverain ne peut être jugé pour aucune cause. Le même siècle vit déposer solennellement, outre l'empereur Vsdceslas, deux rois d'Angleterre, Edouard II et Richard II, et le Pape Jean XXIU, tous quatre jugés et condamnés avec les formalités juridiques; et la régente de Hongrie fiit condamnée à mort*.

Aucune puissance souveraine quelconque ne peut se soustraire à une certaine résistance. Ce pouvoir réprimant pourra changer de nom, d'attributions et de situation; mais toujours il existera.

Que si cette résistance fait verser du sang , c'est un inconvénient semblable à celui des inondations et des incendies qui ne prouvent nullement qu'il faille supprimer l'eau ni le feu.

A-t-on observé que le choc des deux puissances qu'on nomme si mal à propos la guerre de Vempire et du sacerdoce j n'a jamais fi'anchi les bornes de l'Italie et de l'Allemagne , du moins quant à ses grands effets , je veuK dire le renversement et le changement des souverainetés. Plusieurs princes sans doute forent excommuniés jadis; mais quels étaient en effet les résultats de ces grands jugements? Le souverain entendait raison ou avait l'air de l'entendre : il s'abstenait pour le moment d'une gucm criminelle; il renvoyait sa maltresse pour la forme; quelquefois cependant la femme reprenait ses droits. Des puis-

ée ; mais si le Pape araît ea alors le pouToir â'eflrayer Yenceslas, celuici serait mort sur son trône, et serait mort moins coupable.

(1) Voltaire a Tait celle observa lion. Essai sur les taioàmn, etc. lom. Il 5h. LXVI et LXXXV.

«ances amies, des personnages importants et modérés s'interposaient ; et le Pape , à son tour , s'il avait été ou trop sévère ou trop hâtif, prêtait Poreille aux remontran* ces de la sagesse. Où sont les rois de France, d'Espagne, d'Angleterre , de Suède , de Danemarck , déposés efficacement par les Papes ? Tout se réduit à des menaces et à desU^tés; et il serait aisé de citer des exemples oji les Souverains Pontifes furent les dupes de leur condescendance* La véritable lutte eut toujours lieu en Italie et en Allemagne. Pourquoi? parce que les circonstances politiques firent tout, et que la Religion n'y entrait pour rien. Toutes les dissensions , tous les maux partaient d'une souveraineté mal constituée et de l'ignorance de tous les principes. Le prince électif jouit toujours en usufiniitier. U ne pense qu'à lui , parce que l'état ne lui appartient que par les jouissances du moment. Presque toujours il est étranger au véritable esprit royal; et le caractère sacré, peint et non gravé sur son front, résiste peu aux moindres frottements. Frédéric II avait fait décider par ses jurisconsultes , et sous la présidence du fameux Barthole , qu'il avait succédé , lui Frédéric, à tous les droits des empereurs romains, et qu'en cette qualité , il était maître de tout le monde connu. Ce n'était pas le compte de l'Italie , et le Pape , quand on l'aurait considéré seulement comme premier électeur, avait bien quelque droit de se mêler de cette étrange jurisprudence. Il ne s'agit pas , au reste , de savoir si les P^pes ont été des honunes , et 8*ils ne se sont jamais trompés; mais s'il y a eu, compensation faite , sur le trône qu'ils ont occupé, plus de sagesse, plus de sdenoe et plus de v^tu que sur tout autre : or i sur ce poifit « le doute DQiénie n'est pas peimist

CBâPTSKÊ IL

8XEBGIGB DB LA SÛPUéflUTIB PONTIFIGiUA SUE LD

SOUVEAAINS TEMPO&EX.S.

La barbarie et des guerres interoimables ayant dfacé tous les principes , réduit la souveraineté d'Europe à un certain état de fluctuation qu'on n'a jamais vu , et créé des déserts de toutes parts , il était avantageux qu'une puissance supérieure eût une certaine influence sur cette souveraineté : or y conune les Papes étaient supérieurs par la sagesse et par la science , et qu'ils commandaient d'ailleurs à toute la science qui existait dans ce temps-là^ la force des choses les investît, d'elle-même et sans oontradktiODi de cette supériorité dont on ne pouvait se passer don* Le principe très-vrai qm la souveraineté vient de Dieu renfor^ çait d*ailleurs ces idées antiques , et il se forma enfin une opinion à peu près universelle, qui attribuait aux Papei ime certaine compétence sur les questions de souvenunfité< Cette idée était très-sage, et valait mieux que tous nos sophismes. Les Papes ne se mêlaient nullement dd g$n^ les princes sages dans l'exercice de leurs fonction3| encore moins de troubler l'ordre des successions aoavârames^ tant que les choses allaient suivant les règles ordin^es et cotonues ; c'est lorsqu'il y avait grand abus, grand crime , on grand doute , que le Souverain Pontife interposait sou autorité. Or , comment nous tirons-nous d'affîdre en cas semblables , nous qui regardons nos pères en pitié? V9t larévdte, les guerres civiles et tous les maux qui en résultent. En vérité , il n'y a pas de quoi se vanter. Si le Pape avait décidé le procès entre Henri IV et les ligueurs , il aurait adjugé le royaume de France à ce grand prince,

d h char j/e par lui d^aUer à la fiMM; il aursiit jugé comme la Providence a jugé ; mais les préUminaires eussent été un peu différeiits.

Et si la Fraiioe d'aujourd'hui , pliant sous une autorité divine, avait reçu sofl e&cellent roi des mains du Souverain Pontife , croit-on qu'elle ne fût psts dans ce moment un pen plus contente d'eDe-méme et des autres?

Le bon sens des siècles que nous appelons barbares , en savait beau(^up plus qile notre orgueil ne le croit communéméijt. 0 n'est point étonnant que des peuples nouveaux, obéissant pour ainsi àite au seul instinct , aient adopté des idées aussi simples et aussi plausibles; et il est bien imptiîrttot d'observé comment ces mêmes idées qui enu*a!nëMit jadis des peuples barbares , ont pu réunir dans ces deMiers siècles l'assentiment de trois hommes tels que BeRaMnbi , fiobbes etLeibnitz^

« Si peu importe ici gue te Pape ait eu cette primauté « ie irmt divin au de droit humain , pourvu qu'il soit « odttstam tfae, pendant plusieurs siècles, il a exercé « daUâ f Occident , àvèC le consentement et rapplàudisc sebkelit universel , une puissance assurément très-éten- « due. H y a même plusieurs hommes célèbres parmi les « plrôiéstânts , qni Ont cru qu'on pouvait laisser ce droit • au Pape, et qu'il était utile à l^gliâe è\ l'on retran- « chait ^(j|(^i<{Ues abus^. »

lA tfaéôfïë seule serait donc inébranlable. Mais que peut-

(1] « £«f mrgumenii âê Betlarmin fmi, de ia suppoUitm qfiê lêt

• Papei ont la juridiction tur h spirituel, infère qu'ils oni une JnH' t (f tc<rofo au moins indîreéie t«^ le iemporet, n'ont pag paru méprisables

• à Hobbes même. Effectiremenl, fl est certain, etc. » (Leîbnitx, Op* ton. lY, part, m, p. 401, m-4. — Pensëct de Uibniti, îii-8» tom. II» f. 406.)

(2) LeibniU, ibid. p. 4OI9

on répondre aux faits qui sont tout dans les questions d« politique et de gouvernement ? ; '

Personne ne doutait , et les souverains ménie ne doutaient pas de cette puissance des Papes; et Leibnitz observe avec beaucoup de vérité et de ânesse à son ordinaire, que l'empereur Frédéric, disant au Pape Alextmdre IH, non pas à vous , mais à Pierre , confessait la puissance des Pontifes sur les rois , et n'en contestait que Fs^ns^

Cette observation peut être générah'sée. Les princes, frappés par Fanathème des Papes , n'en contestaient que la justice , de manière qu'ils étaient constamment prêts à s^en servir contre leurs ennemis , ce qu'ils ne pouvaient faire sans confesser manifestement la légitimité du pouvoir.

Voltaire, après avoii* raconté à sa manière l'excommunication de fiobert de France , remarcpie que Vemfereur OÛion lil assista lui-même au concile oùVexc(mmmm' lion fut prononcée \ L'empereur confessait donc Tautorité du Pape ; et c'est une chose bien 8ingulièi*e que les critiques modernes né veuillent pas s'apercevoir de la contradiction manifeste où ils tombent en observant tous d'une commune voix, que ce quHl y avait de flus dèphràit dans ces grands jugements ^ c^était Faveuglement des princes qui n^en contestaient pas la légitimité, et qui soumi les invoquaient etuc-mêmes.

Mais si les princes étaient d'accord , tout le monde était donc d'accord , et il ne s'agira plus que des abus qui vi trouvent partout*

Philippe-Auguste , à qui le Pape venait de transférer le royaume d'An^eterre en héritage perpétuel ,... ne publia point alors fi qu'il v^ appartenait pas ou Pape de dotmtr de$

(i) Uiteiti, Ôp. (om. fV, part. IH, p. 401. (2) Voltaire, Essai, etc.. tom. Il, chap, XXXIX,

t couronnes».. Lui-même avait été excommunié quelques , t aimées auparavant y*, parce quMI avait voulu changer « de femme. Il avait déclaré alors les censures de Rome « insolenles et abusives. ••• Il pensa tout différemment, t lorsqu'il se vit Texécuteur d'une bulle qui lai donnait « TÂngleterre ^ . »

C'est-à-dire que Tautorlté des Papes sur les rois n^était contestée que par celui qu'elle frappait. Il n'y eut donc jamais d'autorité plus légitime , comme jamais il n'y en eut de moins contestée.

La diète de Forcheim ayant déposé , en 1077 , l'emperenr Henri lY , et nommé à sa place Rodolphe, duc de Souâbe, le Pape assembla un cdbcîie à Rome pour juger les prétentions des deux rivaux; ceux-ci jurèrent par la bouche de leurs ambassadeurs de s'en tenir à la décision des légats ^ , et l'élection de Rodolphe fut confirmée. C'est alors que parut sur le diadème de Rodolphe le vers célèbre :

La Pierre a choisi Pierre , et Pierre t'a ehoiti^.

Henri Y, après son couronnement comme roi d'Italie, &it en 1110 uû traité avec le Pape, par lequel l'empereur abandonne ses prétentions sur les investitures , à condition que le Pape , de son côté , lui céderait les duchés , les cofMés, les marquisats j les terres ainsi que les droits de justices j de monnaies, et autres ^ dont les Evéques d'JUefnagné étcnefU en possession»

En 1209, Othon de Saxe s'étant jeté sur les terres dtf

(1) Toltaîre, Essai sur les mœurs, tom. II, chap. L.

(2) Maimbonrg, ad annum 1077.

(3) Petra (c'est Jésns-Cbrist) dédit Petro, JWmt êiadtma Rodotphoê

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