‹ Du pape (volume 5)Chapitre 23 sur 41 · DE CE LIVRE · texte numérisé non relu

DE CE LIVRE

Ija conscience éclairée et la bonne foi n'en sauroient plus douter ; c'est le christianisme qui a formé la monarchie européenne, merveille trop peu admirée. Mais sans le Pape, il n'y a point de véritable christianisme ; sans le Pape , l'institution divine perd sa puissance, son caractère divin et sa force convertissante ; sans le Pape , ce n'est plus qu'un système, une croyance humaine , incapable d'entrer dans les cœurs et de les modifier pour rendre l'homme susceptible d'un plus haut degré de science , de morale et de civilisation. Toute souveraineté, dont le doigt efficace du grand Pontife n'a pas touché le front , demeurera toujours inférieure aux autres , tant dans la durée de ses règnes que dans le caractère de sa dignité, et les formes de son gouvernement. Toute nation , même chrétienne , qui n'a pas

assez scnli l'aciion consliluarile , demeurera de iiième élernellemeiil aii-ilessous des autres , toutes choses égales d'ailleurs, et toute na'.ion séparée après avoir reçu l'impression du sceau universel, sentira enfin <ju'il lui manque quelque chose , et sera ramené tôt ou tard par la raison ou par le malheur. 11 y a pour chaque peuple une liaison mystérieuse, mais visible , entre la durée des règnes et fe perfection du principe religieux. Il n'y a point de roi de par le peuple , puisque les princes chrétiens ont plus de vie commune que les autres hommes, malgré les accidens particuliers attachés à leur état ; et ce phénomène deviendra plus frappant encore , à mesure qu'ils protégeront davantage le culte vivifiant ; car il peut y avoir plus ou moins de souveraineté , précisément comme il peut y avoir plus ou moins de noblesse (i). Les fautes des Papes, infini-

(i) La noblesse nVtant qu'on prolongement de la souveraineté , magnum Jovis ijmcrementum , elle répète en diminutif tous les caractères de sa mère , et n'est surtout ni plus ni moins liumaine qu'elle. Car, c'est une erreur de croire que , à proprement parler , les souverains puissei^t anoblir , ils peuvent seulement sanctionner les anoblissemens uatux'els. La véritable noblesse est la gurdieiuie naturelle de la religion ; elle

ment exagérées ou mal représentées , et qui ont tourné en général au profit des hommes, ne sont d'ailleurs que l'alliage humain , insé-

est parente du sacerdoce et ne cesse de le proléger. Apj)ius Claudius s'écrioit dans le sénat romain : (f La » religion appartient aux. patriciens , auspicia sunt » PATRUM. M Et Bourdaloue, quatorze siècles plus lard, disoit dans une chaire chrétienne : « La sainteté , pour » être éminente , ne trouve point de fond qui lui soit » plus propre que la grandeur. » ( Serm. sur la Coucep. pag. II.) C'est la même idée revêtue de part et d'autre des couleurs du siècle. Malheur au peuple chez qui les nobles abandonnent les dogmes nationaux ! La France qui donna tous les grands exemples en bien et en mal , vient de le prouver au monde ; car cette bacchante qu'on appelle rèi'olution française ^ et qui n'a fait encore qne changer d'habit , est une fille née du commerce impie de la noblesse française avec le philosophisme dans le XVIIL'^ siècle. Les disciples de l'alcoran disent « qu'un des signes de la fin du monde sera l'avance- M ment des personnes de basse condition aux dignités » émineutes. » ) Pocok cité par Sale , Obs. hist. et crit. sur le mahon. sect. IV. ) C'est une exagération orientale qu'une femme de beaucoup d'esprit a réduite à la mesure européenne. ( Lady Mary Vortley Montagne's Works , tom. IV , pag. 2.2^ et 224. ) Ce qui paroît sûr, c'est que , pour la noblesse comme pour la souveraineté , il y a une relation cachée entre la religion et la durée des familles. L'auteur anonyme d'un roman anglais , intitulé le Forester , dont je n'ai pu lire que

parablede toute mixtion temporelle; et quand on a tout bien examiné et pesé dans les balances de la plus froide et de la plus impartiale philosopliie , il reste démontré que les Papes furent les instituteurs, les tuteurs, les sauK>eurs et les çéritahles génies constituans de l'Europe. Au reste, comme tout gouvernement ima-

des extraits , a fuit sur la décadence des familles et les variations de la propriété en Angleterre , de singulières observaiions que je rappelle sans avoir le droit de les juger. « 11 faut bien , dit-il , qu'il ait quelque chose » de radicalement et A^ al ar iniquement mauvais dans » un système qui , en un siècle , a plus détruit la suc- >» cession héréditaire et les noms connus , que toutes j) les déva->tatious produites par les guerres civiles » d'Yoïck et de Lancastre , et du règne de Charles I-'^'^, » ne l'avoient fait peut-être dans les trois siècles précéïi denspris ensemble , etc. » ( Anti-Jacobin reviex and magazine , nov. i8o3 ,n.°LVllI, pag. 249. )

Si les anciennes races anglaises avoient réellement péri depuis un siècle environ , en nombre alarmiquement considérable ( ce que je n'ose point affirmer sur un témoignage unique) , ce ne seroit que l'etfet accéléré , et par conséquent plus visible , d'un jugement dont l'exécution aurolt néanmoins commencé d'<>bord adirés la faute. Pourquoi la noblesse ne seroit-elle p.is moins conservée , après avoir renoncé à la religion conservatrice ï Pourquoi seroit-elle traitée mieux que ses maîtres dont les règnes ont été abrégés ?

ginable a ses défauts , je ne nie point que le régime sacerdotal n'ait les siens dans l'ordre politique ; mais je propose sur ce point au bon sens européen deux réflexions qui m'ont toujours paru du plus grand poids.

La première est que ce gouvernement ne doit point être jugé en lui-même , mais dans son rapport av ec le monde catholique. S'il est nécessaire, comme il l'est évidemment, pour maintenir l'ensemble et l'unité , pour faire , s'il est permis de s'exprimer ainsi , circuler le même sang dans les dernières veines d'un corps immense , toutes les imperfections qui résulteroient de cette espèce de théocratie romaine dans l'ordre politique, ne doivent plus être considérées que comme l'humidité , par exemple, produite par une machine à vapeur dans le bâtiment qui le renferme.

La seconde réflexion, c'est que le gouvernement des Papes est une monarchie semblable à toutes les autres , si on ne la considère simplement que comme gouvernement dun seul. Or, quels maux ne résultent pas de la monarchie la mieux constituée ? Tous les livres de morale regorgent de sarcasmes contre la cour et les courtisans. On ne tarit pas sur la duplicité, sur la perfidie, sur la corruption des gens de cour; et Voltaire ne pensoit sûre- TOM, II. 1 5

ment pas aux Papes , lorsqu'il s'écrioit avec tant de décence :

O sagesse du ciel ! je te crois très-profonde ; Mais à quels plats tyrans as-tu livré le monde (i)f

Cependant lorsqu'on a épuisé tous les genres de critique , et qu'on a jeté , comme il est juste, dans l'autre bassin de la balance, tous les avantages de la monarchie , quel est enfin le dernier résultat ? C'est le meilleur , le plus durable des gouvernemens , et le plus naturel à Vliomme. Jugeons de même la cour romaine. C'est une monarchie , la seule forme de gouvernement possible pour régir l'Eglise catholique ; et quelle que soit la supériorité de celte monarchie sur les autres (2), il est impossible que les passions humaines ne s'agitent pas au-

(1) Il a dit au contraire , en parlant de Rome moderne ;

Les citoyens en paix sagement gourernés

Ne sont plus conquérans , et sont plus fortunés,

(i) Le gouvernement du Pape est le seul dans l'uiiivers qui n'ait jamais eu de modèle , comme il ne doit jamais avoir d'imitation. C'est une monarchie élective dont le titulaire , toujours vieux, et toujours célibataire , est élu par un petit nombre d'électeurs élus par ses prédécesseurs , tous célibataires comme lui , et choisis

tour d'un foyer quelconque de puissance , et n'y laissent pas des preuves de leur action , qui n'empêchent point le gouvernement du Pape d'être la plus douce, la plus pacifique et la plus morale de toutes les monarchies, comme les maux bien plus grands , enfantés par la monarchie séculière , ne l'empêchent par d'être le meilleur des gouvernemens.

En terminant cette discussion , je déclare protester également contre toute espèce d'exagération. Que la puissance pontificale soit retenue dans ses justes bornes ; mais que ces bornes ne soient pas arrachées et déplacées au gré de la passion et de l'ignorance ; qu'on ne vienne pas surtout alarmer l'opinion par de vaines terreurs : loin qu'il faille craindre dans ce moment les excès de la puissance spirituelle , c'est tout le contraire qu'il faut craindre, c'est-à-dire que les Papes manquent de la force nécessaire pour soulever le fardeau immense qui leur est imposé , et qu'à force de

sans aucun égard nécessaire à la naissance , aux, richesses , ni même à la patrie.

Si l'on examine attentivement cette forme de gouvernement, on trouvera qu'elle exclut les inconvéniens de la monarchie élective , sans perdre les avantages de la moDarchie héréditaire.

plier , ils lie perdent enfin la puissance comme riiabilutle de résister. Qu'on leur accorde, de bonne foi , ce qui leur est du ; de son côté , le Souverain Pontife sait ce qu'il doit à l'autorité temporelle qui n'aura jamais de défenseur plus intrépide et plus puissant que lui. Mais il faut aussi qu'il sache défendre ses droits ; et si quelque prince , par un trait de sagesse égale à celle de ce fils de famille qui menaçoit son père de se faire pendre pour le déshonorer , osoit menacer le sien d'un schisme , pour extorquer de lui quelque foiblesse, le successeur de saint Pierre pourroit fort bien lui répondre ce qui est écrit déjà depuis long-temps :

« Voulez -vous m'abandonner ? Eh bien rt partez! Suivez la passion qui vous entraîne: » n'attendez pas que, pour vous retenir auprès » de moi, je descende jusqu'aux supplications. » Partez ! Fourme rendre l'honneur qui m'est » dû , d'autres hommes me resteront. Mais » SURTOUT , Dieu me restera ( i ). »

Le prince y penseroit !

(l) •I)£uy6 jK«eX', il TOI B-'Jfioç 'fsreirTurat' oùài (Ttyoyi Ala-e-ùfMii iivix. ifiua fthiit ■si'Uf iftoiyt ko.] UXT^ot , Oj' Ki ftt TiftKirovTi' MAAISTA AE MHTIETA ZEYS. HoMER. Uiad. I. 173-175.

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