‹ Du pape (volume 5)Chapitre 2 sur 41 · JUSTIFICATION DE CE POUVOIR · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION DE CE POUVOIR

Xjes écrivains fi^i/ dernier âge ont assez souvent une manière tout-à-fait expéditive de juger les institutions. Ils supposent un ordre de choses purement idéal, bon suivant eux, et dont ils parlent comme d'une donnée pour juger les réalités.

Voltaire peut fournir dans ce genre un exemple excessivement comique. Il est tiré de la Henriade, et n'a pas été remarqué, que je sache.

C'est un usage antique et sacré parmi nous. Quand la mort sur le trône étend ses rudes coups, Et que du sang des rois , si chers à la patrie , Dans ses derniers canaux la source s'est tarie. Le peuple au même instant rentre en ses premiers

droits ; Il peut choisir un maître, il peut changer ses lois. Les états assemblés, organes de la France , Nomment un souverain , limitent sa puissance. Ainsi de nos aieux les augustes décrets Au rangdeCharlemagne ont placé les Capets. (C. VIL)

Charlatan ! Où donc a-t-il vu toutes ces belles choses? Dans quel livre a-t-il lu les droits

du peuple P ou de quels faits les a-t-il dérivés f On diioit que les dynasties changent en France dans une période réglée comme les jeux olympiques. Deux mutations en i3oo ans, voilà certes un usage bien constant ! Et ce qu'il y a de plaisant , c'est qu'à l'une et à l'autre époque ,

La source de ce sang si cher à la patrfe , Dans ses derniers canaux ne s'étoit point tarie.

Il étoit au contraire en pleine circulation lorsqu'il fut exclu par un grand homme évidemment mûri à coté du trône pour y monter (i). On raisonne sur les Papes comme Voltaire vient de raisonner. On pose en fait, expressément ou tacitement, que l'autorité du sacer-

(0 II est bon d'entendre Voltaire raisonner comme historien sur le même événement. « Ou sait, dit-il, » comment Hugues Capet enleva la couronne à l'oncle » du dernier roi. Si les suffrages eussent été libres , j) Charles auroit été roi de France. Ce ne fut point un » parlement de la nation qui le priva du droit de ses » ancêtres, comme l'ont dit tant d'historiens, ce fut » ce qui fait et qui défait les rois, la force aidée de la » prudence.» (Volt. Essai, etc. tom. II,ch. XXXIX. ) Il n'y a point ici d'augustes décrets^ comjne on voit. Il écrit h la marge : Hugues Capet s\empara du royaume à force oui'erte.

(9) doce ne peut s'unir d'aucune manière à celle de l'empire; que dans le système de l'Eglise catholique, un souverain ne peut être excommunié ; que le temps n'apporte aucun changement aux constitutions politiques ; que tout devoit aller autrefois comme de nos jours , etc. ; et sur ces belles maximes, prises pour des axiomes , on décide que les anciens Papes avoient perdu l'esprit.

Les plus simples lumières du bon sens enseignent cependant une marche toute différente : Voltaire lui-même ne l'a-t-il pas dit ? On a tant d' exemples dans l'histoire de V union du sacerdoce et de V empire dans d'autres religions (i)/ Or, il n'est pas nécessaire, je pense, de prouver que cette union est infiniment plus naturelle sous l'empire d'une religion vraie que sous celui de toutes les autres, qui sont fausses puisqu'elles sont autres.

Il faut partir d'ailleurs d'un principe général et incontestable , savoir que tout gouvernement est bon lorsqu'il est établi et qu'il subsiste depuis long-temps sans contestation.

Les lois générales seules sont éternelles. Tout le reste varie, et jamais un temps ne ressemble

(i) Volt. Essai, etc. tom. I, ch. XIII.

( 'o) à l'autre. Toujours sans cloute rhomme sera gouverné, mais jamais de la même manière. D'autres mœurs , d'autres connoissances , d'autres croyances amèneront nécessairement d'autres lois. Les noms aussi trompent sur ce point comme sur î:ant d'autres, parce qu'ils sont sujets à exprimer tantôt les ressemblances des choses contemporaines , sans exprimer leurs différences, et tantôt à représenter des choses que le temps a changées, tandis que les noms sont demeurés les mêmes. Le mot de monarchie^ par exemple, peut représenter deux gouvernemens ou contemporains ou séparés par le temps, plus ou moins différens sous la même dénomination ; en sorte qu'on ne pourra point affirmer de l'un tout ce qu'on affirme justement de l'autre.

« C'est donc une idée bien vaine, un travail » bien ingrat , de vouloir tout rappeler aux » usages antiques , et de vouloir fixer cette roue » que le temps fait tourner d'un mouvement » irrésistible. A quelle époque faudroit-il avoir

» recours ? à quel siècle, à quelles lois

» faudroit-il remonter? à quel usage s'en tenir? » Un bourgeois de Rome seroitaussi bien fondé >> à demander au Pape des consuls , des tribuns , » un sénat , des comices et le rétablissement en- » tier de la république romaine ; et un bour-

» geois d'Athènes pourroit réclamer au près du » sultan l'ancien aréopage et les assemblées du » peuple, qui s'appeloient églises (i). »

Voltaire a parfaitement raison ; mais lorsqu'il s'agira de juger les Papes, vous le verrez oublier ses propres maximes, et nous parler de Grégoire VII comme on parleroit aujourd'hui de Pie VII s'il entreprenoit les mêmes choses.

Cependant , toutes les formes possibles de gouvernement se sont présentées ' dans le monde ; et toutes sont légitimes dès qu'elles sont établies ; sans que jamais il soit permis de raisonner d'après des hypothèses entièrement séparées des faits.

Or, s'il est un fait incontestable attesté par tous les monumens de l'histoire, c'est que les Papes , dans le moyen âge et bien avant encore dans les derniers siècles, ont exercé une grande puissance sur les souverains temporels; qu'ils les ont jugés , excommuniés dans quelques grandes occasions, et que souvent même ils ont déclaré les sujets de ces princes déliés envers eux du serment de fidélité.

(i) Volt. ibid. tom. III, ch. LXXXVI. C'est-à-dire que les assemblées du peuple s'appeloient des assemblées. Toutes les œuvres philosopbiques et historiques de Voltaire sont remplies de ces traits d'une érudition éblouissante.

Lorsqu'on parle de despotisme et de gouvernement absolu , on sait rarement ce qu'on dit. Il n'y a point de gouvernement qui puisse tout. En verlu d'une loi divine, il y a toujours à côté de toute souverainelé une force quelconque qui lui sert de frein. C'est une loi, c'est «ite coutume, c'est la conscience, c'est une tiare , c'est un poignard ; mais c'est toujours quelque chose.

Louis XIV s'étant permis un jour de dire devant quelques liommes de sa cour , qu'il ne voyoit pas de plus beau goui)ernem.ent que celui du Sophî, l'un d'eux, c'étoit le mare'chal d'Eslrées, si je ne me trompe, eut le noble courage de lui répondre : Mais, sire, j'en ai çu étrangler trois dans ma vie.

Malheur aux princes s'ils pouvoient tout! Pour leur bonheur et pour le nôtre , la toutepuissance réelle n'est pas possible.

Or, l'autorité des Papes fut la puissance choisie et constituée dans le moyen âge pour faire équilibre à la souveraineté temporelle et la rendre supportable aux hommes.

Et ceci n'est encore qu'une de ces lois générales du monde, qu'on ne veut pas observer, et qui sont cependant d'une évidence incontestable.

Toutes les nations de l'univers ont accordé

au sacerdoce plus ou moins d'influence dans les affaires politiques; et il a été prouvé jusqu'à l'évidence que , de toutes les nations policées , il nen est aucune gui ait attribué moins de pouvoirs et de privilèges à leurs prêtres , que les Juifs et les chrétiens ( i).

Jamais les nations barbares n'ont été mûries et civilisées que par la religion, et toujours la religion s'est occupée principalement de la souveraineté.

« L'intérêt du genre humain demande un » frein qui retienne les souverains et qui mette » à couvert la vie des peuples : ce frein de la » religion auroit pu être, par une convention » universelle , dans la main des Papes. Ces pre- » miers Pontifes , en ne se mêlant des querelles » temporelles que pour les apaiser, en aver- » tissant les rois et les peuples de leurs devoirs , » en reprenant leurs crimes, en réservant les » excommunications pour les grands attentats, » auroient toujours été regardés comme des » images de Dieu sur la terre. Mais les hom- » mes sont réduits à n'avoir pour leur défense » que les lois et les mœurs de leurs pays : lois

(i) Histoire de l'académie des inscriptions et belleslettres, in- 12 , tom. XV, pag. i43. — Traité historiq. et dog. de la relig. par. l'abbé Jîergier , tom. VI, p. 120.

( i4 ) *) souvent méprisées , mœurs souvent corrom- » pues (i). »

Je ne crois pas que jamais on ait mieux raisonné en faveur des Papes. Les peuples , dans le moyen âge , n'avoient chez eux que des lois nulles ou méprisées , eL des mœurs corrompues. Il falloit donc chercher c^ frein indispensable hors de chez eux. Qq Jreùi se trouva et ne pouvoit se trouver que dans l'autorité des Papes. Il n'arriva donc que ce qui de voit arriver.

Et que veut dire ce grand raisonneur , en nous disant , d'une manière conditionnelle , que ce frem , si nécessaire aux peuples , auroit PU ÉTRE,yt7ar Une convention universelle^ dans la main du Pape F Elle y fut en eft'et , non par une convention expresse des peuples , qui est impossible ; mais par une convention tacite et universelle , avouée par les princes même comme par les sujets , et qui a produit des avantages incalculables.

Si les Papes ont fait quelquefois plus ou moins que Voltaire ne le désire dans le morceau cité , c'est que rien d'humain n'est parfait, et qu'il n'existe pas de pouvoir qui n'ait jamais abusé de ses forces. Mais si , comme

(i) Voltaire , Essai , etc. lom. II , ch. LX.

l'exigent la justice et la droite raison, on fait abstraction de ces anomalies inévitables , il se trouve que les Papes ont en effet réprimé les souverains , protégé les peuples , apaisé les querelles temporelles par une sage intervention , ai>erti les rois et les peuples de leurs devoirs , et frappé d'anathèmes les grands attentats quils navoient pu prévenir.

On peut juger maintenant l'incroyable ridicule de Voltaire , qui nous dira gravement dans le même volume, et à quatre chapitres seulement de distance : « Ces querelles ( de » l'empire et du sacerdoce ) sont la suite né- » cessaire de la forme de gouvernement la » plus absurde à laquelle les hommes se soient » jamais soumis : cette absurdité consiste à » dépendre d'un étranger, »

Comment donc , Voltaire ! vous venez de vous réfuter d'avance et de soutenir précisément le contraire. Vous avez dit que « cette » puissance étrangère étoit réclamée haute- » ment par l'intérêt du genre humain ; les » peuples, privés d'un protecteur é^raw^er, » ne trouvant chez eux , pour tout appui, que » des mœurs souvent corrompues et des lois » souvent méprisées (i). »

(0 Volt. Essai, etc. totn. II, ch. LXV.

Ainsi , ce même pouvoir qui est au chapitre LX.^ ce qu'on peut imaginer de plus désirable et de plus précieux , devient au chapitre LXV.<' ce çiio/i nu jamais un de plus absurde.

Tel est Volaire , le plus méprisable des écrivains lorsqu'on ne le considère que sous le point de vue moral ; et par cette raison même , le meilleur témoin pour la vérité , lorsqu'il lui rend hommage par distraction.

Il n'y a rien de plus raisonnable, il n'y a rien de plus plausible qu'une influence modérée des Souverains Pontifes sur les actes des princes. L'empereur d'Allemagne , même sans état, a pu jouir d'une juridiction légitime sur tous les princes formant l'association germanique : pourquoi le Pape ne pourroit-il pas de môme av^oir une certaine juridiction sur tous les princes de la chrétienté ? 11 n'y a là certainement rien de contraire à la nature des choses. Si cette puissance n'est pas établie , je ne dis pas qu'on l'établisse, c'est de quoi je proteste solennellement ; mais si elle est établie , elle sera légitime comme toute autre , puisque aucune puissance n'a d'autre fondement. La théorie est donc pour le Pape ; et de plus, tous les faits sont d'accord.

Permis à Voltaire d'appeler le Pape un

(-7) étranger , c'est une de ses superficialîtés ordinaires. Le Pape , en sa qualité de prince temporel , est sans doute , comme tous les autres, étranger hors de ses états; mais comme Souverain Pontife , il n'est étranger nulle part dans l'Eglise catholique , pas plus que le roi de France ne l'est à Lyon ou à Bordeaux.

// y ai^oit des momens bien honorables pour la cour de Rome , c'est encore Voltaire qui parle. Si les Papes awient toujours usé ainsi de leur autorité^ ils eussent été les législateurs de ï Europe (i).

Or, c'est un fait attesté par l'histoire entière de ces temps reculés, que les Papes ont usé sagement et justement de leur autorité , assez souvent pour être les législateurs de V Europe ; et c'est tout ce qu'il faut.

Les abus ne signifient rien ; car , « malgré « tous les troubles et tous les scandales , il y eut y> toujours, dans les rits de l'Eglise romaine, rt plus de décence, plus de gravité qu'ailleurs; « l'on sentoit que cette Eglise , quand elle » ÉTOiT LIBRE (2) et bien gouvernée, étoit faite

(i) Volt. Essai , etc. tom. II , ch. LX. (2) C est ua grand mot ! A certains princes qui se plaignoient de certains Papes, oa auroit pu dire : S'ils TOM. II. 2

» pour donner des leçons aux autres (i). Et » dans l'ojjinion des peuples , un évoque de » Rome étoit quelque chose de plus saint que » tout autre évéque (2). »

Mais d'où venoit donc cette opinion universelle qui avoit fait du Pape un être plus que humain , dont le pouvoir purement spirituel laisojt tout plier devant lui? Il faut être absolument aveugle pour ne pas voir que l'établissement d'une telle puissance étoit nécessairement impossible ou divin.

Je ne terminerai point ce chapitre sans faire une observation sur laquelle il me semble qu'on n'a point assez insisté ; c'est que les plus grands actes d'autorité qu'on puisse citer de la part des Papes agissant sur le pouvoir temporel, attaquoient toujours une souveraineté élective; c'est-à-dire une demi-souveraineté à laquelle on avoit sans doute le droit de demander compte , et que même on pouvoit déposer s'il lui arrivoit de malverser à un certain point.

\i0ltaire a fort bien remarqué que ï élection

ne sont pas aussi bons qu'ils dévoient Vêtre^ c'est parce que vous les avez faits.

(1) Volt. ibîd. cliap.XLV.

(2) Le même , ibid , tom. lïl, ch. GXXI.

( ^9) suppose nécessairement un contrat entre le roi et la nation (i) ; en sorte que le roi électif peut toujours être pris à partie et être jugé. Il manqiTÈ toujours de ce caractère sacré qui est l'ouvrage du temps; car l'homme ne respecte réellement rien de ce qu'il a fait luimême. 11 se rend justice en méprisant ses œuvres , jusqu'à ce que Dieu les ait sanctionnées par le temps. La souveraineté étant donc en général fort mal comprise et fort mal assurée dans le moyen âge , la souveraineté élective en particulier n'avoit guère d'autre consistance que celle que lui donnoient les qualités personnelles du souverain : qu'on ne s'étonne donc point qu'elle ait été si souvent attaquée , transportée ou renversée. Les ambassadeurs de S. Louis disoient franchement à l'empereur Frédéric II , en i^Sg : « Nous » croyons que le roi de France , notr maître » qui ne doit le sceptre des Français qu'à sa » naissance, est au dessus d'un emjjereur quel- » conque qu'une élection lii)re a seule porté y> sur le trône (2). »

(i) Voltaire , Essai sur les mœurs , etc. tom, III , chap. CXXL

(2) Credimus domînum. nnstrum regem Galliœ quem linea regii sanguinis proyexit ad sceptra Francorum

( ^o ) Celte profession de Toi étoit très-raisonnable. Lors donc qne nous voyons les empereurs aux prises avec les Papes et les électeurs, il ne faut pas nous en étonner; ceux-ei usoient de leur droit , et renvoyoient les empereurs tout simplement , parce quils n'en ctoient pas contens. Aussi tard que le commencement du XV.® siècle, ne voyons-nous pas encore l'empereur Venceslas légalement déposé comme négligent , inutile , dissipateur et indigne (i) ? Et même si Ton fait abstraction de l'éligibilité qui donne , comme je l'observois tout-àl'heure , plus de prise sur la souveraineté , on n'avoit point encore mis en question alors si le souverain ne peut être jugé pour aucune cause. Le même siècle vit déposer solennellement, outre l'empereur Venceslas , deux rois d'Angleterre, Edouard II et Richard II , et le pape Jean XXIII , tous quatre jugés et con-

regenda , excellendorém esse aliquo imperatore quevi sola electio provehit voluntaria. ( Maiinbourg , ad A. laSy. )

(i) Ces épithètes étoient f cibles pour le bourreau de 5. Jean Ndpomucène ; mais si le Pape avoit eu alors le pouvoir d'effrayer Venceslas , celui-ci seroit mort sur son troue , et seroit mort moins coupable.

damnés avec les formalités juridiques ; et la régente de Hongrie fut condamnée à mort (i).

Aucune puissance souveraine quelconque ne peut se soustraire à une certaine résistance. Ce pouvoir réprimant pourra changer de nom , d'attributions et de situation ; mais toujours il existera.

Que si cette résistance fait verser du sang, c'est un inconvénient semblable à celui des inondations et des incendies qui ne prouvent nullement qu'il faille supprimer l'eau ni le feu.

A-t-on observé que le choc des deux puissances qu'on nomme si mal-à-propos la guerre de V empire et du sacerdoce , n'a jamais franchi les bornes de l'Italie et de l'Allemagne , du moins quant à ses grands effets , je veux dire le renversement et le changement des souverainetés. Plusieurs princes sans doute furent excommuniés jadis ; mais quels étoient en effet les résultats de ces grands jugemens? Le souverain entendoit raison ou a voit l'air de l'entendre : il s'abstenoit pour le moment d'une guerre criminelle ; il renvoyoit sa maîtresse, pour la forme; quelquefois cependant la femme reprenoit ses droits. Des puissances

(i) Voltaire a fait cette observation. ( Essai sur les mœurs , etc. tom. II, ch. LXVI et LXXXV. )

amies , des personnages importans et modérés s'inlerposoient ; et le Pape, à son tour, s'il a voit été ou trop sévère ou trop hatif, prétoit l'oreille aux remontrances de la sagesse. Où sont les rois de France , d'Espagne , d'Angleterre , de Suède , de Danemarck , déposés efficacement par les Papes ? Tout se réduit à des menaces et à des traités ; et il seroit aisé de citer des exemples où les Souverains Pontifes furent les dupes de leur facilité. La véritable lutte eut toujours lieu en Italie et en Allemagne. Pourquoi ? parce que les circonstances politiques firent tout , et que la religion n'y entroit pour rien. Toutes les dissensions , tous les maux parloient d'une souveraineté mal constituée et de l'ignorance de tous les principes. Le prince électif jouit toujours en usufruitier. Il ne pense qu'à lui , parce que l'état ne lui appartient que par les jouissances du moment. Presque toujours il est étranger au véritable esprit royal ; et le caractère sacré , peint et non grai^é sur son front, résiste peu aux moindres frottemens. Frédéric II a voit fait décider par ses jurisconsultes, et sous la présidence du fameux Barthole, qu'il avoit succédé, lui Frédéric, à tous les droits des empereurs romains, et qu'en cette qualité , il étoit maître de tout le

(^3) monde connu.. Ce n'étoit pas le compte de l'Italie ; et le Pape , quand on l'auroit considéré seulement comme premier électeur , avoit bien quelque droit de se mêler de cette étrange jurisprudence. Il ne s'agit pas , au reste , de savoir si les Papes ont été des hommes, et s'ils ne se sont jamais trompes ; mais s'il y a eu, compensation faite, sur le trône qu'ils ont occupé , plus de sagesse , plus de science et plus de vertu que sur tout autre ; or , sur ce point , le doute même n'est pas permis.

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