‹ Du pape (volume 5)Chapitre 24 sur 41 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

QUE TOUTE ÉGLISE SCHISMATIQUE EST PROTESTANTE. AFFINITÉ DES DEUX SYSTÈMES. TÉMOIGNAGE DE l'É- GLISE RUSSE.

Vi'EST une vérité fondamentale dans toutes les questions de religion, que toute Eglise qui 71 est pas catholique est protestante. C'est en vain qu'on a voulu mettre une distinction entre les Eglises schismatiques et hérétiques. Je sais bien ce qu'on veut dire ; mais dans le fond , toute la différence ne tient qu'aux mots, et tout chrétien qui rejette la comipunion du Saint-Père est protestant ou le sera bientôt. Qu'est-ce qu'un protestant? C'est un homme

( 23o ) (|iii proteste; or, qu'importe qu'il proteste contre un ou plusieurs dogmes ? contre celuici ou contre celui-là? H peut être plus ou moins protestant ^ mais toujours W proteste.

Quel observateur n'a pas été frappé de l'extrême faveur dont le protestantisme jouit parmi le clergé russe , quoique , si l'on s'en tenoil aux dogmes écrits , il dut être haï sur la Neva comme sur le Tibre ? C'est que toutes les sociétés séparées se réunissent dans la haine de l'unité qui les écrase. Chacune d'elles a donc écrit sur ses drapeaux. :

Tout enneiui de Rome est tuon ami.

Pierre I.^^ ayant fait imprimer pour ses sujets 5 au commencement du siècle dernier , un catéchisme contenant tous les dogmes qu'il approuvoit , cette pièce fut traduite en anglais (i) en l'année «723 , avec une préface qui mérite d'être citée.

« Ce catéchisme , dit le traducteur, respire » le génie du grand homme par les ordres

(i) The russiamcatechismcompos'dand publisch'd by the order ofthe CZAR ; to ivhich is aimexed a short account oj the church- go^ernement and cérémonies oj the Moscovites. London. Meadows , ijs.S^in-S.'^bv Jenkîn. Thorn. Philipps , pages 4 et 66.

( 23i ) v duquel il fut composé (i). Ce prince « » vaincu deux ennemis plus terribles que les » Suédois et les Tartares ; je veux dire la su- » perstition et l'ignorance favorisées encore « par l'habitude la plus obstinée et la plus

» insatiable Je me flatte que cette traduc-

« tion rendra plus facile le rapprochement » des évêques anglais et russes ; afin que par » leur réunion ils deviennent plus capables » de renverser les desseins atroces et sangui-

rt ?iaires du clergé romain (2) Les Russes

» et les réformés s'accordent sur plusieurs « articles de foi , autant qu'ils diffèrent de » l'Eglise romaine (3) Les premiers nient

(i) Le traducteur parle ici d'un catécliisme comme il parleroit d'un ukase que l'empereur auroit publié sur le droit ou la police. Cette opinion qui est juste doit être remarquée.

(2) On pourroit s'étonner qu'eu 1726 ou pût encore imprimer en Angleterre une extravagance de cette force. Je prendrois néanmoins l'engagement de montrer des passages encore plus merveilleux dans les ouvrages des premiers docteurs anglais de nos jours.

(3) Sur ce point le traducteur a tort et il a raison. Il a tort si l'on s'en tient aux professions de foi écrites , qui sont les mêmes à peu de chose près pour les Eglises latine et russe , et diffèi'ent également des confessions protestantes ; inais si l'on eu vient à la

» le purgatoire (i) ; et notre compatriote

» Coi^el , docteur de Cambridge . a prouvé f> doctement dans ses mémoires sur l'Eglise » grecque, coiubien la trmissubsSttmtlntion des » Latins dijftredc la cène grecque (2). »

Quelle tendresse et quelle conliance ! La fraternilé esl évidente. C'est ici que la j)uissance île la haine se fait sentir d'une manière véritablement elîVayante. L'Eglise russe professe , comme la notre, la présence réelle , la nécessité de la confession et de l'absolution sacerdotale, le même noujbre desacremens, la réalité à\x sacrifice euchaiistique, l'invocation des saints, le culte des images, etc.; le protestantisme au contraire fait profession de rejeter et même d'abiiorrer ces dc>gmes et ces usages ; néanmoins s il les rencontre dans une Eglise

pratique et à la croyance intérieure , le tiaducteur a raison. Cliaque jour la foi d.te ^leique s'cloii^ue de Rome et s'approche de Wittemberg.

(1) Je n'en sais rien ; e! je crois en ma conscience que le clergé rus^e ne le sait pas miens, que moi.

(2) Ou eulend ici des tliéologiens aUi^licans affirmer que déjà, au commencemenl du dei^nier siècle , la foi de l'tîglise lomaine et celle de l'Eglise rsse s* r l'article de l'eucliaristie n"éEoient plu.-> les mêmes. On se plaiudioit donc à tort des préjugés catholiques sur cet article.

( 233) séparée de Rome, il n'en est pins choqué. Ce culte des images surtout, si solennellement déclaré idolâtrique , perd tout son venin, quand il seroit même exagéré au point d'être devenu à peu près toute la religion. Le Russe est séparé du Saint Siège : c'en est assez pour le protestant ; celui-ci ne voit plus en lui qu'un frère, qu'un autre protestant; tous les dogmes sont nuls , excepté la haine de Rome. Cette haine est le lien unique , mais universel de toutes les Eglises séparées.

Un archevêque de Twer, mort il y a seulement deux ou trois ans, publia en i8o5 un ouvrage historique en latin , sur les quatre premiers siècles du christianisme ; et dans ce livre que j'ai déjà cité sur le célibat, il avance sans détour qu'une grande partie du clergé russe est cahiniste (i). Ce texte n'est pas équivoque.

(i) Ou , si l'on veut s'exprimer mot à mot , « qu'une » grande partie du clergé russe chérit et célèbre à l'excès » le système calviniste. » — Hœc sanè est disciplina illa ( Cahini ) quem PLURIMI T)E NOSTRIS ( sic ) tantoperè Laudant deamantque. {Methodii archiep. Ttver , Liber historiens de rébus in primitivâ Eccles. christ, etc. in-l^.'^Mosquœ^ 1 8o5. Typis sanctissimœsynodi. Cap. VI ^ sect. i,§ 79, p. i68 ). Tout liomme qui a pu voir

Le clergé n'étiulie dans tout le cours fie son éducation ecclésiastique que des livres prolestans ; une habitude haineuse l'écarté des livres catholiques, malgré l'extrême affinité des dogmes. Bingliam surtout est son oracle , et la chose est portée au point que le prélat que je viens de citer en appelle trèssérieusement à Bingham , pour établir que V Eglise russe n'enseigne que la pure foi des apôtres (i).

C'est un spectacle bien extraordinaire et bien peu connu dans le reste de l'Europe que celui d'un évêque russe qui , pour établir la parfaite orthodoxie de son Eglise , en appelle au témoignage d'un docteur protestant.

Et lui-même , après avoir blâmé pour la forme ce penchant au calvinisme , ne laisse pas d'appeler Calvin UN GRAND H03IME (2) ; expression étrange dans la bouche d'un évêque

les choses de près , ne doutera pas que par ces mots PLURimi DE NOSTRis , il ne faille entendre tout prêtre de cette Eglise , qui sait le latin ou le français , à moins que dans le fond de son cœur il ne penche d'un côté tout opposé ; ce qui n'est pas Inouï parmi les gens instruits de cet ordre.

(i) Methodius , ibid. sert. J, pag. 20b, note 2.

(2) Magnum vinurr , ibid. paj^. 168.

( ^^35 ) parlant d'un hérésiarque, et qui ne lui est jamais échappée dans tout son livre , à l'égard d'un docteur catholique.

Ailleurs il nous dit que , pendant quinze siècles , la doctrine de Calvin fut PEESQUE inconnue dans l'Eglise (i). Cette nnodification paroitra encore curieuse ; mais dans le reste du livre , il se gêne encore moins ; il attaque ouvertement la doctrine des sacremens, et se montre tout-à-fait calviniste.

L'ouvrage , comme je l'ai déjà observé , étant sorti des presses même du synode, avec son approbation expresse , nul doute qu'il ne représente la doctrine générale du clergé , sauf les exceptions que j'honore.

Je pourrois citer d'autres témoignages non moins décisifs ; mais il faut se borner. Je n'affirme pas seulement que l'Eglise dont il s'agit

(i) Doctrinam Calvini per M. et D. ann. in Ecclesiâ Christi PENE inauditam. Ibid.

L'archevêque de Twer a publié cet ouvrage enlalln, sûr de n'être critiqué ni par ses confrères qui ne révéleroieut jamais un secret de famille , ni par les gens du monde , qui ne l'entendroient pas, et qui d'ailleurs ne s'embarrasseroient pas plus des opinions du prélat que de sa personne. On ne peut se former une idée de l'indifférence russe pour ces sortes d'hommes et de choses , si l'on n'en a été témoin.

( ^3G ) est protestante ; j'affirme de plus qu'elle l'est nécessairement , et que Dieu ne seroit pas Dieu si elle ne l'étoit pas. Le lien de l'unité étant une fois rompu, il n'y a plus de tribunal commun , ni par conséquent de règle de foi invariable. Tout se réduit au jugement particulier et à la suprématie civile qui constituent l'essence du protestantisme.

L'enseignement n'inspirant d'ailleurs aucune alarme en Russie, et le même empire renfermant près de trois millions de sujets j)rotestans , les novateurs de tous les genres ont su profiter de cet avantage pour insinuer librement leurs opinions dajis tous les ordres de l'état , et tous sont d'accord , môme sans le savoir ; car tous protestent contre le Saint Siège, ce qui suffit à la fraternité commune.

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