‹ Du parti à prendre envers l'Espagne :Chapitre 3 sur 6 · DU PARTI A PRBNDRE · texte numérisé non relu

DU PARTI A PRBNDRE

cependaut il peut être fertile en réparations , si on veut le saisir. Cédons ; mais comme le roi de Syracuse, en stipulant qu’on n’irnmolera plus de victimes humaines. Cédons; mais sans compromettre, sur des engagemens douteux , l’or et le sang de là France, sans nous exposer a ^romper encore une fois, l’attente du monde. Que les hautes parties contractantes souscrivent des actes qui répondent à Charles X de la solidité de ses bienfaits; au dauphin , de l’accomplissement de ses vœux ; à la France, du repos. Sinon encore du ^bonheur de l'Espagne. ' . <

Quels seront ces actes? Il est par trop manifeste qu’une amnistié ne< pent pRs suffire. On ne refait pas les royaumes, on ne remonte pas la machine des gouvernemens avec des amnisties. D’ailleurs , ne sait-on pas ce que sont dans la Péninsule ces homicides lois de grâce ? -Des guet-à-pens placés aux pieds des échafauds. Personne, ainsi que vient de le dire très-bien l’un des plus honorables membres de nos précédentes assemblées (ï), personne n’apportera sa tête. L’Espagne a besoin d’autre cho^ ipie d’qn sursis. Quoi qu’on fasse, il faut- des garanties ; il faut de l’avenir. Qu’est-ce que des promesses sans gages, de là clémence sans sécurité, de la modération, de la sagesse sans lende- ' main? - ‘

(i) M. Diivergier de Haurapné', Coup-d’OEil sur l’Espagne;

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Nous voilà de prime abord en présence d’une question immense , d’une' question qui embrasse tous les intérêts d’un vaste empire, qui se complique de tous les embarras de sa position au dedans et^u dèbors. Il ne s’agit de rien moins que de déterminer les formes 'du gouvernement- tout entier. Nous déciderons-noiis pour le pouvoir absolu ou- pour une constitution fibre? Un tel choix semblerait devoir être l’ouvrage de la force,- du génie, du temps par-dessus tout, et la Ç’rance s’est imposé la loi de le prononcer, , . ,

Parlons d’abor<J du despotisme. C’est un gouvernement mauvais; car, entre autres défauts, 'il a celui-ci, ^que les Antomns sont rares, et que Marc- Aurèle peut laisser pour fils un Conimode. Cepeii-\ dant , chezr des peuples dpnt la civilisation est 'à la' fois 'arriérée et inégale, ou tout est divers dans’ la société d’échelon â échelon, et dans l’Etat de province à province, chez ‘des peuples sans classe moyenne, divisés en factions exaspérées, ardens aux represailles , travaillés de tous les maux, de toutes les passions de l’anarchie , un bras puissant peut être bon pour apaiser la tourmente , réprimer les fureurs efii'énées, préparer un avenir meilleur. Il faut que la civilisation précède la liberté; autremént la liberté éourt le risque d’aller eu aveugle aux abîmes , et d’y entraîner tout avec elle. • ^ ' ;■

Charles III ne possédait ni la bonté chevaleresque

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d’IIenriiy^ni peul-êlrc l’cspril vasle de Louis XIV ; mais il avait dans ses senlimens et ses idees celle i-ecliUide qui démêlé le bien des peuples, le veut, l’accomplil. S'il vivait, il n’y aurait pas à hésiler de tout remettre en ses mains : par lui, toA serait sauve. Il est vrai que si cet autre Charles-le-Sage avait tenu dans ces derniers temps le sceptre de Philippe.V, nous n’îftjrions pas à discuter ces graves intérêts. La révolution de 1820 n’aurait pas agité sa monarchie et armé la nôtre. Ou si le dauphin avait eu besoin de paraître dans les Castilles ,

/ il serait revenu parmi nous sans rapporter, au milieu des fêtes triomphales, ces royales douleurs qui ont, il est vrai, couronné son front d’une gloire de plus. '

Ce que ses conseils n’ont pas obtenu sous les murs de Cadix, l’obirendraient-ils quand nous aurions laissé nos soldats en échange de sages promesses? Aurions-nous affaire à une politique plus éclairée ou du moins plus docile? Ici se rencontre une difficulté qui est la clef de toutes. Que ne pouvons-nous passer près d’elle sans l’aborder ? Elle réside dans une région qui devrait être inaccessible à tout contrôle; mais nous sommes contraints d’y arriver, puisque tout est là.

C’est un des précieux avantages de la monarchie constitutionnelle, que si la royauté n’y possède ^ point un pouvoir supérieur à toutes les contradictions et à tbutes'les résistances, son caractère

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nuguste, loin d’en être compromis, reste à l’abri de tontes les atteintes. Une certaine itnpuissance de mal faire , nne responsabilité qui; s’adresse ailleurs, la sauve des plus graves écarts; des fictions viennent à son aide quand les faits l’ac^cüsent; et il se trouve ainsi , par une admirable ' combinaison, que dans ce grand jour de la'publicité qui éclairé toute chose, elle reste voilée aux regards de la foule , à moins de se manifester par des bienfaits et des vertus. Dans les. nionarchies absolues, au contraire, le prince tout-puissaiît pour s’égarer, n’est séparé de son peuple par aucun prestige non plus que par aucune barrière.. Toutes lés fautes, semblent son ouvrage, et tous les yeux les contemplent; tous les coeurs, les ressentent Le Gouvernement, l’Etat même c’est le roi; le roi, c’est un' homme.. Quel malhetir pour lés peuples et pour lui , s’il arrive qu’une éducation ' eiinemie se soit attachée à fermer l’accès de son esprit aux lumières qui fqnf les grands rois, si le plus détestable des complots a corrompu dès le berceau, dans ce prince infortuné, la sourceméme des qualités généreuses pour le rendre incapable ide régner,- ou défaire de 'son règne le .châtiment des générations qui se seraient obstinées à le subir! Ge monarque -conservera dans,' son caractère la ^ vive- empreinte des périls, des''souffrances de, sa jeunesse , et cette, empreinte flétrira le reste de ' sa vie. On ne lui aura rien- appris que b triste

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science de pliéY devant les circonstances iinpe'rieuses en se reservant la consolation 'd’eclater plus tard. Ses habitudes, d’accord avec ses ombrages , ne lui permettront d’ouvrir son ame qu’à ce qu’il trouvera d’assez subalterne pour ne pas l’elFaroucber. Il ne connaîtra d’autre loi que celle du talion. Il ne verra dans le pouvoir^ que la vengeance. Il ne comprendra la prérogative royale que comme une sorte de liberté infinie-, subversive, sauvage, tour à tour celle de l’enfant qui a rompu ses lisières , celle du lion qui a brisé ses chaînes.. S’effrayant de tous' les périls et ne s’effrayant d’aucune réaction ^ animé d’une colère égale contre trois choses : les dissentimens, lesi outrages et les bicnlaits; accessible à tous les conseils, excepté 'ceux de la sagesse et de la mansuétude, il sera un obstacle à tout, excepté au mal.’ Qu’attendre de ses promesses., tant qu’il'- pourra' les enfreindre? Il brûlera de les anéantir, précisément parce que vqüs les aurez exigées., Compterezvous sur la lente 'autorité de l’expérience, sur l’ascendant de la raison et de la justice? Les geôliers de son jeune' âge ont pris 'soin qu’il ne put jamais comprendre ces leçonsi' Espérerez-vous le rév«l de sa bonté? 'Une mère s’est efforcée de vous fermer d’avance ce refuge. Enfin, vous fierezvous au. pouvoir journalier delà peur? Cette prise même, passé le. premier moment, n’est pas assurée. Le roû des barbares qui ne voulait pas que son

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fils apprit à trembler devant la verge de ses maltrés, avait un grand sens. La crainte ne donne aux rois que des leçons inconstantes et mauvaises. Elle empêche toute volonté durable dè s’établir dans ces âmes qui devraient être privilégiées par la Providence pour être, tout volonté, tout action, tout courage. Les paroles dictées par le péril seraient aussitôt retirées, soit qu’il se fût éloigné ou grossi. Il est des caractères qui n’acceptent des entraves, des appuis même qu’avec la résolution secrète de les renverser. Fonder un système sur de telles garanties’, ce serait bâtir sur le sabje, et la vie des hommes , la paix des Etats veulent de plus solides fondemens.

En contemplant ce triste 'tableau,,^ on respire d’avoir à le contempler à l’ombre d’un trône où les aînés des fils de saint Louis et de tant de bons et sages princes , déployent les' vertus 'du sang généreux qui, depuis mille ans, coule dans les veines de cette famille de rois. Des Français- ne courent pas le risque de confondre avec un accident déplorable, dont on ne pourrait demander compte qu’aux impénétrables desseins de la Providence, l’antfque, la grande, la salutaire institution de la royauté. La France trouve dans un affligeant spectacle de nouveaux motifs pour bénir cette restauration qui nous apporta des lois au lieu de vengeances , qui nous rendit pour chefs des Bourbons dignes des souvenirs que ce nom glorieux rappelle, qui plaça pbs destinées

DU PAKTI A PKENDAJi

SOUS la garantie, d^'iislitutiuns fortes et libres ^ alors même qu'il y aurait eu le >moins de péril à s’en passer. r- -

L’Europe sait trop dans quelle sphère s'e débattent les destins de l’Espagne. La placé que tiennent nos chambres parmi nous, Ip Curnariliu l'oo- Cupe, et une bien plus grande encore. Etrange aveuglement de ceux qui prctf>ndeut pittider la cause de la royauté, en. demandant qu’elle reste sans entraves ! on s’indigne pour elle du'parlement d’Angleterre, çt on tombe dans les Camarillas ! On ne veut pas qu’elle puisse rencontrer des contradicteurs dans les premiers d’entre les sujets; et on l’expose à prendre les derniers de tous pour confidens , pour . gardiens , pour cptiseillers , pour maîtres! . '

C’est donc à la Canvarilla qu’il faudrait faire accepter les engagemens de modération et, de clémence pour qu’ils' eussent quelque valeur. C’est elle dont H faudrait avoir la parole, Mais' cette pa- Vole, sommes-nous assez puissaos pour la conquérir, assez richés pour Vacheter? La tourbe de favoris jaloux, de conseillers furieuse que nous auriops à réunir et à calmer, ne s’entendrait pas, meme pour exploiter nos ménagethens, poirr puiser dans DOS trésors. Près d’eux aussi , emploieronsnous les promesses, et les menaces ? ce serait mal les connaître. Le trapiSte , sous son manteau* déchiré, croit sûrement tenir le Polose dans le fonrreau de

K^VKRS l'ëSRAGME. ' IQ

son cimet^jrre, et il<u’y a pas un de ses affidés quu lorsqu'ils de'libèrent ensemble, n’asseoie ses calculs sur cette- base- que l’univers entier n’oserait les ctiinbattre. , ,

Heste donc la triste voie de ne'gocier sans fin avec quelques-uns de ces arbitres de la monarchie espagnofe, de disputer à d’autres puissances de telles conquêtes, d’obtenir pour le parti de la France , pour la cause de la sagesse et dej’buixianitê, la protection d’un laquais puissant. Mais cette puissance ne durera qu’un jour. Capricieuses, passionnces, fantasques, les influences qui dirigent la Camarilla sont aussi changeantes que mi.‘;érables ; : 'Vr-.--

et aussi impérieuses que ^mobiles. Fussent-elles '

e'ternelles, convient-il au roi de France de paraître par scs ambassadeurs dans ce foyer d’intrigues et de complots?, N’avons-nous vaincu la révolutioh espagnole que pour avoir à briguer d'ignobles gj- ‘ ^

fiances , à essuyer d’insoleris mépris ? Le ministère n’a que trop peut-être essayé de ces ressources. A quoi nous put-elles menés? Laissons-les , il en esf ' temps, aux cabinets qui n’en rougissent pas>

Ainsi-, point d’illusion ! la conséquence de tout ' ce qui procède est, que nous ne pouvons pas fier à des idées fixes, à des projets suivis d'amélioration, la volonté souveraine de laquelle tout dépend. L’as-^ c ■ seulimenlde la Camarilla n’oft'rirait pas- plus de ga^ ranties et serait encore .plus difficile à saisir. loapo-*serons-nous donc pour condition de notre séjour,

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