‹ Du pape (volume 5)Chapitre 14 sur 41 · INSTITUTION DU SACERDOCE. CELIBAT DES PRETRES · texte numérisé non relu

INSTITUTION DU SACERDOCE. CELIBAT DES PRETRES

Traditions antiques.

XL n'y a pas de dogme dans l'Eglise catholique, il n'y a pas même d'usage général appartenant à la haute discipline, qui n'ait ses racines dans les dernières profondeurs de la nature humaine , et par conséquent dans quelque opinion universelle plus ou moins altérée çà et là, mais commune cependant, dans son principe, à tous les peuples de tous les temps, f,.

Le développement de cette proposition fourniroit le sujet d'un ouvrage intéressant. Je ne m'écarterai pas sensiblement de mon sujet en donnant un seul exemple de cet accord merveilleux, je choisirai la confession, uniquement pour me faire mieux comprendre.

Qu'y a-t-il de plus naturel à l'homme que

( '33 ) ce mouvement d'un cœur qal se penche vers un (lutre pour y i^erser un secret (i)-' ^-'^ malheureux, déchiré par le rernortis ou par le chagrin, a besoin d'ini ami, fl'ini confident qui l'écoute le console et quelquefois le dirige. L'estomac qui renferme un poison et qui entre de lui-même en convulsions pour le rejeter, est l'image naturelle d'un coiur où le crime a versé ses poisons. Il souHre, il s'agite, il se contracte jusqu'à ce qu'il ait rencontré l'oreille de l'amitié ou du moins celle de la bienveillance.

Mais lorsque de la confidence nous passons à la confession, et que l'aveu est fait à l'autorité , la conscience universelle reconnoît dans cette confession spontanée une force expiatrice et un mérite de grâce : il n'y a qu'un sentiment sur ce point depuis la mère qui interroge son enfant sur une porcelaine cassée , ou sur une sucrerie mangée contre l'ordre, jusqu'au juge qui interroge du haut de son tribunal le voleur et l'assassin.

Souvent le coupable, pressé par sa conscience, refuse l'impunité que lui promettoit

(i) Exprcâsion adinirablc de Hos.suet. ( Oraison lunèbre d'IIeuricttt; d'Angleterre. ) La Harpe l'a justcmeat vantée dans son Lycée.

( i34 ) Icsilciico. Je ne sais quel instinct mystérieux? plus fort même que celui rie In conservation , lui fciit clicrclier la peine qu'il pourroit éviter. Même dans les cas où il ne peut craindre ni les témoins, ni la torture, il s'écrie : Oui, c'est moi ! Et l'on pourroit citer des législations miséricordieuses qui confient dans ces sortes de cas, à de hauts magistrats, le pouvoir de tempérer les châtimens, même sans recourir au souverain.

« On ne sauroit se dispenser de reconnoître » dans le simple aveu de nos fautes, indépen- >^ damment de toute idée surnaturelle, quel- » que chose qui sert infiniment à établir dans » l'iiomme, la droiture de cœur et la sim- » plicité de conduite (i). >» De plus, comme tout crime est de sa nature une raison pour en commettre un autre, tout aveu spontané est au contraire une raison pour se corriger : il sauve également le coupable du désespoir et de l'endurcissement, le crime ne pouvant séjourner dans l'homme sans le conduire à l'un et à l'autre de ces deux abîmes.

« Savez-vous , disoit Sénèque , pourquoi )^ nous cachons nos vices? C'est que nous y

(t) TTei Hiier, sur les Psaumes, toni- I,ps.XXXI.

( >35) » sommes plongés : dès que nous les confes- ■>•> serons , nous guérirons (i). »

On croit entendre Salomon dire au coupable : '« Celui qui cache ses crimes se perdra; » mais celui qui les confesse et s'en retire, » obtiendra miséricorde (2). »

Tous les législateurs du monde ont reconnu ces vérités et les ont tournées au profit de l'humanité.

Moïse est à la tête. Il établit dans ses lois une confession expresse et même publique (3).

L'antique législateur des Indes a dit : « Plus » l'homme qui a commis un péché s'en con- » fesse véritablement et volontairement , et » plus il se débarrasse de ce péché , comme T> un serpent de sa vieille peau (4). >»

(i) Quare sua vida nemo confitetur ? quia in ilJis etiamnum est : vida sua confiteri sanitads indicium est, Sen. Epist. mor LUI. — Je ne crois pas que dans nos livres de piété on trouve pour le choix d'un directeur de meilleurs conseils que ceux qu'on peut lire dans l'épître précédente de ce même Sénèque.

(2) Prov. XXVIII, i3.

(3)Lévit. V, 5, i5et 18; VI, 6jNum. V,6et 7.

(4) Il ajoute tout de suite : « Mais si le pécheur veut » obtenir une pleine rémission de son péché, qu'il » évite surtout la rechute!!!» (Lois de Menu, fils de Brahma, dans les ouvres du chevalier W. Joues, ln-4.'' tom. III, chap. XI, n.°s 64 et 233.

Les mêmes idées ayant agi de tous c6tés et dans Ions les temps, on a trouvé la confession chez tous les peuples qui avoient reçu les mystères éléusins. On l'a retrouvée au Pérou, chez les Brahmes, chez les Turcs, au Thibet et au Japon (i).

Sur ce point comme sur tous les autres , qu'a fait le christianisme? 11 a révélé l'homme à l'homme; il s'est emparé de ses inclinations , de ses croyances éternelles et universelles; il a mis à découvert ces fondemens antiques; il les a débarrassés de toute souillure, de tout mélange étranger; il les a honorés de l'empreinte divine; et sur ces bases naturelles , il a établi sa théorie surnaturelle de la pénitence et de la confession sacramentelle.

Ce que je dis de la pénitence, je pourrois le dire de tous les autres dogmes du christianisme catholique ; mais c'est assez d'un exemple; et j'espère que, par cette espèce d'introduction, le lecteur se laissera conduire naturellement à ce qui va suivre.

C'est une opinion commune aux hommes

(i) Carli ^ Lettere americane, toiii. I, lett, XIX. — Extrait des voyages d'Eirremolï", daus le Journal du Nord . St-Pétersbourg, mai 1807, n." 18, pag. 335. — Feller, O alécU. philos, lom. III, u." Soi , etc. , etc.

( '37 ) de tous les temps, de tous les lieux et de toutes les religions , quil y a dans la CONTINENCE quelque chose de céleste qui exalte V h ot unie et le rend agréable à la divinité ; que par une conséquence nécessaire , toute fonction sacerdotale ^ tout acte religieux , toute cérémonie sainte , s'accorde peu ou ne s'accorde point ai^ec le mariage.

Il n'y a point de législation dans le monde qui , sur ce point , n'ait gêné les prêtres de quelque manière, et qui même, à l'égard des autres hommes, n'ait accompagné les prières, les sacrifices , les cérémonies solennelles , de quelque abstinence de ce genre , et plus ou moins sévère.

Le prêtre hébreu ne pouvoit pas épouser une femme répudiée , et le grand-prélre ne pouvoit pas même épouser une veuve (i). L.e Talmud ajoute qu'il ne pouvoit épouser deux femmes , quoique la polygamie fut permise au reste de la nation (2) ; et tous dévoient être purs pour entrer dans le sanctuaire.

Les prêtres égyptiens n'avoient de même qu'une femme (0). L'hiérophante chez les

(i) Lé vit. XXI, 7,9, i3.

(2) Talm. in Massechta Joua.

(3) Phil. apud P. Canceuni deliep. Hebr. Elzévir, x6, p. 190.

( k38 ) Grecs, étoifc obligé de garder le célibat et la plus rigoureuse continence (i).

Origène nous apprend de quel moyen se servoit l'hiérophante pour se mettre en état de garder son vœu (2) , par oii l'antiquité confessoit expressément et l'importance capitale de la continence dans les fonctions sacerdotales, et l'impuissance de la nature humaine réduite à ses propres forces.

Les prêtres, en Ethiopie comme en Egypte, étoient reclus et gardoient le célibat (3) .

Et Virgile fait briller dans les champs Elysées

Le prêlre qui toujours garda la chasteté (4)*

(i) Potier's greek Anfi'quides, tom.I,p. i83, 356. — Lettres sur l'histoire , tom. II, p. Sji.

(2) Contra Ceisum, cap. VII, n.° 48- Vid. Diosc. lib. IF, cap. 79; Plin. Hist. nat, lib. XXXV ^ cap. i3.

(3) BryanVs Mythology explained^ în-4.°,tom. I, pag. 281 ; tom. III, p. i4o, d'après Diodore de Sicile. Porphyr. de Abstin. lib. IF, p. 364«

(4) Qaique sacerdotes casti dùm vita manehat.

Virg.JEn.Ç)%u

Heyne, qui sentoit dans ce vers la condamnation formelle d'un dogme de Gottingue, l'accompagna d'une note charmante. « Cela s'entend, dit-il, des prêtres

Les prêtresses de Cérès , à Athènes , où les lois leur accordoient la plus haute importance, étoient choisies par le peuple, nourries aux dépens du public, consacrées pour toute la vie au culte de la déesse, et obligées de vivre dans la plus austère continence (i).

Voilà ce qu'on pensoit dans tout le monde connu. Les siècles s'écoulent, et nous retrouvons les mêmes idées au Pérou (2).

Quel prix, quels honneurs tous les peuples de l'univers n'ont-ils pas accordés à la virginité ? Quoique le mariage soit l'état naturel de l'homme en général , et même un état saint , suiv^ant une opinion tout aussi générale; cependant on voit constamment percer de tous

» qui se sont acquittés de leurs fonctions caste, pure » Ac PiÈ (c'est-à-dire scrupuleusement), pendant leur » vie. Entendu de cette manière , Virgile n'est point » rèpréhensible. Ita kihil est quod reprehendas. » (Lond. 1793 , in-8.", tom. II, p. 741-) Si donc on vient à dire qnun tel cordonnier ^çar exemple, est chaste, cela signifie, selon Heyne, qu'il fait bien les souliers. Ce qui soit dit sans manquer de respect à la mémoire de cet homme illustre.

(i) Lettres sur l'histoire, à l'endroit cité , p. 577.

(^2) I sacerdoti nella settimana del loro servizio si astenevano dalle mogli, ( Carli , Lelt. amer. tom. I, liv. XIX. )

( <4o) cotés un certain respect pour la vierge; on la regarde comme un être supérieur ; et lorsqu'elle perd cette qualité , même légitimement , on diroit qu'elle se dégrade. Les femmes fiancées en Grèce dévoient un sacrifice à Diane pour l'expiation de cette espèce de profanation (i). La loi avoit établi à Athènes des mystères particuliers relatifs à cette cérémonie religieuse (li). Les femmes y tenoient fortement, et craignoient la colère de la déesse si elles avoient négligé de s'y conformer (3).

Les vierges consacrées à Dieu se trouvent partout et à toutes les époques du genre humain. Qu'y a-t-il au monde de plus célèbre que les vestales ? Ai^ec le culte de Vesta brilla T empire romain; ai^ec lui il tomba (4).

(i) E-sri u<poTta<ru tw ■srufiS-iucc;. Voy. le Scholiaste dc Théocrite, sur le 66.^ vers de la i i.e idylle.

(2) Tu ^i fiua-Tiifiii Tctvret Aètivtjinv zFo^tTt'JOvrett. Ibld.

(3) Tout homme qui connoît les mœurs antiques ne se demandera pas sans étonnement ce que c'étoit donc que ce sentiment qui avoit établi de tels mystères , et qui avoit eu la force d'en persuader l'importance. Il faut bien qu'il ait une racine; mais où est-elle humainement?

(4) Ces paroles remarquables terminent le mémoire sur les Vestales, qu'on lit dans ceux de l'Acad. des Inscriptions et des Belles-Lettres, tom. V, in-i2;par l'abbé Naudal.

Dans le temple de Minerve, à Athènes, le feu sacré étoit conservé, comme à Rome, par des vierges.

On a retrouvé ces mêmes vestales chez d'autres nations, nommément dans les Indes (t), et au Pérou , enfin , où il est bien remarquable que la violation de son vœu étoit punie du même supplice qu'à Rome (2). La virginité y étoit considérée comme un caractère sacré également agréable à l'empereur et à la divinité (3).

Dans l'Inde , la loi de Menu déclare que toutes les cérémonies prescrites pour les mariages ne concernent que la vierge ; celle qui ne l'est pas étant exclue de toute cérémonie légale (4).

(i) Voj. l'Hérodote de Larcher. totn. VI, pag. i33j Carli , Lett. amer, toni, I , lett. Y^ , et tom. I , lett. XX VL% p. 458; Not. Procop. lib. II , de Bello Pers.

(2) Carli, ibid. tom. I, lett. VIII. — Le traducteur de Carli assure que la punition des vestales à Rome n'étoit que fictive, et que pas une ne deraeuroit dans le caveau. (Tom. I lett. IX, p. ii4, not.) Mais il ne cite aucune autorité.

(3) Carli, ibid. tom. I, liv. IX.

(4) Lois de Menu , chap. VIII , n.'^ 226; (Euvres du chev. Jones, tom. III.

Le voluptueux législateur de l'Asie a cependant dit ; « Les disciples de Jésus gardèrent » la virginité sans qu'elle leur eût été com- » mandée , à cause du désir quils avoient de » -plaire à Dieu O). La lille de Josaphat » conserva sa virginité : Dieu inspira son es- » prit en elle : elle crut aux paroles de son » Seigneur et aux écritures. Elle était au » nombre. de celles qui obéissent (2). »

D'oii vient donc ce sentiment universel ? Oii Numa avoit-il pris que, pour rendre ses vestales saintes et \>énérables , il falloit leur prescrire la virginité (3) ?

Pourquoi Tacite, devançant le style de nos théologiens, nous parle-t-il de cette vénérable Occia qui avoit présidé le collège des vestales pendant cinquante-sept ans , a^ec une éminente sainteté (4) ?

Et d'oii venoit cette persuasion générale chez les Romains, « que si une vestale usoit « de la permission que lui donnoit la loi de

(i) Alcoran, chap. LVII.

(2) Ibid. chap. LVL

(3) Virginitate. aliisque cœremoniis venerahiles ac sanctas fecit. Tit. Liv. 1 , 29. )

(4) Occia quœ septeni et quinquaginta per annos summâ sanctimonid vestalibus sacrisprcesederat. (Tac. Ann. II , i>6. )

( U3 ) » se marier après trente ans d'exercice , ces » sortes de mariages riétoient jamais heu- » reux (i). »

Si de Rome la pensée se transporte à la Chine, elle y trouve des religieuses assujetties de même à la virginité. Leurs maisons sont ornées d'inscriptions qu'elles tiennent de l'empereur lui-même, lequel n'accorde cette prérogative qu'à celles qui sont restées vierges depuis quarante ans (2),

Il y a des religieux et des religieuses à la Chine 5 et il y en a chez les Mexicains (3. Quel accord entre des nations si ditlérentes de mœurs , de caractère , de langue , de religion et de climat !

Après la virginité , c'est la viduité qui a joui partout du respect des hommes ; et ce qu'il y a de bien remarquable, c'est que, dans

(i) Ktsi antiquitus ohservatum infaustasferèetparîim lœtabiles cas nuptias fuisse. (Just. Lips. Synlagnaa de Vest. cap. VI. ) Il est bon d'observer que Juste Lipse raconte ici sans douter.

(2) M. de Guignes , Voyage à Pékin , etc. , in-S.** « tom. II , p. 2.~<j^.

(2) Idem, totn. II, p. 867, 368. — M. de Humbolt , Vue des Cordillères , etc. in-S.** Paris , i8t6 , tom. I , p. 287 , 23t).

( ^44 ) les nombreux éloges accordés à cet état par toutes sortes d'écrivains, on ne trouve pas qu'il soit jamais question de l'intérêt des enfans , qui est néanmoins évident.

On connoît l'opinion générale des Hébreux sur l'importance du mariage, et sur l'ignominie attacbée à la stérilité: on sait que , dans leurs idées, la première bénédiction étoit celle de la perpétuité des familles. Pourquoi donc, par exemple, ces grands éloges accordés à Judith , pour avoir joint la chasteté à la force ^ et passé cent cinq ans dans la jnaison de Manassé son époux , sans lui avoir donné de successeurs ? Tout le peuple qu'elle a sauvé lui chante en chœur : « Vous êtes la joie et l'hon- « neur de notre nation ; car vous avez agi » avec un courage mâle , et votre cœur s'est » affermi , parce que vous avez aimé la chas- T> teté , et qu'après avoir perdu votre mari , )) vous n'avez point voulu en épouser un » autre (i). »

Quoi donc! la femme qui se remarie pèchet-elle contre la chasteté ? Non sans doute ; mais si elle préfère la viduité , elle en sera louée à tous les momens de la durée et sur tous

(I) Judith, XV, io,ii;XVI,26.

( i45 ) les points du globe , en dépit de tous les préjugés contraires.

La loi dans l'Inde exclut de la succession de ses collatéraux le fils issu du mariage d'une veuve. Chez les Hottentots , la femme qui se remarie est obligée de se couper un doigt.

Chez les Romains , môme honneur à la viduité, même défaveur sur les secondes noces, après même que les anciennes mœurs avoient presque entièrement disparu. Nous voyons la veuve d'un empereur , recherchée par un autre , déclarer qu'il serait sans exemple et sans excuse quune femme de son nom et de son rang essayât d'un second mariage (i).

La Chine pense comme Rome. On y vénère l'honorable viduité , au point qu'on y rencontre une foule d'arcs de triomphe élevés pour conserver la mémoire des femmes qui étoient restées veuves (2).

(0 II s'agit ici de Valérie , veuve de Maximien , que Masimia vouloit épouser. Elle répoodit ; Npf'as esse illius nominis ac loci feminam sine more ^ sine exeniplo^ maritum alteruni experiri. ( Lact. de morte peisec. cap. XXXIX. ) Il seroit fort inutile de dire ; C'étoit un prétexte ; puisque le prétexte même eut été pris dans les mœurs et dans l'opioioo. Or il s'agit précisément des mœurs et de l'opinion.

(2) M. de Guignes , voyage à Pékin , tom. II, p. i83. TOM. II. 10

L'estimable voyageur qui nous instruit de cet usage, se répand ensuite en réflexions philosophiques sur ce qui lui paroît une grande contradiction de l'esprit liumain. « Comment » se fait-il (ce sont ses j)aroles ) que les Chi- « nois, qui regardent comme un malheur de » mourir sans postérité , Jionorent en même » temps le célibat des femmes ? Comment » concilier des idées aussi incompatibles ? » Mais tels sont les hommes , etc. »

Hélas! il nous récite les litanies du XVlII.e siècle ; difficilement on échappe à cette sorte de séduction. Il n'est pas du tout question ici des contradictions humaines, car il n'y en a point du tout. Les nations qui favorisent la population , et qui honorent la continence , sont parfaitement d'accord avec elles-mêmes et avec le bon sens.

Mais en faisant abstraction du problème de la population qui a cessé d'être un problème, je reviens au dogme éternel du genre humain: Que rien nest plus agréable à la Divinité que la contifience ; et que non-seulement toute fonction sacerdotale ^ comme nous avons vu , mais tout sacrifice^ toute prière ^ tout acte religieux exigeait des préparations plus ou moins conformes a cette vertu. Telle étoit l'opinion universelle de l'ancien monde. Les navigateurs du

( '47 ) XV.e siècle ayant doublé l'univers, s'il est permis de s'exprimer ainsi , nous trouvâmes les mêmes opinions sur le nouvel hémisphère. Une idée commune à des nations si différentes, et qui n'ont jamais eu aucun point de contact, n'est-elle pas naturelle ? n'appartient-elle pas nécessairement à l'essence spirituelle qui nous constitue ce que nous sommes ? Où donc tous les hommes l'auroient-ils prise , si elle n'étoit pas innée (i) ?

Et cette théorie paroîtra d'autant plus divine dans son principe, qu'elle contraste d'une manière plus frappante avec la morale pratique de l'antiquité corrompue jusqu'à l'excès, et qui entraînoit l'homme dans tous les genres de désordres , sans avoir jamais pu effacer de son esprit des lois écrites en lettres divines (2).

Un savant géographe anglais a dit, au sujet des mœurs orientales : On fait peu de cas de la chasteté dans les pays orientaux (3). Or, ces mœurs orientales sont précisément les mœurs antiques , et seront éternellement les mœurs

(i) Ou révélée. Note de l'éditeur.

(2) Y^Lf^fixa-i ©eau. ( Orig. adv. Cels. lib. i , c. 5.

(3) PiïiLerson , tom. V de la trad. fr. p. 5. L'auteur trace dans ce texte la grande ligne de démarcation entre l'Alcoran et l'Evangile.

( ^48 ) de tout pays non chrétien. Ceux qui les ont étudiées dans les auteurs classiques , et dans certains monumens de l'art qui nous restent , trouveront qu'il n'y a pas d'exagération dans celte assertion de Feller : Quun demi-siècle de paganisme présente infiniment plus d'excès énormes quon n'en trouverait dans toutes les monarchies chrétiennes depuis que le christianisme règne sur la terre ( i).

Et cependant , au milieu de cette profonde et universelle corruption, on voit surnager une vérité non moins universelle et tout-à-fait inexplicable avec un tel système de mœurs.

A Rome , et sous les empereurs , deux grands personnages , PoUion et Agrippa , se disputent l'honneur de fournir une vestale à l'état. La fille de Pollion est préférée UNI- QUEMENT, parce que sa mère nai^oit jamais appartenu qu'au même époux , au lieu que Agrippa avoit ALTÉRÉ sa m.aison par un diçorce (2).

A-t-on jamais entendu rien d'aussi extraor-

(1) Catéch. philos, tom. III , ch. 6 , § i.

(2) Prœlata est Follionis Jilia KON OB ALlUDq uàm qiiod mater ejus in eodem conjugio manehat. Nam Agrippa dissidio domum IMMJNUERAT. ( Tacit. ann. 11 , 86. )

( i49 ) dinaire ? Où donc et comment les Romains de ce siècle avoient-ils rencontré l'idée de l'intégrité du mariage , et celle de l'alliance naturelle de la chasteté et de l'autel ? Où avoient-ils pris qu'une vierge , fille d'un homme divorcé, quoique née en légitime mariage et personnellement irréprochable , étoit cependant altérée pour l'autel ? Il faut que ces idées tiennent à un principe naturel à l'homme , aussi ancien que l'homme , et pour ainsi dire partie de l'homme.

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