‹ Du perfectionnement moral, ou de l'éducation de soi-même (volume 2)Chapitre 9 sur 21 · SES NÉGOCIATIONS ENTRE L^MF.RI^UE ET · texte numérisé non relu

SES NÉGOCIATIONS ENTRE L^MF.RI^UE ET

l'Angleterre.

A bord du paquebot la Penajlvan'u , chargé poor Phitadeljpbie , capitaine Osbome \ as fSSartiy'S.

« MoBTcheruls, ,

« Ayatit maintenant un j^eu^ de temps pour écrire, je vais tâcher, comme je vous 'rot pnuiiis, de rassembler ce que je pourrai'du. détail des négociations auxquelles je viens de prendre part re* lativement à la mésintelligence enHre h. Grande- , Brietagne etl' Amérique,

<« Pendant la vacance du parlement qui avait passé des actes si &évères contre la< province de . Massachusetts, la minoritp^entant que sa faiblesse venait de son manque d'union', commença à penser sérieuseme«t à former une coalition. Ils voyaient en effet dans la violence des mesures adoptées!

contre l'Amérique, le rûqae , si Ton y persistait , de démembrer , 4*^aiblir , et peut-être de rn&er t'enf^ire britannique. Quelques-uns d*entre eux conçurent le projet de s'uiiir fl^one manière plus intime, afin d'offrif à la session suivante une masse phis respectable , .une opposition plus imposante , et un corps dans lequel on pût aisément former on nouveau ministère , si le mauvais ^ succès des mesures prises et la fermeté des colonies à y résister démontraient au rei la nécessité d'un change-

M Je pris quelques soins pour entretenir ces dispositions , dans les entretiens que j'eus avec les principaiH membres de la minorité des deux chambres. Je les suppliai et les conjurai vivement que leur dé£aat d*accord ne laissât pa&démoHr par la sottisedn ministère Tédifice glorieux de l'empire britan- Bique;etpoarles«ncourager, je leur donnai, d'après mon intime conviction , l'atsnrance que l'Amérique serait ferme et unanime , te dont ils avaient souvent doute et ce qui paraissait tebr donner beaucoup de craintes et d'inquiétude.

« Depuis l'affront qui Iki'avait été Êiit à la séance do conseil privée en janvier 1774 9 je ne m'étais jamais présenté an lever d'aucun ministre. Je ne cherchai pas à me justifier des accusations portces contre moi ; je ne rendis pas à mes ennemis in-

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jorci pour iojiires , mai» je n'obitiiiai à gute so froid «Icooe , ne résenraot pour une oocaiM f»tnre. TaYaif , pour adapter cette coodmte, 6k* maùU qa*il eft inutile dé dérelopper^icL De teMp en tenp» > j'entendais dire qne b partie ratM»' nable d# Tadministration était honteofe du traitement que j'avai» reçu. Je soupçonnai que qudqac»uns de ceux qui me parlaient ainsi voulaient tirer de moi Ja confidence de mes savtimens et peut' être de mes projets^ et j'enssoin de ne dire à ce sujet rien on que fort peu de chose. Cependaat, les mesures prises par tes minis^'es rdativemem a la Notivelle-Angleterre ne produisant pas Tefirt que leur confianœ en attendait , ils se trootêtcfti de plus en^ plus embarrassés , et commencèrent, i ce qu*il parait, à penser à se servir de nmi, i^le pouvaioit , pour se tirer d'af&ire. Mais ils anracst été trop Inuniliés de s'adreMer â moi direeteaMsi et avec franchise, et autfi eurent^ils reoonrs à dô moyens détournés pour s*afsnrer de mes sentîmens.

Les nouvelles reçues d'Amérique depois la prorogation du parlement , annonçaient toutes qne le» mesures de Tadministration n'y avaient ni diviir ni intimidé le peuple; qu'elles n'avaient lait sa contraire que le rendre de pln« en pkis uni et déterminé; et que vnusemblahlemeiit on allait

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t*eiigiger à ne recevoir aucune importatâm. Le nuaistère afipréhendant de là que cette mesure nnneiHe pour les villes de couunerce et de manuiMtures d* Angleterre , n'influât contre lui sur les prochaines élections qui devaient nécessairement avoir lieu Tannée suivante , fit prononcer brusquement, et sans qu'ai s'y attendit , la dissolution de l'ancien parlement, ordonna qu'on procédât i l'élection d'un nouveau , dans le plus court délai de la loi, avant que les inoonvéniens de cette convention ne oonnnençnsent à être aperçus ou à produire quelque effet de ce genre.

Quand j'allai en Angleterre, en 1757, vous poovez Toos rappeler que je fis plusieurs tentatives pour me £ûre présenter à lord Chatham , alors premier ministre , afin de Tentretenir des afEûres dont j'étais chargé pour la Pensylvanie , mais que je ne pus y réussir. C'était alors un personnage trop important , ou trop occupé d'afEures plus importantes. Je fus donc obligé de me contenter d'une sorte de communication secrète et non avouée avec MM. Potter et Wood , ses secrétaires , qui paru* rent, par leurs civiUtés, vouloir former une liaison avec moi , et qui tirèrent de moi tous les remeigneniens que je pouvais donner sur la guerre qui avait alors lieu en Amérique , avec mon opinion sur les mesures que d'autres proposaient ou ir. 10

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coiiMri liaient , ce qui me fournit Toccanion de fignalcr avec insistance -rutilité de cooquMr le Canada* Je regardai , depii» ce temps , M. Pitt comme irmccenible : je Vadmirai de loin, sans persister à essayer de (aire de plu» pnès sa cdonaissanoe. J'eus une ou detix fois la satisfaction fl^appiendre de lord Shelbume , on je crois de tord Stanhope, qu*il me fit quelquefois Thonneur de parler de moi comme d'un homme recommandable.

Cependant, vers la fin d'août dernier, comme je revenais de Bri^blhelmstone , fftllai faire Une visite à mon ami M. Sargent , à sa terre d'Ilalsted, dans le comté de Kent, suivant la promeiBe qne je Ini en avais faite. Il m'apprit qu'il avait promb de me conduire à Chevening chez lord Sianhope , qui désirait que j'allasM le voir , quand je vlea* drais dans le voisinage. Nous nous rendîmes donc, dans la soirée, chez lord Stanhope, qui me dit que lord Chatham sonhaitait me voir , et que la demeure de M. .Sarment , oii je devais loger , se trou\ant sur la route ^ il viendrait me prendre le lendemain au matin pour me conduire à Hayes, Kitm fut fait, OX homme, véritahlement grand, me rcAïKii de la manière la plus civile , me fit force questions Hnr la situation des affaires en Aatériqne, parla avec sensibilité de la sévérité de» dernières mesures prises contre la province de

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Massachusetts , me donna un aperçu de son discours pour s'y opposer , me témoigna beaucoup d'estime et d'ÏBtérêt pour les babitans de ce pays , et me dit qu'il espérait qu'ils continueraient à demeurer fenoes el unis pour défendre par toutes les voies pacifiques et légales, leurs droits constitutionnels. Je l'assurai que je ne doutais pas qu'ils ne le fissent. H me répondit cpi'il était charmé de m' entendre parier ainsi, /parce qu'il savait que je devais être bien informé. Je profitai alors de cette occasion pour lui fairejfemarquer que la chute des grands oopires avait toujours commencé à leivs extrémités , parce que les contrées éloignées du siège et des yeux du gouvernement, ne pouvant lui faire panreoir une connaissance exacfte de leur situation, n'avaient jamais été bien administrées, maus avaient été opprimées par de mauvais gouverneurs, dans la persuasion que des plaintes partant de si Ipin ne pourraient ni se faire entendre ni se soutenir. De là , pour «es gouverneurs , encouragement à continuer leurs exactions jusqu'à ce qu'elles devinssent intolérables. L'empire de la Grande-Bretagne avait heureusement trouvé et long-temps pratiqué une méthode qui assurait un sage gouvernement à chaque province, en le loi confiant en grande partie à eUe-méme, d'où il était résulté tant de satisfaction pour les sujets, tant d'encoura-

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gonois à former de u o u vw ui x établisieiiicns , qw sans la marche suivie depois peu par mie maiiTaiie politique , qui a proclamé ^omnipotence àa pariement y ce qui aurait en même temps exigé son amniscience , nous aurions été en agrandissant toujours cette partie de Teinpire , ajoutant province a province jusqu'à la mer du Sud. J^ajoatai que je regrettais Ja ruine qui semblait menacer un si beau plan, si bien imaginé pour rendre ben* reox tous les sujets du pins grand empire ; et que j*espérais que si sa seigneurie , avec les antres bommes grands et sages de l'Angleterre , Tonlait s'unir et se montrer , il pouvait encore être temps d*arracfaer ce pays aux mains d'un ministère ignorant qui voulait le déchirer , et de rétablir entre la Grande-Bretagne et ses colonies l'union et lliarmonie si nécessaire^ à leur bien-être réciproque. . n me répondit avec beaucoup de^politesse que mes idées sur la manière d'étendre ainsi notre empire étaient saines et dignes d'une âme grande, bienfaisante et éclairée. Il souhaitait comme moi que les différentes fractions de l'opposition pussent se réunir pour travailler de concert à rétablir l'ancien accord entre les deux pays , ce qu'il désirait ardemment : mais il parla de cette coalition comme d'une chose pleine de difficulté» , et qu'il fallait plutôt souhaiter qu'espérer. Il oie dit

<{ae ropinion dominante en Angleterre était que rAjiiériq[oe aratt en Tue de s*ériger en état indéfendant , ou du moins de se soustraire aux acteé atr la navigadon. Je Fassurai qu'ayant parcdum plus d'une fois, d'une extrémité à l'autre, notre continent septentrional , et y ayant tu des gens de toute espèce avec lesquels j'avais bu , mangé , causé librement, je n'avais jamais entendu personne, ni dans son bon sens, ni échauffe par le vin, expriner le moindre souhait d'une séparation avec la mère-patrie, ou donner à penser qu'un tel événement lui parût avantageux pour l'Amérique. Quant aux lois sur la navigation, ce qu'elles contenaient de plus important , comme de (aire notre commerce sur des bàtimens anglais ou coloniaux , d'exclure de nos ports les navires étrangers, de composer nos équipages de trois quarts de marins anglais, nous étaitaussi agréable que cela pouvait l'être à l'Angleterre : nous ne refusions même pas de nous sou* mettre aux règles générales feites pour le commerœ par le parlement, pourvu qu'elles fussent eonçoes bonâfide etpourFavantage àe la totalité de l'empire, et non pour le modique intérêt d'une seule partie , au grand détriment de l'autre , comme il en est par exemple de l'obligation pour nos vaisseaux de se rendre en Angleterre avec leurs vins et leurs fruits , en venant du Portugal et de l'Espagne ; des

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restrictions imposées à nos manufactures de laine et de chapellerie; des prohibitions relatives aux moulins à fendre , aux on^rages en acier , etc Û wnvint qu*on pourrait fkire quelques changemens en ce sens, mais ajouta que ce qui concernait les moulins et l'acier avait été agréé par nos agens lors d'un compromis provoqué par l'opposition qui avait été faite à une diminution de droits.

Enfin il me témoigna beaucoup de satisfaction de m'avoir vu , et surtout de l'assurance qoe je lui avais donnée que l'Amérique n'aspirait pas à Vindépetidance , ajoutant qu'il serait charmé de me revoir le plus souvent possible. Je lui répondis que je ne manquerais pas de profiter de la permission qu'il voulait bien m'accorder, sentant parfaitement tous les avantages que je retirerais de sa conversation instructive; et ce n'était certainenaent pas un pur compliment.

Le nouveau parlement devait s*ouvrir le 39 novembre 1774. Vers le commencement de ce mois, comme j'étais à la Société royale , M. Râper , on de nos membres, me dit qu'il connaissait une dame qui avait une grande envie de jouer avec moi aux échecs, espérant pouvoir me battre, et qu'elle l'avait prié de me conduire chez ell^ c'était , me dit-il , une dame dont il était sûr cpie je serais charmé de faire la connaissance , one

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soeur de lord Howe , et il.e^érait que je ne refuserais pas le cartel. Je lui dis que j'avais perdu depuis long-temps riiabitude de ce jeu, mais que je me rendrais chez cette dame quand lui et elle le jugeraient à propos. Il me dit où elle demeurait , et m'engagea à faire dp suite cette visite , sans autre introduction , ce que je promis ; mais me trouvant un peu embarrassé , je différais toujours. Le 3o du même mois, m'étant encore trouvé avec lui le jour d'élection de la société , qui était le lendemain de l'ouverture du parlement , il me rappela ma promesse , me reproclia de ne pas Tavoir remplie, et me somma de lui donner un jour afin qu'il vint me prendre pour m'y conduire. Je fijLai le vendredi suivant. Il se rendit chez moi; nous fîmes la visite ; je jouai avec cette dame quelques parties, et lui trouvant une coj^versation aimable et d'excellentes manières , j'acceptai volontiers l'iu- TÎtation qu'elle me fit de revenir quelques jours après. J'étais pourtant bien loin de penser que cette nouvelle connaissance pût avoir le moindre rapport avec les affaires politiques.

Le jeudi qui précédait le jour fixé pour notre partie d'échecs, M. David Barclay vint me voir pour causer avec moi relativement à une assemblée de négocians où Ton devait présenter une pétition au parlement. Après avoir épuisé ce sujet,

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il me parla de la siùiatioD critique des affaires d'Amérique , du. danger que les mesures actuelles n^amenassent une guerre civile , et du grand ser- Tice que rendrait un homme qui pourrait imaginer quelque moyen pour prévenir un si terrible fléau , et pour amener une conciliation. Il voulut bien ajouter qu'il était convaincu que d'après la connaissance que j'avais des deux pays , la réputation et rinfluehce dont je jouissais dans IHin d'eux, et mes talens en affaires, personne n*y pouvait mieux réussir que moi. Je lui répondis simplement que je m'estimerais fort heureux si je pouvais contribuer en quelque chose à une si bonne œuvre , mais que je n'y voyais aucune probabilité; qu'en effet, quoique je fusse certain que les Américains étaient toujours disposés et prêts à accepter toutes conditions raisonnables , un arrangement n'était cependant praticable qu'autant que les deux parties le désiraient ; qu^à en juger par la conduite du ministère, je ne pouvais croire qu'il y inclinât le moins du monde; que son but était plutôt de pousser les Américains dû nord à une rébellion ouverte , afin d'avoir un prétexte pour une exécution militaire, et dé satisfaire ainsi l'animosité que je voyais exister en Angleterre contre les whigs et les non -conformistes de ce pays. M. Barclay pensa que je jugeais trop sévèrement les

DES NÉGOCUnONS. n?

ninistro : il était perstiadé qqe tous ne parta* geaient pas ces sentimens, et qu'ils seraient char-» nés de sortir de rembarras où ils se trouvaient à quelques conditions que ce fût , sauf seulement l'honneur et la dignité du gouvernement. Il m'engagea donc à y réfléchir, et me dit qu'il reviendrait causer avec moi à ce sujet. Je lui dis que yj penserais, comme il le désirait; mais^ue je n^en ▼oyais pas Futilité. Sur cela nous nous séparâmes. Deux jours après je reçus de lui une lettre enfermée dans un billet du docteui^ Fothergill. Voici la lettre et le billet.

■ Tonogfburj , pré* Ware , i" jour du \%* moii 1774*

« Mon estimable ami ,

• Après t'avoir quitté jeudi dernier, j'ai rencontré par hasard , en retournant chez moi , notre ami commun le docteur Fothergill , et je lui ai lait part du sujet de notre conversation ; ^ar suite, il m'a invité à une nouvelle conférence sur cet ol:jet important. Je me rendrai donc en ville demain , et je serai chez lui çntre quatre et cinq heures ; nous nous réunissons pour te demander ta compagnie. Wou* sentons parfaitement tous deux que cette affaire est d'une telle grandeur , que des

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particuliers devraient pnesque être effrayés de s'en mêler ; mais nous en désirons tellement le succès que nouf ne devons rien omettre de ce qui est en notre pouvoir , quoique tous nos efforts puissent être infructueux. Je suis ton ami sincère ,

« David Ba|lci.at.'*>

Au doctekr Franklin , Cravenstreet.

ce Le docteur Fothergill présente ses complimens au docteur Franklin ; il espère qu'il lui accordera la faveur de sa compagnie dans Harpiurstreet, demain soir, pour conférer avec leur ami commun David Barclay sur les affaires d^Amérique. A cinq heures aussi précises que possible.

« Harpur-atreef , 5 décembre. »

Ce rendez-vous venait, précisément pour le soir du jour dans la matinée duquel je devais faire ma seconde partie d'échecs avec l'aimable mbtress Howe. J'allai chez elle, comme je l'avais promis. Après avoir joué aussi long-temps que nous le désirâmes, nous nous mîmes à causer : la conversation roula d'abord sur un problème de mathématiques (i), et ensuite sur le nouveau parlement

^ (i) Cette dame , contre l'uiage de son sexe, avait des conoait- •aoeca aaiez étendues en mathématiques. ( Nott de l'auteur. )

foi tenatt de f^atfcmbler. «< Mais ^'y a-t-ii (kmc i (aîre, me dit'eli^ alors , daii$ cette querelle enlre ia Grande-Bretagne et les colonies? j'espère que nous n aurons pas une guerre dWle, — Elles de- %Taieot s^embrasser comme soeurs , lui disje : que peuvent-elles Caire de mieux? Les querelles ne peureot profiter ni à l'une ni à Tautre , et peuvent éuv la ruine de tontes deux. — JTai souvent dit, répliqua-t'elle , que je voudrais que le gouver* neaient vous employât pour arranger cette eont^ation : je suis sûre que personne ne ponrmt mieux y réussir. Ne croyez^^rous pas que la chofe est praticable ? — Sans aucun doute, m^ dame, si les parties sont disposées à une réconôliation, car elles n*ont pas d^téréts véritable* owtit opposés qui les divisent Cest une afïûre de poiBtilierie que deux ou trois hommes de bon sens «rangeraient «m une demi-heure. Je vous remercie de l'excellente opinion que vous avez la bonté ^eiprimer sur mou compta; mais les ministres oe penseront jamais à m'empbyer à cette bonne otttre; ils aiment mieux invectiver contre moi* — Oui, me dit-elie, ils se sont conduits à votre ^^^ard d'une manière honteuse. Et véritablement qudques-uns d'entre eux en sont honteux maintefiariL • Je regardai cet entretien comme une eau- 'Tîe amenée par le hasard , je n'y songeai plus , et

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je me trouvai dans U soirée au rendezAro» convenu chez le docteur Fothergill^ où je trouvai AL Barclay.

Le docteur s^étendit fort au long , et d*un ton de sensibilité , sur les malheurs qui paraissaioit devoir résulter des altercations actuelles, sur la nécessité d'y mettre fin, sur Thonneur insigne qu'il y aurait à servir d'instrument pour cette (Buvre méritoire ; il finit par me faire des complimens : personne n'entendait aussi bien que moi l'objet dont il s'agissait et n'avait une meilleure tète pour mener une affoire de cette natm^ii regardait donc comme un devoir pour mm de travailler de mon mieux à une réconciliation ; il avait appris avec plaisir de David Barclay que j'avais promis d'y réfléchir ; il espérait donc que j'aurais mis sur le papier quelque plan de rapprodiemeot que j'allais sans doute leur communiquer. Je répondis que je n'avais formé aucun plan ; que pltt5 je pensais aux procédés dont on avait usé envers les colonies , plus j'étais convaincu qu'il n'existait pas dans le ministère la moindre disposition à un arrangement , et que par conséquent tous les plans seraient inutiles. Il me dît que je pouvais me. tromper^ que, quelle que fût la violence de quelques membres de l'administration , il avait de^ raiM>ns , tU bonnes raisons , pour croire que à^SkVb-

très étaient différemment disposés ; que si je voulais dresser un projet ,%tque nous Tapprouvassions tous trois , il pourrait être utile, attendu qu'il croyait que David Barclay, ou lui , pourraient le communiquer à quelques-uns des ministres les plus modérés, qui Texamineraient avec attention , et que ce qui nous semblerait raisonnable à nous , dont deux sont Anglais , pourrait bien le leur paraître aussi. Tous deux se réunirent pour me presser très sérieusement d'entreprendre ce travail ; et lorsque je leur représentai qu'il y aurait quelque inconve* nance de ma part à m'en occuper dans un mo* ment où l'on attendait de jour en jour des nouvelles du congrès qui, sans aucun doute, expliquerait les moyens à prendre pour rétablir la bonne intelligence, ma réflexion parut leur causer de l'impatience : ils alléguèrent que l'époque de l'arrivée de ces nouvelles était aussi incertaine que leur contenu ; que le moindre retard pouvait êti*e dangereux; qu'on songeait déjà à redoubler de rigueurs contre l'Amérique; que chaque instant pouvait élargir la brèche et la rendre irréparable; qu'on ne pouvait donc trop tôt chercher et appliquer un remède à ces maux. Enfin je me laissai persuader , je promis de faire ce qu'ils désiraient , et de leur apporter le mardi suivant dans la soirée et au même endroit , un projet que nous discuterions.

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Je me trouvai au rendez-vous convenu, et je leur lus ce qui suit : ^

Notes pour une conversation sur les conditions qui paraîtraient pouvoir amener une union durable entre l* Angleterre et les colonies.

X. Le thé qui a été détruit sei^a payé, 1. L'acte établissant un droit sur le thé sera rapporté , et le montant de tous les droits qui ont été payes sera réintégré dans les caisses des diverses provinces où ils ont été penjus.

3. Les lois sur la navigation seront toutes présentées de nouveau dans les colonies.

4. Un officier de marine , nommé par la cou- Tonne, résidera dans chaque colonie pour veiller à Texécution de ces lois.

5. Toutes les lois restrictives cotJtre les manufactures des colonies seront rapportées.

6. Tous les droits perçus en vertu des lois réglementaires du commerce avec les colonies seront appliqués au service public de chaque colonie , et versés dans leur caisse. Les collecteurs et les officiers des douanes seront nommés par les^ gouverneurs , et ne seront pas envoyés d'Angleterre. *

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7. En considération de ce que les Américains subviennent à Tentretien de leur gouvernement en temps de paix , et de ce que TAngleterre aura le monopole du commerce avec eux, il ne leur $era fait aucune i*^uisition en temps de paix.

S. Aucun corps militaire ne pourra entrer ni séjourner dans une colonie , sans le consentement de son assemblée législative.

g. En temps de guerre , sur la réquisition faite par le roi ^ avec le consentement du parlement , chaque colonie lèvera un subside dans la proportion suivante : si l'Angleterre , à cause de la guerre, ajoute trois shillings par livre à son impôt territorial , les colonies ajouteront un quart en sus à leur dernière taxe de paix, et moitié en sus , quand la taxe additionnelle s'élèvera en Angleterre à quatre shillings pour livre. Le produit de cette nouvelle taxe sera fourni à sa majesté , et employée à lever et à salarier des hommes pour le service de terre et de mer , à acheter des provisions , des transports , à tel autre usage que le roi jugera convenable et ordonnera. Aucune colonie ne pourra payer moins; mais chacune pourra ajouter tel don gratuit qu'elle voudra.

10. Le fort William sera rendu à la province de Massachusetts , et la couronne ne pourra faire construire de forteresse dans aucune pro-

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vince sans le coiue^tement de son assemblée législative.

II. Les demies actes relatifs à la province de Massaobusetts et à Québec seront rapportés, et Ton accordera un gouvernement libre au Ca« nada.

la. Tous les juges resteront en place tant qu'ib se conduiront bien , et recevront un salaire fixe qui leur sera payé sur les revenus des provinces par ordre des assemblées. Ou si les juges sont révocables suivant le bon plaisir delà couronne, leurs salaires ne leur seront payés qu*autant que durera le bon plaisir des assemblées, conune ci" devant.

i3. Les gouverneurs seront salariés parles assemblées de chaque province.

14. Si la Grande-Bretagne renonce à son monopole du conunerce avec l'Amérique, le subside mentionné dans Farticle 9 lui sera payé en temps de paix comme en temps de guerre.

i5. L'extension aux colonies^ de Tacte de Henri YIII sur les trahisons sera formellement désavouée par le parlement.

x6. Les cours d'amirauté d'Amérique n'y auront que les pouvoirs qui leur seront attribués en Angleterre, et les actes qui les établissent devront être confirmés en Amérique.

DES NÉGOCIATIONS. ' laS

1 7. Le parlement renoncera à tous pouvoirs de législation intérieure sur les colonies.

En leur relisant cet écrit , je déduisis mes motifs pour chaque article .

Lorsque la discussion fat terminée , ils .m^engagèrent à mettre au net mon projet avec les modifications convenues , et à en envoyer une copie au docteur Fothergill , qui nous apprit alors qu'ayant journellement des occasions de voir lord Dartmoûth , des bonnes dispositions duquel il avait la plus haute opinion , il lui communiquerait cette pièce comme contenant Fopinion de personnes impartiales qui désiraient le bien des deux pays. « Si je la montrais m aussi à lord Hyde , me dit M. Barclay , y trou- « veriez-vous quelque inconvénient ? C^est un a homme très instruit , et quoiqu'il ne fasse pas m h proprement parler partie du cabinet , je vois « qu'on y accorde assez d'attention à ses avis. Je « le connais un peu , nous nous entretenons quel- « quefois librement, et peut-être que si je lui faisais « lire ces articles, et que je lui communiquasse « notre conversation à ce sujet, quelque bien m pourrait en résulter». Le docteur Fothergill ne fit à cela nulle objection , et je dis u*en avoir

laô ^ RÉCIT

non pliu aucune. Je connaissais un peu lord Hyde, et j'avais de l'estime pour luL J'avais fiût mon projet à leur requête , c'était à' eux à en foire l'usage qu'il leur plairait. Une autre question s'éleva. Devait-on dire que j'eusse été consulté sur cette affaire ? Je dis que je n'y voyais aucune difficulté, eu ce qui me concernait personnellement ; mai» que s'ils désiraient qu'on fit quelque attention au& propositions , il valait mieux ne pas faire mention de moi , convaincu , comme je l'étais , que le ministère était fort prévenu contre ma personne , et contre tout ce qui viendrait de moi. Ils convinrent, d'après cette observation, qu'il était préférable de ne pas me nommer , et la chose fut ainsi conclue. Quant à moi, je gardai sur le tout un profond secret ; mais je ne tardai pas à découvrir que de manière ou d'autre ce n'en était plus un.

Ayant eu plusieurs affaires le lendemain, je ne pus copier ni envoyer le projet. Je reçus le jour suivant un billet de M. Barclay *, qui me pressait de le lui faire passer avant midi. Te le lui envoyai, et trois jours après j'en reçus le billet que voici :

« D. Barclay présente ses complimens au docteur Franklin : il l'informe qu'ayant appris qu'un pamphlet contre l'Amérique , intitulé Adresse amicale, vient d'être mis en circulation, principalement \>ar les soins du doyen de Nomvich , il désire quo

le docteur lue récrit ci-joint qui vient d'arriver d'Amérique, et qu'il voie s'il ne serait pas k propos de le réimprimer et de le répandre k Xorwich. D* Barclay a vu aujourd'hui une penonne avec laquelle il s'était trouvé hier , avant de passer chez le docteur Franklin , et ayant eu le plaisir d'accompagner cette personne jusqu'à la maison de quelqu'un de distinction , pour un rendez'vous relatif à t affaire , elle lui a dit , ce qu'il est aatorisé à répéter , qu'elle y voyait quelque jour. »

• CWaptide , 1 1 décembre, v

Je compris que la personne que M. Barclay atait ainsi vue et accompagnée était lord Hyde qui se rendait ou chez lord Dartmouth ou dies lord North ; je ne puis dire lequel.

\jk semaine suivante , arrivèrent les nouvelles du coDgréi, nouvelles attendues si long-temps et avec tant d'anxiété par les amis et par les ennemis de TAmérique.

La pétition du congrès au roi était sous enveloppe à mon adresse , et accompagnée d'tme lettre écrite par le président Henri Middleton , aux agens américains à Londres; Paul Wentworth, BenjalUD Franklin , William BoUen, Arthur Lee, Thomm Life , Edmond Burke , Charles Garth. Cette lettre leur recommandait de remettre la pétition

dam lef nains àt la majesté; de la publier ca- Miite par la voie de la presse , et de la répaodie dans les villes commerçantes et mana&cturiéres ^ avec le ménuiire adranté au peuple anglais, A cette lettre était jointe une résolutîMi da congres qoi votait des remerclmens aux avocats de laliliertécifile et religieuse y dont la générosité avait éponsé et défendu si puissamment^uoiquesanssuccés, la cause de rAmérique, dans le parlement et hors du parlement.

La pétition était fort longue et revêtue de la signature du président et de celle des cinquante députés appartenant aux douze provinces. Elle exposait y avec détails, les griefs des colonies , et , au nom de toute TAmérique, suppliait le roi d'interposer son autorité pour fair» justice,

La première impression que la conduite do congrès américain produisit sur l'opinion publique nous fut complètement favorable» L'administration semblait irrésolue; elle brûlait d'impatience de savoir si la pétition était entre me» mains I et, pour s'en instruire, elle prit une voie détournée, en engageant un négociant, au parti ministériel , et connu pour ami du soUiciteiir géserai , k m'écrire une lettre où il me disait qu'il avait appris que j'avais reçu une pétition dertinre à être présentée par le commerce, et qu'il me priait de lui donner avis de cette présentation ,

afin qu'il ne manquât pas, dans une occasion aussi importante, de se joindre à une si bonne œuvre. Avant Farrivée de ces nouvelles , on avait annoncé que la pétition tlu congrès ne serait pas reçue , attendu qu'elle émanait d'un corp^ illégalement assemblé ; cependant le secrétaire d'état , après l'avoir gardée un jour entier , pendant lequel on tint un conseil , nous dit que la pétition était décente et convenable , et qu'il se chargerait volontiers de la présenter à sa majesté* Il nous assura ensuite que le roi avait daigné la recevoir très gracieusement, et avait promis de la faire mettre , dès le commencement de la session , sous les yeux de ses deux chambres du parlement. Nous eâroes alors quelques raisons de croire qu'on voulait tirer de cette pétition un motif pour changer quelque chose aux mesures précédemment prises ; mais s'il existait un tel projet , il fut de courte durée. Vers ce temps , je reçus une lettre de M. Barclay , qui était alors à Norwich, datée du 18 décembre. Il me disait que son avis était qu'il vaudrait mieux attendre jusqu'après les fêtes de Noël pour provoquer une assemblée et une pétition des négocians , démarche dont nous avions déjà parlé plusieurs fois , afin de laisser aux nouvelles arrivées du congrès plus de temps de préparer l'esprit public. U ajoutait : •« Je pense aussi que ce délai

i3o RÉCIT '

donnera à nos gouvernans un peu plus de temps pour réfléchir , et peut-être apercevront-ils l'utiiilé du plan qui leur a été remis. Lord Hyde m^a écrit quelques lignes pour me dire qu'il souhaite vivement en voir résulter des mesures praticables et avantageuses pour la ml|>c-patric et les colonies.

Le 22, M. Barclay vint à Londres. Je dinai avec lui , et j'appris que lord Hyde trouvait dos propositions trop dures.

Le 24, je reçus le billet suivant d'un dés premiers négocians de la cité.

« M. William Neate présente ses complimens » très respectueux au docteur Franklin. Comme le « bruit s'est répandu hier soir que tous les diffé- <€ rends* entre la Grande-Bretagne et les colonies « américaines , étaient, grâces à son crédit sur lord « North , an^angés à l'amiable , conformément aux « vœux et aux désirs du congrès , il prie le docteur « Franklin d'avoir la bonté de lui écrire un mot par « le porteur, pour l'informer si on peut ajouter « foi à cette nouvelle.

« St.-Hary-HiU , a4 décembre 1774* »

Je répondis que je serais fort heureux de pouvoir lui dire que ce bruit avait quelque fondement, mais que je pouvais seulement l'assurer que je n'en avais aucune connaissance. Il est cependant vrai

DES NÉGOCIATIONS. iSi

qu^on fiauait circuler cette nouvelle. Elle produisit même une hausse dans les fonds, qui étaient tombés de 3 ou 4 pour cent.

Tallai, le jour de Noël, faire visite à mistress Hove. Dès qu'elle m*aperçut , elle me dit que lord Hoire, son frère, désirait faire ma connaissance ; que c^était un homme de bien^ et quelle était sâre que nous nous conviendrions. Je lui répondis que j'avais toujours entendu parier avec éloges de lord Howe , et que je serais flatté d'avoir l'honneur de le connaître. « Il n'est qu'à deux pas d'ici , me dit-elle. Voulez-vous me permettre de l'envoyer chercher ? • — Bien volontiers , madame , si vous le trouvez à propos. » Elle sonna un* domestique , écrivit un mot, et lord Howe arriva au bout de quelques miuutes.

Après quelquf» phrases fort polies sur tes motifs généraux du désir qu'il avait de faire ma con naissance , il me dit qu'il en avait en ce moment UD tout particulier; c'était la situation alarmante de nos affaires d'Amérique , que personne , il en «tait convaincu , ne connaissait mieux qne moi ; il ajouta que plusieurs de ses amis pensaient que j'étais l'homme le plus en état d'opérer un rappro- «Itement entre les deux pays, si je voulais l'entreprendre ; qu'il savait que j'avais été indigneueut traité par le ministère; maïs qu'il espérait que

i3a KÉcrr

dam l'état acltliel des choses je n*y ferais ancone atteatian ; que lui-même , quoiqu^il ne fût pas du parti de Topposition , avait grandement désapproo- Yé la conduite des ministres envers moi ; qu'il avait la certitude que quelques-uns d'entre eu en étaient honteux, et regrettaient qu'une pareiOe scène fût arrivée ; qu'il supposait que ces regrets devaient suffire pour éloigner tout ressentiment d'une Ame grande et généreuse; que, s'il était membre de l'administration , il serait disposé à me donner ample satisfaction , et qu'il était persuadé que je l'obtiendrais un jour ou l'autre ; qu'il n'avait d'autres rapports avec les ministres que quelques liaisons d'amitié personnelle, mais qu'il était ami du gouvernement , qu'il dédirait ardemment le bien général de l'universalité de l'em^rc, et qu'il avait une affection particulière pour la Nouvelle-Angleterre où l'on avait témoigné à sa Cimille des égards qu'il ne pouvait oublier ; qu'il n'était qu'un membre indépendant du parlement, souhaitant faire tout le bien qui lui était possible , en se conlÎDnnant aux devoirs de sa place; qu'il avait donc désiré trouver l'oacaûon de connaître mes sentimeus sur les moyens de réconcilier les deux pays , dont les différends devaient produire les plus fâcheuses conséquences , si l'on n'y mettait fin très promptement ; qu'il espérait que son zèle

DES îCÉGOOATIONS. i35

' pour le bieQ pubKc excuserait à* mes yeux TinjconveDaoce dUin homme qui , m'étant étranger, m'interrogeit( sans avoir ni motif d'attendre ni droit de requérir que je lui ouvrisse ma pensée sur ce sujet ; mais qu'il se flattait que si je consentais à lui communiquer mes vues sur les voies a prendre pour une conciliation , il pourrait en résulter quelque utilité ; que peut-être éprouverais-je quelque répugnance à avoir on cette occasion des communications directes avec les ministres, et même ne pas me soucier qu'on sût que j'en aurais eu d'indirectes j jusqu'à ce que je pusse compter sur des dispositions favorables ; que lui n'étanfpas en mauvais termes avec eux , il ne croyait pas impossible') en leur faisant connaître mes idées, et en me rapportant les leurs , de contribuer au rétablissement de la concorde ,' sans risquer de compromettre eux 011 moi> si la négociation ne réussissait pas; qu'enfin je pouvais être bien sûr de sa complète discrétion sur tout ce que je jugerais à propos de tenir secret.

Ici mistress Howe nous offrit de se retirer. Je ne sais si ce fut de son propre mouvement , ou sur quelque signe de son frère. Je la priai de rester , lui disant que , dans une affaire de cette nature , je n'avais pas de secret que je ne pusse franchement confier à sa prudence; et c'était la vérité;

x34 . RÉCIT

car jamais je n'avais conou une plus haute opimon de là discrétion et de Tintelligence d'aucune femme, d'après une si courte connaissance. J'ajoutai que , quoique je n'eusse jamais en l'honneur de me trouver avec lord Howe, les manières de sa seigneurie avaient déjà gagné ma confiance , et me mettaient complètement à mon aise dans mes communications avec lui. Je le priai d*abord de bien (nx)ire à mon désir sincère de voir renouer les liens des deux pays, ainsi qu'au zèle et au plaisir avec lesquels je m'y emploierais de tout mon faible pouvoir ; mais j'ajoutai que ; d'après le discours du rof à Touverture du parlement , d'après les mesures déjà prises, et celles dont on parlait encore, j'appréhendais qu'il n'existât dans le ministère actuel aucunes intentions favorables , aucunes dispositions à un accommodement , et qu'ainsi l'on ne pût rien espérer avamt un changement ; que quant aux injures dont j'avais personnellement été l'objet et que sa seigneurie avait rappelées , elles étaient si peu de chose auprès de celles que ma patrie avait eues à souffrir, qu'elles ne méritaient nullement de figurer à côté ; que d^lleurs je m'étais fait un devoir de ne jamais confondre mes affaires privées avec celles du public ; que je me réunirais pour le bien public, avec mon ennemi personnel, ou avec le public pour servir cet ennemi ; que

DES NÉGOCIATIONS. i35

tels étant mes sentimens , lord Howe pouvait être assuré qu'aucune considération particulière de cette espèce ne m'empécbei'ait , dans l'occasion présente', de me rendre aussi utile que mes'faiMes talens pourraient le permettre. Cette déclaration parut lui faire plaisir , et il me protesta que plusieurs ministres étaient réellement très disposés à entrer en arrangement avec les colonies, pourvu que la dignité du gouvernement fût sauve. Il ro'en- ^ea à mettre par écrit quelques propositions relativement aux conditions moyennant lesquelles je croyais qu'on pourrait rétablir la bonne intelligence , et sur la conduite à adopter pour y réussir. Il me proposa de nous réunir dès qu'elles seraient rédigées , pour les examiner , soit cbez lui , soit cbez moi ; mais comme il était possible qu'en nous voyant l'un cbez l'autre on conçût quelques soupçons , nous conclûmes que le mieux était de nous réunir cbez sa sœur qui y consentit avec plaisir* Nous avions un excellent prétexte pour que ni ses parens ni ses amis ne s'étonnassent de me voir souvent cbez elle , parce que noti*e goût pour les écbecs était connu. Je promis donc de m'occuper de celte affaire , et nous convînmes de nous retrouver au même lieu le mercredi suivant

Je fus à cette époque invité à dîner cbez le gouverneur Pownall. Il était en famille , et nous

i36 ^ÈClT

fcilAiiief êéie'a4éte9jpri»Ui dioer. Ûamk été àm^ roppofitioii i nuûi il famii tAon sa paix , afin dParriirer an pariement par VinÛwstice ministérielle, ce qoe j'i|piorai*. Il ma rvipéta et que j*airab d^ eO' tendu dire à plusieur» amu de lord ^orth , que te nâaisijre n*af ait ni con^r^u ni approoté le» nefar» relatives k rAmériqne^ et qu'il était an cootraire très difpcwé k traînailler à une eoneiliatiaa pcwnru que le» condilions puMent **aectfràtr vftt llionoeur àta gourememeot. 11 ajouta qu'on m'afait regardé connue le grand meneur de Toppositioa en Amérique , et comme Tennemi dédaré de toute»

mesure» condliatoire» ; mai» que lui, gooi^erDear Pownal 9 airait rendu à lord Nortb un compte de moi tout différent, et Tairait assuré qu'on aidait oertainement mal repréMSnté me» sentimens. Je eoD' dus de tout ce qu'il me dit que le gouTemeor désirait être eniro|fé en Amérique comme commifiaire ou négodatenr pour arranger nos diirérend» , et m'airoir pour collègue ; mais comme je -^ojaSa peu de probabilité que le gouremementnous emplo|;if ni l'un ni l'aHlre k cet effet , je ne fis pas gnnde attention k cette partie de son discours.

J'aurai dû dire plus tM ( mais on ne peut se rappder cbaque cbose à son ordre ) que d'abord j'avais repréMnté k lord Hotre que la rédactioa qu'il désirait était inutile , puisque le eongrés»

dans sa pétition an roi , i{u'on venait de recevoir et de faire présenter par lord Darmouth , avait énoncé clairement ses grie& et &it connaître par là trjès explicitement les moyens de rétablir l'ancienne harmonie. Je lus quelques passages de la pétition, afin de Ivi prouver les bonnes disposi> lions du congrès,, et 1«b expressions pathétiques qui s*y trouvaient parurent faire impression- sur le frère et sur la sœur. Lord Howe n'en désira pourtant pas moins que je lui donnasse par écrit mes idées fiur les moyens à prendre , dans le> cas où quelques-unes des demandes du congre» ne paraîtraient pa^ admissibles ; et comme je l'ai déjà dit , je .m'y engageai.

J'avais promis à lord Chatham de lui faire part des premières nouvelles importantes^' que je i*ecevrais d'Amérique. Je lui envoyai donc celles que je reçus du congrès , aussitôt qu'elles m'arrivèrent ; mais toute une semaine se passa , après que la- pé« tition me fut parvenue , sans que je pusse, comme je le désirais, me rendre chçz lui, afin de savoir ce qu'il pensait de toute l'affaipe ; car mon temps fut ennployé. en conférences ayee les autres ageus sur la manière de présenter la pétition, en rendez vous avec eux , trois Jours de suite , chez lord Dartmouth, ainsi qu'à concerter et à écrire des lettres aux présidens des différentes assemblées,

i38 KÉcrr

et à m'occuper d^autre» objeu , ce qui oe me permit pas de disposer dW jour pour aller à Uayes. Enfiii, le lundi 26, je partis, et j'y arrÎTai vers une heure. Lord Cl^tham me reçut avec des épvds affectueux , qui, de la part d'un si grand homme, af aient bien du prix ; mais l'opinion qu'il exprima sur 1# congrès me fut bien plus agréable encore. Us avaient agi , me dit-il , avec tant de calme , de modération , de sagesse, qu'il croyait qa*on chercherait en vain une plus respectable assemblée d'hommes d'état, depuis les Grecs et les Royains dans leurs plus beaux temps. Il n'avait trouvé, dans tout ce qu'ils avaient dit et &it, qu'une on deux choses qu'il aurait voulu changer ; peut-être une seule, l'assertion que le maintien d'une armée sur pied en temps de paix dans les colonies , sans le consentement de leurs assemblées légialatifes , él^it illégal II doutait que cette assertion fût Sondée , et que la loi citée à cet égard s'étendit aux colonies. H approuvait et admirait tout le MrphtSw Il trouvait la pétition sage , forte et convenable. H me demanda des détaiU multipliés sur l'état de l'Amérique, sur U probabilité de sa persistance, sur les dilQf ultés qu'ils pouvaient avoir à vaincre en y persévérant long-temps; sur les ressources qu'ils auraient pour suppléer k la cessation de coni' merce. Il parut satisfait de mes réponses à tous ces

points, et me témoigna pour notre pays une profonde estime et une affection vive, £ûsant des vœux ardens pour sa prospérité, et pour que le goiiireniement anglais reconnût bientôt ses erreurs et les réparât. U me dit qu^il pourrait bien , si sa santé le lui permettait , préparer à ce sujet quelque chose pour le parlement , à sa rentrée après les fêtes , et qu'il serait charmé d'avoir à lavance mon sentiment. Je lui dis que je croyais que rAmérique se trouvait dans un état fort dang^ renx , à cause de la continuation du séjour de Tannée à Boston ; que quelque disposés que les habitans pussent être à ne pas donner aux troupes de justes sujets d'offense , et à maintenir le bon ordre en cette ville , une querelle imprévue entre un portefaix ivre et un soldat pouvait occasioner une émeute , un tumulte, une effusion de sang, et entraîner des désastres irréparables ; que Tarmée n'y pouvait faire aucun bien et pouvait y causer des maux infinis; qu'on ne pouvait ni proposer ni faire accepter d'arrangement aux Américains , tant qu'ils auraient la baïonnette sur la poitrine ; que pour conclure des conventions durables, il fallait commencer par rappeler la force armée. Sa seigneurie parut trouver que cette opinion avait quelque chose de raisonnable.

De Hayes , j'allai à Halsted diner chez M. Sar-

i4o' RÉCIT

gent , avec Vintention d'aller ensuite faire à Che- Tening une lésite & lord Stafllhcpe; mais apprenant qu'il était à Londres avec sa famille , je passai la nuit à Ilalsted , et le lendemain matin je m'arrêtai à Cbislehurst qui était sur ma route, et j'allai chez lord Camden. Je le trouvai à sa porte , montant en voiture avec sa famille , pour aller faire une visite de félicitation à lord et lady Char tham^ sur le mariage de leur fille avec lord Bfahon , fils de lord Stanbope. Il devait revenir diner , et me fit promettre de Tattendl^e et de rester avec kii jusqu'au Lendemain matin. Nous eûmes dans la soirée une longue conversation sur les affoires d'Amérique , relativement auxquelles il me fit force questions, et je lui donnai le plus de détails que Je pus. Je fus charmé de la générosité et de la do- Uesse de ses sentimens , et j'eus grand plaisir à l'entendre donner une approbation sans réserve à la conduite du congrès , et à la pétition , dont il me demanda une copie que je lui envoyai ensuite. Il parut fort en peine si les Américains continueraient à agir avec le même sang-froid et la même sagesse qu'ils l'avaient fait jusqu'alors dans la plupart de leurs assemblées publiques , auquel cas il ne doutait pas ^'ils ne parvinssent à établir leurs droits et à obtenir avec la mère-patrie un arrangement solide et durable, de l'importance et

DES NÉGOGJATIONS. 141

de la nécessité duquel il sembla fortement pénétré. Je retournai à Londres le lendemain, et j'y arrivai assez à temps pour me trouver au rendez-vous que j'avais pris avec lofd Howe. Je lui exprimai mes regrets de n'avoir pas tenu prêtes les notes <{ue je lui avais promis de rédiger , m'excusant sur ce q|ue j'avais été retenu à la campagne plus long-temps que je ne le pensais. Nous eûmes cependant une assez longue conversation , et il me dit qu'il pouvait maintenant me donner l'assurance positive que lord North et lord Dartmouth étaient sincèrement disposés <à adopter des mesures conciliatoires, à écouter favorablement toutes propositions qii^ pourraient tendre à cet lieureux résultat Il me demanda si je ne pensais pas qu^îl pût être utile d'envoyer une ou plusieurs personnes chargées de prendre, sur les lieux , connaissance des grie& de l'Amérique , de conférer avec les personnages principaux , et de tâcher de s'entendre avec eux sur les moyens de rétablir l'harmonie. Je lui répondis qu'un homme de marque , qui aurait une réputation de candeur , d'intégrité et de sagesse, pourrmt , en se chargeant de cette mission , rendre un grand service. Il parut être du même avis , et ajouta que , n'importe qui en fût chargé , il Êillait qu'on y portât nu désir véritable d'amener une réconciliation, fondée sur une réciprocité

i42 REcrr

d'intérêts et d'affection; qu'on s'efforçât de détruire non-fteulement les préjugés des colons contre le gouvernement , mais encore ceux d« gouvernement contre les colons , afin d'arriver à être en parfaite intelligence. Mistress Howe dit : « Je voudrais, mon frère , qu'on vous y envoyât pour cette négociation , cela vaudrait mieux que d'y faire passer le général Howe pour y prendre le commandement de l'armée. — Je pense, madame, lui dbje , qu'on fera bien.de chercher pour le général Howe quelque emploi plus honorable *. Lord Howe tirant alors un papier de sa poche , me le présenta en souriant et me dit : « Si ce n'est pas une' indiscrétion, puis-je vous demander si vous copnais* sez cet écrit» ? En y jetant les yeux , je reconnus récriture de David Barclay , et je vis que c'était la copie des notes que j'ai précédemment rappor* tées. Je lui dis que je l'avais déjà vu , ajoutant peu après que , puisque je trouvab sa seigneurie au courant d'une affaire qu'on m'avait dit devoir rester secrète , je ne ferais pas difficulté de con* venir que j'avais été consulté , cC que c'était moi qui avais rédigé cet écrit II me répondit qu'il était £àché que les opinions qui y étaient énoncées fussent les miennes, parce qu'il en avait moins d'espoir de parvenir par mon secours à la réconciliation si dé^jirée , puisqu'il avait des raiscMis

DES BlÉGOaATIONS. 143

pour croire que de telles propositions ne seraient jamais admises; qa*il espérait pourtant que je ferais de nouvelles réflexions à ce sujet , et que je formerais quelque plan acceptable en Angleterre. Il s*étendit sur le service signalé que ce serait rendre à la nation , sur le mérite infipi de servir d*instrument pour une Si bonne œuvre , et ajouta qu'il était bien loin de penser à m*influencer par quelque motif personnel ; mais que bien certainement j'aurais 4roit de m'attendre à toutes les récompenses qu'il serait au pouvoir du gouvernement de m'accûrder. C'était pour moi ce qu'on appelle vulgairement en France cracher dans la soupe. Cependant je lui promis de nouveaux articles pour déférer à sa demande, tout en témoignant que je doutais beaucoup qu'ils parussent préférables À ceux qu'il avait dans la main. Il persista à vouloir l'espérer , et ajouta qu'at^ tendu ma situation, comme j'avais à ménager mes amis d'Angleterre et mes commettans d'Amérique, et qu'il pouvait se trouver dans mon projet des cboses qu'il ne serait pas convenable qu'on vit de mon écriture, le mieux serait d^cnvoyer ntes notes à mistrcss Howe qui en ferait une copie qu'iî communiquerait au ministère, et me remettrait l'original. J'y consentis , quoique sans aucune crainte de rinconvciiient (lu'il prévoyait. En gêné-

i44 &EC1T

nl^ Mft mauiérei me pUitaient i>eauooup,et J4f me fentaif dis|i0fté à lui accorder une grank; confiance en cette occai^ieu^ quoiqiie le mystère qu'il me proposait me parût de lort peu dHmportance.

Un ou deux Joun après j'envoyai récrit nihraat , iouf euveloppe, à-rodresfte de Thonorabie mistrewHowe.

m On suppose que le désir commun des deux parties n*est pas uniquement d'apporter un terme aux malheurs présens qui mettent en péril le bien général; mais de cimenter une union cordiale, et d'éloigner non-seulement tout grief réel , mais tout germe de jalousie et de méfiance.

« Dans cette vue, la première chose néoeMre est de connaître ce que les deux parties divisé» regardent comme essentiel à rétablissement de cette union.

«< Le congrès américain , dans sa pétition an roi, f'est expliqué nettement lorsqu'il a déclaré que fi l'on rapporte tes lois oppressives dont il se plaint , ptarmonie entre la Grande-Bretagne et U$ eoloniei, si nécettaire à leur honlteur commun f û ardemnwtt désirée par toutes deux, sera immédia-

ras nÈQOOATWM, i4l

Umaa réuMé, mnd «pte teun rekûmu orM-

« On â ImiTé riifoiiiiable ta A a^ e ê tn e Sià^ kaân, awmH d'apporter «kiio thm^rmnà an «tfor» adopCccf , que Ici cofooMi eoMof fut ^pHii|iia àéduratum réaûwemoA k leur toadmte klmrtiiik^Vimtùkatim en tjoataiittpief quand Us causée de leurs erainiet seront écartées ^ leur t an dmie future prouvera qu^ elles ne sont pas in^ dignes des égards auxquels elles ont été aeeoutW' mées dans des jours plus prospires»

*'IJIt*oai prit solcnoeikaBMit i ténoio de U mnkrûk âe tn àbdtanùùoê^ ectot qnt lit 4aa# kmUêttgttn»

• S« b Oraade-Brela^De peut atoir codfaflM en t» àUbnûom (et laiif àoate aaemtt de cdHc»

<fBi itmt extorquée» par la feree n'es mérite pla» tpt edle» qui Mst aitm faite» Itbfcawot ) , ellr fcttt , Ml» rÎMf ne pour dle-méne , e«aycr ITexpéiuM propofé , poiiqiie , ^H ne rhmit pii^ elle 4^fa toojoon la «altrcMe d*e» re? emr k lef pre-

«> On ptopoie doue ;

« Qoe la Grande-Brelafi^ne montre fa eaeÊmsce «• ee» déclaralka*, en n^portant tontes k» loii «« partie» de loi» dont le nqiport ert demandé dan* b pétition d« eoni^ an roL

i46 RÉcrr

« Que des ordra soient donnés en mène temps pour rappeler la flotte de Boston , et pour enroyo' les troupes à Québec on dans les Florides, afin que les colonies soient parfaitement libres dans les stipulations qu'elles auront à faire.

« Que ces dispositions ne paraissent pas , pour rhonncur de la Grande - Bretagne , prises par crainte des mesures recommandées par le congrès. mais qu'on y voie un résultat de bieuTeillanoe H un changement de dispositions envers In colonies, arec un désir sincère de réconciliation. Qoll soit fait droit en même temps à quelqnes-ooes de leurs autres plaintes que la pétition a aliandonnéei à la magnanimité et a la justice du roi et do parlement, et, par exemple, k celles qui regardent le paiement des gouverneurs » les salaires des juges , let inalmetions données pour dissoudre les assemblées , les déclarations sur le statut de Henri VIIL

« Que, pour donner aux colonies une ooranon iomiédiate de prouver la sincérité de leurs sentiniens« le prochain congrès qu*elles se proposent de tenir soit autorité par le gouvernement, comme Fa été celui qu*ou a tenu i Albanf en 1754 , et <|u*nn homme de poids et d'une réputation élevée, soit nommé par la couronne pour le ppésidcr*

« Que le gouvernement adresse alors an eougr»

DES HÉGOCUTIONS. i47

b àtmanâe des àiren points qii*il désire obtenir pov sa Sfécurité ftitare « poar les snbsides, pour l'avantage do commerce général , pour les in* demnîtcs à accorder à la compagnie des Indes, etc. « C*e»t ainsi qu'en plaçant dans les colonies one géoérense conâance, on aidera les amis do gonver' nement , qui »*y trouvent, dans leurs efforts pour faire consenlir TAmérique à toutes les concessions raisonnables, k tous les eogagemens, à tons les seeoors effectif qu'on peut honnéteoient désirer. »

Le samedi soir je me rendis cbez mistress Howe; elle m'apprit qu'elle avait transcrit la note et Favait iaît passer k lord Howe i sa campagne, et elle me remit l'original. Le mardi suivant, je reçus (fdle un billet dans lequel je trouvai une lettre qu'elle avait reçue la veille de lord Howe. Toici son billet :

«Mistress Howe fait ses complimens au doetenr Franklin. Elle lui envoie une lettre qu'elle a reçne bicr soir , et le remercie beaucoup de son agréable présent (i) , qui lui a Csit le plus grand plaisir. Si le docteur a quelques instans à donner

if) Sm écrite »r U pbytiqtw.

14$ Rtorr

à ttne pMtfié d'édiecf , dk fera tm cfaamiée 4e le foir un des matins de œtte femaine, et atmi «nnrent «pie oda pourra lui être apéaUe. Elle wt trouve beureuse d'avoir un fi In» prétexte pour

loi demander fa compagnie.

Mardi, »

La lettre de lord Moire , findufe dana la préeèdente 9 était ai«il eoD^ ;

• J*at reçu votre envol. Cert avec beaucoup de r^et que je prévois > d'après des opinions qui ofit autant d'autorité que celles de notre digue pnii, que raccommodement désiré Couvera des difficultés beaucoup pl^ grandes que ie ne m'ep étais flatté d'apréf nof convenatiouf.

« Je communiquerai les observations, eoone il a été convenu, ne voulant pas abuser plus loogtemps de la complaisance de notre amL Mûi fai conçu pour lui dessentimois que sa manière francbe et obligeante de répondre à mes importunes questions rendront toujours présens au tQii^mr de votre affeetionné, etc.

• Je vous dois à vous aussi toutes me» eicusef.

«Hbwe. •

J P honorable mutresê Howe^ GrafUm^reet.

DEft BiÉGOCIATIOm. 149

Lflvi Howe , dans sa daniîère oonvenation avec ■oi« aiwt reeonim qu'il était ea rdatioii avec le ■ iMrt ê rc , auquel il foufaaitait £ûre oDonaitremes iCDtÛKBi. Dans sa lettre écrite de la campagne, il prie d'obsenrations par lui reçues et de oonummicttioBs à en fuie, ee qui , dans ma pensée , devait f'atcndre de communications aux ministres , mais il txfKvaae la crainte que de telles propositions nstentsaos résultats.

Quelque temps s^rès, peut-être une semaine , je reçus un billet de mistress Howe, qui me priait àti fMÊtr thez eOe. Je m'j rendis sur-le^Jiamp ; <( die me montra une lettre qu'elle Tenait de ro- «voir de son frère ; n'en ayant pas de copie , je ■e pois qu'en rappeler la substance. Il dcsînût fi*ék s'informât de leur ami (me désignant ainsi aas ne nommer) si Ton ne pourrait obtenir pour pRliminaiie le paiement des cargaisons de thé qui aiiif&t été détruites, en se Haut à une promesse de Cure droit aux plaintes que contiendraient les pétitions qui seraient présentées i l'avenir par Tatienblée; et si l'auteur des premières notes, rédigées en articles, tenait toujours à la proportion relatiTe aux subsides, llistress Howe propoHmt d'envoyer chez son frère dans la soirée , fétrivissur-le-diamp la note suivante qu'elle transttirit et qu'elle lui fit passer.

RÉcrr

« La ipropotition relative aux subsides est toujours regardée comme iodispensabie par Tanleiir du projet.

« Les Américains étant d'avis que le paricment n*a pas le droit de les taxer , et que par ooasé- '' quent toutes les extorsions en vertu d'actes éU* blissant des droits , avec l'assistance d*une force armée , antérieurement à la destruction du thé , constituent une injustice qui doit, dans l'ordre des temps, être réparée avant toute répétition pour le thé dont il s'agit, il n'est pas vraisemblable qu'ils consentent , pour préliminaire , à payer b valeur de ce tbé , surtout après qu'on leur a oC' casioné une perte vingt fois plus grande par le blocus de leur port, et par la prise du fort William que la couronne conserve encore , sans leur avoir offert aucune satisbction à cet égard, »

Lors de la rentrée do parlement , après les fêtes. en janvier 177^ , lord Howe revint à liondres, et nous eûmes une nouvelle entrevue. Il me témoigna ses regrets que mes propositions ne fussent pas de nature à ce que l'acceptation en fût probable , et me dit qu'on pensait qu'il serait plus satisfaisant que j'eusse des pouvoirs ou des instruction» du congrès pour faire quelques concessions en cette circonstance. Je répondis que je n'étais chargé

DES NÉGOCIATIONS. x5t

que de présenter la pétition. Nous causâmes de Umu les autres articles de ma note , que j'appuyai de • raisonnemens. Enfin , je lui dis cpie si ee que j'avais proposé ne pouvait être admis , je serais fort aise de savoir ce qu'on jugerait admissiUe : je désirais voir venir des ministres euxmêmes quelques propositions. Lord Howe me dit qu'il ne connaissait pas encore parfaitement leurs intenticms, mais qu'il en saurait davantage dans quelques jours. Il se passa cependant quelques semaines avant que j'entendisse parler de loi.

A la même ép<)que, je voyais fréquemment M. Barclay pour la pétition des négocians, et cette affaire l'occupait si fort qu'il n'avait guère le temps de voir lord Hyde ; aussi ne pouvait-il m'apprendre rien de relatif à ma note par articles , et j'étais étonné de n'avoir aucuue nouvelle du docteur FothergtU. A la fin cependant Je docteur vint chez iBoi , je ne me rappelle plus quel jour , et me dit qa'il avait communiqué ma notp , et les raisonnemens par lesquels je l'avais appuyée , à lord Dartmouth ; que celni-ci , après y avoir réfléchi , lui avait dit qu'il trouvait raisonnables quelques artirles , mais que d'autres étaient inadmissibles ou impraticables. Il ajouta qu'ayant eu fréquemment occasion de voir l'orateur de la chambre des com-

xSs RÉCIT

mones (x), il loi avait fût la méaie ooniinDuatiooyet Tavait tnmwé fort disposé à laeondliatioB, mais ooDTaioca qu'il serait humiliant pour la Grande-Bretagne d'accepter de telles conditions. Le docteur lui a^t rqwndu cpie, puisque h Grande-Bretagne avait été injuste, elle devait supporter les conséquences de ses actes, et dianger de conduite; que la pillule pouvait être amère , mais senit salutaire » et qu'il fallait l'avaler; que telle était l'opinion d'hommes impartiaux, Inn au fût de toutes les circonstances et qui y avaioit réflédii^ enfin , que tôt ou tard il faudrait adopter ces mesures, ou d'autres semblables , sinon qne rem^ôre sec^ di^fisé et ruiné. Au total, le docteur attendait quelque bien de i|os efforts.

Le 19 janvier , je reçQs de lord Stqnhope un billet par lequel il m'annonçait que lord Chathanit devant faire le lendemain à la chsqnbre des lords fme ipotioii relatîvç aux alfi|ires d'Amérique, désirait fort que je pusse assister à la séance, et que )ord Stanhope tâcherait de m'y fûre entrer. Un des réglemcns de la chambre étût qu'aucun membre ne pourrait y introduire plus d'un amL Le lendemain lord Stanhope me fit savoir par un nouveau billet que û je voulais me trouver à deux

{i) 5ir Fl«t«ii«r HwIflB.

DES HÉGOCUTIOTfS, i53

kmnétm b Mlle d^enlrée» lord Cbatham s'y (nNPHfak y et le <iuv||^eTait htMoèoM de n'intniH dnre; Je m'y readû^ et rayant aperço , je loi 6» p«t de ce que n'avait écrit lord flfJidiope, « Cer-

• imtauui , me dil^l , et je le lend avee d'autant

• ybi le fibifir fpie je iim fér que Totre préseaee •an défcala d'anjoaidliin sera pim utile que la

• UMBue k la enne de Y Amérique », Et ne pre>

nat alan par le bra», il me eouduisit à la porte

ftmtét wérnat du trtee; mais un des faoisnen

<i«t i lui et lui fit obicrver que eette entrée était

rtMn<te mn fila idoéa et ans frères des pairs. H

RwiatdoaeaTee aïoi vers la porte prct de la barre,

oà ha moup de pCTsonaes attendaient les pairs

1M dtf ji e nt le» introduire , et oà quelques pairs

Mcadaeat les amis qu'ils devaient lûre entrer,

ia «0101 de tout ee monde, il me ptéMota aux

hwMJm en disant à hante voeu ;«Toici le docteur

. ftwàâm queiedémeùurt entrer dans la cbani'

« hte*, et à Unstant la porte m'en fut ouverte,

^'«Mue le pnUie ignorait qu'il existât quelque

tamm eaOn sa seigneurie et moi , je vis que «s

yarofes produisaient quelque sensation. Son entrée

^Me h ch am br e me parut cauMr une sorte d'agi-

btion; force HMSMgers furent dépéebcs, sans

«faute pour aller dierelier les membr es amb do

unnsltse , car on s'attcmiait à quelque dwse dlm-

i54 RÉQT

portant quand ce grand homme appanÛMait à la chambre où se& infirmités ne lui permettaieot d*assttter que rarement. J*eus beaucoup de pfaûiir à entendre sa motion et les débats auxqueb elle donna lieu. Je n*entreprendrai pas d'en rendre ici un compte que vous trouverez beaucoup plus exactement dans les journaux. Le lendemain je reçus un mot de lord Stanhope » qui m^envoyait la motion de la veille , lord Chatham ayant témoigné le désir que je Teusse de la manière la plus authentique , et que je tinsse de sonanteur le papier même sur lequel elle avait été lue à la chambre. Tea ' envoyai des copies en Amérique , et cetie motion me fit d'autant plus de plaisir, que j'y reconnus y en partie, les idées que j'avais données à lord Chatham en conversant avec lui. La voiâ textuellement :

Motion de lord Cha^tam, ao janvier 1775.

« Qu'une humble adresse soit présentée k sa majesté, afin de lui faire parvenir le très humUeavis et l'instante prière que, pour ouvrir les voies à une pacification heureuse des dangereux tituiUes de l'Amérique en commençant par y modérer la fermentation et y adoucir les animosités , et par-dessus tout, pour prévenir en même temps nne fatale

DES ^ÉGOCUTIONS. tSS

et ioudaiiie catastrophe à Boston , maintenant en proie à rirritation journalière que pause la préieoee d'une armée maîtresse de la ville , il plaise fvaeiensement à sa majesté faire immédiatement dépêcher des ordres au général Gage , afin qu'il ait à éloigner les forces de sa majesté de la ville de Boston , aussitôt que la rigueur de la saison et les aatres circonstances indispensables à la sûreté et M bieo-éire desdites troupes rendront leur départ praticable, »

Je fus enchanté do discours que lord (^hàtham prononça à l'appui de sa motion ; il me donna la plus haute idée de lui comme grand homme d'état. Ixml Camden, autre excellent orateur , et logicien lerré, opina dans le même sens, ainsi que plu- ■ean antres pairs qui parlèrent très bien ; mais tout cela ne servit pas plus que le souffle des vents, La motion fut re,ctée. Seize pairs écossais et vingtquatre évèques , unis à tous les lords qui tiennent on qui attendent des places , forment , quand ils lont d*aocordy comme il le sont en général pour les Bcsnres nunistérieUes , une majorité assommante qni rend tons débats ridicules , puisqu'ils n'aboutissent k tien. Plein de la haute estime dont j'étais pénétré ponr lord Chatham , j'écrivis à lord Stanhope le billet ci-après.

« Le dodenr Franklin présente ses respects em-

x56 RÉCIT

pressés à lord Stftnhope , et remercie beaMODp sa seigneurie , ainsi que lord Chatfaam , de Im avoir envo\é un exemplaire si authentique de la motion. -Le docteur Pranklia est plein d'adminition pour «et homme iréritablement grand. Il a qad' quefob rencontré dans le cours de sa ne l'éloquence sans sagesse , et souvent la sagesse mu éloquence , mais il les troume ici réunies tooles deux ; et toutes deux , suivant lui , au plus haut degré possible.

■ CnTeii>Sir«0t , sS Janvier 1775. »

Gomme dans le cours des débats , qndqtaes lords appartenant à Tadministration avaient dit qiril était anftsi ordinaire qne facile de crttiqufr les mesures du gouvernement, mab que ceux qui les censuraient n'en proposaient pas de meilleura, lord Chatham avait répondu' qu'il ne serait pas du nombre de ces critiques oisi£s ; qu'il avait longtemps et sérieusement médité sur Je sujet en qaeS' tion , et qu'il' se proposait de mettre incessamnieiit sous les yeux de la chambre* le résultat de ses réflexions, en lui présentant on plan pour mettre fin à nos différends, et pacifier Tempire ; qtie sa motion actuelle n'était que préparatoire. Je désirais vivement savoir en quoi ce plan consistait, et j'avais dessein de passer chez lui le lendenain

DES NÉGOaATIONS. t»7

pour voir sll Toadraît me le communiquer; mais l'appris «{u'il était déjà reparti pour Hayes , et fatais en ce moment tant d*affiiires et de monde» qu'il se m'était guère possible de faire le Toyage. Peu de jours après , lord Mahon vint chez mot , et me dit que lord Chatham avait grande envie de me voir : je promis de me rendre chez lui le vendredi suivant, divers engagemens m'empéchant d'y aOer plus' tât. Le vendredi 37 , je pris une chaise de poste sur les neuf heures du matin , et j'arrivai à Hayes vers onze heux^f mais mon attention étant engagée dans la lecture d'un pamphlet nonveau , je laissai le postillon me conduire un mille ou deux trop loin. Lord' Chatham , étant sorti en voiliqre pour prendre Fair, m'avait renconti^ avant que j'arrivasse à Hayes ; mais je ne l'avais pas vu. Il était revenu sur4e-champ , et m'avait suiri : ne me trouvant pas chez lui, il s'était douté, n'ayant vu lire, que j'avais passé la porte par mégarde, et Gt courir un domestique après moL II ■M témoigna beaucoup de plaisir de me voir, caasa long-'temps avec moi, me donna un aperçu de son plan et m'en lut même une partie^ Il me dit ne l'avoir communiqué qu'à lord Camden, dans Icqnd il avait grande confiance , surtout pour les questions légales, et être dans l'intention, aussitôt que son travaU serait transcrit au net , de me le

1 i$ KÉCIT

remettre pour aroir roon avk et me» ohMTf atioe»; mai» il ne le communiquerait à aucune autre pef' •onne avant de Tavoir présenté k la chambre; et il me pria de n*eii parler k qui que ce fd! , parée qne Ton pourrait travailler d'avance a détruire Teffet de quelques-une» âeê partie» de ce projet, tandis que le» ministres pourraient »*emperer de cnlaiiiei autre» et le» produire comme venant d'eux. Je im promi» le »ecret le plu» absolu et j'ai toiu pt« rôle , car je ne di» même k personne que je Teofie vn. Je dinai avec lui \Mi. famille , et je revins en ville dans la soirée.

Le dimanche suivant , 99 janvier ^ lord Out' tham vint à Londres et se rendit chez mm dam Craven-slreet* II m'apportait son plan mis ap net ayant la forme id^un acte du parlement. H me 1^ remit en me priant de le lire avec attention , et de hfi communiquer les observation» que cette Itttnre me »uggérerait. Sa raison , pour me piier de mé' donner cette peine , était t comme il ent la bonté' de me le dire , qu'il ne coiinaisiiait personne qui^ fût plu» au fait de la matière, on qui (ùî §i capi' Me de lui donner des avis à ce sujet. Il ajouta qn'i^ croyait que les faute» qu'avaient commise» les mtniflre» dan» les aflTaire» d'Amérique venaient de ce qu'il» n'avaient pas re^ le» radllenres iofor^ mation»; que pour lui, bien qn'il eût envisagé

DES NÉGOCIATIONS. xSg

Taffaire à fond , et sous toutes ses faces , il n'avait pas dans son propre jugement la même confiance , «( qu'il désirait le contrôler d'après le mien, fODiDe on règle une montre d'après un régulateof. Il n'avait pas encore décidé le jour où il le présenterait à la chambre ; mais dans le cours de ODtre conversation , réfléchissant à l'état précaire de sa santé, craignant que s'il tardait trop longtemps, il n'arrivât quelques nouvelles qui fissent paraître son projet hors ^e saison ou moins convenable dans toutes se;^ parties , ou que les ministres ne vinssent à s'engager dans d'autres mesures , puis 'à lui dire que s'il avait présenté son projet plus tôt on aurait pu l'adopter , il résolut de le pft^ser le mercredi suivant. Il me dit donc qu'il voulait me voir mardi, et qu'il viendrait chez moi|à moins qu'il ne me convînt d'aller à Hayes. Je choisis cette seconde alternative, autant par respect pour lui , que parce qu'il était moins probable que nous y fussions interrompus. Je lui promis d'arriver de bonne heure , afin que nom eosûons plus de temps. Il resta avec moi près de deux heures, son équipage attendant à ma porte. Gomme il y était quand ou sortit de l'église , on Je remarqua et on en parla beaucoup , comme on faisait alors de la moindre circonstance qui pouvait avoh- trait aux affiiires d'Amérique. La visite

i6o RÉcrr

d*im li grand homme , et pour un ol^jct n iapor» tant, ne flatta pas peu ma vanité , et cet homoeu me fit d*antant pins de plaisir q[u*il m^arriva, jour pour jour , nn an après que le ministère s^élait donné tant de peine pour me faire insulter devaat le conseil privé.

Je me mis sur-le-champ à lire et à méditer se plan , que je ne rapporte pas ici, tous en ayot envoyé un exemplaire lorsqu'il a été publié. Je mis sur le papier de > courtes notes dont j'atais dessein de m*aider dans la enypversation que no» devions avoir ensemble.

Le mardi de bonne heure j*étais à Hayes , nû- Tant ma promesse , et nous entrâmes dans la discussion de ce plan. Mais quoique je fusse resté près de quatre heures , lord Chatham , semblable 'Cn cela» je crois, à tous les hommes éloqueos, développa si longuement ses réponse» à dacnoe de mes observations , que je n'eus pas le temps de laire usage de la moitié de mes notes. Il ne se laûse pas facilement interrompre ^ et je prenais tant de plaisir à Teptendre, que je ne pouvais me décida à hasarder une interruption. Je réftéchis q^e nom ne pouvions espérer ni l'un ni l'autre que ce plan fût adopté tel qu'il était ; que lors de la discnsnon, si elle avait lieu , il subirait les changemens convenables ; qu'avait qu'il fàt «dopté , VAménqu^

DES NÉGOQATIONS. x6x

lundt 1« temps d*y faire ses objections, et d'y prD|mer des amendemens; que, pour anÎTer seu- Ifime&t à le faire prendre en considération, il laUait paraître céder quelque peu à plusieurs des préjugés du parlement ; que s'il n'était pas aussi parfait qu'on aurait pu le désirer , il pouvait du noios servir de base pour une négociation , et en attendant prévenir bien des malheurs ; enfin que lord Chatham ayant résolu de le présenter le lendemain y il ne restait plus assez de temps pour le nodifier et le (aire recopier. Je cessai donc mes objections , et quoique bien des gens m'aient ensuite £dt l'honneur de supposer que j'y avais eu une part considérable , je puis vous assurer qu'un seul mot fut ajouté sur ma demande , constitutions après chartes. Car , quant à avoir rempli à sa prière un blanc qui devait contenir le titre des lois dont le rapport était demandé , et que je pris dans la pétition du congrès , c'était ce que pouvait faire le premier copiste.

Le mercredi , lord Stanhope , sur la demande de lord Chfltbfl"* , vint me prendre pour me conduire à la chambre des lords , qui fut bientôt remplie. Lord Chatham , dans un excellent discours , proposa, développa , défendit son projet. Lorsqu'il se Alt assis , lord Dartmouth se leva et dit fort conveoablementque l'affaire dont il s'agissait éuit de

i6a REaX

tel poids et de telle étendue , qu'elle exigeait de mûres réflexions ; qu'il espérait donc que le noble lord ne comptait pas demander à la chan^ire de TOter sur-lecbamp sur sa proposition ; mais qu'il se contenterait que le dépôt en fût ordonné sur le bureau , pour être prise en considération. Lord Chatham répondit qu'il ne désirait rien de plus. Mais lord Sandwich se leva , et dans une hanmgne pétulante , s'opposa à ce que la motion fût reçue , et opina pour son rejet immédiat avec le mèpàs qu'elle méritait; qu'il ne pouvait croire que ce fillt l'œuvre d*un pair d'Angleterre; qu'elle lui semblait bien plutôt une production de quelque Américain; et se tournant vers moi, qui étais appuyé sur la barre: •« Je pense, At-il , avoir devant les }renx la personne qui l'a dirigée , l'un des plus amers et des plus pernicieux ennemis que ce- pays ^it jamais ens •», Cette sortie fixa sur moi les regards d'un grand nombre de lords; mais comme je ne la voulais pas pVendre pour moi , je ne changeai pas plus de figure que si mes traits eussent été de bois* Plusieurs autres lords ministériels furent aussi d'avis du rejet , et le sage lord Uillsborougb se prononça fortement pour cette opinion. Mais les ducs de Richmond et de Manchester , les lords Shelbnme, Camden , Temple , Lyttleton et d'autres parlèrent pour la prise en considération, les uns, paire

DES NÉGOCIATION». f63

^ibél»ieftld'aftt de I4 hmmûmi; les antres, ptr éfod pour la dignité de la chambre. Un lord ayant parié «va^ ék>ge» de )a proposition franche d'an tletaiaiitrea, de lord Dartmontb , celni-ct se leva de noQfean et déclara qii^ayanl entendu tant de lerdf se prononcer contre le dépét de la proposîtk» sw le bureau, il a^ait loi«méDie cban|;é d*opi* aion^ ^o'il se pouvait donc accepter les éloges adrcMé» à sa franchise pour un at is qu'il regrettsit naiDfeaant d^avoir ouvert , et qu'il troteratt pour le re^ immédiate J'appi^e d'autant plus sur cette arcoostante, que c'est un trait de caractère de ce personnage qu'on regarde , d'après le poste fo'ii occupait, eonune ayani eu faut de pan aux affaires d'Amérique, mais qui, dans la réalité, a'atait à lui ni -volonté ni jugement , et qdi , tout disposé qu'il était à prendre de bonnes mesures, se laissait fsicileaeat entraîner vers les plus mauvaises.

Lord Chatham , dans sa réplique à lord Sandwich , releva l'iasinnation inconvenante de ce lord f^ s'était permis de dire que le plan n'appartenait point k la personne qui le proposait. Il déclara que c'était son ouvrage , déclaration, dit' il , qu'il le croyait d'autant plus obligé de faire, que pinliews de leurs seigneuries paraissaient avoir de ce plan «ne ]rfns pauvre opinion ; car si la chose était si faible , si vicieuse , il ne devait pas souffrir

i64 RÉcrr

que penoDiie en partagent injoileiiieiit le lAêmt : on andt reconnu jofqu'alon que um défimt n'clail pai de prendre des aris ; mais il nltéaitait pai à déclarer que s'il était premier ministre en oe pa^ f et qu'il (ùi cbargé de régler une afiaiie si ioiportante , il ne rougirait pas d'appeler publiquement k son aide un homme qui avait de loolcs les affinres d'Amérique une aussi par&ite eonnaissanpe que la personne à qui on avait fait allusion d'une manière si injurieuse, un homme, voulut-il hien dire, pour les connaissances eC la MgeMe duquel tonte l'Europe avait la pins haole estime, qu'elle plaçait sur le rang de nos Boyle et de nos Newton , et qui Oeiisait honneur non-^eulesKût à la nation anglaise, mais à la nature humaine ! J*cai plus de peine à oouierver mon sang^roid pendant ce compliment si exagéré, que je n'en avait eu k le garder un peu auparavant en entendant des outrages dont l'exagération n'était pas moindre. Je lâchai pourtant de conserver une ooatenià>ee impassible , comme si je n'eusse pas compris qu'il se fût agi de moi.

Entendre un si grand nombre de ces législatem» héréditaires déclamer avec tant de violenee pour empêcher non - seulement qu'on adoptât, mais même qu'on pHt en comidération mie proposition de tdle importance , lûte par un des preniet»

DES NËGOCIATIÇIÏS. i65

liommes d'état du siècle , d'un caractère si imposant, qui, à la tète du gouTemement de son pays, lorHja'il semblait sur le bord d*un abîme , l'avait OBoduit i la victoire et à la gloire pendant une guems contre deux des plus formidables puissances de l'Europe; les entendiie critiquer son plan , noiMwleme&l parce qu'ik étaient hors d'état de ooaœfoir ce qui s'y trouvait, mais parce que leur inagination mettait ce qui n'y était pas ; les- voir s'interdire toute possibilité de rectification par une seconde lecture; reconnaître dans les uns une ignorance tot^de du sujet , dans les autres des préjaçés et de la passion , dans plusieurs ministres la volonté perverse de s'opposer à la manifestation de la vérité ; enfin voir ce plan ignominieusement rejeté par une si grande majorité , avec tant de précipitation, contre toute décence, sans égard poor l'honneur et la dignité d'un corps formant une des trois branches de la législature du pays ; c'en était bien assez pour me donner de Ja capacité de ce eorps l'idée la plus misérable, et pour me faire regarder sa prétention de souveraineté sur trois millions d'Américains doués de bon sens et de vertu connue la plus grande des absurdités , piiisqu'à peine leur reconnaissais-je le discerne- ■usnt nécessaire pour conduire un troupeau de cochons. Des législateurs Itérédiiaires ! me dis-je ;

i66 RÉCIT

mieux vaudrait, parce qu'il en résulterait moins de dangers, avoir, comme dans certaine univenité d*A.llemagne, des professeurs liéréditaires d€ mathématiques. Mais cette réflexion n'était qu'une boutade du moment ; car la chambre élue des communes ne vaut |^as mieux , et ne vaudra jamais mieux, tant que les électeurs recevront de Fargent pour leurs yotes , et donneront de Far* gent au ministère pour corrompre les représentans qu'ils auront choisis.

Après cette séance, je m'attendais à ne plus entendre parler de négociations pour arranger nos différends à Tamiable ; cependant , un ou deux jours après, je reçus un billet de M. Barclay qui m'engageait à me trouver chez le docteur Fothergill , le 4 février dans la soirée. Je m'y rendis , et je fus très étonné d'entendre dire que l'administration paraissait dans les meilleures dispositions ; qu'on avait pris nos articles en considération ; que plusieurs avaient été jugés raisonnables, et que d'autres pouvaient être admis avec de légers amendemens. Le bon docteur, avec sa philanthro- .pie ordinaire , s'étendit sur les malheurs de k guerre ; la plus heureuse ne valait pas une mauvaise paix ; les forces de l'Amérique croissaient chaque jour , et quelles que fussent les conditions auxquelles elle serait obligée de se soumettre pré-

wntemeDt, elle serait en état, dans peu d'années, (Ten imposer à son tour. M. Barclay me fit enfendre qn'il dépendait de moi d'effectuer une réconciliation; qu'il serait 1res honorable pour moi de le (aire ; qu'en ce cas je pouvais m'at tendre non- Kulenent à être réintégi-é daps mon ancienne place, mais à obtenir telle autre que je pourrais désirer, etc. Je n'ai pas besoin de vous dire , à Toos, mon fils , qui me connaissez si bien , tout ce qne œ langage avait pour moi d'inconvenance et de dégoût. Le discours du docteur allait mieux au bnt. Je lui répondis que nous ne souhaitioat pas b guerre, et que nous ne désirions que des chofcs raisonnables , et nécessaires pour notre sécurité et notre bien*étre. A M. Barclay je répliquai que j'étais sôr qu'une place dans une charrette pour Tyburn était celle que le ministère me donnerait le plus volontiers. A tou.4 deux , je leur protestai que Je désirais sincèrement me rendre mile ; que tout ce que je demandais c'était qu'on n'indiquât de quelle manière je pouvais l'être ; toais qiM! p voyais clairement qu'ils me croyaient leauoonp plus de pouvoir que je n'en avais réeliement Ils me répétèrent alors qu'on avait disante mes articles, et, tirant on papier, ils me Uireiit l€ résultat de ce qui avait été décide sur "-(.aena d'eux , ainsi qu'il suit.

i68 RÉCIT

Art. I*^ ApprouTé.

Art U, Approuvé en ce qai 09ooene le np* port de Pacte mit le thé; mais reftifé quant à b reftîttttioD des droits payés.

Art. ni. Refîué comme suppoMiit que le fv* lement n'avait pœ le droit de rendre lo leU dont il i'agiifait.

Art lY, Approuvé.

Art y. Approuvé fous U réserve i|u*aMiiD changement préjudiciable à là GnndC'BrelagDe n*aurait lieu.

Art TI. Approuvé quant à la destioatiiB à»

produit des droits , mais la nomination et le iS' Uûre des olficien restant comme par le pasié.

Art. VIL Approuvé.

Art. Tin. Inadmiaûble.

Art. IX. Approuvé, avec cette différence qu*oa ne se réglerait pas sur la proportion des précédentes taxes , et que chaque colonie dooneiait selon son bon plaisir'

Art. X. Approuvé quant à la restitntîoii du fort WiHiam , mais refusé quant à rinterdiction à Is couronne de construire des forts.

Art. XI. Refusé, st ce n'est que le IhX pour le blocus du port de Boston serait rapporté , et qa^ Paete relatif k Québec pourrait être amendé de manière à réduire cette province à ses anciennes

DES Nl^GOCXA^TIONS. 169

littiites. Les aatres actes relatif à la coloDie d« Massachusetts , étant de yéritables amendemens à sa constitution , devaient subsister , pour cette raison, et pour être une preuve permanente du pouvoir du parlement.

Art. Xn. Accepté que les juges resteront en place tant qu'ils se conduiront bien , pourvu que les assemblées leur assurent un salaire permanent qui sera approuvé par la couronne.

Art. XIII. Adopté sous la même réserve que l'article précédent.

L'article XIY avait été supprimé dès la première discussion.

Art. XV. Adopté.

Art. XYI. Adopté, en supposant le versement des droits dans les caisses des différentes provinces, t

Art XYII* Inadmissible.

Noua n'eûmes pas alors une bien longue convenation sur ces différens' points , parce que j'abrégeai la discussion en déclarant que tant que le parlement réclamerait et exercerait le pouvoir de changer à son gré nos constitutions f aucun arrangement ne pouvait avoir lieu ; car c'était nous ré-

dtiire à ii*étre ceitaias de conserver aucun des privilèges auxquels nous avions droit On me fit sentir qu'un arrangement était indispensable pour l'Amérique, puisque rien n'était plus facile à l'Angleterre que d'incendier tous nos ports de mer. Je m'échauffai alors. Je dis que la majeure partie de ma petite fortune consistait en maisons dans ces ports , que les Anglais pouvaient en faire des feux de joie si bon leur semblait, mais que la erabte de les perdre ne m'empêcherait jamais de m'opposer jusqu'au dernier moment à cette prétention du parlement ; qu'au surplus l'Angleterre devait prendre bien garde au tort qu'elle nous ferait, parce que tôt on tard elle aurait tous les dommages et intérêts à nous payer. I^ docteur sourit ; et il me parut qu'il' ne désapprouvait pas mes paroles, toutes passionnées qu'elles étaient ; il me dit que bien certainement il les rapportcrai^ie lendemain à lord Dartmouth.

Pendant cet entretien, M. Barclay me dit qu'étant allé un jour chez lord Hyde , il y trouva lord Howe, et que lord Hyde lui avait dit : «Vous « pouvez parler devant lord Howe de tout ce que « vous avez à me dire ; c'est un ami pour qui je M n'ai rien de caché » ; qu'en conséquence il lui avait parlé avec autant de liberté qu'à l'ordinaire, rappris aiasi comment lord Howe avait en la cofi^

DES NÉGOaATIONS. 171

de mes articles qu'il m'avait montrée. Il me dit aussi qu'une mesure à laquelle on pensait, était (l'envoyer sur les lieux un commissaire avec des pouvoirs suffisans pour prendre connaissance des sujets de plaintes , et pour y faire droit à certaines conditions; mais qu'il était difficile de trouver un homme propre à cette mission. » Pourquoi n'en

• pas charger lord Hyde ? lui dis-je.' C'est un per-

• sonnage notable , plein de prudence et de sang-

« froid , et très capable de mener cette négociation; . " ou si la mission ne lui convenait pas , l'autre « personne dont vous Tenez de parler, lord Howe , " pourrait > à mon avis, s'en acquitter parfaitement». Tout cela n'était qu'une conversation , et nous nous séparâmes.

Lord Chatham ayant fait imprimer son plan , rejeté par les lords , pour le soumettre au jugement du public , j'en reçus six exemplaires do^ lord Mabon , son gendre , et je les envoyai à différentes personnes en Amérique.

Plus d'une semaine se passa sans que j'entendisse parler de négociation , et mon temps fut em|iloyé à voir divers membres du parlement, quand je reçus un billet de M. Barclay, qui me mandait qu'il était indisposé, et qu'ayant besoin de me voir, il me priait de passer chez lui. Je m'y rendis le lendemain matin ; il m'apprit qu'il avait

179 KtClT

vu lord Hyde; qu*U ftv^iît en un nouvel entretien ayec lui, au sujet des articles ; qu^il se croyait maintenant très au fait de ce qu*il foUait pour faire marcher l'afiaire ; qu*il désirait donc que nom prissions un nouveau rendez -vous avec le docteur Fothergill , et qu'il tâcherait de nous apporter un plan rédigé d'après ce qui avait été proposé et accordé des deux côtés avec quelques-unes de ses propres idées. J'y consentis , et l'entrevue fut fixée au ieudi soir i6 février.

lorsque nous fûmes réunis, M. Barclay nous lut ce qui suit.

Plan dont on espère une harmonie durable entre la Grande-Bretagne etfes colonies.

Art. i**^. Le thé détruit sera payé, et pour éviter toute perte de temps , et commencer de suite l'œuvre désirable de la conciliation, on propose que l'agent ou les agens de la province s'obligent, dans, une pétition au roi , à faire effectuer ce paiement, et qu'en conséquence de cet engagement, un commissaire soit autorisé, par une clause d'un acte du parlement ^ à ouvrir le port de Boston (en suspendant l'effet de l'acte qui en ordonnait le blocus) aussitôt après ce paiement.

9. L*acte établissant on droit sur le thé sera rapporté , autant pour F^vantage de la Grande- Bretagne qne pour celui des colonies.

3. La proyioce de Massachusetts . seni remise en possession du fort William , comme elle TaTait autrefois avant que le gouverneur Hutchinson Teât livré aux troupes royales.

4. Comme il est à croire que le commencement <ics mesures conciliatoires calmera considéiabler meaS les esprits en Amérique, on propose, qup les habitans de la province de Massachusetts adres^ sent une pétition au roi , et> y établissent leurs objfictioins contre ledit acte (i); et il est entendu que cet acte sera rapporté* Par intérim , le oommissaire aura le droit d'en suspendre Fexécution^ afin de mettre les habitans en état de £aire la pétition.

5. Les diverses provinces qui peuvent se croire lésées par l'acte relatif à Québec présenteront des pétitions à ce sujet , et il est entendu que cet acte sera rapporté es ce qu'il étend le territoire de cette province au-delà de ses anciennes limites.

6. La loi de Henri VIII sera formellement désa- ^^ooée par le parlement.

(1) On roppote qnll t^agit ki de l'acte qai ordonoait le bleens ^ port de BoMoD. '\fitU à» FranUUt. )

7. En temps de paix , U» Amérieainfl levemt dans leun provincei re$pecûwe§ , en vertu de» uHa de leun aiiemblées législttiTei , les fommes qm seront jugée* nécestaires pour VétabKfsemeot de paix , le paiement des gouverneurs, des juges , etc.

Voyez les lois de la Jamaïque.

8* En temps de guerre ^ sur la réquisition laite par le roi , du consentement du paileroeot, chaque colonie lèvera les sommes que son assemblée jugera proportionnées à ses mojrens , et ans besoios de Pétat, pour être employées à lever et à payer des hommes pour le serviee de terre et de mer, ï acheter des vivres , des munitions , ou à tel autre objet ipie requerront et indiqueront les ordres du roi^

9. Les actes sur la navigation seront soumis à un nouvel examen , afîn de voir si l'on ne peut y faire quelques changemens pour l'avantagé de la Grande-Bretagne et des colonies,

xo. Un officier de marine , nommé par lacooronne , résidera dans chaque cololfe, pour veiller • à rexéciition de ces actes.

N, B, Dans quelques colonies , ils ne sont pas nommés par la couronne.

X i. Tous les droits résultant des actes réglant le commerce nvec les colonies , seront destinés au service public de chaque province, et versés daot

DES NÉGOCIATIONS. fjS

la caifM. Un officier de la couronne sera chargé d*y ▼ciller.

17. Les cours d*amirauté n*auront pas d*autres pouToirs que celles d'Angleterre.

X 3. Les fonctions des juges dans toutes les colonies dureront tant qu'ils se conduiront bien , et ils seront payés par les provinces , ainsi qu'il est dit en l'article 7.

iV. B. Si le roi juge convenable d'ajouter à leur salaire,, ce supplément sera envoyé d'Angleterre.

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