‹ Du perfectionnement moral, ou de l'éducation de soi-même (volume 3)Chapitre 9 sur 34 · LIT. II. SECT. III. GHAP. Y · texte numérisé non relu

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tés actives de l'intelligence , et rapporter ainsi à trois principaux point» de vue, toutes les causes qui déterminent les succès réels dans les diverses carrières de l'étude: respi^d'obseivationjquireaieilleleséléntetisdes sciences ou des arts; le jugement, qui les met en ordre , les Êiit concorder entre eux , et fende la solidité des connaissances; enfin, l'esprit de création , qui met en œuvre ces matériaux, soit pour produire les découvertes , soit pour enfanter des modèles , soit pour réaliser les applications pratiques.

Or, souschacun de ces trois points de vue , on reconnaît que les feeuHésde l'esprit peuvent recevoir , des influences de la vertu, les plus précieux secours , et que ces secours seront encore essentiellement le fruit de l'harmonie des deux grandes puissances , c'est-à-dire qu'ibdérmnmt de l'amour du bien et de l'empire de soi , et surtout du concours de tous les deux.

i° L'esprit d'observation est le messager de la raison, envoyé en avant pour explorer les lieux et préparer les voies. Soit qu'il dirige ses investigations au-dehors, soit qu'il se replie au-dedans de nous-mêmes , il veut une réflexion indépendante.

H est difficile, si le cœur est asservi, que l'attention soit libre. Nos passions sont pour nous les distractions les plus fréquentes et les plus impérieuses. L'attention bien dirigée est l'empire de soi appliqué au mouvement de l'esprit, à l'action intellectuelle. On ne voit bien que dans le calme.

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lidludes qui se rattachait aux intérêts d'autrui, elle ne daine pas de celles qui naissent de la personnalité, et qui sont les plus actives comme les plus persévérantes. Le vide du cœur est aussi un principe d'agitation. Les affections douces, les sentûnens généreux rafraîchissent, reposent et fortifient l'entendement : de; {'âme pure émanent les pensées sereines.

L'ordre qui règne au-dedans dê : nous facilite le travail de la réflexion, comme la symétrie favorise celui de l'observation sur les objets sensibles. Comment la vertu redouterait-elle ce regard investigateur? elle n'a que des motifs qu'elle peut avouer et dont elle aime à se rendre compte.

Qu'il soit permis de le remarquer en passant : ne serait-ce point ici la véritable cause qui a nui si souvent aux progrès des sciences philosophiques? Ne serait-ce point celle qui a particulièrement occasioné les écarts de ces sciences, dans les pays et dans les âges où les mœurs étaient atteintes d'une corruption générale? On a cru pouvoir traiter cet ordre de connaissances comme sciences appelées positives; on n'a pas £ait assez

mtion qu'il exigeait un instrument particulier > l'étude approfondie de soi-même , et que cette étude , à son tour ,

st intimement liée à la plus haute pratique des vertus. [Peut-être donc , il y aura eu peu de grands philosophes, parce qu'il y aura eu trop peu d'hommes éminemment vertueux parmi ceux qui cultivaient la philosophie. Et à quel titre, si ce n'est, en effet, à ce titre, Socrate a-t-il été reconnu comme le restaurateur de la philosophie,

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dans l'antiquité? D enseigna que la science et la morale ont une source unique et commune, la connaissance de soi-même ; et, dans ce principe unique , il renferma tous les principes de découvertes qui devaient guider ses successeurs dans les régions de la sagesse. Le célèbre oracle de Delphes, ne peut être réellement compris que des gens de bien.

2° La vanité peut avoir ses motifs pour déprécier, dans le monde, le mérite qui appartient à la rectitude du jugement : rien n ? est plus facile que de se distinguer en y renonçant. H y a mille voies ouvertes à côté du sentier unique qui conduit au vrai ; dans chacune de ces voies, on peut paraître original, par cela seul qu'on est infidèle à, la droite raison. Il suffit, pour produire de l'effet, de réunir deux idées qui s'étonnent d'être ensemble ; le paradoxe lui-même devra son succès à la nouveauté et à la hardiesse. Les esprits justes paraissent pâles , et la simple raison monotone. Le bon sens est une chose si vulgaire , que nous voyons des sectes entières de philosophes faire profession de le dédaigner. Cependant qu'est la philosophie elle-même , si ce n'est un grand commentaire sur les leçons du bon sens? N'est-ce pas encore le bon sens qui, en se propageant de conséquences en conséquences , et confirmant leur liaison, régit avec sûreté l'entendement dans les spéculations les plus relevées? Le bon sens est au jugement ce que le naturel est au style. Or , quel est le meilleur gardien du bon sens , si ce n*est la vertu? Quelle est la meilleure garantie de la rectitude de l'esprit, si ce n'est la droiture du cœur?

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On a fait, depuis Aristote, des milliers de traités de logique. Rien n'y manque, dans tout ce qui concerne la décomposition du raisonnement; tous les cas sont prétus, toutes les règles sont tracées ; les opérations de l'esprit sont converties en formules infaillibles ; l'art de la logique est devenu, dans ces traites, ce que les opérations de l'arithmétique deviennent dans la machine de Pascal ; il semble qu'il n'y a qu'à mettre l'instrument en jeu. Quels sut les progrès réels dont la vérité leur est redevable? Dans les sciences spéculatives, le secours a été peu efficace, parce que les conseils qui eussent été les plus utiles, ceux qui embrassaient la conduite de l'esprit, ont été les plus négligés. Dans les sciences morales, dans l'ordre des vérités pratiques, le secours a été moins efficace encore ; on a mieux su peut-être comment on peut prouver une proposition dans les formes, et même, au besoin, justifier le paradoxe ; mais , si l'on n'a appris à aimer le vrai , il manque toujours un grand instrument pour par* Tenir à le connaître. H est une autre logique moins connue, plus nécessaire , plus usuelle que celle des écoles : celle qui enseigne à bien penser , en enseignant à se bien gouverner soi-même. (L'art de diriger les opérations de son esprit n'est qu'un exercice de l'empire de soi ; et cet empire, comment le conserver sur son entendement, si on n'a su l'obtenir sur Famé elle-même où est le foyer de toutes les facultés humaines ?

Il y a des erreurs innocentes, sans doute, et ce ne sont pas celles pour lesquelles le monde est le plus indulgent Mais souvent^ lorsqu'on allègue Terreur pour justi-

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fier la faute , c'est la faute qui d'abord a précédé* L'ignorance aussi, qu'on prend pour excuse, est précisément; au contraire , le premier et le plus grave de nos torts, si nous avons eu les moyens de nous instruire , et que nous ayons négligé de les saisir. Comment se fait-il donc que l'intolérance soit ordinairement réunie à la prévention contre les lumières? Les hommes véritablement éclairés sont plus indulgens ; ils connaissent tout ce que la vérité coûte à acquérir, et savent combien il est facile de s'égarer, même en la cherchant de bonne foi.

Rien n'est plus délicat que les rapports qui existent entre le jugement et la volonté : souvent ils échappent à notre surveillance, ils trompent nos intentions ; nous croyons suivre l'un , en nous laissant conduire par l'autre. C'est au jugement qu'appartient, entre eux., la fonction de guide ; cependant les opérations de l'esprit étant aussi une action, et tonte action ayant ses motifs, il arrive que la nature des motifs décide de la direction que prend l'entendement, et qu'on croit souvent, en définitive , ce qu'on a voulu croire.

Parmi les sources de nos erreurs , il en est deux principales où cette influence se fait particulièrement sentir, où la partialité du juge corrompt la sentence : ce sont celles qui naissent des vues incomplètes, et celles qu'enfantent les prestiges de l'imagination. Dans ces vérités complexes qui font la matière ordinaire de nos études, et qui demandent à être embrassées dans leur intégrité, un esprit prévenu par la passion ne considérera les objets que sous les aspects auxquels cette passion met du prix,

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fermera les jeux sur ceux qui la contrarient. La passion prêtera une vivacité nouvelle aux trompeuses images qui empruntent les apparences des réalités; elle se complaira à voir exagérer les proportions , diminuer la distance des objets; elle y répandra, à plaisir, les teintes qui conviennent à ses alarmes ou à ses vœux. Aussi , plus cotâmes opinions touchent de près à nos intérêts, plus elles reçoivent le caractère qui convient à ces intérêts; il n'est rien au monde de moins certain , pour chacun de nous , que ce qui est propre à nous émouvoir davantage ; il n'est rien sur quoi on soit moins d'accord que ce qui se lie aux affections individuelles ; on ne se rencontre «pie sur les axiomes indifférens par eux-mêmes. Les vérités mathématiques doivent, sans doute , leur certitude i l'évidence de leurs principes et de leurs déductions ; mais elles doivent quelque chose aussi à leur impassibilité; on ne peut pas répondre que les hommes ne vinssent aussi se diviser à leur sujet , si quelques passions s'y trouvaient fortement engagées. Ne voit-on pas une foule de gens s'obstiner à attendre , dans les chances rcktivesau jeu et à la loterie , des résultats que démentent les plus rigoureux calculs ? Ne voit-on pas , dans d'autres sciences , les théorèmes les plus abstraits devenir quelquefois les jouets et les instramens des passions, dès qu'elles peuvent s'en emparer, et les fûts se dénaturer, dès qu'elles ont un motif pour commander le mensonge ? L'avantage que la géométrie doit a sa propre nature, la vertu le communiquerait à toutes les antres branches de nos connaissances : il ne serait plus nécessaire que les

propositions lussent indifférentes par elles-mêmes; c'est nous qui deviendrions impartiaux. Quoi de plus propre, d'ailleurs, à donner un coup d'oeil étendu , que les affections généreuses? Quel moyen plus efficace de prévenir les écarts de l'imagination que l'habitude de se modérer? La vertu se place naturellement dans les vues générales, guidée qu'elle est par le flambeau de la justice ; elle prévient les illusions fantastiques, par la vigilance sévère qu'elle exerce sur notre intérieur , et par la répression qu'elle oppose à tout mouvement désordonné de nos facultés.

* Il est certaines passions qui appartiennent plus particulièrement à l'esprit, et ce sont souvent celles qui exercent, par conséquent, sur les opérations de l'esprit l'influence la plus sensible; elles pénètrent encore dans certains ordres d'études où des penchans moins subtils ne sauraient plus trouver d'alimens; elles parviennent à y séduire encore la raison humaine. Mais le coeur est toujours, quoique en secret, complice de ces passions intellectuelles. C'est ainsi que la curiosité , ce noble besoin donné à l'intelligence, pour l'appeler dans les régions du vrai, peut céder aux séductions d'une vanité présomptueuse. C'est ainsi que la joie de posséder ce qu'on croit la vérité, corrompue par l'orgueil, deviendra l'obstination qui résiste a la vérité elle-même. Combien de fois on croit avoir une opinion lorsqu'on n'a qu'un engagement d'amour-propre! Et ce sont ces opinions prétendues qu'on soutient avec le plus de chaleur, pour la défense desquelles on montre le plus d'intolérance !

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