II
Dignité du Sacerdoce,
Ainsi donc , l'univers entier n'a cessé de rendre témoignage à ces grandes vérités : 1.° mérite éminent de la chasteté ; 2.° alliance naturelle de la continence avec toutes les fonctions religieuses ^ mais surtout ai>ec les Jonctions sacerdotales.
Le christianisme, en imposant aux prêtres la loi du célibat , n'a donc fait que s'emparer d'une idée naturelle ; il l'a dégagée de toute erreur, il lui a donné une sanction divine, et Ta convertie en loi de haute discipline. Mais contre cette loi divine , la nature humaine étoit trop forte , et ne pouvoit être vaincue
( ï-'^o ) que uar la loiite-piiissance inflexible des Souverains Pontjles. Dans les siècles barbares surtout , il ne failoit pas moins que la main de S. Grégoire VII pour sauver le sacerdoce. Sans cet homme exlraordinaire , tout étoit perdu liuniaiiiement. On se plaint de l'immense pouvoir qu'il exerça de son temps ; autant vaudroit-il se plaindre de Dieu qui lui donna la force sans laquelle il ne pou voit agir. Le puissant Démiurge obtint tout ce qu'il étoit possible d'une matière rebelle ; et ses successeurs ont tenu la main au grand œuvre avec une telle persévérance , qu'ils ont enfin assis le sacerdoce sur des bases inébraidables.
Je suis fort éloigné de rien exagérer, et de vouloir présenter la loi du célibat comme un dogme j)roprement dit; mais je dis qu'elle appartient à la plus haute discipline , qu'elle est d'une importance sans égale , et que nous ne saurions trop remercier les Souverains Pontifes à qui nous en devons le maintien.
Le prêtre qui appartient à une femme et à des enfans , n'appartient plus à son troupeau , ou ne lui appartient pas assez. Il manque constamment d'un pouvoir essentiel, celui de faire l'aumône, quelquefois même sans trop penser à ses propres forces. En songeant à ses enfans , le prêtre marié n'ose pas se livrer aux
mouvemens de son cœur; sa bourse se resserre devant l'indigence , qui n'attend jamais de lui que de froides exhortations. De plus, la dignité du prêtre seroit mortellement blessée par certains ridicules. La femme d'un magistrat supérieur , qui oublieroit ses devoirs d'une manière visible , feroit plus de tort à son mari que celle de tout autre homme. Pourquoi ? parce que les hautes magistratures possèdent une sorte de dignité sainte et vénérable qui les fait ressemblera un sacerdoce. Qu'en serat-il donc du sacerdoce réel ?
Non-seulement les vices de la femme réfléchissent une grande défaveur sur le caractère du prêtre marié , mais celui-ci à son tour n'échappe point au danger commun à tous les hommes qui se trouvent dans le mariage, celui de vivre criminellement. La foule des raisonneurs qui ont traité cette grande question du célibat ecclésiastique , part toujours de ce grand sophisme , que le mariage est un état de pureté , tandis qu'il n'est pur que pour les purs. Combien y a-t-il de mariages irréprochables devant Dieu ? Infiniment peu.
L'homme irréprochable aux yeux du monde peut être infâme à l'autel. Si la foiblesse ou la perversité humaine établit une tolérance de convention à l'égard de certains abus , celte
( i52 ) tolérance, qui est elle-même un abus , n'est jamais faite pour le prêtre, parce que la conscience universelle ne cesse de le comparer au type sacerdotal qu'elle contemple en ellemême ; de sorte qu'elle ne pardonne rien à la copie, pour peu qu'elle s'éloigne du modèle.
Il y a dans le christianisme des choses si hautes, si sublimes; il y a entre le prêtre et ses ouailles des relations si saintes , si délicates , qu'elles ne peuvent appartenir qu'à des hommes absolument supérieurs aux autres.
La confession seule exige le célibat. Jamais les femmes , qu'il faut particulièrement considérer sur ce point , n'accorderont une confiance entière au prêtre marié ; mais il n'est pas aisé d'écrire sur ce sujet.
Les Eglises si malheureusement séparées du centre n'ont pas manqué de conscience, mais de force , en permettant le mariage des prêtres. Elles s'accusent elles-mêmes en exceptant les évêques et en refusant de consacrer les prêtres avant qu'ils soient mariés.
Elles conviennent ainsi de la règle, çue nul prêtre ne peut se marier ; mais elles admettent que, par tolérance et faute de sujets, un laïque marié peut être ordonné. Par un sophisme qui ne choque plus l'habitude, au lieu d'ordonner un candidat , quoique marié ^ elles
( '53) le marient pour Vordonner , de manière qu'en violant la règle antique , elles la confessent expressément.
Pour connoître les suites de cette fatale discipline , il faut avoir été appelé à les examiner de près. L'abjection du sacerdoce dans les contrées qu'elle régit , ne peut être comprise par celui qui n'en a pas été témoin. De Tott, dans ses mémoires, n'a rien dit de trop sur ce point. Qui pourroit croire que dans un pays où l'on vous soutient gravement l'excellence du mariage des prêtres, l'épithète de Jils de prêtre est une injure formelle ? Des détails sur cet article piqueroient la curiosité , et seroient même utiles , sous un certain rapport ; mais il en coûte d'amuser la malice et d'affliger un ordre malheureux qui renferme , quoique tout soit contre lui , des hommes très-estimables , autant qu'il est possible d'en juger, à la distance oii l'inexorable opinion les tient de toute société distinguée.
Cherchant toujours, autant que je le puis, mes armes dans les camps ennemis , je ne passerai point sous silence le témoignage frappant du même prélat russe que j'ai cité plus haut. On verra ce qu'il pensoit de la discipline de son Eglise sur le point du célibat.
( '54 ) Son livre déjà rerotnmandc par le nom de son auteur, élant sorti de plus des presses même du saint synode , ce létnoit^nage a tout le poiils qu'il est possible d'en attendre.
Après avoir repoussé dans le premier chapitre de ses prolégomènes , une attaque indécente de Mosheim contre le célibat ecclésiastique , l'archevêque de Twer continue en ces termes :
« Je crois donc que le mariage n'a jamais » été permis aux docteurs de l'Eglise ( les » prêtres ) , excepté dans les cas de nécessité » et de grande nécessité; lorsque, par exem- » pie , les sujets qui se présentent pour rem- « plir ces fonctions , n'ayant pas la force de » s'interdire le mariage qu'ils désirent , on » 71 en trompe point de meilleurs et de plus » dignes queux ; en sorte que l'Eglise, après « que ces incontinens ont pris des femmes , » les admet dans l'ordre sacré , par accident » plutôt que par choix (i). »
(i) Quo quidem cognito non erit difficile intellecta ^ an et quomodh doctoribus Ecclesice perinissa sint conjugia. Scilicet^med quidemsentenliâ^lsON permissa un- QUAM, prœlerquàin si nécessitas obvenerit^ eaque ma^na; uti sicut a (sic ) qui ad hoc inunus prœsth sunl ab usa matrimonii temperare sibi nequeant atque hoc expe--