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et il en devait être ainsi, puisque ces vérités étaient le patrimoine de tons les hommes. Ces inductions du sens commun s'enrichissent et se fortifient ensuite de tout ce qu'apporte une sage érudition; comme elles peuvent s'évanouir , même avec l'accroissement de l'érudition , si î'esprit contracte des habitudes vicieuses ; elles partagent cette destinée, ces dangers, avec toutes les vérités morales, avec toutes les vérités philosophiques. Par l'influence salutaire qu'elles exercent sur le perfectionnement intellectuel , la sagesse et la vertu -viennent donc encore porter un nouveau tribut à l'auguste bienfaitrice de l'humanité. Quels sont ces observateurs superficiels qui viennent nous présenter la philosophie comme en état d'hostilité avec les doctrines religieuses? Où a-t-on pris une supposition si évidemment démentie par la nature des choses? Suffit-il que quelques écrivains aient, au nom de la philosophie, attaqué quelques-unes de ces doctrines ? N'y a-t-il donc eu aucun écrivain qui , au nom de la religion, ait tenté de justifier la superstition ou le fanatisme? Laissons ces locutions d'un jour; conservons le langage de l'histoire! Voyez dans tous les pays et dans tous les siècles, ce concert des véritables sages, proclamant, par un té- ; moignage unanime, l'accord de la religion et de la mo- ' raie, comme une vérité fondamentale pour la raison, comme la plus belle et la plus utile prérogative de la
jour , et qui a précisément pour objet d'établir que la philosophie , ici , comme en beaucoup d'autres choses, ne fait qu'apporter une sanction plus éclairée et plus complète aux premiers enseignemens du bon sens.
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nature humaine! Voilà pour les intérêts des idées reli gieuses, de meilleurs auxiliaires que les apologistes dj ^ignorance!
Les causes qui , en rendant l'homme infidèle au véri table esprit de la religion , corrompent en lui les fruit précieux qu'il en devait attendre , et les causes qui éloi gnent l'homme de la religion , en l'empêchant de s'élevei jusqu'à elle , ont entre elles une étroite analogie. Aussi remarque-t-on que l'homme passe souvent , tour-à-tour, de l'un de ces deux états à l'autre , et que souvent aussi , chez des individus dûTérens , le seul spectacle de l'un des deux contribue à précipiter dans l'autre.
Lorsque les idées religieuses se dénaturent, il ne faut pas s'en prendre uniquement à la débilité de l'esprit humain , aux bornes étroites dans lesquelles il est captif. Trop souvent , sans doute , au lieu de s'élever à ces notions majestueuses, il s'efforce de les rabaissera lui; il en altère la pureté , en y portant le mélange des produits fantastiques et grossiers de l'imagination et des sens ; il les mutile pour les asservir à ses propres habitudes ; il les voile , en partie , des nuages de son ignorance.
Mais il est rare que les passions ne soient pas complices de cette profanation ; ce seront peut-être des passions secrètes ; mais le ravage exercé par elles n'en sera que plus assuré. L'égoïsme portera dans les perspectives religieuses ses vues toujours intéressées et vénales * il cherchera dans les pratiques religieuses un moyen prompt, direct et puissant pour satisfaire aux intérêts temporels, aux appétits de la sensualité elle-même. L'orgueil s'era-
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parera des dehors de la religion, pour s'autoriser dans «s prétentions individuelles , pour se confirmer dans son dédain pour les autres hommes. L'envie s'associant à l'orgueil peur enfanter l'esprit de secte, cherchera dans la doctrines religieuses une arme pour des combats déplorables, et s'exercera ainsi dans ses haines et we» vengeances. Si la faiblesse de la raison fléchit quelquefois en présence de ces considérations sublimes , la faiblesse de caractère n'exposera pas moins à les fausser ; elle n'y trouvera, qu'une source de terreur et d'effroi ; elle ne recueillera que l'abattement, peut-être que le désespoir, de ce noble commerce dans lequel l'homme devait trouver une nouvelle vie et un redoublement de forces.
Quatre causes diverses et principales conduisent ordinairement à l'irréligion.
La première est sans doute le scepticisme de l'esprit; mais le scepticisme, en tant qu'il est un système raisonné, est beaucoup plus rare qu'on ne pense; le doute absolu (
ne saurait même se constituer en doctrine, sans tomber dans une contradiction évidente; la plupart du temps, ta scepticisme est plutôt une maladie de l'esprit qu'un vrai système , quoiqu'il en prenne la forme et le langage. C'est l'infirmité d ? une intelligence qui a plus de pénétration que d'étendue , plus de subtilité que de justesse, plus de netteté que de vigueur \ qui , s'arrêtant aux détails sans saisir les ensembles , succombe sous chaque objection, sans concevoir la portée des preuves.
La cause la plus fréquente et la plus générale , peutêtre , de l'irréligion , estl'indifférence , suite de la légèreté, •> o.
mais qui résulte surtout aussi de l'aveugle préoccupation par laquelle les intérêts matériels captivent l'homme lan guissant encore dans k puérilité morale ; c'est l'irréflexion de cet être distrait qui n'a ni interrogé sa destinée, ni consulté sa conscience ; c'est l'assonpissemeni d'un cœur qui n'a point encore éprouvé le besoin deî grandes et généreuses affections; c'est la suite de l'asservissement aux jouissances sensuelles , et la morne insouciance qui accompagne toute servitude.
Quelques nommes mélancoliques n'abandonnent point les idées religieuses par l'effet d'un éloignement qui les fesse repousser , mais par un découragement qui empêche de les saisir ; ils s'affligent même de cette grande privation , comme d'un jeune pour la raison et pour le cœur; ils s'en affligent pour l'humanité, comme pour eux-mêmes. Mais ils ne savent voir les objets qu'au travers d'un crêpe; leur imagination , leur peignant sans, cesse la nature sous les couleurs les plus sombres , semble avoir en quelque sorte besoin de leur foire aussi porter le deuil même de leur auteur. Les désordres moraux , les désordres physiques, semblent seuls se montrer à eux ; ils s'y perdent comme dans un labyrinthe ; ils désespèrent de l'avenir , ils désespèrent de toutes destinées ; ils ne supposent dans l'inconnu que des puissances malfaisantes. Ces tristes dispositions s'accroissent encore chez ceux qui ont été victimes du caprice du sort et de l'injustice des hommes ; mais elles se développent surtout chez ceux qui éprouvent un malaise intérieur, et qui sont mécontens d'euxmêmes.
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S la religion est quelquefois directement, ouvertement repoussée , s'il se trouve des nommes qui se déshériteut volontairement et de plein gré de ses bienfaits , c'est lorsque les passions dominantes redoutent ses importunités, veulent se soustraire à ses arrêts ; elle n'a d'ennemi véritable que l'immoralité et la corruption. U faut en quelque sorte , pour qu'un divorce aussi funeste soit prononcé, il faut que l'homme dégradé , dégénéré, ait abdiqué déjà lui-même les plus éminentes prérogatives de sa nature.
Vous donc qui , à votre entrée daus la vie , voulez soumettre à une conviction raisonnée les opinions les plus importantes pour votre bonheur, exercez-vous, avant toutes choses , à obtenir un esprit droit et sain , à aimer le vrai , à désirer le meilleur ! écartez de votre esprit toutes les préventions , de votre ame toutes les souillure? ! ne vous inquiétez point ensuite des incertitudes passagères qui sont l'enfantement , presque nécessaire , des convictions profondes! Si votre cœur est pur , si vos facultés sont saines ; il suffira de vous interroger de bonne foi. Vous écouterez , dans le calme, la voix de la raison , celle de la conscience ; vous les trouverez en accord : elles vous diront ce que vous avez besoin de savoir.
LIVBJB TROISIÈME.