‹ Du PapeChapitre 40 sur 61 · PURS ET NETS.... AVEC TOUTES NOUVELLES PENSEES · texte numérisé non relu

PURS ET NETS.... AVEC TOUTES NOUVELLES PENSEES

Démosthène est encore plus sévère: Pour moij dit-il, je suis persuadé que celui qui doit s^ approcher des auteh ou mettre la main aux choses saintes , ne doit pas être seulement chaste pendant un certain nombre de jwm déUrmnés, mais qu'il doit F avoir été pendant toute sa vie, et nt i être jamais livré à de viles pratiques^.

La croyance sur ce point était si profondément airacinée dans tous les esprits, que pour initier un homme aux cérémonies les plus scandaleuses, aux mystères les plos infâmes, on exigeait de lui, comme préparation indispensable, une continence préliminaire et rigoureuse. On peut le voir dans l'aventure romaine des Bacchanales, si biea racontée par Tite-Live* .

Telle était Topinion universelle de Tanden monde. Les navigateurs du XV® siècle ayant doublé l'univers, s'il est

(1 ) L'édition des Variorum , snr ce Ter» d'Ovide» Causa repertori foilit , etc. a cité cette formule : ncarcûea xal eI/ù xaBapà xtd ôyvij «:to râv âXXtavz&v KotOxptuôvxcav , xac kn Mpèç vwovvlKi.,,

Je sais force dans ce moment de m*en fier an commentatear d*OTi<l<i fui n'a sûrement pas infentë ce passage.

(2) Plut. Symp. liv. III. quest. VII, trad. d'Amyot.'

(3) Demosth. Gontrà Timocratem, ëdit. grecque de Venise, l5Ui in-8, fol. 332.

(4) Tit. Ut. Hbt. fib, XXXIX , cap. 39 et seq.

permis de s'exprimer ainsi, nous trouvâmes les mêmes opinions sur le nouvel hémisphère. Au Pérou, on célébrait le premier jour de la lune deseptenâ)re , après Péquinoxe , une fôte solennelle appelée le Caneu : c'était une purification religieuse de l'âme et du corps, et la préparation était la méme^ •

Et pendant que les nations déjà parvenues à un certain degré de civilisation, s'accordent ainsi avec celles de rancien continent pour nous certifier le dogme universel , leHuron, l'Iroquois, à peme dignes du titre d'homme, nous déclarent à l'autre ep^trémité du nouveau continent , que c'est un crime de ne pas observer la continence pendant les vingt-quatre heures qui précèdent la cérémonie du calumet^ •

L'antiquité ne dit point à l'honune qui pense à s'approcher des autels : Examinez-vous bien* Si wus avez mdheureiisemeni tué^ volé, conjuré, calomnié, diffamé quelqu'un, retirez-vous. Non. Dès qu'il s'agit des dieux et des autels , on dirait qu'il n'y a plus qu'un seul vice et une seule vertu '• >

Jérusalem, Memphis, Athènes, Rome, Benarès, Quito, Mexico, et les huttes sauvages de l'Amérique élèvent donc la voix de concert pour proclamer le même dogme. Cette idée éternelle, commune à des nations si différentes, et qui n'ont jamais eu aucun point de contact , n'est-elle pas naturelle? n'appartîent-elle pas nécessairement à l'essence spirituelle qui nous constitue ce que nous sommes?

(1 ) cérémonies religieuses |de tous les peuples , Paris , 1741 , in-foL tora. Vlï,pag. 187.

(2) Makensîe, Voyage dausle nord de rAmërique. (3^ Tos quoque abesse procul jubeo, discedileab aria, Queis tulit heslemà gaudia noçte Venus.

CXibuIl. £leg. I, lib. 11.11 , 12.)

Où donc tous les hommes Tauraient-ils prise ^ si elle n^ètait pas innée?

Et cette théorie paraîtra d'autant plus ditine dans son principe , qu'elle conâ^te d'ttûé manière plus frappante avec h morale pratique de raniiqiiftè i^orroinpiie Jusqu'à l'excès, et qui entraînait Thomme dans tous les gehresde désordres , sXûs avoir jamais pu effacer de son esjprit des lois écrites m lettres divines* .

Un savant géographe anglais a dit , au sujet des mœui's

orientales : On fait peu de cas delà chasteté dans lespay!

orientaux^. Or, ces mœurs orientales dont précisément

les ïnœurs antiques , et seront éternellement les mœiirs de

tout pays non chrétien. Ceux qni les ont étudiées dans les

auteurs classiques^ et dans certains monuments de rnit

qui notts restent , trouveront qu'il n'y a pas d^exngéralion

dans cette assertion de Feller : « Qu'un demi-siède de

« paganisme présente infinimeiÂ; plus d^excès énormes

« qu'on n'en trouverait dans tomes les monardhles cJiré-

« tiennes, depuis que le christianiisme règne sur la

« terre'.»

Plante nous a dessiné en six vers extrêmement cïurîeiix la morale d'im irès-honnéte hcnuna de son temps , celle que le père de famille le plus sévère prédiait à son fils, et qui caractérisait l'homme irréprochable*, liseices

(1) Tpdfxfixai Qeoû, (Orîg. ady. Cels, lib. I , c. 5.

(2) Gëograph. de Piukerlon, tom. Y de la frad. fr. p. 5* L'anteur trace dans ce texte la grande ligne de démarcation entra

rAlcoran et l'Evangile.

(3) Gaidch. Fhilos. Li^ge, 1788, in-12 , tom. lU, ch. 6. pag. 274.

(4) Nemo h\c prohibet nec yetal

Quin , qnod palàm est vénale, si argenlam est, eioas. Kcmo ire quemquam publicâ prohibet via ,

vers , et vous verrez que nos lois pourrAîent très-bien encore faire brûler un saint de cette espèce*

Si je voulais faire le procès à Tantiquité, sur l'article capital de la morale , je citerais surtout ce qu'elle a loué. Ainsi , pai* exemple , dans le dessein de déprimer les pbi* losopbes , je ne voudrais point mettre Socrate à la torture pour lui faire dire ses secrets, ni m'asseoir à la porte de Laïs pour écrire les noms de ceux qui entrent : j'aimerais mieux citer l'éloge dont cette vertueuse antiquité bonora Zenon**

Et cependant , au milieu de cette profonde et universelle corruption, on voit surnager une vérité non moins oniverselle et tout à fait inexplicable avec un tel système de moeurs. Un seul hoqixe est fait pour une seule fbm- HE , et tout le reste est mal*

A Rome , et sous les empereurs , « lorsque les femmes , « comme l'a si bien dit Sénèque , ne devaient plus comp- « ter les années par la succession des consuls, mais par « celle de leurs maris, deux grands personnages , Pollion « et Agrippa, se disputent l'honneur de fournir une ves- « taie à l'état. La fille de Pollion est préférée unique- « »ENT parce que sa mère n^avait jamais (appartenu

Dum ne per fundura seploitt facias semitam , Dùm te abslineas onplà , yiduà , TÎrgine , Javentute , et paeris liberis » ama quod lubet. (Gurcol. I , T. 33 et seq. )

ObserTez que tons les crimes de ce genre ne sont considër^s que du cote de la propriété yiolée. Tout homme qui s*abstient de passer per fundum teptum . est irréprochable. Observez de plus que la masse immense des esciaTcs n'est qu'une proie liyrëe à la lubricité des maîtres , extrêmement inférieurs en nombre.

(1) Uxi^i^iotç exp>î?o SnANIOS. (Diog. Laèrï. lib. VIT, g 10. )

« (fuCau même époux ^ au lieu qu^ Agrippa avait altéré sa • maisonpar un divorce*. »

A-t-on jamais entendu rien d'aussi extraordinaire? Où donc et comment les Romains de ce siècle avaient-ils rencontré ridée de Tintégrité du mariage , et celle de Talliance naturelle de la chasteté et de Pautel ? Ou avaientils pris qu'une vierge , fille d'un homme divorcé, quoique née en légitime mariage et personnellement irréprochable , était cependant altérée pour l'autel ? Il kni que ces idées tiennent à un principe naturel à l'homme, aussi ancien que l'homme , et pour ainsi dire partie de l'homme.

Dignilë da Sacerdoce.

Ainsi donc, l'univers entier n'a cessé de rendre témoignage à ces grandes vérités , 1® mérite éminerU de la chasteté; 2? alliance naturelle de la contùunce avec t&utes les fonctions religieuses, mais surtoiU avec les fonctions sacerdotales.

Le christianisme, en imposant aux prêtres la loi du célibat , n'a donc fait que s'emparer d'une idée natm^Ue; il l'a dégagée de toute eri^ur , il lui a donné une sanction divine , et l'a convertie en loi de haute discipline. Mais contre cette loi divine , la nature humaine était trop forte , et ne pouvait être vaincue que par la toute-puissauce inflexible des Souverains Ponûfes. Dans les siècles barbares surtout, il ne fallait pas moins que le bras invincible de Grégoire VII pour sauver le sacerdoce. Souvenons-nous

(1) Prftiata est PoUionb fîlia non ob alicd qaàm qu&d mater ejos in eodem cobjtigio mânebat. ^sm Agrippa 4iscidio domam iiihi»i'E21^^' (Tacil. Ann. II, 80.)

qu'il existe, dans le corps du droit canon, un chapitre intitulé: De A7mj9re«&y^ert2m. Sans cet homme extraordinaire, tout était perdu humainement. On se plaint à» rimmense pouvoir qu'il exerça de son temps ; autant vaudrait-il se plaindre de Dieu qui lui donna la force sans laquelle il ne pouvait agir. Le puissant Démiurge obtint tout ce qu'il était possible d'une matière rebelle; et ses successeurs ont tenu la main au grand couvre avec une telle persévérance , qu'ils ont enfin assis le sacerdoce f "n* des bases inébranlables.

Je suis fort éloigné de rien exagérer , et de vouloir présenter la loi du célibat comme un dogme proprement dit ; mais je dis qu'elle appartient à la plus haute discipline, qu'elle est d'une importance sans égale , et que nous ne saurions trop remercier les Souverains Pontifes à qui nous la devons»

Le prêtre qui appartient à une femme et à des enfants , n'appartient plus à son troupeau, ou ne lui appartient pas assez. Il manque constamment d'un pouvoir essentiel, celui de faire l'aumône, quelquefois même sans trop penser à ses propres forces. En songeant à ses enfants , le prêtre marié n'ose pas se livrer aux mouvements de son coeur; sa bourse se resserre devant l'mdigence , qui n'attend jamais de lui que de froides exhortations. Il y a de plus , dans la société et le commerce des femmes , certains inconvénients qui sont et doivent être nuls pour nous , parce qu'ils sont la suite nécessaire d'un ordre de dioses nécessaire aussi , du moins en général. II n'en est pas de même du prêtre en particulier, dont la dignité est mortellement blessée par de certains ridicules. La femme d'un magistrat supérieur^ qui oublierait ses devoirs d'une manière visible , ferait plus de tort à son mari (pie celle d^ tout autre homme. PouixjuoiP parce que les hantes ma

gistratures possèdent une sorte de dignité sainte et vénérable qui les fait ressembler à un sacerdoce. Qu'en serat-il donc du sacerdoce réel? Je feuillette au hasard les jou^ naux anglais , et j'y trouve Tarticle suivant :

« On a plaidé la cause du révérend., t* contre lemarqitis « de,... accusé d'un commerce criminel avec mistriss...* tt ( épouse de l'ecclésiastique ) . II parait, par les détails du tt procès , que le révérend époux iiit outragé chez lui « pendant qu'il célébrait à l'église l'oflSce du dimanche. « Pour excuser la dame , les avocats alléguaient d'abord la a firanchise avec laquelle elle convenait ouvertement de « sa tendresse pour le défendeur, et de plus Thisouciaoce « de répoux. — Dommages et intérêts envers ce dernier, a dix miUe livres sU*, »

lien coûte cher , comme on voit, en Angleterre, pour faire des visites chez les révérends maris, pendant l'office du dimanche ; mais qu'on se figure un homme déjà affiché, puisque sa philosophique patience était donnée comme un moyen d'atténuation, recevant le prix de son déshonneor, et montant en chaire le dimanche suivant, pour y prêcher contre l'adultère : il ne manquera pas sans doute de foire un grand effet I

Non-seulement les vices de la femme réfléchissent une grande défaveur sur le caractère du mari-prétre, mais celui-ci , à son tour , n'échappe point au danger commun à tous les hommes qui se trouvent dans le mariage , l'or casion de vivre criminellement. La foule de raisonneurs

(1) Il appears... that Iheoffence wâs commilted while ih^ HexcrcM husband of the Lady vas performinç thc divine service of the sabbalhday. The grouod of Ihe defcnce was carelessness of ihe husband , and llie Lady 'g oppD déclara lioD of the attachaient to the défendant. The d:iin t|;ci oblaioed were 10 , 000 1. (E. M. sept. 1804, ru 273 , pag. 235. )

qui ont traité cette grande question au célibat ecclésias*

tique , part toujours de ce grand sophisme, que le ma- 1

riageest un état de pureté, tandis qu^il n^est pur que pour i

les purs. Uépouse est dangereuse quand on ne Taime pas , {

et dangereuse quand on l'aime. L'homme irréprochable I

aux yeux du monde peut être infâme à Tautel. L'union J

même légitime donne des habitudes sans donner la sa- |

gesse. Combien y a-t-il de mariages irréprochables de

vaut Dieu? Infiniment peu. Or, si la faiblesse humaine

établit une tolérance de convention à l'égard de certains

abus, oette loi générale n'est jamais faite pour le prêtre^

parce que la conscience universelle ne cesse de le compa-

rer au type sacerdotal qu'elle contemple en elle-même ;

de sorte qu'elle ne pardonne rien à !a copie , pour peu

qu'elle s'éloigne du modèle.

11 y a dans le christianisme des choses si hautes, si su* blimes; il y a entre le prêtre et ses ouailles des relations si saintes, si délicates, qu'elles ne peuvent appartenir qu'à des hommes absolument supérieurs auiL autres. La confession seule exige le. célibat. Jamais les ieiif»nes, qu'il faut particulièrement considérer sur ce point, n'accorderont une confiance entière au prêtre marié; mas il n'est pas aisé d'écrire sur ce sujet.

Les églises si malheureusement séparées du centre n'ont pas manqué de conscience, mais de force, en permettant le mariage des prêtres. E^les s'accusent ellesmêmes, en exceptant les évêques et en refusant de consacrer les prêtres avant qu'ils soient mariés. Elles conviennent ainsi de la règle, que nul prêtre ne peut se marier; mais elles admettent que , par tolérance et feute de sujets , un laïque marié peut être ordonné. Par un sophisme qui ne chociue plus riiabiiude, au lieu d'ordonner un candidat, quoique marié, elles le marient pour Vor-

donner, de manière qu en violant la règle antique, clle^ la confessent expressément^

Pour connaître les suites de cette fatale discipline, il faut avoir été appelé à les examiner de près. L'abjection du sacerdoce dans les contrées qu'elle régit, ne peut être comprise par celui qui n'en a pas été témoin. DeTott, dans ses Mémoires, n'a rien dit de trop sur ce point. Qui pourrait croire que dans un pays oii l'on vous soutient gravement l'excellence du mariage des prêtres , l'épithète dé fils de prêtre est une injure formelle? Des détails sur cet article piqueraient la curiosité , et seraient même utiles , sous un certain rapport; mais il en coûte d'amuser la malice et d'affliger un ordre malheureux qui renferme , quoique tout soit contre lui , des hommes très-estimables , autant qu'il est possible d'en juger, à la distance où Tinexorable opinion les tient de toute société distinguée*

Cherchant toujours, autant que je le puis, mes armes dans les camps ennemis , je ne passerai point sous silence le témoignage frappant du même prélat russe que j'ai cité plus haut. On verra ce qu'il pensait de la discipline de son église sur le point du célibat. Son livre déjà recommandé par le nom de son auteur, étant sorti de plus des presses même du saint synode, ce témoignage a tout le poids qu'il est possible d'en attendre.

Après avoir repoussé, dans le premier chapitre de ses Prolégomènes, une attaque indécente de Mosheim contre le célibat ecclésiastique , l'archevêque de Twer continue en ces termes :

« Je crois donc que le mariage n'a jamais été permis « aux docteurs de l'Eglise (les prêtres) , excepté dans « les cas de nécessité et de grande nécessité ; lorsque , « par exemple , les sujets qui se présentent pour remplir « ces fonctions , u'ayant pas la force de s'interdire le

«i mariage qu'ils désirent, on n*en trouve point de meiU « leurs et de plm dignes qi^eux ; en sorte que l'Eglise ^ « après que ces incontinents ont pris des femmes , les ad- « met dans Tordre sacré , par accident plutôt que par f choix^ »

Qui ne serait frappé de la décision d'un homme si bien placé pour voir les choses de près, et si ennemi d'ailleurs du système catholique ?

Quoiqu'il m'en coûtât trop d'aitpuyer sur les suites du système contraire , je ne puis cependant me dispenser d'insister sur l'absolue nullité de ce sacerdoce dans son rapport avec la conscience de l'homme. Ce merveilleux ascendant qui arrêtait Théodose à la porte du temple , Attila devant celle de Rome , et Louis XIV devant la table sainte ; cette puissance , encore plus merveilleuse , qui peut attendrir un cœur pétrifié et le rendre à la vie ; qui va dans les palais arracher l'or à l'opulent insensible ou distrait , poiu* le verser dans le sein de l'indigence ; qui aflronte tout , qui surmonte tout , dès qu'il s'agit de consoler une âme , d'en éclairer ou d'en sauver une autre ; qui s'insinue doucement dans les consciences pour y saisir des secrets funestes, pour en arracher la racine des vices ; organe et gardienne infatigable des unions saintes ; en-

(1) Quo quldem cognîto» non erit difGcile intellsetn , an et qnomod6 doctoribus EcclesiaB permbsasint coojagia. Scilicet, meâ qQÎdem sententiâ, NON permissa umquam , prsterquàmsi nécessitas obTenerit , eaque magna; ati sicuti ii (sic) qui ad boc munus pnest6 sont ab usu matrimonii temperare sibi nequeant atque hoc expelant , meliore» yerô digDiore8i]oe desint : ideôque Ecclesia taies intempérantes , postquàm uxores daierint , casu potiùs non delectu , sacro ordini adsciscat. (Met. Arch. Twer. liber historiens , etc. prol. c. I , p. 5. )

U fant bien ohaerrer qne l'archeTèqoe parle tonjoars an présent , et qa'il a visiblement en yuc les usages de son Eglise, telle qu'il la voyait de •on temps. Cet oracle grec paraîtra sans doute : UtJiJidy àvrâÇcos ecA^uy.

nemie non moins active de toute licence ; douce sans faiblesse ; effrayante avec amour ; supplément inappréciable delà raison, de la probité , de Thonneur, de toutes les forces humaines au moment où elles se déclarent impuissantes; source précieuse et intarissable de réconciliation , de réparations, de restitutions , de repentirs efficaces , de tout ce que Dieu aime le plus après Tiunocence ; debout à côté du berceau de Thomme qu'elle bénit ; debout encore à côté de son lit de mort , et lui disant , au milieu des exhortations k^ plus pathétiques et des plus tendres adieux*. • parte? ;... cette puissance surnaturelle ne se trouve pas hors de Tunité. J'ai longtemps étudié le christianisme hors de cette enceinte divine. Là , le sacerdoce est impuissant et tremble devant ceux qu'il devrait faire ti*embler. A celui qui vient lui dhre : J*ai volé , il n'ose pas , il ne sait pas dire : Restitun. L'hooune le plus abominable ne lui doit aucune promesse. Le prêtre est employé comme une machine. On dirait que ses paroles sont une espèce d'opération mécanique qui efiace les péchés, comme le savon fait disparaître les souillures matérielles : c'est encore une chose qu'il faut avoir vue pour s'en former une idée juste. L'état moral de l'homme qui invoque le ministère du {irétre , est si indifférent dans ces contrées ; il y est si peu pris en considération , qu'il est très-ordinaire de s'entendre demander en conversation : Jvez-vous fait vos pdques P C'est une question comme une autre , à laquelle on répond oui ou non , comme s'il s'agissait d'une promenade ou d'une visite qui ne dépend que de celui qui la fait.

Leii femmes , dans leurs rapports avec ce sacerdoce , stjiit un objet tout à fait dîgne d'exercer un œil obsirvaleur

L*anathème est inévitable. Tout prêtre marié tombera toujours au-dessous de son caractère. La supériorité incontestable du clergé catholique tient uniquement à la loi du célibat.

Les doctes auteurs de la Bibliothèque britannique se sont permis sur ce point une assertion étonnante qui mérite d'être citée et examinée.

« Si les ministres du culte catholique, disent-ils, « avaient eu {dus généralement reqxrit de leur état , « dans le vrai sens du mot , les attaques contre la Reli-

a gion n'auraient pas été aussi fructueuses Heu-

« reusement pour la cause de la Religion , des moeurs et « du bonheur d'une population nombreuse, le clergé an- « ^ai& , soit anglican , soit presbytérien , eêi tout auêre^ « ment respectatle , et il ne fournit aux ennemis du culte « ni les mêmes raisons , ni les mêmes prétextes ^ »

Il feudrait parcourir mille yc^umes peut-être pour rencontrer quelque chose d'aussi téméraire ; et c'est une nouvelle preuve de l'empire terrible des préjugés sm* les meilleurs esprits et sur les hommes les plos estimables.

En premier lieu , je ne sais sur quoi porte la comparaison : pour qu'eUe eut une base, il faudrait qu'on pftt opposer sacerdoce à sacerdoce : or , il n'y a plus de sacerdoce dans les églises protestantes ; le prêire a diparu avec le sacrifice ; et c'est une chose bien remarquable que , partout où la réforme s'établit, la langue, interprète toujours infaillible de la conscience , abolit sur-le-champ le mot éà prêtre, au point que déjà du temps de Bacon ^ ce mot était pris pour une espèce d'injure ^. Lors donc

(1) BIblioth. britahn. sur XEnquirer de M. Godwîn. Mars^ 1798. N. 53» p. 282.

^2) « Je pcose qu'on ne devrait ;)oiQt continuer de ^e sctvir du mol de

qa^on parle du clergé J[ Angleterre, d'Ecosse» et€*, on ne s^exprime point exactement; car il n'y a plus de clergé là où il n'y a plus de clercs : pas plus que d'état militaire, sans militaires. C'est donc lout conrnie si l'on avait comparéy par exemple , les curés de France ou d'Italie , aux avocats ou aux médecins d'Angleterre et d'Ecosse.

Mais en donnant à ce mot de clergé toute la latitude possible, et l'entendant de tout corps de ministres d'un culte dirétien, l'immense supériorité du clergé catholique en mérite comme en considération est aussi évidente que la lumière du soleil.

On peut même observer que ces deux genres de supériorité se confondent ; car , pour un corps tel que le clergé catholique , une grande considération est inséparable d'un grand mérite , et c'est une chose bien remarquable que cette considération l'accompagne même chez les nations séparées ; car c'est la conscience qui l'accorde, et la conscience est un juge incorruptible.

Les critiques même qu'on adresse aux prêtres catholiques prouvent leur supériorité. Voltaire l'a fort bien dit : « La vie séculière a toujours été plus vicieuse que « celle des prêtres ; mais les désordres de ceox-ci ont « toujours été plus remarquables par leur contraste avec « la règle*. » On ne leur pardonne rien^ parce qu'on en attend tout.

« prêtre , particulièrement dans les eas où les personnes s'en trouvent offensées.» (Bacon , OEut. tom. IV, p. 472. Christianisme de Bacon, tom. II , p. ^1.) On a sniyi le conseil de Bacon. Dans la lan^e eldans la conTersatîoû anglaise, le mot de priêtê me te tronTe pins qne daoi prietteraftm

(1) Je ne prends point la peine de chercher, dans les OEoTres rolomineuses de Voltaire, ce passage que je trouve cite dans Tonyrage allemand, intitule : Der Xriumpb , etc. Triomphe de la philosophie dans 1<

Alexandre VI aima la guerre et les femmes ; en cela il fut très-condamnable, et pour trancher le mot, trèscriminel , à raison du contraste avec la règle, c*est-àdire avec la sublimité de son caractère qui supposait la sainteté ; mais transportons-le à Versailles , il ne tiendra qu'à lui d'être Louis XIV, justement célèbre aussi par ses talents, sa politique et sa fermeté, et qui aimait, comme l'autre , la guerre et les femmes.

Et si cette comparaison fetigue quelques imaginations, à raison des cruautés, si souvent citées, et que je ne veux point examiner ici, je proposerai , sur-le-champ, Jules II, dont ce même Voltaire a dit : « C'était un mauvais « prêtre^, mais un prince aussi estimable qu'aucun de « son temps ^. » Pour celui-ci , il n'y a plus de doute , il surpassera Louis le Grand par les talents autant que par les mœurs*

La même règle a lieu depuis le Souverain Pontife jus= qu'au sacristain. Tout membre du clergé catholique est contiauellement confronté à son caractère idéal , et par conséquent jugé sans miséricorde. Ses peccadilles même sont des forfaits ; tandis que de l'autre côté les crimes même ne sont que des peccadilles , précisément comme parmi les gens du monde. Qu'est-ce qu'un ministre du

XYIIIe siècle, tom. II, p. 193.) livre très-remarqaable sous tous les rapports.

(1) Parce que , n'ëtant pas seulement prêtre, mais prince , il ayait la bizarrerie de ne Touloir pas cëder ses terres et ses villes auxYënitiens qui en araient envie ; et parce qu'ayant & se défendre contre la mauTaise foi la plus insigne, contre la politique la plus détestable, il était obligé déjouer aa plus fin et de renvoyer les traits qu'on lançait contre lui.

(2) Yolt. Essai sur les mœurs, etc. in-8, lom. III, ch. CXII.

11 Valait donc autant que le pèr$ du peuple , qui eut avec lui de si grandes affaires.

culte qui se nomaie réformé? C'est un homme habillé de ncir, qui monte tous les dimanches en chaire pour y tenir des propos honnêtes. A ce métier » tout honuête homme peut réussir , et il n'exclut aucune faiblesse de Yhannête homme. J'ai examiné de très-près cette classe d'hommes ; j'ai surtout infôrrogé sur ces ministres évangéliques l'opinion qui les environne, et cette opfaiioa même s'accorde avec la nôtre, pour ne leur accorder aucune supériorité de caractère.

Ce qu'ils peuyent n'est rien : rdritablcment hommeif Ils sont ùù que nous sommes , Et vivent comme nous.

On ne leur demande que la probité. Mais^ comme ]a l'ai dit plus haut, qu'est-ce donc que cette vertu humaine pour ce redoutable ministère qmeidgehLprobité divinisée^ c'est-à-dire la sainteté? Je pourrais m'autoriser d'exemples fameux et d'anecdotes piquantes, si ce point n'était pas un de ceux sur lesquels j'aime à passer comme sur des charbons ardents. Un grand iait me suffit, parce qu'il est public, et ne souffre pas de réplique : c'est la chute universelle du ministère évangélique protestant, dans l'opinion publique. Le mal est ancien et remonte aux premiers temps de la réforme. Le célèbre Lesdiguières , qui résida longtemps sur les frontières du duché de Savoie, estimait beaucoup et voyait souvent saintFrançois de Sales, alors évéque de Genève. Les ministres protestants, dioqués d'une telle liaison, résolurent d'adresser une admonestation dans les formes an noble guerrier, alors encore chef de leur parti. Si l'on veut savoir ce qu'il en advint et ce qui fut dit à cette occailon , on peut lire toute l'histoire dans un de nos llvies

ascétiques assez répandu ^ Pour moi, je ne le copie point.

On cite l'Angleterre ; mais c'est en Angleterre surtout que la d^radation du ministère évangélique est le plus sensible. Les biens du clergé sont à peu près devenus le pa^ trimoine des cadets de bonnes maisons, qui s'amusentdans le monde comme des gens du monde, laissant du reste

A des chantres gagÀ le soin de louer Dieu.

Le banc des évéques, dans la chambre des pairs, est uoe espèce de hors-d'œuvre qu'on pourrait enlever sans produire le moindre vide. A peine les prélats osent-ils prendre la parole même dans les affaires de religion. Le clergé du second ordre est exdu de la représentation nationale ; et pour l'en tenir à jamais éloigné , on se sert d'une subtilité histfM^ique qu'un souffle de la législature au. lait écartée depuis longtemps, si l'opinion ne les repoussait pas, ce qui est visible. Non-seulement l'ordre a baissé dans l'estime publique, mais lui-même se défie de luimême. Souvent on a vu l'ecclésiastique anglais , embarrassé de son état, effacer dans les écrits publics la lettre^ fatale qui prêche son nom et constate son caractère. Souvent encore on l'a vu, masqué sous un habit laïque, quelquefois même sous un habit militaire, amuser les salons étrangers avec sa burlesque épée.

A l'époque où l'cm agita , en Angleterre , avec tant de iracas et de solennité , la question de VémancipcUion des catholiques (en 180&) , on parla des ecclésiastiques, dans

(1) Espritde S. François de Sales, recueilli des (écrits de M. lu Camus, •^vêqucde Beîley, in-8, partie lil, ch. XXïil.

(2) R. initiale de Révérend.

lepariement, avec tant d'aigreur, avec tant de dureté} avec une défiance si prononcée , que les étrangers en forent sans comparaison plus surpris que les auditeurs*. Aucun Anglais peut-être n'a exprimé ce sentiment d'une manière plus énergique que le docteur King, ecdésiastique de cette même nation, qui nous a laissé un livre d'anecdotes assez curieux. « Rien, dit-il, n'a &it a plus de tort à l'Eglise d'Angleterre que l'avarice et a l'ambition de nos évéques. Cbaudler, Willis, Potter, «c Gibson , Sherlock , sont morts honteus^nent riches :

<i quelques-uns ont laissé plus décent mille gainées

€ Ils pouvaient être de fort grands tbéologiens , mais le « titre de bons chrétiens ne leur appartenait nullement. « L'or qu'ils accumulèrent pour enrichir leurs fomiUes, « était dû à Dieu , à l'Eglise et aux pauvres....* Ce ne « fot pas un petit malheur pour la cause du christia- « nisme en Angleterre, que la permission du mariage « accordée à notre clergé, lorsque la réforme nous dé- « tacha du Papisme ; car il en est arrivé ce qui devait « nécessairement arriver, et ce qu'on aurait, dû prévoir. « Depuis cette époque nos ecclésiastiques ne se sont plus « occupés que de leurs femmes et de leurs enfants. Les « membres du haut clergé y pourvoyaient aisément avec « leurs grands revenus ; mais les ecclésiastiques du se- « cond ordre, ne pouvant établir leurs enfants avec de « minces rétributions , jetèrent bientôt sur tous les points c du royaume des familles de mendiants. Pour moi,

(1) Un membre de la chambre des communes observa cependant qu'il y &vait quelque chose d'ëtrange dans cette espèce de déchaînement général contre Tordre ecclësiastique. Si je ne me trompe , ce membre était M. Stéphent ; mais comme je ne pris pas de note écrite sur ce point , je o'aftirmo rien, excepté que la remarque fut faite.

« je n'examne point si la continence est une vertu né* « cessaire à celui qui sert à l'autel (au moins elle lui « vaudrait beaucoup plus de faveur et de dignité) ; mais « ce que je ne puis m*empéeher d'observer , c'est que « notre gouvernement ne fait nulle différence entre Té- « pouse d'un évéque et sa concubine ^ La première n'a « ni place, ni préséance dans le monde ; elle ne partage « d'aucune manière le rang et la dignité de son époux ; « tandis qu'un simple chevalier dont la dignité est à « vie comme celle de l'évéque , donne cependant à sa « femme un rang et un titre'. En ma qualité de simple « membre de la république des lettres , j'ai souvent 1 désiré le rétablissement des canons qui défendaient le « mariage aux prêtres. C'est au célibat des évéques que t nous devons presque toutes ces magnifiques fondations « qui honorent nos deux universités ; mais depuis l'é- « poque de la réformation , ces deux grands sièges de la a science comptent peu de bienfaiteurs dans l'ordre a épiscopal. Si les riches dons de Laud et de Sheldon « ont droit à notre reconnaissance étemelle , il faut aussi

(1).... Our Governement tnake* no différence hetween a Bithop't mfe and his concubine, — Expression aH moins inexacte. On dirait qu'il y a en Angleterre des concubines , comme il y a des femmes d é~ tëquei ; qae les deux ëlats sont connus et marchent ensemble , etc. Si Taulear a youlu faire nne plaisanterie , elle est d'assez mauvais goût.

(2) Ainsi , en Angleterre , la femme de rarchevéque de Gantorb^ry qai est légalement , ti je ne me trompe , le premier homme du royaume , s'appelle Mittritt , et n'a point de rang dans Tëlat. Elle doit cëder le pas à la femme d'un cidien que le roi honora la Teille d'un coup de plat «f^^e ; et celle-ci s'appelle Lady. J'ignorais ee droit public; s'il exis(€ réellement , et si je l'ai bien compris , il est très-remarquable et prouve à quel point l'esprit delà législature est contraire au clergé. Il l'exclut delà représentation nationale, et semble prendre plaisir àThumilier dans le inonde.

« nous rappeler que ces prélats forent célibataires. De* .« puis le commencemeut de ce siècle , je ne sais pas « voir parmi nos très-révérends^ un seul patron distin- « gué de la science ou des savants ; mais personne ne sau- « rail en être étonné, en songeant par quel eq[)ritsoDt « animés tous ces prélats de fabrique royale^ : ce n'est « pas sûrement par TEsprit-Saint, quoique dans leur a consécration ils se rendent à eux-mêmes le témoignage « qu'ils sont appelés à Tépiscopat par le Saint-Esprit. >

Où trouver plus d'aigreur et plus de mépris? Ce qui est particulièrement remarquable , c'est que le v^oureux critique^ qui avait cependant respiré toute sa vie une atmosphère protestante, ne s'en prend néanmoins qu'au mariage des ecclésiastiques de l'avilissement de l'ordre cniicr et de tous les maux qui en résultent^*

Il faut dire aussi qu'il j a, dans le caractère même de eette milice évangéliqtie j quelque chose qui défend la confiance et qui appelle la défaveur. 11 n'y a point d'autorité, il n'y a point de règle, ni par consécpenl de croyance commune dans leurs Eglises. Eux-mêmes avouent , avec une candeur parfaite , € que Tecdésias-

(1) RioaT-UBTBBENDs î lîlre l^gal des ^vêqiics en Angleterre. Le bc!Dc qu'ils occapent an parlement se nomme le révérend banc. (The révérend bench. )

(2) Je rends comme je puis Texpression anglaise : Theu comcb hk- LiBB BithopSy dont la finesse tient à des choses qu'il serait inutile d'cxpliq«cr ici.

Voyez le lirre anglais inliluM : Political and litlerary anecdotes of his own Urnes , by doct. William King , etc. 2«. édit. Londoa » in-a. 1S19. On troBTera de longs extrait* de cetouTrage dans lu Reviied'£diiBbourg . juillet 181», n. LXin.

(3) [Pour r^tode de celte grave question , les Lettres de Cobbeit sur i« réforme, et Touvrage de M. Gostave de Beaumont sur l'Irlûode, i>eu^t:nl êlrc consultas avec grand ayantage.]

« tiqae protestant vloi obligé de souscrire une confes* « sion de foi quelconque, que pour le repos et la « tranquillité publiques, sans autre hut que celui de « maintenir, entre les membres d'une même commu- « nioo , l'union extérieure ; mais que du reste , aucune « de ces confessions ne saurait être regardée comme une « règle de foi proprement dite. Les protestants n'en « connaissent pas d'autre que TEcriture sainte^* »

Lors donc qu'un de ces prédicateurs prend la parole , quels moyens a-t-il de prouver qu'il croit ce qu'il dit? et quels moyens a-t-il encore de savoir qu'en bas on ne se moque pas de lui? Il me semble entendre chacun de ses auditeurs lui dire, avec un sourire sceptique : En vérité,

JE CROIS qu'il croit QUE JE LE CROIS ^ I

L'un des fanatiques les plus endurcis qui aient jamais existé , Warburton, fonda en mourant une chaire pour prouver que le Pape est Y Antéchrist ^. A la hont^

(1] Consid^ations sur les ëtudet nëcessairea \ ceax qui aspirent an uml ministère , par Cl. Ces. Chavanne, min. du S. Et. et prof, en tb^ol. à l'acad. de Lausanne. Yvcrdun , 1771 , in-8, p. 105 et 106.

(2) l' credo ch' ei credetle ch' io credesse. Dante , Infem. XII , IX.

(3) Ce nom de Wwrhwrton me fait souvenir qu*atf nombre de ses Œuvres se trouve une édition de Shakspeare avec une préface et un commentaire. Personne san:s doute n'y verra rien de rt^prëiiensible de la part d'un homme de lettres ; mais que Ton se 6gure si Ton peut Christophe de Beaumont , par exemple , éditeur et commentateur de Corneille on de Molière , jamais on n y réussira. Pourquoi T Parce que c'est un homme d'un autre ordre que Warburton. Tous le» deux portent la mitre. Cependant Tua est Pontife, et Tantre n'est qu'un genth- «nan. Le premier peut être ridiculisé ou flétri par ce qui ne fait nui tort à Taatre.

On sait que lorsque Télémaque parut , Bossuet ne trouva pas l'on- ▼rage assez sérieux pour un prêtre. Je me garde bien de dire qu'il ciit rauoD , je dis seulement que Bossuet a dit cela*

de notre malheureuse nature , cette diaire n^a pas encore vaqué ; on a pu lire même , dans les papiers publics anglais de cette année ( 1817 ), Tannonce d'un discours prononcé à Facquit de la fondation. Je ne crois point do tout à la bonne foi de Warburton ; mais quand elle serait possible de la part d'un seul homme , le moyen d'imaginer de même comme possible une série d'extravagants ayant tous perdu l'esprit dans le même sens , et délirant de bonne foi I Le bon sens se refuse absolument à cette supposition ; en sorte que ^ sans le moindre doute , plusieurs et peut-être tous auraient parlé pour de l'argent contre leur conscience. Qu'on imagine maintenant un Pitt , un Fax, un Burke , un Grey, un GrmwUe , ou d'autres têtes de cette force , assistant à l'un de ces sermons. Non-seulement le prédicateur sera perdu dans leur esprit , mais la défaveur rejaillira même sur l'ordre entier des prédicateurs.

Je traite ici d'un cas particulier ; mais il y a bien d'autres causes générales qui blessent le caractère de l'ecclésiastique dissident, et le ravalent dans l'opinion. Il est impossible que des hommes dont on se défie constamment, jouissent d'une grande considération ; jamais on ne les regardera, dans leur parti même , que comme des avocats payés pour soutenir une certaine cause. On ne leur disputera ni le talent , ni la science , ni Fexacdtude dans leurs fonctions ; quant à la bonne foi , c'est autre chose.

« La doctrine d'une Eglise réformée , a dit Gibbon , « n'a rien de commun avec les lumières et la croyance « de ceux qui en font partie , et c'est avec un sourire ou « un soupir que le clergé moderne souscrit aux formes de

« Torthodoxie et aux symboles établis Lesfrèiic

« tionn des catholiques se trouvent accomplies. Les armi- « niens , les ariens , les sociniens , dont il ne faaU fo*

R calculer le nombre â! après leurs congrégations respectif « ves , ont brisé et rejeté renchâinement des mystères. »

Gibbon exprime ici l'opinion universelle des protestants éclairés sur leur clergé. Je m'en suis assuré par mille et mille expériences. Il n'y a donc plus de milieu pour le ministre réformé. S'il prêche le dogme , on croit qu'il ment; s'il n'ose pas le prêcher, on croit qu'il n'est rien.

Le caractère sacré étant absolument effacé sur le front de ses ministres , les souverains n'ont plus vu dans eux que des officiers civils qui devaient marcher avec le reste du troupeau, sous la houlette commune. On ne lira pas sans intérêt les plaintes touchantes exhalées par un membre même de cet ordre malheureux , sur la manière dont l'autorité temporelle se sert de leur ministère. Après avoir déclamé , comme un homme vulgaire, contre la hiérarchie catholique , il plane tout à coup au-dessus de tous les préjugés , et il prononce ces paroles solennelles :

« Le protestantisme n'a pas moins avili la dignité sa- « cerdotale *. Pour ne pas avoir l'air d'aspirer à la hié- « rarchie catholique, les prêtres protestants se sont défaits « bien vite de toute apparence religieuse, et se sont tous « mis très-humblement aux pieds de l'autorité tempo-

« relie Parce que la vocation des prêtres protes-

« tants n'était nullement de gouverner l'état , il n'aurait « pas fallu en conclure que c'était à l'état à gouverner « l'Eglise^ Les récompenses que l'état accorde

(1) Ainsi ce caractère est avili des deax côtes I H faudrait bien cependant prendre nn parti ; car si le sacerdoce est avili par la hiérarchie et par la suppreisîon de la hiérarchie , il est clair qae Dîea ii*a pas su faire un sacerdoce , ce qui me paraît un peu fort.

(2) Nulle part Tëtat ne gouverne l'bgusb ; mais toujours et partout il gouvernera justement ceux qui , s'ëtant mis hors de YEffHse , osent

« aux ecclésiastiques , les ont rendus tout à fait sécU' « liers....*— Avec leurs habits sacerdotaux , ils ont dé«

« pottillé le caractère qûrituel L'état a fait son

« métier , et tout le mal doit être mis sur le compte di a clergé protestant. Il est devenu firivole.... U» prêtres

« n'ont bientôt plus fait que leur devoir de citoyens

« Véiài ne les prend plus que pour des ofliders de

« police Il ne les estime guère , et ne les place que

« dans la dernière classe de ses ofiBciers Dès que la

« .Religion devient la servante de l'état » il est permis de « la regarder , dans cet état d'abaissement , comme I'od- « vrage des hommes , et même comme une fourberie ^ « C'est de nos jours seulement qu'on a pu voir l'indus- « trie^ la diète, la politique , l'économie rurale , et la <c police entrer dans la diaire.*.... Lepréire doit croire tt qu'il remplit sa destinée et tous ses devoirs en feisaot « lecture en chaire des ordonnances de la pdice. Il doit « dans ses sermonç publier des recettes contre les épi- « looties , montrer la nécessité de la vaocination , et « prêcher sur la noûnière de jHrolonger la vie humaine. « Commentdoncs'yprendra-t-il après cela pour détaeher

« les hommes des dioses temporelles et périssables, tan- « dis qu'il s'efforce lui-mAme , avec la sanction do gou*

cependant s'appeler V Eglise* 0 ftnrt choisir entre lu ftîërarclûe catholique et la suprématie ciyile , il n'y a point de milieu. Et ipï oserait blimer des souverains qui ëtabtisseni Tunitë civile partout oh ils n'en tro«TflBl pa« d*autre 7 Que ce clergé sëparë , qui ne se plaint que de Im-méme, rentre donc dans Tunitë légitime , et Umt de suite il remontera comme par enchantement i ce haut degré de dignité dontloi-méme se reconnaît décha. Ayec quelle bieuTeillance , aree quelle allégresse nous Ty reporterions de nos propres mains I Notril^espect les attend.

(1) Voilà précisément ce que je disais toat à l'heure; et c'est ua «Qjet inépuisable d'utiles réflexions.

• Ternement , d'attacher les hommes aux galères de la

Ea voilà {dus que je B^aurais osé en dife d'api^ mes propres observations; car il m'en coAie beaucoup d'écrire, Hiéme en réoriminant^ une seide ligue désobligeante; mais je crois que c'est un devoir de montrer Topinioa dans tout son jour. J'honore sincèremait les sûnistres du samt Evangile , qui portent un très-beau titre. Je sais même qu'un prUre n'est rien s'it n'est pas ministre du saint Evangile ; mais celui-ci à so& tour n'est pv^ s'il n'est pas prUre. Qu'il écoute donc sans aigreur la vérité qui lui est ditencm pas seulement sans aif^ur, mais avec amour : TaiU corps enseignant , dès qtfU ii est plus permis de croire à sa hosme foi, tombe néeessairementi dans Popinion même de son propre parti ; et le dédain , la défiance, l'éloigneàient, augmentent en raiscm directe de rknportance morale de l'enseignement. Si l'ecdésiastique protes* tant est plus considéré et moins étranger à la société que le clergé des Eglises seulement sdiismatiques, c'est qu'il est mains prêtre ; la dégradation étant proportionndle à VintensitéAxk caractère sacerdotal.

n ne s'agit donc pas de se louer vainement soi-même , ou de se préférer encore plus vainement à d'autres; il faut entendre la vérité et lui rendre hommage.

Rousseau n'écrivait-il pas à une dame française : « J'aime « naturellement votre cleri^é autant que je hais le nôtre. « J'ai beaucoup d'amis parmi le clergé de France , etc^.»

(1) Sur I0 vrai caractère da prôlre ëyang^icpie , par le pjrofiM^eor M arheinexe , i Heîdelberg , imprime dans le rnus^ patriotique des Allemands , à Hambourg. .— Je n'ai pu lire qa*i»e traduction française de cet ouTrage , en janrier 1812 ; mais elle m*a é\è donnée pour très-fid|l« par no homme que je dois croire très-fidèle.

{% I^trea de J. J. nousseau , in-8 . ton. II , p. 201 .

II est encore plus aimable dans ses Lettres de la Montagne, où il nous fait confidence «que les ministres ne « savent plus ce qu'ils croient , ni ce qu'ils veulent , ni ce « qu'ils disent; qu'on ne sait pas même ce qnUIsfout « semblant de croire , et que Tintérét décide seul de leor « foi* •»

Le célèbre helléniste , M. Fréd. Aug. Wolff, remarque avec une rare sagesse , dans ses prolégomènes sur Hondère, « qu'un livre étant une fois consacré par Fusage public , la « vénération nous empêche d'y voir des choses absurdes « ou ridicules ; qu'on adoucit donc et qu'on embellit par « des interprétations convenables, tout ce qui ne parait « pas supportable à la raison particulière; que plus on « met de finesse et de science dans ces sortes d'expUcationS) « et plus on est censé servir la Religion ; que toujours on « en a usé ainsi à l'égard des livres qui passent pour sa- « crés; et que si l'on s'y détermine pour rendre le livre « utile à la masse du peuple , os ne saurait voir rien de a réprébensible dans cette mesure *. »

Ce passage est un bon commentaire de celui de Rousseau , et dévoile en plein le secret de l'enseignement protestant. On ferait un livre de ces sortes de textes; et par une conséquence inévitable , on en ferait un autre des témoignages de froideur ou de mépris distribués à l'ordre ecclésiastique par les différents souverains protestants.

L'un décide « qu'il a jugé à propos de faire composer « une nouvelle liturgie plus conforme à l'enseignement « pur de la Religion , à l'édification publique et à l'esprii « du siècle actuel ; et que plusieurs motifs l'ont détcr-

(i) Lett. de 3, 3. Rousseau , Ile lettre de la Montagne. (2) Frid. Aug. Wolfii Prolegomeua in Homeium — Halis Saxouum. 1795, lom. I,n. 36 , p. clxiij»

e miné à ne pointsouffrir que les ecclésiastiques se mêlent « aucunemeut de la rédaction de ces formules liturgî- « qaes* •»

Un autre défend à tous les ministres et prédicateif^ de ses états , d'employer la formule Que le Seigneur vous bénisse , etc. « attendu , dit le prince, que les ecclésiastiques « ont besoin eux-mêmes de la bénédiction divine, et qu'il « y a de Farrogance de la part d'un mortel de vouloir « parler au nom de la Providence^ • »

Quel sacerdoce et quelle opinion 1 Je Tai étudiée , cette opinion, dans les livres, dans les conversations, dans les actes de la souveraineté: et toujours je Tai trouvée invariablement ennemie de Torore ecclésiastique. Je puis même ajouter (et Dieu sait que je dis !a vérité) que mille et mille fois en contemplant ces ministres , illégitimes sans doute et justement frappés, mais cependant moins rebelles eux-mêmes qu'enfant de rebelles, et victimes de ces préjugés tyranniques

Que peat-éire en nos cœurs Dieu seul peut effacer ;

je voyais dans le mien un intérêt tendre, une tristesse fraternelle , une compassion pleine de délicatesse et de révérence , enfin je ne sais quel sentiment indéfinissable que je ne trouvais'pas à beaucoup près chez leurs propres frères. Si les écrivains que j'ai cités au commencement de cet

(1) Journal de Paris , mercredi 21 décembre 1808, n. 556, p. 2573 > -^ n faut Tarouer , c*est un singulier spectacle que celai de Tordre ecclésiastique dëclarë incapable de se môler des afTatres eccltfsiastiques*

(2) Journal de TEmpire, du 17 octobre 1809 , p. 4, (sons la rnbriqaa de Francfort , du 11 octobre* ) Par la même raison » un père serait nn arrogant 8*il s'arbait de bénir son fils I Quelle force de raisonnement I Mais tout cela n*est qu*une chicane faite an clergé qu'on «'aime pat»

artide , s'étaient contentés d'affirmer jm k ckrgè eatko* lifue aurait pnAMemerU évité de grands maSmirê, s'il avait été plm pénétré des devoirs de son état, je doute qn'flft eossent trouvé des contradicteurs parmi ce clergé niiSme; car nul prêtre catholique ne se trouve au niveau de ses sublimes fonctions; toujours il croira qu'il lui manque quelque chose : mais en passant condamnafiofl sur quelques rdâcfaements , firuits inévit^Iés d'une longue paix, il n'en est pas moins vrai que le dei^ catholique demeure sans comparaison hors de pair pour la condtdte comme pour la conâdération qui en est la smte. Cette conâdération est même si frappante, qu'eUe ne peut être mise en 'question que par un aveuglemeot volontaire.

n estfaemvux sans doute que Fexpérience la plus magnifique soit venue do nos jours à l'appui d'une théorie incontestable en eli&^nême; et qu'après avoir démontré oe qui doit êure , je puisse encore montrer ce qui est. Le clergé français, dispersé chez toutes les nations étrangles, quel spectacle n'a-t-il pas donné au monde? A V^spect de ses vertus , que deviennent toutes les dédamaliaos ennemies? Le prêtre français, libre de touie autorité, environné de séductions , souvent dans toute la force de l'âge et des passions , poussé chez des nations élapang^res à son austère discipline, et qui auraient applaudi à ce que nous aurions appelé des crimes, est cependant demeuré in^ riaUement fidèle à ses vœux. Quelle force l'a d<Hic soutenu, et comment s'est-il montré constamment au-dessus des faiblesses de l'humanité? Il a conquis surtout l'estime de l'Angleterre , très-juste af^réciatrice des talents et des vertus , comme elle eàt été l'inexorable Matrice des moindres faiblesses. L'homme qui se présente pour entrer (lans uue maison anglaise, à titre de médecin , de chirur-

gien, dMûstituteur, etc. , ne passe pas le seuil , s'il est célibataire. Une prudence ombrageuse se défie de tout homme dont les désirs n'ont pas d'objet fixe et légal. On dirait qu'elle ne croit pas à la résistance , tant elle redoute l'attaipie. Le prêtre seul a pu échapper à cette soupçonneuse délicatesse : il est entré dans lés maisons anglaises en Terta de ce même titre qui en aurait exclu d'autres hommes. Une opînimi rancuneuse , âgée de trois siècles , n'a pu s'empêcher de croire à la sainteté du célibat religieux. La défiance $'est tranquillisée devant le caractère sacerdotal 9 et tel Anglais peut-être qui avait souvent parlé ou écrit d'après ses préjugés contre le célibat ecclésiastique , voyait sans crainte sa femme ou sa fille recevoir les leçons d'un prêtre catholique ; tant la conscience est infaillible ! tant elle s'embarrasse peu de ce que l'esprit imagine ou de œ que la bouche dît !

Les femmes même , vouées à ce même célibat, ont participé à la même gloire. Combien le philosopbisme n'avaitil pas déclamé contre les vœux forcés et les victimes du cloître * ! Et cependant lorsqu'une assemblée de fous qut faisaient ce quHls pouvaient pour être des coquins ^ , se

(1) Ces folles déclamations se trouyent , comme on sait , réunies et ponr ainsi dire eondeméet dani la Mélanie de La Harpe. En Tain Tautenr , depuis son retour i la yènxé , fit les plus mes instances pour que sa pièce fùl ùlée dn répertoire ; on s'y refusa obsUnëment, et ce défaut de délicatesse fait tort i la aation française bien plus qu'elle ne le pense. Ce n'ett. ritn, dira-trelle. Cest beaucoup. Cet exemple se joint à la nou* ▼eQe édition de Yollaire , à l'estampe de Zambri , dans la Bible do Saci , ayec figures ; à la stérëotypie de Jeanne d'Arc , inyariablement annoncée dans tous les catalogues , arec le Discours sur l'Histoire universelle, et les Oraisons funèbres de Bossuet, etc. , etc.

(^ Douces expressions de Burke / dans sa fameuse lettre au duc de U^dfort, en parlant de Vattemhtée constituante, sur laquelle au moint

donna le plaisir sacrilège de déclarer les vœuK illégitimes et d'ouvrir les cloîtres , il fallut payer je ne sais quelle effrontée du peuple, pour venir à la barre de l'assemblée jouer la Religieuse affranchie.

Les vestales françaises déployèrent Fintrépidiié des prêtres , dans les prisons et sur les écbafauds ; et celles que la tempête révolutionnaire avait dispersées chez les nations étrangères et jusqu'en Amérique , loin de céder aux séductions les plus dangereuses , ont fait admirer de tous côtés Pamour de leur état , le respect pour leurs ym\ et le libre exercice de toutes les vertus.

Elle a péri cette sainte, cette noble Eglise gallicane I elle a péri ; et nous en serions inconsolables , si le Seigneur m nous avait laissé un germe * •

La haute nobles du clergé catholique est due toute entière au célibat; et cette institution sévère étant uniquement l'ouvrage des Papes secrètement animés et conduits par un esprit sur lequel la oonsdence né saurait se tromper , toute la gloire remonte à eux; et ils doivent êtrecoo. sidérés , par tous les juges compétents , comme les véritables instituteurs du sacerdoce ^.

tout le monde a bien le droit de dire , en parodiant an poète français de

quelque mérite littéraire :

L'histoire menaçaola

Gravant sur les débris le nom Constituante ;

Lni laisse , pour flétrir sa mémoire crnelle Dans ce nom glorieux une honte étemelle*

[Esménard] (Narigation, ch. TT.)

(1) Nisi Dominus • • • . reliquisset nobis semen. (Isaï. 1,9.)

(2) [A ces considérations de J. de Maistre, nous joindrons le témoignage d'un homme qui, dans une circonstance récente, s'est place' av^^c fclat hors des rangs du catholicisme.

« Certes, dit M. Michelet * , ce n'est pas moi qui parlerai contre U Diiiriage ; cette yie aussi a sa sainteté. Toutefois , ce virginal hymen du prêtre et de l'Eglise n'est-il pas quelque peu trouble par un hymen moins par?Se80uviendra-t-iI du peuple qu'il a adopta selon l'esprit, celui à qui la nature donne des enfants selon la chair? La patemitë mystique tiendra-t-elle contre l'autre ? Le prêtre pourrait se priver pour donner aux autres, mais il ne prrvera point ses enfants. Et quand il r^isterait , quand le prêtre vaincrait le père , quand il accomplirait tontes les œuvres du sacerdoce, je craindrais encore qu'il n'en conservât nas l'esprit. Non , il y • dans le plus saint mariage » il y a dans la femme et dans la famille quelque chose de mou et d'ënervant qui brise le fer et flëchit l'acier. Le plus ferme cœur y perd quelque chose de soi. Calait plus qu'un homme , ce n'est pins qu'un homme.

« Et cette poésie de la solitude, ces mâles voluptés de l'abstinence, cette plénitude de charité et de vie , où l'âme embrasse Dien et le monde, ne croyei pas qu'elle subsiste entière an lit conjugal. Sans doute , il y a aussi une émotion pieuse quand on se réveille et qu'on voit , d'une part , le petit berceau de ses enfants , et sur l'oreiller , à côté de soi , la chère et respectable tête de leur mère endormie. Mais que sont devenus les méditations solitaires , les rêves mystérieux , les sublimes orages où combattaient en nous Dieu et l'homme? Celui quin*a jamait veillé dans les pleure , quin'ajamaie trempé eon lit de larmee , celui-là ne vouteonnaitpas , ô puissance céleste l » (Goethe , Wilhemmeister*, )

Maintenant voici un voyageur catholique apprenant sur un terrain désolé quels seraient les merveilleux effets de Fanéantissement du célibat ecclésiastique :

« Une différence esseniielle dislingue le sacerdoce arménien : c'est la faculté donnée , ou même le devoir imposé au simple prêtre de contracter mariage. Tous les Derders , qui forment la classe des desservants , correspondante chez nous à celle des vicaires et des curés , ont leur £retoguin ; tel est le nom que porte l'épouse du prêtre. En comparant , Blême sons le seul rapport temporel , cette portion du clergé avec la nôtre, j'ai pensé mille fois que la meilleure réponse aux contradicteurs et aux ennemis du célibat des prêtres serait de leur peindre en quelques traits la condition d'un prêtre marié , dans l'Orient. Il est bien facile à nos discoureurs d'argumenter spécieusement contre le règlement le plus louable de (a discipline calholique , parce qu'ils jugent les choses du point de vue de

(I) Hist. de France j fom. ii , pag. 168.

la France , et qu'ils soni habitoëa i aroir tous les yeai resemple d'ao clergé instruit , lëlë et d'one conduite régulière* Ils s'imaginait imprudemment que le mariage serait comme un complément de ces ^oalitét, es ajoutant seulement au caractère sacerdotal le mérite d'une utilité soeiaU, selon le langage commun des économistes. Us ne sayent pas qu'alon k prêtre deyiendrait , ayec sa femme , ses <m£uits et toutes les nécesilés de la famille , un pesant fardeau i la société, au lieu de l'alléger et de la servir par le sacrifice continuel et entier do sa personne, libre de toots eotraye terrestre et de tous les liens de la chair. U serait continoeUemeoi retenu par les considérations de l'intérêt priyé; et« s'il ne pensait pas i lui-même « il ne pourrait oublier du moins ceux dont la ProTidence oa U nature l'aurait chargé.

« Qu'on ne nous ol^ecte point ici Teiemple des communions protestantes : il n'y a li aucune parité. Le protestantisme , oomme d'habOe» controyersistes l'ont prouyé, ne peu| ayoir de culte , et se léume toajours forcément dans le déisme. Le pasteur est un homme dont toutes les fonctions se bornent à yenlr une fois la semaine au lieu du prêcle Çûre udo lecture , que chacun pent faire également chez soi , et donner des explications du sens spirituel et littéral , que chacun est libre d'accepter on de repousser* U n'y a donc pas là de ministère , et le Sacerdoce est une place de lecteur , plus commode à remplir que celle de maire , et aussi plus ayantageuse.

c Les communions chrétiennes de l'Orient sont schismatiques et même hérétiques ; mais la pratique des det oirs qui constituent pour le piètre la partie aetiye du ministère , quelque altérée qu'elle soit , subsiste toujours. ()n doit même dire que la cause de cette allératioj est le mariage , fui contraint le pauyre Derder à trayailler dei mains , pour bire sabsister sa famille. En effet , après ayoir récite les matines , au leyer de l'aube » il ya mettre la main à la charrue ou pakre son bétail , lorsqu'il n'est pas occupé d'autres soins domestiques , Jmqu'à l'heore de yèpres , qu'il chante an coucher du soleil , et qui oomposeni la seconde partie obligatoire de son bréyiaire. II manque donc du te«ps et des moyens d'étudier. Gomment ensuite pourrait-il instruire ses ouailles? Aussi semble-t-il s'être résigné à la nécessité humiliante de son ignorance , cb dwndonuiDt la lecture et l'instruction aux docteurs et aux yartabeds, lesquds meti dans le célibat , ainsi que tous les autres supérieurs eocMsiasiiqnes. No"yelle preuye de la justesse et de l'utilité de nos règlemenls, puisque ta même église qni autorise le mariage reoonnatt aussi que le prêtre âefé, iolelligent et modèle doit yiyre dans la continence. Les Deniers , il faut l'avouer, ne sont que les premiers Talets de ceux-ci, qui les traitent avec

«■ut de hanlear ^'ib ne leor permeltoiit jamais de s'aHCoir en lear prëaenoe. « GomiiNiit povrrais-je lire et ^tadier , me diflait on jour an de « ee0 denerraiiU , à ^i je reprochais son peu de eoniiaiuance de sa « laiigae ei de sa liturgie? CSe n'est pas la coutume , et, si je le faisais , « les Tartabeds s'en Ûcheraient comme d'une usurpation. » Que de fois j'ai secrètement gëmi sur la dégradation de cette classé de prêtres que lenis huilons seuls ^sfinguent des autres paysans et qui s'empressent de rendre aux Toyagenrs les offices les plus serviles, peur sToir droit, an d^sfl t de tendre la main et de réclama leur Bakehiekê * t m

GonsidëratioDS politiques. Population.

L'erreur redoublant toujours de force en raison de Fimportance des vérités qu'elle attaque , die s'est épuisée contre le célibat religieux; et après Tavoir attaqué sous le rapport des mœurs , elle n'a pas manqué de le citer au tribunal de la politique , comme contraire à la population. Warburton a dit « que la hi qui sanctifie le célibat eH c PAE ESSENCE destructive des éiais^j » et Rousseau , après en avoir parlé dans une noie dont il a orné son Héloïsej avec le ton et la science d'un corps de garde , observe aill^irs , c que, pour savoir à quois^en tenir surlahi du « célibat, il suffit d^observer que si die était généralisée, « elle détruirait le genre humain \ »

(1) Eugène Bore. Correspondance et Mémoires d'un Voyageur en Orient , tpm« n, pag. 1002.

(^ DÎTine légation of Moses. B. II , sect. Y.

(3) Rousseau. (Lettre i l'Arch. ) II ne tiendrait qu*â mol de produire un argument de la même force. Le Toici dans les formes : Toute pratique qui tend pat ea généralisation à détruire un eorpe organique quelconque , e$t mautaiee pour ee eorpt. Or , la taille de$ arbres , si on Vexeree sur toutes les braMû\es , détruit Ist fruetifieation , et même l'arbre. Donc , la taille des arbres fruitiers est mauvaise « et ne doU jamais être employée.

Ces deux aveugles peuvent représenter tous les autres. On avait répondu sans doute à tous ces sophistes dW manière victorieuse. Déjà Bacon , malgré les préjugés de temps et de secte, nous avait fait penser ^ quelques avantages signalés du célibat ^ Déjà les économistes avaient soutenu et assez bien prouvé que le législateur devait ne jamais s'occuper directement de la population , mais seulement des subsistances , 'et du reste nous laisser faire. Déjà plusieurs écrivains appartenant au clergé, avsdent fort bien repoussé les traits lancés contre leur ordre sous le rapport de la population ; mais c'est une singnlarité piquante , que cetteforce cachée cpisejoue dans Punivers , se soit servie d'une plume protestante , pour nous présenter la démonstration rigoureuse d'une vérité tant et si mal à propos contestée.

Je veux parler de M. Màhhus dont le profond ouvrage sur le Principe de la population est un de ces livres rares après lesquels tout le monde est dispensé de traiter le même sujet. Personne, avant lui, n'avait, je pense, clairement et complètement prouvé cette grande loi temporelle de la Providence : c Que non-seulement tout « homme n'est pas né pour se marier et se reproduire; « mais que dans tout état bien ordonné , il faut qu'il y « ait une loi , un principe , une force quelconque qui

s'oppose à la multiplication des mariages. » M. Malthus

l Diderot , dans ses Pensées philosophiques , YI , a fait le même argument qne Rousseaa , yieille et niaise objection déjà réfutée par saint Jérôme , dans son traite contre Joyinianas, liv. 1 , 1T7 , ^t. Martiauay. « SI tous sont philosophes, il n'y aara pas d*agTieoUean, pas d'orateurs , pas de jurisconsultes. Si tous sont princes , ({ni doue sera soldat? etc... » ]

(1) Sermones fidèles, sire interiora rerum. (C. YIII, de nnpl. «i cœlib. 0pp. toffl. X , in-S , pag. 20. )

observe que l'accroissement des moyens de subsistance , dans la supposition la plus favorable , étant inférieur à celui de la population dans Ténorme proportion respective des deux progressions, Tune arithmétique et l'autre géométrique , il s'ensuit que l'Etat , en vertu de cette disproportion , est tenu dans un état continuel de danger , si la population est abandonnée à elle-même : ce qui nécessite la force réprimante dont je viens de parler.

Les doctes réviseurs d'Edimbourg ont rendu un plein hommage à cette vérité, « L'histoire ancienne, disent-ils , « et riiistoire moderne présentent des exemples sans a nombre de la misère produite par l'oubli de cette sage « abstinence {^par rapport au mariage), et pas un seul a exemple qu'elle ait produit , par une trop grande in- « fluence , le moindre inconvénient dans l'état ^ »

Mais le nombre des mariages ne peut être restreint dans l'état qu'en trois manières : par le vice , par la violence ou par la morale. Les deux premiers moyens ne pouvant se présenter à l'esprit d'un législateur, il ne reste donc que le troisième , c'est-à-dire qu'il faut qu^il y ait dans Tétai un principe moral qui tende constamment à restreindre le nombre des mariages. Mais cette restreinte morale, commel'appellefortàproposM. Mallhus, ne saurait être , ainsi qu'il l'avoue lui-même , que très-difficilement établie. Il propose , pour arriver au but désiré , certaines ècohs morales où l'on instruirait le peuple sur ce point intéressant: mais c'est la fable du grelot; il s'agit de l'attacher. Allez proposer au jeune homme brûlant

' (1) We see countless exemples of the misery produced by ihe negicct of this pradential abstinence , and no instance of the sligbest inconveniencv from bis excessive iafluencc. CEdimb. Review. August. 1810, n. XXVII, pag. 475.^

(Tamottr et de désirs , de s'abstenir du mariage , sam cesser éPUre sage, pour maintenir l'équilibre entre la population et les subsistances ; vous serez bien reçu^ L'E^iis^ ( c'est-à-dire le Souverain Pontife ) a , par sa loi du célibat ecclésiastique , résolu le problème avec toute la perfection que les choses humaines peuvent comporter , puisque la restreinte catholique est non-seulement tnoràk, mais divine , et que l'Eglise l'appuie sur des motifs si sublimes , sur des moyens si efficaces , sur des menaces si terribles , qu'il n'est pas au pouvobr de l'esprit humain d'imaginer rien d'égal ou d'approchant ^.

Il ne reste donc plus le moindre doute sur l'exceHeoce du célibat religieux et sur la futilité des raisonnemenls par lesquels on a voulu l'attaquer politiquement. Néanmoins , il est possible encore d'envisager la question sous un aspect tout nouveau , et de la résoudre par un argument plus convaincant peut-être, en ce qu'il attaque Fintelligence par un certain côté plus accessible à la persua-> sion.

Lorsque chaque mariage donne Tim dans l'autre trois

(J) La conséquence da principe pose par M. Halthas est si ^ridente qu'il est permis i tout le monde de s*étonner qu'kl ait refuse de la tirer eipressëment , et que son sarant traducteur, M. Pr^TOt , de Genèye , ait partage la même rëtioence. En réfléchissant sur cette BEsnimiTS protestante , j'ai cru d*abord quMI ne fallait pas en ehercfaer d*autre explication que celle qui résulte de la force des préjugés, et surtout dei préjogés anciens qui ne nous permettent guère de revenir sur les dognoes de notre jeunesse » et desaroir , comme dit Horace,

Boagir )i Mîzant* aat It M ^'«d enit \. qaiiuM.

Hais je n'ai pas tardé de conoeTeir «ne idée beaucoup plus saâsfaj' sanle : e'est que deux excellenls esprits Toyant que la conséquence éuit claire et înéTÎtable , se sont conteutés de poser le principe , pour éTÎiar toutes querelles ayec les préjugés dont ils se sentaient envirouMlf,

enfants à l'état , la population n'est guère que stationnaire; car il en faut deux pour représenter le père et la mère ; et la moilié des enfants qui naissent meurt avant la deuxième année. Si Ton retranche enox^e du surplus tous ceux qui doivent mowir avant Tâge de la reproduction, on voit que le reste est peu de diose. Il faut donc quatre enfants pour que la population devienne crcHssante , et c'est un état de prospérité. Qr , il ne faut jamais perdre de vue qu'il n'existe pas de véritable prêtre, dont la sage et puissante influence n'aft donné peut-être cent sujets à l'état ; car l'action qu'il exerce sur ce point n'est jamais suspendue , et sa force est sans mesure ; en sorte qu'il n'y a rien de si fécond que la stérilité du prêtre ; la source intarissable de la population , je ne dis pas d'une population précaire, misérable et même dangereuse pour l'état, mais d'une population saine, opulente et disponible , c'est la continence dans le célibat , et la chasteté dans le mariage. V amour accouple; c'est la vertu qui peuple. Platon n'a-t-il pas dit : « Rendons les mariages aussi avanta- « geux à l'état qu'il est possible , et souvenons-nous que « les plus saints sont les plus avantageux ^ » Or, ce qui n'était alors qu'un beau rêve , est devenu de nos jours Fétat habituel de toute société humaine qui a reçu la loi divine dans toute sa plénitude ; c'est-à-dire qu'il s'y trouve une force cachée , msûs puissante au delà de toute expression , qui ne sommeille pas un instant , et qui travaille sans relâche à la' sanctification , c*est-à-dire à la fécondation des mariages. Toutes les religions du monde ^ sans excepter même le christianisme séparé, s'arrêtent à

(1) Plat. deRep. lib. Y. 0pp. tom. VII, edii. Biponl. pag. 2S. Après ce bean passage de pure théorie , lisez pour la pratique l'ëpigraiiime de Martial : Uxor, tadê pwas.ttt, , al0. [ Epigr. XI» 104. ]

la porte de la chambre nupliale. Une seule religion entre avec les époux et veille sur eux sans relâche. Un voile épais couvre son action ; mais il suffit de savoir ce qu'elle est , pour savoir ce qu^elIe fait. Une très-grande partie de son immense pouvoir est dévolue entièrement à la législation des maiûages. Ce qu'elle obtient dans ce genre n'est connu que de ce petit nombre d'honmies qui peuvent, qui savent et qui veulent absolument savoir. Or, dire du ministre célibataire de cette sainte puissance , qu'il nuit à la population , c'est dire que Teau nuit à la végétation , parce que ni le froment ni la vigne ne croissent dans Terni. Parmi les lettres de saint François de Sales , on trouve celle d'une femme de qualité , qui l'interroge pour savoir si elle peut en conscience refuser iétre épouse en certains jours solennels qtiélle aurait voulu rCéire qiiune sainte. L'Evéque répond et montre les lois du saint lit tmfugcLl. Je transcrirais cette lettre, si je ne craignais le vice avec son vilain rire qui est insupportable ^

Ainsi donc, le célibat ecclésiastique étant doublement utile à la population , et comme restreinie morde sans corruption , et comme principe fécx)ndateur sans interruption ni limites , il s'ensuit qu'il est impossible d'inuiginer une institution plus avantageuse politiquement, et que tous les souverains de l'univere devraient l'adopter indépendamment de toute autre considération, comme simple mesure de gouvernement.

Salut et honneur éternel à Grégoire VII et à ses suc-

(1) On peut Toir la morale sévère de F<^ne'loD , sur ce point capital . ( Œuvres spiril. iQ-12 , tom. III. Du mariage , n. 26 ; et celle <lo l^lme Guyon, dans une lettre qu'ulle écrit à un militaire de ses amis. — Lettres chr(«l. et spiril. de M"»» Guyon , tom. Il, XXXIV de sa OEuvres. Londres , ;n-12, 1768, lettre XYf , pag. 45. }

cesseurs qui ont maintenu Tintégrité du sacerdoce contra tous les sophismes de la nature , de l'exemple et de rhérésie 1

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