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Tordre d'acquisition , maïs qu'unit cependant une étante consanguinité d'analogie; or, dans l'ordre des idées qui touchent aux choses humaines , l'amour et la vertu ont une puissance magique pour révéler ces secrètes affinités , puisque tout en eux n'est qu'une force d'attraction et un sentiment exquis des convenances.
Il est du moins une supériorité que Pégoïsme réclame avec assurance, et que l'opinion du monde ne lui refuse guère : c'est celle de l'habileté dans ce qu'on appelle les anaires. Il ne serait pas étonnant sans doute que l'égoïsme ait mieux inspiré dans tous les calculs qui se réfèrent à l'intérêt personnel , par cela même qu'il porte dans la poursuite de cet intérêt plus de persévérance et d'ardeur, par cela même aussi que , le choix des moyens lui étant indifférent , il peut suivre des voies abrégées que s'interdit une moralité délicate. La vertu, sous ces deux rapports , avoue les désavantages de sa condition , les accepte , s'en honore ; mais il lui reste des compensations qui lui appartiennent en propre : les rues de la sagesse et les sentimens honorables sont aussi des guides pour l'esprit de conduite ; l'estime d'autrui et la conscience de sa propre estime donnent , dans le genre d'affaires qui suppose le commerce des autres hommes, plus de fermeté et d'assurance. On exerce sur les autres hommes une influence plus vraie et plus stable, quoique plus lente peut-être et plus tardive , par la confiance qu'on leur inspire, que par toutes les combinaisons de l'art « Les coeurs honnêtes , dit-on , sont souvent abusés ; ils sont peu exercés dans la connaissance des hommes
CHAPITEE VI,. .
COMMZBT l'hOMMB BAT COIDU1T A LA UL1AIOH PAB LE DBVBLOPPEMEBT DB SES FACULTES MORALES.
Si les sentimens religieux conduisent à la vertu , la vertu aussi conduit à la religion , et cette considération moins familière, peut-être, est cependant d'un assez grand intérêt pour la religiou elle-même. C'est un légitime triomphe, sans doute, pour la religion que de voir combien l'homme s'améliore en l'observant j mais c'est aussi un beau témoignage en sa faveur, que de voir comment les cœurs honnêtes et purs tendent naturelle- , ment à elle.
En saine logique, les vérités morales sont autant de prémisses des vérités religieuses , et des prémisses rigoureusement nécessaires. De même aussi, tous les sentimens moraux invoquent les sentimens religieux , pour achever de s'y purifier, de s'y satisfaire. Sous ce double rapport, la morale est donc une vraie initiation religieuse. De même que la civilisation dépose de l'existence du législateur politique, la morale dépose de celle du Législateur divin; ce que l'une atteste sur le théâtre de la société ' l'autre l'atteste dans le sanctuaire de la nature. Le légis-
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liteur politique n'a point créé la monde publique et privée; il t'a rencontrée préexistante; il s'est appuyé sar die, il lui a servi d'organe. Mais ce génie de la morale, qm l'a inspiré, d'où dérivait-il lui-même? Qui avait tracé ce code primitif lequel a servi d'exemplaire rt de type aux codes explicites de chaque peuple ? Si Tordre qui se déploie dans l'univers sensible, manifeste «a yeux de tous les hommes l'action de la Providence suprême , l'ordre qui préside aux phénomènes de la nature morale n'aurait-il pas son auteur? L'ordre moral , considère comme la législation universelle du genre humain , décore le système général de l'univers , en achève Pharraonie , l'anime d f une vie nouvelle et sublime. . N'est-ce pas une chose digne d'attention , que tant de penchans impérieux aient été placés dans le cœur de l'homme, que tant de circonstances aient été placées autour de lui, pour le conduire a cet état de société, dans lequel seul ses facultés pouvaient recevoir leur entier développement? Les plantes ont obtenu l'air, la hunière , le sol nécessaires à leur croissance ; l'animal qui devait chercher sa nourriture a reçu l'instinct nécessaire pour la trouver et les organes convenables pour l'atteindre et la saisir. L'homme qui attendait tout de sa réunion avec ses semblables et de la combinaison des forces, a reçu les affections, la pensée et le langage, c'est-à-dire précisément ce qui devait le mettre en rapport avec ses semblables : d'ailleurs , il est né plus faible et plus dépendant que les autres animaux , en même temps que seul il est né perfectible, La sociabilité explique
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cette contradiction apparente ; l'état de Société la lait disparaître. Or, la société, à son tour, appelle et demande la morale comme la condition sans laquelle elle ne pourrait subsister , comme l'instrument principal de tous ses progrès. Il y a donc , dans la corrélation de toutes ces choses , un plan , un dessein dont l'humanité est le théâtre , dont le suprême Législateur a été l'architecte , dont la vertu est la condition fondamentale. Dans ce dessein, la même sagesse qui appelait l'homme à l'état social , pour opérer l'éducation de ses facultés , instituait le code des devoirs moraux pour servir de lien à l'état social, et cette grande pensée présidait , dans les siècles, aux destinées du genre humain.
Est-il rien de plus propre à montrer la sagesse et la bonté divines, que cet accord entre ce qui est moral et ce qui est réellement utile , utile à tous et à chacun , que cette dispensation en vertu de laquelle le sacrifice commandé a l'individu se trouve ne lui être prescrit que dans un intérêt général ; que cette autre dispensatioii qui fait retrouver encore à l'individu, sous une autre forme , et avec usure, ce que le devoir l'a porté à immoler pour l'avantage d'autrui ? De la sorte , le code de la morale est comme une vaste et bienfaisante prévoyance étendue sur l'humanité; il est une protection tutélairc instituée pour la faiblesse de l'homme ; il ressemble aux recommandations de la tendresse paternelle. Ne révèlet— il donc pas la sollicitude d'un père invisible et suprême ? La Providence ne s'est pas reposée sur notre seule prudence, pour préparer notre bonheur, et, de même qu'elle
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a donné l'instinct à l'animai, dans l'intérêt de m conservation , elle a donne à l'homme l'instinct sublime de la rata, dans l'intérêt de sa félicite. En départissant la liberté et l'intelligence à sa créature, le Créateur lui a donné un guide sous la forme du devoir.
Ainsi , la morale est un témoignage éloquent qui atteste la divinité ; ainsi , mieux la vertu est sentie, mieux la Providence est comprise.
Il y a plus, et si les vérités morales n'étaieut incontestablement reconnues comme évidentes par elles-mêmes, il deviendrait impossible à la raison de démontrer les attributs de Fauteur de toutes choses. Aucune démons* tration de ce genre n'a jamais été tentée qu'en partant des principes de la morale naturelle, comme d'autant d'axiomes incontestables. S'il n'y avait une différence essentielle entre le bien et le mal , comment la raison se formerait-elle une notion quelconque de l'être sou* rerainement bon ? De quel droit attacherait-on les notions de la justice , de la véracité, de la sagesse , de la bonté, a Fessence divine, si ces attributs n'étaient déjà reconnus comme autant de perfections réelles, s'il n'y avait par conséquent déjà un principe qui en détermine le caractère moral? Aucune révélation n'y saurait suppléer: car la certitude de tonte révélation dépend, avant tout, de la supposition, que l'être infini ne peut mentir, et par conséquent de ce principe moral, que le mensonge est une imperfection et une souillure.
La 'croyance à un avenir au-delà du tombeau est, sans doute, appuyée sur de puissantes inductions tirées
du cours ordinaire de la nature : car rien ne périt dans le élémens qui la composent; ils ne font que changer d forme, en passant dans des combinaisons diverses - or la raison et l'analyse font également voir que le principe de l'individualité , dans l'être intelligent et sensible , es nécessairement un , et ne peut se dissoudre , puisqu'il es élémentaire. Mais ces inductions laisseraient encore subsister un voile épais sur les destinées qui composent un aussi important avenir. C'est aux vérités morales qu'il est réservé de lever ce voile; d'une part, en nous montrant dans le suprême dispensateur un juge plein d'équité, et d'une autre part , en nous montrant dans les actions humaines un mérite ou un démérite. Le bien ne saura it être bien, par la raison qu'il est récompensé; le mal , un mal parce qu'il est puni. C'est précisément tout le contraire, ainsi que l'annoncent assez les termes de peine et de récompense. Il faut donc que la vertu soit par ellemême une chose réelle et digne d'un prix élevé , pour qu'on puisse lui appliquer les conséquences tirées de la notion d'une justice infinie et de la notion du juge suprême , associées à celle du souverain rémunérateur.
Ainsi la vertu est encore un témoin qui dépose de l'immortalité. Et mieux la vertu est sentie, mieux aussi sont comprises les espérances de ce grand avenir. Elle y reconnaît sa propre destinée, le dénouement qui explique sa condition sur la terre, et y satisfait. Le spectateur placé au pied d'un vaste et régulier édifice n'en peut embrasser d'un coup d'oeil toutes les parties; mais celles qui s'offrent à son œil lui font concevoir la pensée de Parchi-
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fecte; fl. complète dans son esprit ce qu'il ne lui est pas encore donné d'apercevoir; il prolonge les lignes, et voit le point où elles doivent se réunir; il pénètre d'avance dans les profondeurs qui lui sont encore cachées. Telle est l'induction que la morale nous autorise à former, dans cette étroite portion de l'espace et du temps que nous occupons ici-bas, sur la portion encore invisible de notre destinée. La vertu sur la terre est comme le péristyle d'un grand avenir. Ce que nous voyons en elle de arégulier, de si harmonieusement et si sagement concerté, nous Eût justement pressentir comment la coordination qu'elle institue s'accomplit et se consomme, toute la nature morale se présente comme un grand prélude , comme une magnifique promesse. C'est un rapport dont nous tenons les premiers termes. C'est un triangle dont nous occupons la base , et dont le sommet est encore voilé d'un nuage. Cette progression nouvelle dont l'homme présent et terrestre occupe les premiers degrés, semble se peindre déjà comme une image ou une ébauche au sein de l'humanité même, par l'échelle des supériorités morales : autant l'homme de bien est supérieur au méchant , autant il sent qu'il y a encore quelque chose de bien supérieur à lui-même : cette espèce de pressentiment d'un monde meilleur s'accroît en lui avec le perfectionnement qu'il obtient. Quel est celui qui , dans certains momens de sa vie , n'en a obtenu une sorte de prescience anticipée ? Faut-il donc laisser toujours tomber nos regards à nos pieds, et ne les porter jamais vers les sommités qui dominent notre faible nature? J'ai vu une famille assem-
n DU PER¥ÏCTI0KNB1IENT MOIAI--
bléc dans un oratoire domestique; la mère offirait a Dieu
ceux auxquels elle donna le jour; le père bénissait se;
eiifans; de Jeunes cœurs rendaient grâces au père célesK
dont ilscomprennentbienla providence tutelaire ,accou
tumés qu'ils sont a la reconnaître dans les interpcet*
qu'elle s'est choisis ici-bas: oh! que la religion est do*
belle , puisque par elle le tableau de la famille peut s'er
bellir encore ! J'ai vu une multitude confuse réunie da -
un temple ; toutes les âmes étaient recueillies, tous les «^
prits confondus dans une même pensée; le concert , < -
chants annonçait celui des cœurs; le pauvre, à côté *V
riche , sans e n êtrejaloux, avait oublié ses misères:^ I;
riche avait appris sa propre indigence; la fraternité f**,
mitive,4nie semble glacer sur la scène du monde Fas| ^t,
des distinctions sociales, se réveillait libre et pure;C^to,
avaient obtenu l'intelligence de leur destinée; toute gfe.
préparaient dans une commune ovation ; tous s'af ^
çaient d'un pas égal : combien l'humanité s'est agranf^e &l
Que d'obscurs mystères se sont éclaircis! que de #pjraui
nances sont apaisées ! La terreentière semble s'enorgUf% mj ,
de la dignité que vient d'acquérir la plus noble des 4 fa j ,
tores mortelles; le système entier de l'univers est casées ,
que. Muit
Aussi, celui de tous les cultes qui a obtenu ? daN e . \ t genre humain , le succès le plus général et le plus A^ UQ| , ble, le seul qui ait dû uniquement ce succès à la cGftomm en non libre et individuelle , qui ait triomphé > par la force d'une semblable conviction, de toutes les résistif d « l'Ég du préjugé et de la force , est-il précisément cehÇ 1 ** 11
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