LIT. 11. SEGT. III. CHAP. Y
Les influences morales Tiennent donc , de toutes parts , soflrir à la raison comme autant de précieux, auxiliaires : eues dissipent les nuages, elles affermissent Les pas, elles rectifient les directions. Si elles ne peuvent prévenir d'une manière aussi directe le double ordre de préjugés <jui naît de l'imitation et de l'habitude , elles nous apporteront cependant encore ici d'utiles préservatifs. < Car les préjugés qui dérivent de l'imitation reçoivent une extrême faveur de la servilité dans laquelle ramour-propre se place a l'égard de l'opinion du monde ;.«t les aveugles routines de l'habitude s'établissent et se confirment par an défaut de vigilance sur soi-même. Tous les préjugés , au reste , reçoivent leur confirmation de cette confiance excessive en nous-mêmes qui rend les erreurs irrémédiables; tous les préjugés se coalisent pour proscrire cet art savant du doute, qui renverserait leur empire et ouvrirait les voies à la recherche de la vérité. Or, qui, mieux que la modestie, cette modestie consciencieuse et sincère , fille de la vertu, qui , mieux qu'elle, enseigne et cet art du doute, et cette salutaire défiance de soi, qui sont la meilleure préparation à la vraie science?
Un esprit sain se place dans une ame honnête , comme dans sa résidence naturelle. En beaucoup de choses, la morale prononce et décide d'avance pour nous d'une manière bien plus sûre que notre raison n'aurait su le faire.
3° Elle est, sans doute, un don de la nature, cette
faculté de création , qui engendre les découvertes dans
les sciences , les modèles dans les arts ; qui fait passer * 6.
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les théories dans le domaine des réalités et des applica lions, et qui reçoit, suivant ses degrés divers, les non d'habileté , de talent, de génie. Elle peut donc se sépara de k moralité du caractère , qui est toujours un méril acquis. Cependant , cette faculté active et féconde a ausd son éducation : s'il n'y a pas d'art qui supplée au talent lorsqu'il nous a été refusé , il est un art qui l'éveille , I< cultive ; or , cette culture ne recueille-t-elle aucun bienfaj des influences morales? Le nature n'a point été aussi avare du talent qu'on le suppose; elle l'a seulement ré^ parti dans des degrés divers, et surtout elle lui a donn<{ des formes très-différentes , variant, pour chacun , leé aptitudes, comme devaient varier , pour chacun, les situations et les circonstances. Que de germes cependant qui ne se sont point développés , ou qui ne se sont développés qu'imparfaitement, faute d'avoir obtenu en effet une culture fovorable ! que de talens aussi qui , en excitant notre admiration sous quelques rapports , nous étonnent cependant et nous affligent par leurs écarts ! que d'ouvrages heureusement conçus et qui sont demeorés incomplets! Les exercices de la vertu n'auraient-ils fécondé aucune de ces dispositions qui sont demeurées stériles? n'auraiemvilf prévenu aucune de ces déviations qui semblent rendre le génie infidèle à lui-même? n'auraient-ils perfectionné encore aucune de ces qualités brillantes qui ressemblent à une espérance mal remplie? a y a-*-il donc aucun commerce entre le talent et le caractère, entre les conceptions et les mœurs? la vie de 1 entendement ne reçoit^eUe rien de la chaleur de