‹ Du perfectionnement moral, ou de l'éducation de soi-même (volume 3)Chapitre 25 sur 34 · LIV. IM. 8RCT. Il; GHàf , I. WI · texte numérisé non relu

LIV. IM. 8RCT. Il; GHàf , I. WI

mentons tellement notre iajblesse i H est boa de mesurer jusqu'où peut aller l'élan de )a vertu , quand ee ne serait que pour apprendre combien nous en. sommes encore éloignés; Mais nous admirons, nous louons plu&faailer ment aussi les mérites qui ne sont pas à notre usage, et que nous nous croyons dkpeiisé&d'acquérir; la, jouissance que raus éprouvons à les contempler est lente gratuit*: * c'est ainsi que nou? allons applaudir , su?- la seine tragique r à ces grands, actes dHmmolation au devoir , qui sont les modèles ai sublime moral, sans .que. cela tire, à conséquence pour notare propre .vie,, et sans que nous songions à y, puiser quoique application usuelle. Cherchons donc aussi des exemples qui soient, réellement exemples r qui , plus modeste*, se JMrouvenJ; par lamente à notre portée > qui deviennent l'itinéraire du voyage que nous sommes appelés a entreprendre, que nous espérons pouvoir,, accomplir î , .

D est utile enfin de prendre- les exemples dans les situations, qui o&ent et plus d'obstacles et moins de secours. Les vertus <les riches ont. peu d'éloquence pour persuader ceux qui subissent . l'épreuve, de Fadversité. La pauvreté a ses modèles d'héroïsme , dont le spectacle récompense au centuple , en les instruisant, ceux qui s'approchent d'elle pour la secourir : combien de fois ils ont rougi , en considérant tant de patience , de résignation , de douceur , chez ces êtres sounrans , abandonnés , dédaignés ! Que ne peut-on conduire à un tel spectacle cette jeunesse qu'on croit instruire avec des livres! que ne peuton ouvrir à tous les regards les portes de ces humbles

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asiles f Qu'ils viennent , qu'à» voient, cou* qui, pré pa r é* par l'éducation, soutenus par l'opinion et les regards du monde, ayant si peu d'épreuves h subir , tant d'aides pour les assister, osent cependant , du sein de toutes les jouissances de la vie , «lever des doutes systématiques sus la liberté humaine et la réalité delà vertu ! qu'ils viennent ces hommes qui , en contestant a notre nature ses plus belles prérogatives , a&ctent cependant quelquefois tant d'orgueil ! qu'ils voient , qu'ils s'humilient ! qu'ils apprennent tout ce qu'il y a de grand , de vrai , de sérieux, dans les destinées humaines I qu'ils trouvent ici le remède à leur frivolité et la réponse à leurs sophismes ! Dès les premiers âges de la civilisation , les peuples rangèrent au nombredes demi-dieux les personnages qui s'étaient signalés par une suite de grandes et belles actions ; on supposait que ces héros avaient du conserver avec la nature divine une consanguinité plus prochaine; on se complaisait a mettre le souvenir de leurs exemples sous la sauvegarde du culte public, a' ajouter à l'autorité de ces exemples toute la puissance de la religion; c'était une sorte de culte qu'on instituait en l'honneur de fa vertu. Combien le christianisme a étendu et épuré ces vues ! il a choisi les modèles dans toutes les contrées de ta terre, dans toutes les conditions de la société ; c'est lui qui a enfin appris au monde à honorer les vertus obscures; il a fait sortir ses héros dn sein des plus humbles professions; il les a fait apparaître sous les haillons de l'indigence ; il a contraint notre orgueil et notre frivolité à se prosterner en leur présence, il a trouvé des

exemples pour chacun de nous ; il en a trouvé surtout pour ceux qui ont le plus besoim de secours.

Le -vulgaire tire la règle morale , de l'autorité des exemples , tandis que l'exemple n'aluï-méme d'autre au* torité réelle que celle de la règle qu'il est destiné à mettre en lumière. Souvent , sans souscrire précisément à m préjugé , on conclut cependant par induction : on suppose que tout cequ'on voit faire à des hommes vertueux peut servir de modèle , ou du moins d'excuse : c'est une erreur. Les gens de bien ne sont pas toujours parfaitement conséquensà eux-mêmes; ils ont leurs anomalies; ils ont leurs erreurs que de louables intentions peuvent racheter; il y a en eux aussi des choses qui sont liées et à l'ensemble de leurs situations, et à leurs vertus elles* mêmes; c'est une espèce de privilège qu'ils ont acquis. Soyons bons* autant qu'eux, avant de prétendre y participer !

L'esprit de contradiction semble avoir été placé à côté de la disposition obséquieuse à l'imUatiftn mécanique , comme pour, lui servir d'antidote. Le sentiment de notre liberté et les besoins d'indépendance qui sont innés eu nous, lorsqu'ils ne; sont pas entièrement étouffés, réagissent contre toute usurpation qui tend à nous asservir. Aussi , se manifestent-ils d'autant plus , que la prétention de nous asservir se découvre plus, ouvertement. Aussi, l'esprit 4e contradiction semblert-U avoir été plus partir culièremeut départi aux êtres faibles ; menacés, ils y trouvent une protection; opprimés, une vengeance. Si l'homme jkible ne peut àétouke sa liberté dans les chor

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ses essentielles, il s'en consolera dans les petites; s'il ne peut résister aux actes, il censurera les motifs; et Ton verra ce contraste d'une faiblesse qui obéit à l'exemple donné, et d'une liberté d'esprit qui, en condamnant ce même exemple, se dédommage de sa servitude, toutefois, l'esprit de contradiction sert mal quelquefois la cause pour laquelle il parait s'employer : il ne cherche pas ce qui est meilleur en soi, mais ce qui est opposé à ce qui existe : il ne tend pas au but, il lui suffit de dévier de la route commune. Son office devrait être de critiquer, seulement pour préparer à un examen impartial , de rompre les chaînes de l'imitation instinctive , pour rendre a l'ame cette libre activité qui , plus tard, s'exercera dans une imitation réfléchie.

L'orgueil aussi repousse les exemples , mais parce qu'il se refuse à reconnaître toute supériorité ; et la supériorité morale , étant la plus réelle , doit l'importuner plus qu'aucune autre. Il dédaigne les secours; il veut s'isoler. On dirait que le vrai et le bon eux-mêmes ont tort à ses yeux, venant d'autrui. Il devient capricieux, bizarre, en se croyant original. Ceux qui rejettent les exemples sont ordinairement ceux auxquels ils seraient le plus nécessaires. Un de leurs grands avantages est précisément de servir de remède à notre orgueil. Qu'ils soient donc bénis, ceux qui nous ont légué ce riche héritage, ceux qui , en nous précédant , nous ont aplani les voies ! Qu'ils continuent à être pressas au milieu de nous, entourés de notre vénération et de notre reconnaissance : ils furent nos vrais instituteurs^ et nos maîtres. H est

beau, il est doux de vivre dans cette compagnie illustre et sainte i nous y trouverons une sécurité entière ; nos inquiétudes se calmeront; nos doutes seront dissipés: fatigués de la vue du monde, du sentiment de notre propre faiblesse, isolés peut-être sur la terre, nous trouverons en eux des amis dont le commerce nous soutient, nous encourage et nous console.

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