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exécuter d'une manière certaine, complète, constante : celle dn bien. La tendance au meilleur est à la vertu, ce que l'esprit d'invention est aux arts.
On a beaucoup disputé sur les questions qui se rattachent à l'idéal , sur la part réelle qu'il peut avoir aux opérations humaines , et, comme il arrive presque toujours, ces discussions ont peut-être épaissi les nuages, au lieu de les dissiper. On a opposé l'idéal à la réalité, et de là , les dédains des uns pour les instructions de l'expérience, les reproches faits par les autres à tout ce qui porte le caractère d'amélioration, de se perdre en de vaines chimères. Mais l'idéal, conçu dans sa vraie nature, n'est point en état de guerre avec la réalité; il se met en corrélation avec elle par une double alliance; il lui emprunte des élémens , il l'appelle à lui : il s'instruit auprès d'elle, il sert à l'élaborer.
Pour tous les êtres actifc, inteïligens et libres, il y a nécessairement des exemplaires, des modèles, antérieurs à chaque action, dans lesquels l'actionse dessine d'avance; sans quoi , l'action elle-même serait impossible. Si l'opération qu'il s'agit d'exécuter a déjà été accomplie avec une parfaite similitude par un autre agent, en présence de celui qui doit la répéter, le modèle sera sensible, il sera aperçu , et non conçu. Mais la nouveauté des situations, amenée par la mobilité continuelle des circonstances, suffirait seule pour exiger un grand nombre d'opérations qui n'ont point , dans la réalité actuelle , de modèle absolument semblable. H y a donc aussi des exemplaires , des types qui n'existent encore que dans la régiou
des idées, et qui sont l'image anticipée de l'acte h produire. Dans les simples arts mécaniques , on peut dé ji faire cette remarque et cette distinction: l'ouvrier copi< quelquefois un ouvrage qu'il a sous les yeux ; quelquefois il conçoit l'image d'un instrument ou d'un produit qui n'ont point encore été exécutes. Dans les arts qu'on appelle d'imitation , il y a également et des modèles puisés dans l'observation, et des modèles véritablement archétypes; toutefois, ces derniers sont soumis a une double condition : ils sont contraints de puiser dans la nature réelle les élémens de leurs combinaisons; ils doivent se conformer a certaines règles de proportion , de convenance, de vraisemblance, que nous révèle le sentiment du beau, tel qu'il nous a été lui-même inspiré par la nature, tel qu'elle a pris soin de l'enseigner par de nombreux et lumineux exemples : sous l'inspiration de ce sentiment, les arts dérobent donc à ces objets épars sur la scène de la réalité , leurs beautés diverses , en font un choix , en composent de nouveaux assemblages ; cett? image de l'ensemble, ainsi construite daosfintelligence, devient l'archétype de l'exécution. Si les arts d'imitatiou se privent de ce second ordre de modèles , ils se renferment dans de simples descriptions , n'exécutent que de froides copies ; en s'aidant au contraire de ce second ordre de modèles, c'est surtout la nature morale qu'ils appellent à leur secours, pour en combiner les phénomènes avec ceux de la nature sensible ; et les effets qu'ils obtiennent deviennent d'autant plus admirables qu'ils ont mieux su, en empruntant à ces deux natures ce que
chacune d'elles a de plus e'mînent , conserver cependant le plus parfait accord et la plusétroite sympathie entre les démens puisés ainsi dans l'une et dans l'autre. Lessciences positives elles-mêmes nous offrent encore quelque chose de semblable. Si elles ont leurs observations directes qui se contentent de recueillir et d'enregistrer les faits tels qu'ils se présentent, elles ont aussi leurs expérience^, dont l'idée est conçue, par elles, à l'aide desquelles elles interrogent la nature , en font jaillir des phénomènes nouveaux; et c'est à ces heureuses tentatives qu'elles doivent leurs plus précieuses découvertes. Les mathématiques sont , par rapport a la mécanique et à d'autres branches de la physique, comme une vaste collection d'exemplaires et d'archétypes , qui vont au-devant des faits, président aux applications et les représentent dans la pensée; elles sont l'idéal de la science. La législation et apolitique, en s'appuyant sur l'histoire, sur la connaissance du cœur humain , sur les données des circonstances locales , tracent cependant, d'une part , à ceux qui gouvernent les affaires humaines, la .notion anticipée des directions qu'ils doivent se prescrire, et, de l'autre, aux citoyens, ces règles de conduite qui sont inscrites dans les codes : un code de lois est une collection d'archétypes présentée à la société , pour les actions qui embrassent les divers rapports des hommes entre eux. La morale , à son tour, a servi d'exemplaire et d'archétype au législateur * politique. Certes, il n'est rien de plus réel, rien qui soit mieux fondé sur la nature : car la morale n'est que la voix suprême de la nature, retentissant dans le cœur de 2 16.
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Fhomme et lui annonçant sa destination. La conscience la reconnaît, et ne la crée pas. Les règles qu'elle a instituées se produisent cYelles-mêmes, en présence des applications , ou réalisées , ou simplement conçues. Or , il est au pouvoir de la pensée de concevoir d'avance l'image d'une multitude d'actions possibles ; à chacune d'elles l'adapteront les règles instituées; la convenance plus ou moins entière , qui se rencontrera entre les unes et les autres , en composera des exemplaires plus ou moins achevés. La combinaison qui satisferait dans le plus haut degré à cette convenance serait l'archétype de la perfection relative pour la nature humaine. Voilà cet idéal que cherche le génie de la vertu ! L'homme de bien, en aspirant au meilleur, ne fait donc autre chose que répéter , dans l'ordre moral , ce qui s'exécute chaque jour dans le domaine des sciences et des arts , dans les plus simples actions de la vie , et ce qui détermine le mérite et l'utilité des opérations accomplies dans ces diverses carrières. L'idéal est pour lui de même nature , quoique dans une région supérieure ; il n'est pas plus fantastique on chimérique, il est seulement plus excellent, parce qu'il correspond a ce qu'il y a de plus éminent dans le caractère de l'humanité.
Cette tendance active et persévérante vers le meilleur , quelque sage qu'elle soit dans son principe , a toutefois plusieurs écueils a éviter. Le premier et le plus grave de tous serait cette exaltation aveugle et sans mesure, qui nous déroberait le sentiment de notre propre faiblesse, qui , en nous précipitant vers le fantôme d'une perfec-
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tion idéale, nous laisserait dans l'impuissance réelle d'accomplir le bien qui se trouve à notre portée. Que le mouvement dont nous sommes animés soit ardent , sans doute , constant , infatigable ! mais qu'il ne soit jamais inquiet , précisément pour qu'il puisse mieux se soutenir ! Qu'il ne soit pas même impatient ! C'est uu grand acte de résignation , pour une ame qu'embrase le zèle de la vertu, que de consentir à reconnaître et à subir la lenteur inévitable des progrès , à porter , jusqu'à la fin de ses jours , le poids de ses imperfections; mais cet acte de résignation est nécessaire ; il est commandé par la condition de l'humanité; seul, il peut conserver le calme nécessaire pour bien voir la route qui se découvre en avant de nous, et pour y marcher d'un pas sur. Qu'il y ait une juste élévation dans les vues qui nous guident! Mais qu'elles ne se perdent point dans les nuages ! Qu'elles ne restent point vagues , indéfinies , comme on l'observe trop souvent chez ceux qui, en se dévouant au bien, se confient plus au sentiment intime qu'aux règles positives! il arrive alors que le sentiment lui-même s'évapore et se confond dans des spéculations purement théoriques, au lieu de se convertir en applications positives ; l'imagination, dans de douces et sublimes extases, se nourrit des perspectives les plus ravissantes; mais la vie n'en reçoit que peu d'influence ; c'est une poésie qui charme les loisirs de l'oisiveté; ce n'est pas un instrument pour la conduite.
Enfin, et surtout, ce mouvement ne doit point être désordonné, livré au hasard. Dans le grand ouvrage de a v 16..
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n'aura pas occasion d'appliquer , et d'en prendre ensuite prétexte pour négliger celles dont la pratique journalière nous serait demandée; cette manière de se faire vertueux, dans un ordre hypothétique , flatte à la fois la paresse et la vanité; mais elle trompe le vœu de l'amélioration morale, elle en énerve le principe. Nous nous attacherons donc aux devoirs qui se lient plus particulièrement à notre profession, à notre situation dans la vie , devoirs plus familiers, moins briilaus, mais plus favorables à notre amélioration , précisément parce qu'ils ont moins d'attrait pour l'amour-propre: nouveau et admirable prix de ces devoirs de famille , dont la Providence a semé le cours entier de notre vie , comme pour donner une valeur à chacun de nos instans , comme pour consacrer nos relations les plus habituelles et les plus intimes , comme pour changer en un sanctuaire l'intérieur qui compose notre existence domestique !
H est des vertus qu'on pourrait appeler des vertusmères , parce qu'elles sont comme la tige d'un grand nombre d'autres : telles sont , par exemple , la reconnaissance , la justice. Elles seront donc le premier objet de notre ambition et de nos efforts; nous y puiserons d'avance l'intelligence et le goût de celles qui leur sont subordonnées; nous pénétrerons mieux , dans leurs principes > les motifs qui doivent nous porter au bien; nous sentirons mieux par quels liens secrets nos devoirs se lient les uns aux autres; nous jugerons mieux le rang qu'ils observent entre eux.
Il est des vertus qui sont comme autant de sœurs et a 16.. •
qui se prêtent une mutuelle assistance : il nous sera plus facile de passer des unes aux autres. Il est utile cependant aussi de cultiver quelquefois en même temps des vertus qui semblent avoir des caractères presque opposés ; elles servent à se circonscrire , à se faire équilibre ; on évite de la sorte de tomber dans l'excès des habitudes trop exclusives; on entretient mieux l'harmonie des facultés morales. C'est ainsi que les règles de la gymnastique combinent entre elles les exercices qui exigent à la fois plusieurs genres de mouvemens , afin que les organes se développent en accord et qu'aucun n'obtienne aux dépens des autres une vigueur exubérante.
H est des vertus qu'on peut considérer comme instrumentales y c'est-à-dire qui fournissent les moyens généraux à l'aide desquels les autres peuvent ensuite être pratiquées ; telles sont , par exemple , la patience et l'obéissance; nous aurons soin de nous en munir d'avance autant qu'il nous sera possible , pour arriver armés sur le champ du travail, ou sur le théâtre du combat.
Nous nous attacherons à écarter les obstacles , avant de nous précipiter vers le but; de nous précautionner contre les périls avant de nous lancer dans de hardies entreprises ; de réparer nos pertes, avant d'aspirer a des acquisitions nouvelles.
En tout , et c'est ici l'une des maximes fondamentales sur lesquelles repose tout le système de l'amélioration progressive, nous nous étudierons à pénétrer les véritables principes qui motivent nos devoirs et ceux qui en font reconnaître la source originelle; car c'est dans la
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méditation de ces principes , que nous découvrirons les corrélations qui existent entre les vertus, que nous puiserons nous-mêmes les sentimens qui, leur étant communs, conduisent de la pratique des uns à celle des autres. Les détails deviennent faciles à celui qui a bien saisi l'ensemble.
Les petites choses ont cependant aussi leur importance relative , et peuvent même en recevoir une plus considérable , sous un certain concours de circonstances. Les âmes élevées ont à se défendre d'une négligence quelquefois excessive pour ces observances de détail , et s'excusent trop facilement aussi du peu d'attention qu'elles y apportent L'orgueil peut trouver , dans ce dédain , un secret aliment. Il n'est jamais permis de s'attribuer une supériorité morale qui autorise des manquemens volontaires, quelque faibles qu'ils paraissent. La réflexion qui les reconnaît et les avoue comme volontaires les aggrave ; l'oubli eût été peu de chose ; la négligence affectée est un tort réel. Les petites choses d'ailleurs ont quelquefois des conséquences étendues et qu'on n'aurait pu prévoir , particulièrement dans nos rapports avec les autres hommes ; une légère imprudence peut occasioner une blessure profonde , causer un grand désastre. L'observation des petites choses donne seule à l'œuvre de la vertu , comme aux productions des arts, ce caractère achevé et uni qui en devient le principal ornement: elle est à la vertu ce que la grâce est aux arts. L'observation des petites choses appelle en quelque sorte la présence sacrée et tutélaire du devoir sur tous les instans de notre vie, anime et remplit
de ses influences toute l'atmosphère que nous respirons. Elle a l'avantage de nous faire parcourir une "variété d'objets, de bous les faire apercevoir sous toute* les faces, et de prêter ainsi une heureuse fécondité aux notions morales. 11 y a aussi une sorte d'élévation à savoir conserver un juste respect pour ce qui est bon , alors même que son image se reproduit snr une seène phts étroite, à savoir s'honorer des observances les plus modestes et les plus obscures , dès qu'elles sont dans l'ordre établi, et à porter de nobles motifs jusque dans les moindres occasions. Enfin , en donnant aux petites choses le degré d'intérêt qui leur est dû, on s'entretient dans de salutaires exercices: ce seront, si l'on veut, des espèces de jeux , mais des jeux utiles, honorables; on aura le bonheur de ne laisser aucune lacune, aucun relâche dans le travail de l'activité morale ; on se préparera graduellement aux choses, les plus difficiles; on aura le mérite d'avoir vaincu , même en cela , une difficulté , en se captivant pour remarquer et pour exécuter ce qui eût échappé a l'attention ; mais surtout , on se trouvera naturellement conduit de la sorte à la continuité d'une utile vigilance sur sownême , et dans ce seul résultat , on trouvera un préservatif indirect et inattendu contre une foule de dangers d'un autre genre, et qui eussent pu être plus ou moins graves. Les observances de détail sont comme une sorte de sentinelles disséminées ça et là , pour nous tenir en éveil et nous avertir sans cesse que , dans la carrière de ^amélioration morale , il n'est point permis de goûter le repos de Foisiveté et de la léthargie.
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CHAPITEX VIII.
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