‹ Du perfectionnement moral, ou de l'éducation de soi-même (volume 3)Chapitre 11 sur 34 · LIT. II. SBCT. III. CHAP. T · texte numérisé non relu

LIT. II. SBCT. III. CHAP. T

famé? qu'ils s'interrogent, ceux qui, dotés des faveurs de h nature, et trop dédaigneux pour les secours delà vertu, se livrent avec succès aux grands travaux intellectuels , et se croient dispensés peut-être d'améliorer leur vie! Dons le* keures fortunées qu'ils consacrent à ces nobles opérations, ne sont-ils pas meilleurs qu'ils ne pensent Têtre et .qu'ils ne se proposent de l'être? Déserteurs de la morale, ne ressemblent-ils pas à ces déserteurs de la civilisation , qui portent dans une région étrangère les arts de leur ancienne patrie ? leur imagination ne dérobe-tr-elle pas à la vertu , par un secret larcin , ce que leur caractère n'a pas osé lui emprunter ouvertement ? ne recueillent-ils pas alors en eux-mêmes une portion de cette vie morale qu'ils ont trop exclue du reste de leur conduite ? n'estrce pas elle peut-être qui , à leur insu, vient encore les animer de son souffle , et leur suggérer en secret de hautes et neuves pensées ?

Trois conditions essentielles semblent conspirer au développement de cette faculté créatrice dont on envie tant la puissance , dont on étudie si peu les ressorts : c'est 6? abord une liberté singulière de l'esprit qui , se mouvant à son gré , disposant de lui-même , se dirigeant où il lui plaît, pénétrant partout , va partout détacher et choisir les eUémens qui doivent servir aux combinaisons nouvelles, et , comme l'abeille , puiser des sucs dans le calice de chaque fleur; c'est ensuite ce sentiment de l'ordre, ce goût des convenances, qui dispose à saisir les corrélations les plus naturelles, les plus justes , les plus étendues , quoique souvent les plus cachées et les plus

lointaines, qui préside ainsi aux distributions savantes aux gradations harmonieuses, et fait jaillir l'inconnu dii sein du connu ; c'est enfin cette énergie de l'esprit qui assemble , combine , par des alliances nouvelles , les idée: éparses, en forme un faisceau , et, par des association^ plus ou moins vastes , produit un ensemble plus ou moirti majestueux. Or, est-il une seule de ces conditions que le concours des influences morales n'aide éminemment à remplir ? est-elle indifférente pour jouir de la liberté de l'esprit, l'influence de cet empire de soi qui n'est autre que le principe de toute .liberté intérieure , qui est l'affranchissement de l'ame elle-même ? est-elle indifférente pour nourrir le sentiment de l'ordre, l'influence de cet amour du bien qui n'est que le culte de l'ordre essentiel et parfait ? L'énergie de l'esprit ne recevra-t-elle aucun secours de ce régime salutaire qui entretient la santé et . la vigueur de l'ame Jet les grandes pensées ne deviendront-elles pas plus accessibles à qui contracte l'habitude des belles actions ? L'amour du vrai et du beau , cette passion noble, ardente et pure, qui conserve, exalte les forces de l'intelligence , ne trouverai t«-il aucun aliment dans la passion du bien , ou plutôt n'est-il pas un avec elle ? Une belle action n'est-elle pas aussi un trait de génie , mais une pensée du génie, réalisée dans la pratique ? Oui ; réhabilitons le talent dans sa dignité légitime; rendons-lui ses titres de parente avec la vertu, titres qu'il reçut de la nature même , parenté qui l'encourage et l'honore ! O vous qui , dans les beaux jours de la jeunesse, tressaillez d'un généreux transport en pré-

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