‹ Du pape (volume 5)Chapitre 16 sur 41 · IS · texte numérisé non relu

IS

Qui ne scroit frappé de la décision d'un liomme si bien placé pour voir les choses de près , et si ennemi d'ailleurs du système catholique ?

Quoiqu'il m'en coûtât trop d'appuyer sur les suites du système contraire , je ne puis cependant me dispenser d'insister sur l'absolue nullité de ce sacerdoce dans son rapport avec la conscience de l'homme. Ce merveilleux ascendant qui arrêtoit Théodose à la porte du temple, Attila devant celle de Rome, et Louis XIV devant la table sainte ; cette puissance , encore plus merveilleuse , qui peut attendrir un cœur pétrifié et le rendre à la vie : qui va dans les palais arracher l'or à l'opulent insensible ou distrait, pour le verser dans le sein de l'indigence ; qui atfronte tout, qui surmonte tout dès qu'il s'agit de consoler une ame , d'en éclairer ou d'en sauver une autre; qui s'insinue doucement dans les con-

tant , meliores v«rà dignioresque desint : l'dt-hque Ecclesia taies intempérantes ^ postquàm uxores duxerint , casu potiùs non delectu , sacro ordini adsciscat. (Met. Arch. Twer. liber historicus, etc. prol.c. I, p. b.) Il faut bien observer que l'archevêque parle toujours au présent , et qu'il a visiblement eu vue les usages de son Eglise, telle qu'il la voyoit de son temps. Cet oracle grec paroîtra sans doute : Uoxxav uvru'itoç «aaoik.

sciences pour y saisir des secrets funestes , pour en arracher la racine des vices ; organe et gardienne infatigable des unions saintes ; ennemie non moins active de toute licence ; douce sans foiblesse ; etfrayante avec amour; supplément inappréciable de la raison , de la probité , de l'honneur , de toutes les forces humaines au moment où elles se déclarent impuissantes ; source précieuse et intarissable de réconciliation , de réparations , de restitutions, de repentirs efficaces, de tout ce que Dieu aime le plus après l'innocence ; debout à côté du berceau de l'homme qu'elle bénit ; debout encore à côté de son lit de mort , et lui disant , au milieu des exhortalions les plus pathétiques et des plus tendres adieux... Partez....; cette puissance surnaturelle ne se trouve pas hors de l'unité. J'ai longtemps étudié le christianisme hors de cette enceinte divine. Là, le sacerdoce est impuissant et tremble devant ceux qu'il devroit faire trembler. A celui qui vient lui dire : Tai volé , il n'ose pas , il ne sait pas dire : Restituez, L'homme le plus abominable ne lui doit aucune promesse. Le prêtre est employé comme une machine. On diroit que ses paroles sont une espèce d'opération mécanique qui elface les péchés 5 comme le savon fait disparoître

( 1^7 ) les souillures matérielles : c'est encore une chose qu'il faut avoir vue pour s'en former une idée juste. L'état moral de l'homme qui invoque le ministère du prêtre , est si indifférent dans ces contrées ; il y est si peu pris en considération , qu'il est très-ordinaire de s'entendre demander en conversation : Auez-i^ous fait vos pâques ? C'est une question comme une autre , à laquelle on répond oui ou non , comme s'il s'agissoit d'une promenade ou d'une visite qui ne dépend que de celui qui la fait.

Les femmes , dans leurs rapports avec ce sacerdoce , sont un objet tout-à-fait digne d'exercer un œil observateur.

L'anathème est inévitable. Tout prêtre marié tombera toujours au dessous de son caractère. La supériorité incontestable du clergé catholique tient uniquement à la loi du célibat.

Les doctes auteurs de la Bibliothèque britannique , se sont permis sur ce point une assertion étonnante qui mérite d'être citée et examinée.

« Si les ministres du culte catholique , » disent-ils , avoient eu plus généralement » l'esprit de leur état , dans le vrai sens du » mot , les attaques contre la religion n'au-

» roient pas été aussi fructueuses Heu-

» reusemeut pour la cause de la religion , des » mœurs et du bonheur d'une population » nombreuse , le clergé anglais , soit anglican , » soit presbytérien, est tout autrement res- » pectable ^ et il ne fournit aux ennemis du » culte ni les mêmes raisons ni les mêmes » prétextes (i). ^

Il faudroit parcourir mille volumes peutêtre pour rencontrer quelque chose d'aussi téméraire ; et c'est une nouvelle preuve de l'empire terrible des préjugés sur les meilleurs esprits et sur les hommes les plus estimables.

En premier lieu , je ne sais sur quoi porte la comparaison : pour qu'elle eut une base, il faudroit qu'on pût opposer sacerdoce à sacerdoce ; or , il n'y a plus de sacerdoce dans les Eglises protestantes ; le prêtre a disparu avec le sacrifice ; et c'est une chose bien remarquable que, partout où la réforme s'établit, la langue , interprète toujours infaillible de la conscience, abolit sur-le-champ le mot de prêtre , au pointque déjà du temps de Bacon, ce mot étoit pris pour une espèce d'injure (2).

(1) Biblioth. britann. sur VEnquirer de M. Godwin. Mars, 1798. N.° 53 , pag. 282.

(2) « Je pense qu'où ne devroit point continuer de se

Lors donc qu'on parle du clergé d Angleterre ^ d'Ecosse, etc., on ne s'exprime point exactement ; car il n'y a plus de clergé là où il n'y a plus de clercs: pas plus que d'état militaire sans militaires. C'est donc tout comme si Ton avoit comparé, par exemple , les curés de France ou d'Italie , aux avocats ou aux médecins d'Angleterre et d'Ecosse.

Mais en donnant à ce mot de clergé toute la latitude possible , et l'entendant de tout corps de ministres d'un culte chrétien , l'immense supériorité du clergé calholitjue en mérite comme en considération , est aussi évidente que la lumière du soleil.

On peut même observer que ces deux genres de supériorité se confondent ; car , pour un corps tel que le clergé catholique, une grande considération est inséparable d'un grand mérite , et c'est une chose bien remarquable que cette considération l'accompagne même chez les nations séparées ; car c'est la conscience

» servir du mot de prêtre , particulièrement dans les cas » où les personnes s'en trouvent offensées. » ( Cacon, (Euv. tom. IV , pag. 472. Christianisme de Bacon , tom. Il, pag. 241- ) On a suivi le conseil de Bacon. Dans la langue et dans la conversation anglaise, le mot de priest ne se trouve plus que dans priestcraft.

( >Go ) qiù i accorde , et hi conscience est un juge incoriujjtible.

Les criii(]ues même qu'on adresse aux prêlres catholiques prouvent leur supériorité. Vollaire l'a fort bien dit : « La vie séculière » a toujours été plus vicieuse que celle des » prélres, mais les désordres de ceux-ci ont » toujours été plus remarqu*ibles par leur » contraste avec la règle ( i ). »> On ne leur pardonne rien parce qu'on en attend tout.

La même règle a lieu depuis le Souverain Pontife jusqu'au sacristain. Tout membre du clergé catholique est continuellement confronté à son caractère idéal , et par conséquent jugé sans miséricorde. Ses peccadilles même sont des forfaits ; tandis que de l'autre côté les crimes même ne sont que des peccadilles , précisément comme parmi les gens du monde. Qu'est-ce qu'un ministre du culte qui se nomme réformé ? C'est un homme habillé de noir, qui monte tous les dimanches en chaire pour y tenir des propos honnêtes. A ce métier, tout honnête homme peut réussir , et il n'ex-

(i) Volt. Essai sur les mœurs , etc. ia-8.** tom. III, ch. CXII.

11 valoil donc autant que le pire du peuple , qui eut avec lui de si grandes affaires.

( '6. ) dut aucune foiblesse de Vhorméie homme. J'ai examiné de très-près cette classe d'hommes ; j'ai surtout interrogé sur ces ministres évangéliques l'opinion qui les environne, et cette opinion même s'accorde avec la nôtre , pour ne leur accorder aucune supériorité de caractère.

Ce qu'ils peuvent n'est rien 5 véritablement hommes. Ils sont ce que nous sommes , Et vivent comme nous.

On ne leur demande que la probité. Mais qu'est-ce donc que cette vertu humaine pour ce redoutable ministère qui exige la probité divinisée , c'est-à-dire la sainteté î Je pourrois m'autoriser d'exemples fameux et d'anecdotes piquantes ; mais c'est encore un point sur lequel j'aime à passer comme sur des charbons ardens. Un grand fait me suffit , parce qu'il est public et ne souffre pas de réplique ; c'est la chute universelle du ministère évangélique protestant, dans l'opinion publique. Le mal est ancien et remonte aux premiers temps de la réforme. Le célèbre Lesdiguières, qui résida long-temps sur les frontières du duché de Savoie , estimoit beaucoup et voyoit souvent S. François de Sales , alors évêque de Genève. Les ministres protestans , choques d'une telle liaison , résolurent d'adresser une admones-

lation dans les formes au noble guerrier , alors encore chef de leur parti. Si l'on veut savoir ce qu'il en advint et ce qu'il fut dit à celle occasion , on peut lire toute l'histoire dans un de nos livres ascétiques assez répandu (i). Pour moi, je ne le copie point.

On cite l'Angleterre; mais c'est en Angleterre surtout que la dégradation du ministère évangélique est le plus sensible. Les biens du clergé sont à peu près devenus le patrimoine des cadets de bonnes maisons , qui s'amusent dans le monde comme des gens du monde , laissant du reste

A des chantres gagés le soin de louer Dieu.

Le banc des évêques , dans la chambre des pairs , est une espèce de hors-d'œuvre qu'on pourroit enlever sans produire le moindre vide. A peine les prélats osent-ils prendre la parole , même dans les affaires de religion. Le clergé du second ordre est exclu de la représentation nationale ; et pour l'en tenir à jamais éloigné, on se sert d'une subtilité historique qu'un souffle de la législature auroit écarté depuis long-temps , si l'opinion

(0 Esprit de S. François, de Sales, recueilli des écrits de M. le Cauîus , évèque de Belley , in-S.", partie lll , ch. XXIII.

( ï63 ) ne les repoussoit pas , ce qui est v isible. Nonseulement l'ordre a baissé dans l'estime publique , mais lui-même se défie de lui-même. Souvent on a vu l'ecclésiastique anglais , embarrassé de son état , effacer dans les écrits publics la lettre (i) fatale qui précède son nom et constate son caractère. Souvent encore on l'a vu ; masqué sous un habit laïque, quelquefois même sous un habit militaire , amuser les salons étrangers avec sa burlesque épée.

A l'époque où l'on agita, en Angleterre, avec tant de fracas et de solennité, la question de X émancipation des catlioliques ( en i8o5), on parla des ecclésiastiques, dans le parlement, avec tant d'aigreur, avec tant de dureté, avec une défiance si prononcée , que les étrangers en furent sans comparaison plus surpris que les auditeurs (2).

Il faut dire aussi qu'il y a , dans le caractère même de cette milice é\>angélique , quelque

(i) R. initiale de il^t'erfrtJ.

(2) Un membre de la chambre des communes observa cependant qu'il y avoit quelque chose d'étrange dans cette espèce de déchaînement général contre l'ordre ecclésiastique. Si je ne me trompe , ce membre étoit M. Stéphens ; mais comme je ne pris pas de note écrite sur ce point , je n'aflirme rien , excepté que la remarque fut faite.

( '64 ) cliose qui déleiKl la confiance et qui appelle la défaveur. II n'y a point d'autorité , il n'y a point de règle , ni par conséquent de croyance commune dans leurs Eglises. Eux-mêmes avouent , avec une candeur parfaite , « que y> l'ecclésiastique protestant n'est obligé de y> souscrire une confession de foi quelconque, » que pour le repos et la tranquillité publi- » que , sans autre but que celui de mainte- » nir 5 entre les membres d'une même com- » munion , l'union EXTÉRIEURE; mais que du » reste , aucune de ces confessions ne sauroit )> être regardée comme une règle de foi pro- » prement dite. Les protestans n'en connois- « sent pas d'autre que l'écriture sainte (i).

Lors donc qu'un de ces prédicateurs prend la parole, quels moyens a-t-ilde prouver qu*il croit ce qu'il dit ? et quels moyens a-t-il encore de savoir qu'en bas on ne se moque pas de lui ? Il me semble entendre chacun de ses auditeurs lui dire , avec un sourire sceptique: En vérité , JE CROIS qu'il croit que je le

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