‹ Du perfectionnement moral, ou de l'éducation de soi-même (volume 3)Chapitre 18 sur 34 · II · texte numérisé non relu

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recherche de soi-même plus active, plus ingénieuse plus persévérante , plus universeDe , que celle dont h vanité est le mobile.

L'amour-propre est pour la sensibilité un ennem d'autant plus dangereux, qu'il se déguise pour la séduire s'insinue auprès d'elle avec des formes amicales, sembl( s'associer à ses intérêts , pour l'associer elle-même ain prétentions qui l'occupent , aux sollicitations qui 1< dévorent

Si nous réussissons à écarter de nous ces deux principaux obstacles, les distractions du dehors, la recherche de soi-même au-dedans , la sensibilité pourra dès-Ion se foire jour, et le régime propre à la seconder sera beaucoup plus simple qu'on ne serait porté à le croire. Car il n'y a pas un art pour se donner de la sensibilité ; les efforts mêmes que l'on ferait pour l'exciter auraient leurs dangers; on agirait sur son imagination plus que sur son cœur ; on ne ferait que se tromper soi-même. Les émotions qu'on se compose et qu'on se commande, n'ont rien d'utile, de profond, de stable. Elles paralysent les émotions ingénues. Que si l'on veut considérer comme un art l'éducation de cette faculté de l'âme, l'art consistera ici comme en tant d'autres choses, à écouter, suivre, seconder les indications de la nature, qui , bien comprises , ne sont que la voix de la Providence. N'est- il pas visible, par exemple, que la Providence a voulu nous retenir, pendant le premier âge, au sein de la famille , comme dans le séjour où cette grande éducation pût commencer d'elle-même? Mais

ce n'est pas aux en&us seuls, comme on le suppose , que cette école est ouverte : la doit se continuer Féducation des parais, s'achever celle des vieillards. Ceux-ci y puisent , à leur tour , des instructions abondantes : la famille est pour eux une école où chaque jour encore ils apprennent ce qu'on doit apprendre toute la v\e, où ils apprennent à aimer , où ils l'apprennent d'autant mieux, qu'As y sont appelés à se montrer plus généreux, et à goûter le bonheur de donner. C'est là qu'ils obtiennent le touchant privilège de vivre pour autrui et de s'oublier entièrement eux-mêmes.

C'est donc dans le sein des affections domestiques que la sensibilité semble destinée à naître, à croître, à se fortifier ; aussi , se défie-t-on , avec quelque fondement, de ces sentimens exaltés qu'affectent certaines personnes , hors de lejur propre intérieur, et qu'elles ne savent point y répandre; aussi remarque-t-on souvent que la sensibilité tarit ou- prend une fausse voie chez ceux que quelques circonstances ont privés du bonheur de pouvoir goûter ces relations naturelles.

En gênerai , on ne conserve cette précieuse faculté du cœur , qu'autant qu'on demeure dans le vrai , qu'on se garantit de tout ce qui est' exagéré, affecté, factice. Le spectateur superficiel peut donc y être facilement trompé. On s'y trompe à l'égard de soi-même : on a souvent beaucoup plus de sensibilité réelle qu'on ne paraît, qu'on ne croit en avoir, parce que celle qu'on a suit son cours régulier et ne se produit par aucune explosion extraordinaire et désordonnée; comme , aussi , il est des

a il.

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gens qui se lamentent sur Fexcès de leur propre sensibilité, et qui, peut-être, devraient s'affliger de ne pas qncore savoir véritablement aimer.

De là vient, sans doute, la secrète sympathie que la sensibilité éprouve pour ce commerce intime avec la nature, qui s'alimente par la contemplation des œuvres de la création. La nature, d'ailleurs, a su se composer, de toutes ces productions variées dont elle a peuplé notre séjour, une sorte de langage éloquent, bien que, muet, pour s'adresser à nos affections, les éveiller, les entretenir. Elle a ingénieusement trouvé dans mille nuances des couleurs, dans mille parfums, dans mille formes, dans les mouvemens qui paraissent spontanés, dans la combinaison de ces divers effets ou dans l'art de les faire succéder les uns aux autres, autant d'expressions par lesquelles elle semble compatir à nos peines, sourire à nos joies , nous inviter à l'attendrissement, a la confiance , et ces expressions sont si fidèles, que nous les lui empruntons à notre tour, pour suppléer à la stérilité de nos propres idiomes. On dirait une vaste scène sur laquelle est représenté , par une sorte de pantomime admirable, le grand drame des affections du cœur humain; ici, la douleur semble soupirer; là, l'espérance semble luire; ici , la générosité semble s'épancher; là , la délicatesse semble se voiler aux regards; ici, des attractions réciproques qui se répondent, comme p^ une sorte de sympathie; là des tributs offerts comme par une sorte de culte; tout à l'eu tour, ce recueillement j ce silence, sauvegarde des sentimens purs; partout;

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cette vérité , cette ingénuité , qui seules donnent au sentiment sa sincérité et sa candeur. Aussi, le cœur aimant et tendre , qui fut douloureusement trompé dans le commerce des hommes , peut-il venir en sûreté dans ce refuge qui lui est ouvert, et y trouver un ami fidèle qui l'entendra du moins; aussi, les âmes unies par une affection céleste pourront-elles entrer dans ce sanctuaire ,

I et y trouver un témoin qui semblera applaudir à leurs transports! De plus, et ceci mérite d'être particulièrement

| remarqué , il y a dans la contemplation de la nature , quelque chose qui, en développant la sensibilité , la fait servir à sa destination essentielle , c'est-à-dire, ht notre éducation morale, en la dirigeant vers les pensées de la vertu : ce sont ces images d'un ordre pariait , quoique caché , qui se reproduisent dans l'ensemble et dans les moindres détails, tantôt avec une majesté imposante , tantôt avec une grâce enchanteresse $ c'est ce spectacle d'un empire régi par des lois sages et puissantes, oùtout obéit sans effort , et, en obéissant, concourt à l'harmonie et au bien ; c'est ce contraste de la mobilité et de la fixité, de l'agitation et du repos, de la naissance, de la destruction et de la renaissance , de l'infiniment petit et de l'infiniment grand , qui paraît si bien peindre les secrets de notre destinée ; ce sont tous ces témoignages éclatans de la sagesse immense qui préside au système universel des êtres 3 c'est enfin cette paix si fevo-

k rahle aux méditations du cœur, cette simplicité auguste et sublime qui réduit au néant l'étalage des vanités humaines.

ttt DU PERFECTIONNEMENT MORAL.

Les traitement que nous faisons subir aux animaux sont-ils sans influence sur les habitudes de notre caractère? Cette question excite depuis quelque temps et mérite en effet une attention sérieuse. L'absurde hypothèse des cartésiens ne peut se soutenir en présence de tant de signes manifestes qui annoncent, dans ces êtes inconnus que nous appelons les animaux, séparés de nous par une épaisse barrière, mais doués d'organes semblables aux notas, un principe de sensibilité et un commencement d'intelligence, (k , il est impossible qu'un homme s'accoutume à ?oir souffrir des êtres sensibles, quoique revêtus d'une forme différente, sans devenir moins compatissant pour les souffrances de ses semblables \ ce danger deviendra bien plus grave ,Vil s'accoutume à les Eure souffrir, s'il va jusqu'à se complaire en quelque sorte dans leurs souffrances. Car le principe de la sympathie en sera nécessairement altéré , et si la sympathie n'est pas encore la sensibilité du cœur dans toute sa pureté, elle. en est du moins le prélude et l'auxiliaire. Eh quoi! peut-on consentir à créer gratuitement la douleur sur la terre? Que nous ont-Us fiait, ces êtres infortunés sur lesquels mous exerçons cette cruelle puissance? Ceux que nous tourmentons davantage ne $onfc*ils pas quelquefois ceux-là même qui nous prêtaient avec docilité, avec une sorte d'empressement, leurs utiles services, qui semblaient peut-être même s'associer à nos plaisirs, et rechercher avee nous les rapports d'une singulière affection? Le mystère qui couvre pour nous leur existence , ne nous coi

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t-il pas une sorte de réserve ou, du moins, de timidité? L'homme est leur roi, ou prétend Faire : 1m est-il permis (être leur bourreau? Toutefois, qu'on y prenne garde aussi : il y a une exagération contraire à éviter ; si k cruauté envers ks animaux peut endurcir le cœur, M y a souvent, dans les impressions que lait naître la vue de leurs souffrances, plus de cette sensibilité' organique ^excitent les signes de la douleur, que de ces vraies émotions de l'ame qui seules constituent les affections. L'être inconnu qui respire dans ranimai, quel qu'il soit, est trop loin de nous, trop au-dessous de nous , pour qœ la sensibilité ne se profane pas en l'admettant à ua OQUtnteroe d'affections qui doit avoir toujours un caractère moraL lia sensibilité a une certaine dignité à conserver pour remplir la vocation qui l'attend.

est une seconda condition non moins essentielle à la culture de la sensibilité , et qui se réfère pins direetement encore au but de cette éducation. Elle consiste à diriger nos «Sections vers les objets qui méritent véritablement de les faire naître et de les captiver: en errant au hasard , elles s'exposent à des mécomptes , elles contractent une mobilité funeste : mieux eies seront fondées, au contraire , sur la raison et la justice, et plus elles deviendront fortes et durables. Or, cette maxime reçoit deux applications : nos affections peuvent être réclamées comme un hommage ; elles peuvent être invoquées comme une assistance.

Hcureu* ceux qui , dans les êtres auxquels Os sont liés par les nœuds de k nature , trouvent en même

temps des modèles, et qui peuvent joindre ainsi le sentiment d'une vénération réfléchie aux instincts de la tendresse ! Quel amour alors que cet amour mêlé d'admiration , et qui se confond avec le culte même de la vertu ! Plus heureux encore ceux qui peuvent, en offrant les exemples d'une belle vie aux êtres que la nature plaça sous leur protection, répandre ainsi sur eux le plus grand de tous les bienfaits , en donnant à leur cœur les «nseignemens les plus utiles , en offrant à leurs affections les titres les plus légitimes! Que, du moins, dans les liens qui sont de notre choix , cette intention soit constamment observée! qu'à nos relations intimes préside nne sage réserve et un discernement éclairé! Nous nous plaignons sans cesse d'avoir été trompés dans nos senthnens! Ne devons-nous pas nous accuser plutôt d'avoir été impradens , aveugles, dans les rapports que nous avons contractés? Ce n'est pas tout au reste: il ne nous est pas donné de trouver autour de nous des êtres parfaits; un commerce habituel fait ressortir gradudkment les imperfections de ceux même qui sont les meil- i leurs; ces découvertes peuvent sm^rendre, refroidir; t la fleur du sentiment peut ainsi se faner : il y a donc i une sorte de soin délicat à observer, pour ne point i laisser décolorer, si l'on peut dire ainsi, les objets de nos affections, par les impressions que la familiarité tend à procure: il finit couvrira ses propres yeux, d'une sorte de manteau, ce oji'ik ont de moins distiiH gué; flfaut conserver intact le sentiment qui les hoon n'aime véritablement que ce qu'on peut <

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