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d'en être digne sera une force encore ; le désir de les faire jouir y de faire tressaillir leur cœur à la vue de nos bonnes actions , sera un dernier encouragement ; et de quoi ne nous rendrait-il pas capables? Nous -voulions nous dévouer à. leur bonheur ! Pouvons-nous leur apporter une félicité plus pure ?
. La conviction de la* vérité semble redoubler dans l'esprit, quand on la retrouve chez autrui; c'est un témoignage qui nous atteste que nous avons bien pensé. Les sentûnens honorables acquièrent de même plus de puissance , quand on les trouve partagés. Il est dans la nature de toutes les impressions qui portent en elles-mêmes un caractère d'harmonie, de se complaire dans le concert qui les répète, de recevoir une nouvelle énergie, en se rencontrant ainsi avec leur propre image; c'est une seconde harmonie jointe à la première., qui la confirme et la rehausse. La vérité trouvée à deux prend un plus vif éclat ; une bonne action faite en commun cause une joie plus profonde. Quand , retiré k Fécart avec un ami , vous avez ensemble médité les choses du bien , quand vos regards se sont rencontrés , comme vos cœurs , dans un saint transport, la vertu ne vous a-t-elle pas paru plus majestueuse et plus belle? Oh, si cette alliance sacrée se forme dans la fleur de la jeunesse , qu'il est beau de la voir naître au milieu de toutes les ardeurs généreuses, et de toutes les légitimes espérances ! C'est à cette époque de la vie qu'elle a le plus d'utilité ; c'est à cette époque aussi qu'elle a le plus de charmes, comme si la Providence s'était plu à y inviter de la sorte ceux qui doivent
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y trouver le plus de secours. Contractée dans la perspective du but commun de la destinée , elle pourra dès-lors devenir l'alliance de la vie entière. Les voilà qui s'avancent ensemble dans la carrière orageuse et difficile de l'existence terrestre , ces Itres unis pour devenir meilleurs I Es s'avertissent, s'encouragent, se récompensent, se tendent la main au milieu des précipices, se montrent la palme ; ils ont mis tous leurs mérites en commun , et leur affection s'accroît de leur reconnaissance mutuelle. L'un d'eux est-il atteint par l'adversité ? frappé par l'injustice des nommes, il n'en est que plus cher , il n'en est que plus honoré par l'autre ; l'amitié lui conserve de vrais biens qui ne peuvent lui être enlevés, l'absout des injustes arrêts de l'opinion. Les événemens, les passions s'agitent autour d'eux , sans affaiblir les liens qui les tiennent unis , car ces liens sont placés sous une sauvegarde inviolable. L'absence même ne saurait les séparer véritablement; car leurs âmes ont un centre où elles se retrouvent et
s'entendent. Us arrivent ainsi du même pas Qa'ai-je
dit? Peut-être l'un d'eux a le premier accompli sa tâche! il a disparu ! les secours de l'amitié ont-ils cessé? Non; celui qui est condamné a survivre s'améliore encore par sa douleur elle-même; son ame, veuve pour un temps; se nourrit de ses souvenirs ou de ses espérances ; auprès du tombeau de celui qu'il aima , il médite ses exemples , ses conseils , avec une vénération profonde , avec un attendrissement religieux. Dans cette voix intérieure qui lui dit: Sois bon, il reconnaît la voix de son ami. De belles actions, voilà les monumens qu'il veut élever à sa mé~
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moire. D'un cercle entier d'amis, il en est un qui devra rester le dernier sur la terre ; infortuné! son cœur était créé pour les affections ! et à quelle solitude il est voué ! Quels appuis trouvera-t-il pour l'aider à supporter sa destinée ? Quels appuis ? S'il a su en effet s'instruire à l'école de la vraie amitié , il comprendra qu'il est encore , dans les voies du perfectionnement, un degré plus élevé que celui où résident les jouissances de l'affection intime, degré heureusement réservé à ceux qui sont déjà avancés dans la carrière ; il comprendra qu'il y a un secret héroïsme du cœur dans cette fidélité au bien , qui persévère , alors que les consolations, les encouragemens sont retirés, alors qu'on ne peut plus trouver sa récompense dans l'approbation de celui qu'on aimait ; cette privation de toute assistance visible l'appelle à des exercices presque sublimes; il touche aux sommités de la vertu.
Indépendamment des secours que nous puisons dans le commerce de l'amitié , il en est d'autres qui ont aussi leur utilité , quoiqu'ils soient loin d'avoir la même douceur; ils sont, au contraire , mêlés d'amertume ; ce sont ceux que nous prêtent nos ennemis, ou du moins que nous pouvons leur emprunter. Ils serviront à corriger ce qu'il y avait , dans l'amitié , de trop complaisant et de trop mou , à réparer ses adulations si séduisantes et si propres à nous corrompre. Us deviendront un supplément abondant aux instructions qui nous introduisent à la connaissance de nous-mêmes. De nos amis nous apprenons nos qualités; par nos ennemis nous saurons nos défauts; nous pouvons nous fier à eux pour cette découverte ,
que , sans eux , peut-être , jamais nous n'aurions sa Eure. Notre amour-propre aura, il est vrai , la ressource d'accuser ces témoins, de partialité ; mais , si nous sommes sincères, nous trouverons presque toujours quelque chose de vrai , au travers de l'exagération que l'inimitié aura portée dans ses reproches.
La présence d'un ennemi entretient notre vigilance ; nous devenons sévères envers nous-mêmes, pour échapper à ce qu'il y aurait de juste dans la sévérité d'autrui.
Il est donc bon, à quelques égards , d'avoir des ennemis; cela peut même être nécessaire. Certes, on n'est pas contraint à être l'ennemi de qui que ce soit ; mais ou peut être souvent appelé à avoir des adversaires. On ce rencontre pas seulement les adversaires dans la lutte des intérêts privés; on les rencontre inévitablement aussi en se dévouant à la cause de la vérité et de la justice ; et c'est surtout dans ce dernier cas, que les adversaires deviendront des ennemis implacables.
La crainte de se créer des ennemis a fait commettre plus d'une lâcheté coupable : c'est ainsi qu'on transige avec ses devoirs, lorsque , en les remplissant, il faut résister aux passions des autres ou heurter leurs préjugés; on ne prend que d'une voix timide et faible la défense de l'innocence opprimée ; on laisse passer et circuler sans obstacle les maximes pernicieuses qui se trouvent accréditées. Irait-on compromettre son repos pour des abstractions ? On tremble surtout devant l'orgueil et l'intolérance, parce que, de toutes les passions, celles-ci sont les plus irritables ; cependant ce sont surtout l'intolérance
et l'orgueil qui demandent k être réprimés avec vigueur , châtiés avec sévérité , qui doivent trouver l'homme de bien inflexible. On espère échapper par des concessions , et, plus on accorde, plus on se trouve entraîné à céder encore.
Le sage, en servant la cause de la vertu, évite d'employer les traits qui blesseraient les personnes ; il réserve ses sévérités pour les choses. Cependant , quels que soient les égards qu'il prenne soin d'observer, il se trouve ton* jours des gens qui se reconnaissent dans ce qui a été censuré, qui prennent pour eux le blâme , et qui sont même blessés d'entendre louer des mérites qu'ils n'ont pas. L'homme de bien, en servant la cause de l'innocence, évite toujours de mêler, même & la juste indignation d'une ame honnête , les accens des passions humaines; mais la violence qui opprime s'irrite davantage d'une modération qui la condamne. Les persécuteurs ne pardonnent pas à ceux qui refusent de servir d'instrument k la persécution; ils en veulent même à ceux qui refusent de l'approuver , surtout si ce sont des gens de bien. Que faire donc, et comment échapper aux ahimosités? l'impartialité même et la modération, loin de vous défendre toujours des inimitiés, vous attireront la haine des hommes que les passions aveuglent. Que faire? il reste à accepter cette haine comme un honneur , à la dédaigner avec une fierté modeste et sereine. D est certains ennemis dont les attaques doivent nous donner une conscience plus vive de nos mérites : l'homme public devra s'applaudir de sa fermeté, dcTintégrité de son caractère,
KB DU FltrECTIOHHEMEHT HOBAL.
% s'il est en batte aux clameurs de Pmtrigue ; à quelles fureurs ne devra pas s'attendre celui qui, appelé à démasquer l'hypocrisie , aura rempli ce devoir avec une courageuse franchise. Un magistrat, nous en avons fait plus d'une fois Fexpérience,n'a pas d'ennemi plus acharné que celui qui a vainement tenté de 4e corrompre. H est impossible d'être sincère, sans blesser quelques vanités; juste, sans offenser quelques pré t e n tions ; généreux, sans frire le procès à l'égoïsme. On l'a remarqué, et malheureusement la remarque est fondée, que l'inimitié la plus injuste porte presque toujours à celui qui en est l'objet, quelque préjudice dans l'opinion; ce sera encore une instruction à recueillir : cette expérience enseignera i ne point trop s'appuyer sur l'opinion, à en mesurer le prix ; elle enseigne un dernier sacrifice que réclame le devoir ; elle contraint à chercher , à trouver dans le témoignage intime de la conscience , le véritable secret du repos et de la force.
La présence de l'amitié alimente surtout l'amour au 4>ien ; celle de l'inimitié favorise surtout l'empire de soi.
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OH1IITHI III.
DE LA V1B DtJ MOUD» |T Dl U SOLITUDE.
Le commercé des hommes est, pour l'homme , le premier moyen d'éducation. C'est par ce commerce qu'il est délivré «de la vie sauvage et brutale des sens , qu'il est introduit à la vie des affections et de la pensée ; la même influence l'accompagnera encore à son entrée dans la vie morale.
De même que le langage, institué d'abord pour les communications réciproques, devient ensuite, pour chaque individu, un instrument qui développe, forme, fixe sa pensée et son jugement ; de même aussi , en croyant n'être que spectateurs des actions des autres, nous nous étudions à notre insu dans autrui, comme dans un miroir qui nous refléchit notre propre image; les différences même qui existent entre nos semblables et nous, nous instruisent à nous mieux connaître ; elles multiplient pour nous les comparaisons et les contrastes. Ainsi, le commerce des hommes devient en réalité une école pour la réflexion intérieure. En découvrant ainsi ce que nous sommes, nous apercevons en même temps ce que nous pouvons devenir j appelés à choisir, en présence de ces pers-
pectrves, nous sommes par là conduits à nous consulter nous-mêmes. La lutte des intérêts et des prétentions fait éclore le sentiment de la justice, les bienfaits reçus enseignent la reconnaissance, et ainsi s'opère le passage de l'équité à l'amour ; l'échange des affections enseigne le dévouement, et le dévouement, cette générosité qui esta son tour l'introduction à la vertu.
Ne cessons point d'admirer la sagesse profonde des desseins de la Providence dans les lois constitutives de la nature humaine ! elle a placé l'aiguillon d'un besoin partout où se trouvait , pour l'homme, un moyen de perfectionnement L'état de société devait occuper, en général, le premier rang parmi ces moyens ; et , pour chaque individu, il est d'abord une nécessité, il devient ensuite un attrait. Nos facultés devaient se perfectionner par l'exercice ; et le besoin d'activité nous fait rechercher tous les genres d'exercices , et l'état de société entretient ce désir de mouvement, en lui offrant des occasions infiniment variées pour le satisfaire* L'enfance et l'adolescence avaient surtout besoin d'appuis et de guides ; elles ont été parées des grâces aimables qui charment et appellent le* coeurs ; c'est en se sentant aimé qu'on apprend à aimer à son tour. Attirée ainsi auprès de ceux qui débutent dans la vie, l'affection vient les prévenir; ils lisent dans nos regards la grande leçon de l'amour; ils sont attendri*, émus; ils comprennent; eux-mêmes, pressés du besoin d'être chéris, ils invoquent, sollicitent nos affection*, avec les premières choses de la vie, et sans se rendre compte encore du secours qu'ils nous demandent. Bien*
tôt, ils découvriront la nature et le prix de ce secours : ils sentiront aussi que, pour conserver de tels biens, il faut mériter l'estime ; ils rougiront de n'avoir rien fait encore pour l'obtenir ; ils voudront répondre au sentiment dont ils sont l'objet 3 dans ce sentiment lui-même,. Os trouveront un soutien , une protection ; quelle confiance n'inspire pas le bonheur de se voir aimé!
vous qui chérissez avec tendresse le jeune âge, soyez bénis! par ce sentiment seul, vous êtes déjà ses vrais instituteurs ! vous ne lui donnez pas seulement de précieuses lumières , vous lui donnez aussi des forces ! Or, la même influence qu'exerce le commerce des hommes sur l'aurore de notre vie, devrait se continuer , à quelques égards, dans toute la suite de notre éducation morale, si, de notre côté, nous savions y concourir par la coopération qu'elle exige; mais cette influence se modifie aussi, et, par conséquent , peut s'altérer, à mesure que nos rapports s'étendent et se compliquent.
« Toutes les fois que j'ai été parmi les hommes, a dit » un sage , j'en suis revenu un homme plus imparfait. » Ce sage a été trop sévère peut-être envers la société et envers lui-même. C'était un solitaire. Quiconque sort de sa solitude pour entrer dans le monde, court le danger d'être entraîné à porter des jugemens beaucoup trop sévères et sur le monde et sur lui-même. On ne peut trouver réalisées les images que l'on s'était formées à son gré , d'après une contemplation tout idéale ; on ne peut appliquer avec rigueur les règles absolues que l'on avait puisées dans le domaine de l'abstraction ; jeté au milieu
de la société , on est frappé du contraste ; on rencontre mille difficultés, mille obstacles qu'on n'avait point éprouves, ni soupçonnes, peut-être , dans la vie solitaire. La distraction seule serait déjà un grand trouble : on n'a plus les mêmes secours ; on est déconcerté. H avait été facile jusqu'alors de spéculer en paix, loin des dangers, sur les voies de la perfection ; on se croyait peut-être près d'atteindre au terme ; c'est qu'on n'avait pas été réellement mis à l'épreuve : la réalité survient et le travail commence ; alors, on s'en prend au monde, faute de remarquer qu'on n'avait apporté soi-même dans le monde qu'une vertu imparfaite et débile. N'accusons donc pas le commerce des hommes, des torts qui nous sont personnels ! mais examinons les dispositions que nous devons y porter, celles que nous devons y conserver , pour en éviter les périls et en recueillir les avantages.
Le penchant de la sociabilité a quelque chose d'éminemment moral : il met en mouvement plusieurs facultés précieuses; il ouvre l'ame et fait épanouir plusieurs sentimens honorables. Avons-nous jamais bien remarqué ce qui se passe en nous, lorsque nous nous trouvons jetés an milieu d'une grande réunion d'hommes , particulièrement lorsque cette réunion renferme des personnes de conditions différentes, et qui n'ont , avec nous, aucun point de contact qui puisse donner lieu à la collision des intérêts? Il y a, dans ce que nous éprouvons, une impression vague, mais profonde, qui apprend à chacun de nous à se reconnaître comme un membre de l'humanité, et qui lui Sut trouver dans ce titre quelque chose de noble , de
touchant, de solennel. C'est une impression du même genre que celle que l'on ressent en se voyant au milieu de sa famille; elle est moins vive, mais elle a plus d'étendue. Alors , tout ce qui intéresse la dignité de notre nature se fait mieux comprendre et sentir 3 on se sent fortifié par cette grande et vaste alliance ; les émotions généreuses prennent un ascendant plus rapide et plus sur. Si , dans l'un de ces jours que nos institutions sociales, par une disposition aussi sage que bienfaisante , ont consacrés à un repos général, vous vous mêlez inconnu au milieu de la foule, dans les promenades publiques, confondu avec ces bonnes gens, aspirant le même air, contemplant le même ciel , comme vous participez à la même nature et à la même destination! votre cœur ne semble* t-ilpas se dilater, ne goûte-t-il pas un certain bien-être , ne s'ouvre-t-il pas à des dispositions douces et sereines? Si ce paisible cortège se déploie au milieu des scènes augustes et simples de la nature , s'il se dirige vers quelque monument grave et majestueux des arts, de la civilisation , s'il entoure les statues des grands hommes , s'il pénètre dans un temple, si, en un mot, quelque pensée morale ou religieuse vient encore planer sur cette assemblée, les émotions que cette pensée eût produites dans votre ame ne prennent-elles ' pas un nouveau caractère de force et d'élévation? Telle serait l'influence naturelle que nous retirerions constamment du commerce général de la société humaine , si elle n'était altérée par les dispositions hostiles qui naissent de nos rivalités, du désir secret que nous avons de subjuguer ou d'envahir. Or, ce qui la trouble, ce ne sont
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pas tant encore les hostilités dont nous sommes l'objet 7 que celles dont nous sommes les auteurs; les blessures même que nous causent les premières s'enveniment par notre faute; nous semblons nous complaire à les rendre plus vives : l'envie, que nous pouvions dédaigner, nous irrite ; la critique , qui pouvait nous éclairer, nous blesse ; l'indifférence même, quelquefois nous humilie : notre amour-propre, surtout, entre en guerre avec tous les amours-propres, guerre sourde et cachée, mais continuelle et implacable. Nous nous plaignons de l'entraînement des exemples; mais les exemples n'ont de prise sur nous qu'autant que nous l'accordons : en s'exammaut bien , on verra , d'ailleurs , que les exemples si Êucifement suivis ont trouvé en nous quelque penchant fevorahle, ou que nous avions quelque intérêt secret à suivre les vestiges d'autrui; c'est ce qui arrive, en particulier, à l'égard de ceux qu'on veut flatter ; car il n'est pas d'adulation plus délicate. Nous nous plaignons de l'extrême corruption du monde, du découragement et de la tristesse qu'elle nous fait ressentir. Ici, prenons garde aux déclamations, et apprécions les choses à leur juste valeur ! A notre entrée dans le monde , nous présumons ordinairement beaucoup trop de bien des autres hommes; et aussi, nous en exigeons bien davantage. Plus tard, nous tombons dans l'exagération contraire, par l'effet même de la surprise que nous fait éprouver notre mécompte. Soyons sincères! les vices que nous reprochons surtout au monde sont ceux dont nous avons souffert dans notre ~<re repos, nos prétentions; et le jugement que
uous en portons ressemble un peu à la vengeance. Nous sommes raecontens de nous-mêmes ; nous reportons ce mécontentement sur les autres ; nous les voyons au travers de cette disposition chagrine qu'a fait naître en nous le malaise intérieur. Noos ne nous sommes guère étudies à découvrir, à noter ce (pie la société pouvait renfermer de vertus cachées, de sentimens vrais et justes. D'ailleurs, quelle est donc cette faiblesse de notre raison , si la morale perd de son autorité à nos yeux, parce qu'elle perd de son crédit dans le monde? Le succès terrestre lui est-il donc nécessaire comme une sanction ou une preuve? Devient-elle une illusion, parce que quelques hommes frivoles la méconnaissent? Que conclure done de cette expérience? U en faut conclure que le monde est le théâtre sur lequel, généreux défenseurs de cette cause méconnue, nous devons venir combattre pour elle, au lieu de fuir, cédant à des craintes pusillanimes! Voilà ce qu'elle attend de nous. En cherchant à la faire honorer, à lui faire obtenir la conquête des cœurs, nous sentirons mieux tout ce qu'elle a de vrai, de bienfaisant et de céleste; nous sentirons le besoin d'appuyer nos apologies par notre caractère. De quels progrès la philosophie et la science ne sont-elles pas redevables aux contradictions que la vérité a souvent rencontrées en se produisant! Leurs partisans ont recueilli des vérités nouvelles qui jaillissaient du seiu des discussions. lia morale peut retirer les mêmes fruits, des mêmes froissemeus. N'arrivet— il pas , pour l'homme de bien, un moment oi| il doit confirmer, par ces nobles combats, la solidité de ses
principes? N'est-il pas temps qu'il apprenne à professer tout haut les saintes maximes du devoir , en présence des passions humaines, affaire le bien pour le bien lui-même ? Semblable au serviteur fidèle d'un monarque poursuivi par la fortune, qui brave le pouvoir de l'usurpateur, il s'enflammera d'une ardeur nouvelle pour la morale, en la voyant méconnue, exilée, persécutée; il sortira du champ où il se sera dévoué pour sa cause, plus mâle, plus grand , plus indépendant encore.
L'honneur de porter jusqu'à l'héroïsme ce genre de dévouement n'est accordé qu'à un petit nombre d'hommes; c'est une faveur que la Providence semble avoir réservée à ces âmes privilégiées qui paraissent sur la terre comme de glorieux témoins des vérités éternelles. Mais, chacun de nous, dans le cercle où il se trouve placé, peut participera cette généreuse vocation ; chacun de nous , en luttant contre les préventions , contre les passions vicieuses , contre l'indifférence et la frivolité, peut aussi être un confesseur de la morale , remplir à sa manière une sorte d'apostolat, le confirmer par ses succès et ses sacrifices , en recueillir une nouvelle provision de forces , en apprenant à résister.
Il suffirait d'ailleurs, pour trouver, dans la vie. du monde , un exercice favorable à l'empire de soi-même , il suffirait de ces sujétions et de ces gênes sans nombre auxquelles elle nous soumet , de ces contradictions de tout genre qu'elle nous suscite continuellement , si nous savions en profiter. Par une erreur bien singulière; nous nous résignons à endurer ce supplice, et nous dédai-
gnons d'en tirer le» avantages. Nous nous contraignons avec dépit, nous faisons ce sacrifice à l'intérêt, à l'ambition, surtout k l'amour-propre : il nous eût été si facile d'en Élire un moyen de perfectionnement ! Il eût suffi de faire volontairement ce que nous faisons à contre-cœur, et d'accepter sincèrement la contrariété, au lieu de nous borner a maîtriser notre langage et nos manières. Si nous savions l'employer de la sorte comme un exercice vertueux , la contrainte elfe-même qui nous est imposée deviendrait beaucoup moins pénible?, et nous atteindrions mieux l'effet que nous en attendons, parce que nous la supporterions de meilleure grâce. La vie des anachorètes a*sans doute de brillantes austérités; mais il en est aussi au milieu de cette vie du monde qui ne semble offrir que des distractions et des plaisirs: il en est pour ceux qui savent les comprendre et en faire usage ; et , pour être moins singulières , elles n'en sont pas toujours moins méritoires.
La vie du monde pourrait donc être plus favorable à notre perfectionnement, que nous ne voulons en convenir, peut-être pour nous excuser de ne pas profiter des secours qu'elle nous offre. L'entreprise est difficile! il est vrai ; mais les difficultés elles-mêmes sont au nombre des conditions qui servent aux fruits qu'on en retire. Ce qui en résulte , au surplus , c'est qu'il faut être déjà mûr et fort, quand on se présente sur ce théâtre; c'est qu'il faut continuer sans cesse de se fortifier, de se mûrir. La vie du monde est'un voyage où l'on ne peut s'engager sans provisions, un combat où l'on ne peut
se présenter sans armes. Il faut y arriver avec un grand fonds de bienveillance pour les personnes et de sévérité sur les principes, et renouveler ce fonds continuellement ; car c'est celui que la vie du monde tend aussi continuellement à épuiser. Il faut y arriver nourri par ia méditation , et se ranimer incessamment par ses exercices ; car la vie du monde n'est qu'une distraction renouvelée sous mille formes, et un tumulte immense. Il faut être soi, en y entrant, et y demeurer soi; cari' vie du monde tend à nous enlever tout ce qui nous appartiendrait en propre. Il faut y croître sans cesse ; car, sans cesse, les obstacles s'y multiplient. Voulons-nous prévenir , dans leur première origine , les impression* fâcheuses que nous recevons du commerce du monde? veillons sur nous-mêmes , et prenons garde avant tout à ce que le désordre et le trouble ne s'introduisent dans nos facultés morales , par l'effet de l'agitation qui règne autour de nous ! C'est en effet par là que commencent toutes les maladies morales dont la contagion nous menace. Ainsi se dissipent les bonnes résolutions dont on s'était nourri; ainsi s'oublient les plans qu'on avait conçus : on est quelque temps entraîné sans s'en aperce voir ; on est surpris sans défense; cbaque jour on rétrograde de quelques pas ; on n'a point le dessein formé df se corrompre; mais on cède à la corruption, presque à son insu. Que si un trait soudain de lumière vient avertir du péril, et révéler les pertes déjà éprouvées, le trouble s'accroît encore par les regrets , par la contradiction qui s'élève entre un ancien sentiment de ce qui
est bien et les habitudes de faiblesse déjà contractées ; la confusion est bientôt à son comble, et l'on finit par détourner ses regards de soi-même , pour échapper à un spectacle importun. C'est à peu près ainsi que le défaut de surveillance amène progressivement la ruine d'une fortune entière. Voyez le sage, au milieu de ce monde dont il n'est pas aperçu, dont il se réjouit d'être ignoré ! Libre et paisible , à l'abri de l'obscurité , attentif et recueilli sur cette scène agitée , ne s'engageant point dans la guerre des prétentions, exigeant peu, ayant peu à défendre, témoin impartial, juge indulgent, il ne se laisse point entraîner ; il observe. De même que le regard scrutateur de la science trouve une mine inépui- : sable de découvertes dans ces scènes de la nature dont l'aspect ne fait que distraire l'œil superficiel de l'ignorance, l'ame du sage démêle dans les scènes de la société une foule d'instructions qui l'enrichissent. Le sage >a, comme le savant, un art qui lui sert a transformer les faits observés en résultats utiles. Quelles expériences Je spectacle du monde n'offrirait-il pas à ceux qui sauraient l'étudier ? Combien de circonstances, chaque Jour, feraient rentrer l'homme frivole en lui-même, et i fe ramèneraient aux réflexions les plus profondes , s'il consentait un instant à rapprocher les effets des causes ! Au milieu de tant d'écarts et d'erreurs, le sage fera leur part a la légèreté, à l'ignorance, à la faiblesse, et mesurera ainsi toute la gravité des conséquences qu'elles entraînent; il y découvrira peut-être l'altération de qualités qui se sont dénaturées par suite d'une direction
vicieuse, ou par le défont de mesure; il verra la corruption, pour en apercevoir, avec les suites funestes, l'origine souvent cachée ; l'intrigue, pour en mieux évaluer toute la bassesse , dans son succès lui-même, en considérant les moyens qui l'y ont conduite. H sera contraint de voir le vice, de le voir triomphant peut-être, pour apprendre à rai vouer toute la détestation qui lai est due ; mais il démêlera aussi , à l'écart , des vertus humbles et obscures , et il tressaillera de joie a cette découverte. Le sage paraît être dans le monde ; mais il le traverse, sans s'y confondre. Il y était entré avec défiance et courage , il y marche avec vigilance , il n'en sortira point sans quelque satisfaction, et certainement toutes les vérités morales auront acquis par lui une plus grande force et de plus vastes corollaires.
U peut donc y avoir une indication trompeuse, soit dans la crainte , soit dans le dégoût du monde , qui portent si souvent à rechercher la solitude. Les causes les plus diverses , les plus contraires même , peuvent en inspirer le besoin ; et l'attente qui y conduit n'est pas tonjours également satisfaite. Quelquefois une ame timide j cherche un refuge contre des dangers qu'elle n'ose pas affronter. Quelquefois une ame sensible et tendre y cherche un refuge contre les traits qui la blessent; trom pée par de cruels mécomptes , elle y veut essayer Poubli Ou voit l'expérience s'y renfermer comme dans un port, à l'abri àt& orages ; la douleur , s'y ensevelir comme dan un tombeau. Les imaginations mélancoliques espèrent y trouver un soulagement, en y goûtant plus de liberté.
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De grands coupables s'y sont rencontrés avec l'innocence virginale : ceux-là y venaient se livrer aux ex* piations , tourmentés par les remords , pendant que cellesci y venaient goûter pins librement des joies célestes et pures, A la suite des orages causés par des passions violentes , rabattement , la prudence , la réaction d'une volonté énergique, y amènent les caractères qui sem* blaientfes moins faits pour elle. D n'est pas jusqu'à l'ambition et la vanité elles-mêmes , qui après avoir vu toutes leurs prétentions renversées, ne soient quelquefois poussées dans la solitude par une sorte de dépit. La misanthropie égoïste, toutes les humeurs insociables, demandent àla solitude moins ce qu'elle peut leur donner , que le triste privilège de l'isolement; elles y sont traînées peut-être pour y subir leur châtiment La sagesse aussi soupire après la solitude ; elle visite la retraite , comme le sanctuaire de la méditation ; elle vient y chercher ce calme et cette indépendance nécessaires pour régler les facultés morales. Les grandes âmes se complaisent dans la retraite ; elles espèrent justement y voir se développer toutes ces pensées et ces sentimens élevés, qui fermentent en elles ; elles aspirent à la retraite , pour mieux jouir d'elles-mêmes.
Or, l'influence qu'exercera la solitude dépend autant des motifs qui y conduisent , et des dispositions qu'on f apporte , que de la manière dont on sait en user.
On a presque tout dit sur les avantages de la solitude ; >n n'a pas tout dit sur ses dangers : c'est que ceux qui ;mt succombé a ces dangers ont rarement été disposés
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à nous en avertir. Surtout, on n'a pas assez insisté s les conditions que la solitude exige pour être profitai pour ne point devenir funeste.
La faiblesse , empressée à trouver une protection du la solitude , achève souvent de perdre les ressources p lui restaient , à l'abri de cette protection elle-me* parce qu'elle y perd toute occasion de s'exercer auc* rage. Souvent on retrouve au-dedans des ennemis pif terribles que ceux du dehors, avec moins de moyei pour leur échapper, et pour les. combattre. Ceux-c même trouvent des passages pour y poursuivre ew» leur victime ; et alors, la tenant comme captive, ils sV charrient sur elle. On espérait le repos, on tombe d» 1 épuisement , ou bien on s'égare dans le délire. On * pérait des consolations j on reconnaît bientôt qu'on s* privé des consolations les plus vraies , celles qu'eût d» uées l'activité de la bienfaisance. On se flattait de tt cueillir d'abondantes instructions ; peut-être on se ni plongé dans les ténèbres ; bientôt ces ténèbres se pet plent de mille fantômes divers. La solitude n'est util qu'à celui qui y apporte un désir sincère de devof meilleur. Malheur à qui y emprisonnerait ses passi» avec spi , sans être résolu à les subjuguer !
Mais il ne. suffit pas même d'entrer dans la retrais avec cette disposition de l'ame : il faut encore s'y p' senter avec certaines provisions faites d'avance , pou } alimenter et son esprit et son cœur ; autrement on orf risque de n'y trouver qu'un désert où bientôt l'on périrait d'inanition. Il est nécessaire que les facultés mo-
raies aient déjà acquis uu certain degré d'énergie , pour qu'on tire de la retraite Jes avantages qu'elle promet; autrement , on sera bientôt fatigué de la monotonie des objets , de la continuité de 1» situation ; on tombera dans la léthargie. IL est ensuite un art préliminaire qui nous disposera plus qu'aucun autre à bien user de la solitude : c'est celui de la rendre aimable et douce. Puisse la sérénité régner constamment dans ce séjour ! Puissions-nous trouver, en nous-mêmes un hôte d'un commerce facile, non un geôlier farouche! Alors il restera à observer deux conditions principales pour convertir la vie de la retraite en une salutaire éducation , savoir : une activité constante et bien ordonnée , une sage défiance de soi-même. L'une et l'autre sont nécessaires, si l'on veut prévenir les égaremens de l'imagination , les spéculations oiseuses , les illusions les plus funestes sur soi-même , l'aveugle présomption de l'orgueil. Que si on n'y observe aucune règle, sii'ou ne s'y crée aucune limite , si on ne s'y soumet à une continuelle vigilance , l'extrême liberté dont on jouit dans, un tel séjour devient un extrême péril. La,germeront à l'envi et sans obstacle toutes les doctrines absolues , toutes les exagérations d'un faux enthousiasme; les vertus se mêleront aux passions , en prendront la véhémence : on tombera dans des excès de rigueur envers les hommes , envers soi-même ; on poursuivra une perfection chimérique , pendant qu'à son insu peut-être , on deviendra* complice des entreprises les plus funestes aux hommes. Cest ainsi que la solitude peut se convertir en une école austère dans la-
204 DU PERFECTIONNEMENT MOK1L.
quelle s'achève l'éducation morale , ou bien devenir m abime dans lequel s'engloutissent le bonheur ,1a raison la vertu. Si elle a vu sortir (le son sein les plus grandes découvertes du génie et les bienfaits répandus par ds caractères eminens , n'a-t-elle pas aussi lancé quekpcfois sur le monde l'explosion de ces passions terriWe dont les excès ont consterné l'humanité et étonné l'hàteire (i)?
Si la solitude est une éducation utile, eUe est dut aussi une éducation difficile ; elle exige et une préparation et des précautions convenantes* Nous ajouterons; Si la solitude est une éducation indispensable , elle n'd pas une éducation suffisante et complète. U n'appartie* sans doute qu'à eUe seule de donner an sentiment de et
(i) D'estimables philanthrope» ont conçu l'idée d'employa b retraite absolue comme au moyen de correction pour les gnoe criminels, et Je remployer ainsi comme un châtiment ;id€q» mérite doublement nos éloges, en ce qu'elle est éminemment m> raie, et parce qu'il n'est en effet permis à k justice humai», de considérer que comme nn mdyen de correction , le ckâtimee: qu'elle inflige au crime ; cette vue a reçu an commencement «Pc*ciAion trop lent et trop borné,, sans douta, ma» couronné 4'n entier succès. Toutefois, dans l'application de ce moyen , il fart considérer avec soin quels sont les caractères de ceux que 1'* soumet à nn. régime semblable, pour le modifier suivant les eirconstances ; il faut bien prendre garde aussi à éviter que la solitude absolue ne puisse devenir une funeste oisiveté , en s'appliquent à y combiner , dans des proportions convenables , et k travail du corps , et le genre de lectures le pins propre à laveri* lea réflexions salutaires.
[ui est bien, toute l'énergie , aux vues de la réflexion , oute la profondeur dont notre nature soit capable; de >orter au plus haut degré de développement ces vertus ntérieures qui s'appliquent au commerce de Famé avec ille-méme ; de donner à l'empire de soi toute l'autorité ju'il peut recevoir du recueillement et de la connaissance le soi-même ; de préparer ainsi lesalimens les plus substantiels à l'héroïsme de la vertu. Mais si le régime de la solitude est absolument persévérant et continu, il lui manquera et les secours qui naissent des intructions de l'expérience , et l'exercice pratique des vertus actives, et cette utile influence que l'empire de soi retire du choc des obstacles extérieurs. On arrivera plus promptement et plus facilement à un perfectionnement partiel, opportun sans doute pour celui que ses devoirs retiennent dans une sphère concentrée ; mais on atteindra bien moins à ce perfectionnement général qui , embrassant toutes les applications, est la destination de ceux que leurs devoirs appellent à se répandre au-dehors. La solitude continue est un régime d'exception (i). La solitude discontinue est le régime qui convient à la plupart des hommes. Il' en est, pour le perfectionnement moral , du passage alter-» natif de la retraite à la vie du monde, comme il 'en est; pour le progrès des sciences , du mélange de la théorie à l'observation. Ce sont deux termes qui s'appellent l'un l'autre, et qui se fécondent mutuellement. La solitude a
(i) Il n'est pas besoin de rappeler que 1* philosophie morale est le seul objet des méditations présentes , et qu'ainsi nous ue considérons point le sujet sous le point de vue ascétique. a 23...
ses exagérations, comme la théorie a ses systèmes gratuits. La solitude et la théorie peuvent à la rigueur se passer plus souvent du commerce du monde et des arts d'observation, pour recueillir quelques fruits par euxmêmes; mais le véritable et légitime emploi des premières doit être de préparer et de résumer les seconds , d'être un instrument d'élaboration : privées de cet instrument; la vie du monde et l'observation ne sont plus que la dissipation pour le cœur , l'empirisme pour l'intelligence.
Redoutez-vous la solitude ? c'est un signe infaillible qu'elle vous est nécessaire : vous n'avez point encore appris à vous connaître ; et dès-lors que pouvez-vous connaître? Vous êtes atteint de quelque maladie de l'ame, que la solitude fera découvrir et qu'elle guérira peut-être. Avec une raison déjà forte , avec un cœur brûlant de bien faire, avez-vous encore devant vous une portion de votre destinée? Accourez dans la solitude et venez, comme clans un vaste arsenal, disposer tous les moyens de vos généreuses conquêtes 1 Êtes-vous appelé à prendre quelque résolution importante? Vous trouvez-vous en présence de circonstances imprévues et difficiles? Retirez-vous dans la solitude pour consulter vos forces , prévoir et combiner vos plans de conduite l Avez-vous beaucoup vécu? La solitude vous attend, pour recevoir et mettre en ordre le dépôt de vos pénibles expériences. Allez , et retournez ensuite dans le monde pour appliquer • tout ensemble et pour vérifier les travaux de la retraite? La solitude convie, surtout, et les premières années du
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jeune âge et les dernières années de la vieillesse. Mais le drame sérieux de notre vie doit avoir aussi ses entractes ; il faut des stations aux divers points de la carrière. Recourez à la solitude» et la veille et le lendemain de tous les grands événemens de votre destinée !
Voulez-vous ensuite que ces deux régimes vous offrent, tour-à-tour,. l'assistance la plus utile? tâchez, en vivant dans le monde , d*y conserver une sorte de solitude intérieure ! Tâchez de vous créer dans la retraite un monde nouveau, mais tel que vous puissiez un jour le transporter sur la scène des réalités! Vivez avec le monde comme si demain vous deviez le quitter; dans la retraite, comme si demain vous dévies commercer avec les hommes, et par conséquent, les servir!
***++**+m»a0*m*m0*Ê*0»*mmmt*mmmmm*m<+mmm*mmFamg*mÊm**mm*m wÊm*mMm**m0i+*mm*i*m*mÊmMtmÊ*mmmr*Êmm*i0**r*i*9*t
ÙE l'a*T D'OftDOHVBM SA VIE.
Observez comment l'ambition du pouvoir ou de la fortune parvient à ses fins ! Dans sa recherche persévérante du but qu'elle s'est donné, elle conçoit l'ensemble de tous les moyens qui peuvent y conduire ; elle y rapporte, elle y fait servir tout ce qui est à sa disposition; tout ce qui est en contact avec elle , et même ce qui lui paraissait contraire ; elle y asservit ses affections , ses relations, ses plaisirs eux-mêmes; elle tire parti des événemens* elle exploite les moindres circonstances : c'est une œuvre parfaitement concertée et liée dans toutes ses parties, à laquelle il ne manque qu'une destination plus honorable. A quoi ne parviendrions-nous pas, si nous appliquions la même méthode et les mêmes procédés au premier et au plus réel de nos intérêts , à notre perfectionnement? Et n'est-ce pas ce que nous négligeons cependant presque toujours, de la manière la plus étonnante ? Notre vie, considérée sous le point de vue moral, ressemble à un ouvrage de marqueterie , dont les parties diverses se rencontrent sans se lier , où l'on ne saurait distinguer aucun dessin, où les élémeus du bien sont
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jetés ça et li au hasard; de sorte que ce qui devait nous être utile , demeure sans fruit faute d'à-propos; ce qui peut nous nuire devient pjus dangereux , foute de précautions ; ce qui est acquis se dissipe; ce qui survient nous trouve mal disposés à le recevoir; tout nous étonne > parce que nous avons été imprévoyans; rien ne nous instruit , parce que les choses ne s'offrent pas à leur véritable place.
Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si , dans la plupart de nos institutions modernes , l'enfonce et la jeunesse reçoivent l'éducation la plus appropriée au genre de carrière qui attend chaque individu dans le monde, srmême elles y reçoivent une éducation qui soit, en général, en rapport avec la vie du monde , si même enfin elles y reçoivent une véritable éducation, c'est-à-dire, si l'on s'occupe réellement de cultiver leurs facultés, si l'on dirige cette culture de manière à développer ces facultés dans une juste harmonie. Il y aurait d'ailleurs tant à dire sur ce sujet ! mais on conçoit toute l'influence qu'un semblable défaut de corrélation doit exercer sur la suite entière de la vie. Qu'est-ce qu'un noviciat conçu précisément pour une vocation différente de celle qui attend l'individu ? Au moment où il va entrer en possession de la vie réelle, bien loin de se trouver préparé, il se trouvera au contraire d'autant plus déconcerté , qu'on aura davantage travaillé à son éducation prétendue, et que lui-même croira en avoir recueilli des résultats plus positifs. Tel serait un voyageur partant pour des explorations lointaines , auquel on aurait remis, pour le guider,
la* carte géographique d'un pays autre que celui qu'il doit parcourir. Eussions -nous, par une singulière faveur, reçu eu effet la préparation convenable , il n'en sera pas moins indispensable, pour en obtenir les fruits , d y ajouter nous-mêmes ce qu'aucun instituteur ne peut nous donner y d'y ajouter ce dernier travail par lequel l'homme, prêt a paraître sur la scène de la vie active et réelle, concerte d'avance son plan général de conduite. Si n travail est bien exécuté, il pourra suppléer en partie à et que notre noviciat avait d'imparfait; il sera d'autant plus nécessaire que ce noviciat avait été plus mal conçu C'est d'abord l'ensemble de notre vocation que nota devrions embrasser une fois , par une méditation préliminaire, pour mettre en accord toutes les parties principales du plan général de notre vie. Les événement extérieurs jouent , il est vrai , un grand rôle dans cette combinaison , et comme la plupart du temps ils ne sont point en notre puissance , il faut bien les accepter comme des conditions. Mais cela même serait l'une des vues fondamentales d'un dessein sagement médité ; on s'attacherait à reconnaître quelles sont en effet les circonstances auxquelles il faut se soumettre , et à les distinguer de celles qu'on peut modifier ou maîtriser; os examinerait ensuite quelles sont les conséquences qui résultent du premier genre de circonstances , ce qu'il y a dans ces conséquences de réellement- inévitable : car, souvent, d'un événement inévitable en lui-même , peuvent résulter pour nous des suites diverses qu'il est en notre pouvoir d'arrêter ou de seconder. On pourrait ju-
LIY. ill. SECT. II. CHIP. IV. %3\
ger alors sur quelles bases est assise pour nous la conbiuaison du possible, les limites dans lesquelles elle est renfermée. L'on pourrait coordonner le plan de sa vie avec les réalités, ce qui est sans doute la première chose à foire pour concevoir un plan raisonnable. Mais en* acceptant les conditions nécessaires des choses auxquelles nous ne pouvons rien changer, nous en séparerions les dommages ou les. avantages qui en peuvent naître, et qu'il est en notre pouvoir de détourner ou d'obtenir. Ici commencerait la portion du plan qui est a notre libre disposition. Passant ensuite au second ordre de circonstances extérieures , à celles que nous pouvons soumettre, on jugerait mieux des moyens de les soumettre en effet; on verrait dans quel esprit il fout agir sur elles, comment on peut les employer , les diriger , les rendre tributaires de notre perfectionnement.
Ainsi sera faite la part de la nécessité, et celle delà sagesse. La première, représentant les conditions de la situation qui nous est échue, assigne a nos voeux les bornes dans lesquelles ils doivent se renfermer , pour ne pas nous épuiser dans une lutte sans objet ; la seconde , exprimant ce qui, dans notre situation, peut encore dépendre de nous, indique à nos espérances l'enceinte dans laquelle peuvent s'exercer notre prudence et notre courage. Mais , faute d'avoir su faire avec discernement la séparation de ces deux parts , il arrive fréquemment qu'on se consume dans une agitation malheureuse, en s'irritant contre les nécessites imposées, pendant que , par une indolence non moins fâcheuse, on accepte
27* DU fEUFRCTÏONNEMEïlî MORAL.
comme de* nécessités ce qu'il eèt été possible de prévenir on de changer.
Ces deux parts ne sont pasà beaucoup près les mêmes pour tous ks hommes, fl en est pour lesquels la seconde est bien restreinte. Ceux pour lesquels elle a le plus d'étendue sont cependant ceux qui négligent souvent davantage d'en tirer parti. Il arrive souvent que la première s'agrandît progressivement aux dépens de la seconde. Des circonstances de notre situation qui « dans l'origine , étaient en notre pouvoir, passent dans l'ordre des nécessités qui nous sont imposées, soit par suite des engagemens que nous avons contractés , soit par la conséquence inévitable des actions que nous avons exécutées. Souvent notre imprévoyance augmente imprudemment le nombre de ces chaînes , et nous subissons ainsi a jamais les conséquences de l'erreur d'un moment
Dans la première classe se rangent toutes les circonstances qui dépendent de notre naissance : notre tempérament, la patrie a laquelle nous appartenons, ses institutions, ses lois, ses usages , les relations de famille, le rang que nous occupons , le degré d'aisance ou de gêne qui nous est échu , et». , mais aussi les bornes naturelles assignées aux facultés de la créature humaine , et celles qui sont particulières à la personne. Dans la seconde classe se rangent plus ou moins le choix de la profession , celui des relations habituelles , des liaisons intimes , l'emploi et la distribution des heures, le règlement des dépenses, le régime de vie , la direction donnée aux leo turcs, aux conversations, etc. Ce sera déjà beaucoup
que, dans cette matière, mise à notre disposition, rien ne demeure inutUe et stérile , que tout soit mi» à contribution pour notre amélioration; mais ce ne aéra point encore asse?.:ii fondra que tous les éufemms. qui composent cette matière soient nais en accord entre eux -, qu'ils soient mis eu % accord avec les conditions qui nous sont imposées ; que chacun de ces démens soit placé daas le lien, le teams opportuns , employé avec la- mesure et dans la proportion convenables ; enfin", qu'ils soient! an* géa suivant leur importance respective , de telle sorte que tout ferme un ensemble harmonieux et. conçu dans le même esprit. Ceux qui ont eu le bonheur de pouvoir combiner ainsi le d#ssei» de leur carrière ,, y trouvent une merveilleuse mcilîAé pour avancer dans les voies du perfectionnement , tandis que des efforts extr** ordinaire* se* ttourcent quelquefois perdus , parce qu'us ont été tentés hors de propos, parce qu'en a négligé de les soumettre aux salutaires influences de l'esprit d'ordre et de l'esprit de suite.
En s'étudiant à concevoir ainsi d'avance un système de conduite, comme le général qui dresse son plan de campagne, on ne peut tout prévoir, et il sciait même dangereux de croire qu'on a tout prévu. Chaque jour , le cour* des évéuemens viendra résoudre ce qui était encore incertain, changer ce qui existait, ouvrir un avenu* inattendu. Aussi , à ces principales époques de la rie, on reprendra le même travail , pour le compléter , le rectifier , d'après les instructions de l'expérience et le nouvel état des choses. On s'arrêtera sur les sommités
374 DV PERFECTIONNEMENT MOfUL.
qu'on rencontre dans la route , pour procéder à une sorte de reconnaissance , pour jeter les yeux, tout ensemble, sur la région qu'on a déjà parcourue , sur celle qui reste à parcourir. On répétera ces reconnaissances d'une manière successive et dans une étendue graduée, aux principales divisions du temps , au commencement de l'année , du mois, de la semaine; on tes répétera chaque jour, en particularisant toujours davantage. Chaque époque aura son cadre, toujours plus restreint, mais toujours mieux déterminé. De même que, à chacune de ces reconnaissances , il est essentiel de mettre le passé et l'avenir en présence l'un de l'autre, de faire servir la révision et l'examen du premier aux prévisions du second , il n'importe pas moins de faire concorder avec ce rapprochement , l'objet qu'on assigne à ses méditations : car l'office propre des méditations morales consiste éminemment a opérer cette fructueuse conversion de la révision du passé en un plan de conduite pour l'avenir. N'allons point tant chercher dans les livres nos sujets de méditation! Demandons-les plutôt à notre expérience journalière et aux réflexions que nous faisons sur nous-mêmes; elles nous indiqueront quels sont les défauts, les vertus que nous devons prendre pour texte, quels sont les ordres de considérations dont nous avons besoin de nous pénétrer. Il est certains prédicateurs dont on serait tenté' de dire qu'ils prêchent pour les absens , non pour ceux qui les écoutent: de même, il nous arrive souvent de méditer sur des vertus que nous ne serons point appelés à exercer , pendant que nous sommes à la
veille d'avoir besoin de lumières et de forces dont nous négligeons de nous pourvoir. Enfin , cette série graduée de reconnaissances morales opérées dans le chemin de la vie, doit être soumise elle-même à, une méthode simple et régulière. Les plans de détail doivent se référer au plan général , et le point de vue dans lequel on considère la journée qui va être remplie , doit être pris constamment dans les règles qu'on s'est prescrites pour la vie entière. La révision qui a lieu à l'époque subséquente, doit se référer au. plan qui avait été conçu à l'époque antérieure, afin de juger comment, il a été exécuté, et quels obstacles en ont modifié l'accomplissement. On décomposera le dessein général qu'on, avait conçu pour son amélioration; on ^'attachera successivement aux diverses parties qui le composent , en donnant à chacune d'elles tout l'espace qu'elle réclame , en suivant avec persévérance les traces de l'analogie. Ainsi, chaque jour recueillera les fruits du jou^qui l'a précédé , et préparera la fécondité dû jour qui lui succède. Benjamin Franklin a donné dans ses Mémoires un exemple très-remarquable de l'application d'un semblable système à la conduite de. la vie (i); l'exemple est d'autant plus utile qu'il est accompagné des résultats que sou auteur en avait recueillis ; il a d'autant plus d'autorité que son auteur avait lui-même plus de simplicité et de droiture. Mais c'est à chacun de nous à combiner ce système , de la manière qui nous est spécialement propre ,
(i) Voyez Franklin , Mélanges , etc. , 2 e édit. Paris ,Benouard, 1826 , tom. 1 , pag. 61.
27ft DU PEKFECTlONNEMENt MORIL.
à le coordonner avec son caractère , sa position. H faut beaucoup se défier de ces modèles empruntes ; H n'est
aucun type nuiversel qui ne soit par là même incomplet , et qui poisse être à rasage de chacun. Tout plan sera bon , s'il est assorti à nos besoins , s'il «est conçu dans un esprit d'ordre , s'il est exécuté -dans an esprit de suite. Il est , par exemple , deux vertus que Benjamin Franklin n'a point fait entrer dans son tableau , et dont quelques personnes devront foire Icare premières têtes de chapitre : La patience et la vigilance sur soi-même.
Le temps étant le cadre 'général donné au développement -de l'activité humaine, le premier -objet d'un système de conduite bien concerté doit être l'emploi da temps et sa distribution. Aux nombreuses et utiles recommandations qui ont été tracées sur ce sujet , on pourrais ajouter plusieurs autres soins non moins nécessaires , moins connus , et peut-être plus difficiles : c'ebt de -faire en sorte que, dans la succession des heures, le passage d'une occupation à l'autre soit toujours concerté de manière à ce qu'elles soient liées entre elles, et qu'elles s'aident réciproquement ; c'est de trouver le moyeu d'employer encore utilement ce qu'on appelle les mommu perdus ; c'est d'avoir un plan flexible , c'est-àdire de se mettre en mesure pour n'être point déconcerté, lorsque le tableau qu'on s'était formé d'avance pour la distribution de ses heures , vient à être interverti par des circonstances inopinées.
La régularité du retour périodique des mêmes actions , dans les mêmes instans et les mêmes lieux , a l'immense
avantage d'en rendre l'exécution plus facile , plus rapide , et de soulager d'autant l'attention qu'elles exigent. Mais il y a aussi un extrême inconvénient à laisser convertir* cette régularité en une sujétion , tellement qu'on ne sache plus agir quand on se trouve déplacé du temps et du lieu accoutumes , et cet inconvénient devient d'autant plus grand qu'on est moins assuré de rester le maître des conditions auxquelles on s'est asservi. En général, l'esprit d'ordre que nous devons porter dans la conduite de la vie ne doit point descendre à des détails trop minutieux ; il ne doit point accorder trop d'importance à la distribution des accessoires; il ne doit pas aller jusqu'à imposer des chaînes inutiles. Ces exagérations rendent souvent notre commerce incommode et fâcheux à ceux au milieu desquels nous vivons; elles nous créent des devoirs de subrogation dans lesquels nous consumons les forces que réclament des devoirs plus réels; elles donnent à la vertu quelque chose de mesquin, de roide, de contraint; elles nous gênent et nous entravent dans le moment de l'action. U arrive souvent à ceux qui se sont, attaches de la sorte avec une sorte de superstition aux détails de leur règlement de vie, que, si ses devoirs extérieurs les forcent à y déroger, ils ne savent plus ou> ils en sont; ils ont comme perdu toute direction morale; il leur arrive aussi que s'ils viennent eux-mêmes à né-t gliger quelques points de ces nombreuses observances , ils s'attristent, se découragent» et s'ôtent. la faculté de bien faire. L'ordre que le sage met dans sa vie ressemble a celui que la nature a mis dans ses œuvres. Comme
a?» DU PEKFfiCTlONNBUINT MORAL.
celui-ci, il alhe à la constance des lois générales, la variété et la mobilité qu'exigent les rapports mutuels des choses ; ce n'est point une aride et rigoureuse symétrie où tout «oit compassé et reste immuable ; c'est un ordre oaché, quoique accompli ; c'est un ordre qui adatet ta liberté, l'aisance , qui se plie à tout parce qu'à 1 a tout prévu; c'est un ordre qu'on sent, qu'on juge par ses effets, mais qui ne fatigue point la vue par l'écbairodagede ses règles; c'est, en un met, un ordre anime et plein de vie.
Il y aurait un trahé asseï utile à faire sur Vvrt de k co K tê m tjon , en considérant cet art comme im moyen d'amélioration morale , point de vue sous lequel il n'est guère considéré. Une portion notable de notre vie s'écoule dans des entretiens que nous abandonnons à peu près an hasard, et cependant il en est peu dont une sage direction ne put tirer plus d'avantages. C'est ici sans doute l'une des occasions ou l'on aurait à se défendre des exagérations de l'esprit dtadre et de régularité. La conversation résiste par elle-même à une discipline rigouree* Vouloir la transformer en un dialogue méthodique, serait lui enlever, avec l'abandon et le naturel, cette vérité d'expression qu'y cherche le commerce dès esprits et des cœurs. Mais, sans lui enlever ce caractère, il est tant de moyens indirects ponrk ramener à des fins utiles! On peut être assuré, par exemple, qu'on ne peut flatter p*us agréablement ceux avec lesquels on converse, qu'en les mettant sur la voie de nous exposer ce qu'ils savent Sans affecter aucune attitude pédantesque, sous les formes
de la modestie , souslesdehors même de la gaieté, il est tant de moyens de mettre en circulation des pensées vraies et des sentimens honorables ! Une bienveillance sincère leur servira facilement de passe-port, Puisque la conversation est en eiet le commerce des esprits et des. tours, que de choses à y verser i que de choses à y recueillir l Que d'occasions favorables pour resserrer les liens qui nous unissent aux autres hommes, pour découvrir ks moyens de les servir! Le talent de la conversation est aussi une puissance et une grande puissance, dans l'état actuel de nos sociétés. On Ta beaucoup exploitée, cette puissance) dans l'intérêt de la vanité, de l'a»bisioft : quel usage ne pourrait -on pas en taire dans les intérêt» de la vertu et de la vérité? O parole, instrument admirable et sacré, accordé aux créatures ioteUîgentes et sensibles, pour ks mettre en contact les oues avec les autres, comment ne craignons-nous pas . de te profaner! Gomment ne rougissons-nous pas de te . taser oiseuse et stérik i Car est-ce t'empleyer que de te faire servir à des usages si peu dignes de ta destina- , use? Queue peux-tu devenir comme le canal universel, . habituel, -qui transmette d'ame en ame toutes ks éma- . étions du vrai, du bien et du beau! Quel prix, dirigée à une tefle fin, n'aurais-tu pas encore dans les rapports les plus iuniliers et les plus modestes, ou tu sers par là flràne aux communications les plus sincères , les plus libres et les plus intimes! U en est de ces âmes expansj ves et généreuses , qui ont su comprendre tes plus beaux privilèges, et qui se sont emparées de toi comme d'un
grand moyen de conquêtes morales! Elles n'ont besoin, pour captiver , que de se donner à connaître ; en se mon* trant supérieures, elles se montrent si naturelles, qu'on s'élève à elles sans effort, et qu'on les contemple sans envie : toujours simples et sincères, elles éclairent, elles entraînent parla force de leur propre conviction et par l'ascendant du sentiment qui les inspire; on se sent meilleur auprès d'elles, parce qu'elles admettent à la participation de leur propre vie; elles sont comme des foyers autour desquels nos cœurs viennent se réchauffer, se ranimer; elles exercent sur la terre un apostolat insensible et doux , mais continuel et fécond; l'admiration qu'elles excitent, les affections dont elles sont l'objet se confondent avec le cube de ce qui est bien ; le langage , dans leur bouche, est un messager céleste qui annonce les bienfaits de la vertu. Telle est la prérogative accordée aux gens de bien que, chez eux, le talent de la conversation peut être , en partie , suppléé par l'influence naturelle du caractère : on écoute toujours plus volontiers ceux qui n'annoncent aucune prétention personnelle, chez lesquels on ne soupçonne aucun artifice; celui-là porte une éloquence naturelle dans le commerce des hommes, qui est pénétré de la passion de leur être utile. Au surplus, à défaut du talent de parler, il en est un autre, celui d'écouter, qui peut non-seulement mieux contribuer à notre perfectionnement , . mais nous fournir d'autres moyens d'être utiles aux hommes. N'est-il pas lun des moyens les plus assurés de les connaître ? Savoir écouter celui qui souffre, n'est-ce pas en partie le consoler déjà ?
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N'y a*C-il pas , dans la manière d'écouter, quelque chose qui témoigne la bienveillance , et qui sert à l'obtenir ? Écouter est, pour la grande étude de l'humanité, ce «pie voir est peur celle du monde sensible.
Telle est la puissance exercée par l'ordre sur les Jacultés de notre ame, que la seule image de l'ordre, reproduite dans les objets naturels dont nous, sommes environnés, favorise nos médiutkms , nous dispose au recueillement, à la modération , au respect, à plusieurs sentimens honorables. Cest ce qu'on peut remarquer , par exemple , dans l'effet moral qui résulte des impressions produites par les monumens de l'architecture.
Cette puissante influence de l'ordre sur nos facultés explique encore une observation importante et dont l'expérience du monde offre une fréquente application : c'est que les devoirs sont un grand avantage pour ceux qu'ils régissent, à ne considérer les choses que sous le rapport du développement de l'activité. Les soldats se fatiguent moins, quand ils marchent au son des instrumens : l'homme, dans la vie ordinaire, se fatigue moins aussi, quand il s'avance aidé par la mélodie de la vertu. Ceux qui ont des devoirs ont des points fixes, des régulateurs dans l'indécision , des motifs inépuisables pour agir. Celui qui manque de devoirs à remplir est Souvent fatigué du vide et de l'incertitude de la vie ; il se demande sans cesse : A quoi ban? Souvent il se trouve désœuvré, désabusé; il devient à charge à lui-même. La même action s'exécute avec une joie nouvelle, avec une singulière netteté d'esprit, quand, en l'exécutant, on peut se dire intérieurement
a» DU PERFECTIONNEMENT MORAL.
qu'on accomplit ce qu'on doit On voit des gens privés de devoirs cherche? à y suppléer en se donnant des manies.
Dans le plan général de la vie, les devoirs forment les principaux linéamens; la recherchedu meilleur achève le reste.
Le perfectionnement n'étant que l'harmonie intérieure, une vie bien ordonnée étant l'harmonie extérieure, l'un concorde naturellement avec l'autre : ce sont le tableau et son cadre*
L1V. III. SECT. II. CHIP. T. isa
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OBAtITAI ▼.
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La condition qui nous est échue dans la société compose pour nous la grande éducation des circonstances; éducation qui influe souvent bien plus sur notre caractère , que toutes les leçons de nos maîtres , éducation qui se compose sans doute d'une suite d'événemens indépendans de notre volonté, mais à laquelle cependant nous pourrions coopérer encore, en modifiant l'influence que ces ëvenemens exercent sur nous, et ne fut-ce aussi que par la manière de nous soumettre à ce qu'ils ont d'inévitable.
A chaque pas que nous faisons dans l'étude de la nature humaine, comme dans celle de l'univers sensible, nous reconnaissons, avec une admiration toujours nouvelle, la profondeur et la sagesse des plans de la Providence. Combien n'éclate-t-elle pas dans cette variété singulière de besoins, de capacités, qui, dans l'institution de la société humaine, a produit à son tour une si grande multitude et une si grande variété de conditions, surtout lorsqu'on considère que ces conditions diverses sont cependant aussi tellement liées entre elles que , à l'exemple des productions de la nature, elles conspirent toutes
DU PERFECTIONNKMEKT MOBAL.
ensemble à un but commun , l'intérêt général ? De la sorte , chacun , dans sa carrière individuelle , quelle qu'elle soit , travaille réellement pour tous , même sans qu'il s'en rende compte; il lui suffit, pour rendre sa carrière honorable et méritoire, d'y porter, comme une intention, la vue de cette même utilité commune qui en doit être le résultat. Ces considérations ne sont point affaiblies par l'inégalité' qui résulte de la diversité des conditions sociales. Ce n'est pas qu'il faille regarder comme uu avantage absolu les effets qui résultent de cette inégalité pour entretenir l'activité par l'émulation; car cette excitation aurait d'extreutea dangers , si les ambitions impatientes, qu'elle tend à £iire naître n'étaient contenues par k morale. Mais, sous le point de vue moral, cette disproportion feît écaore des vertus nouvelles, introduit entre les hommes dea liens nouveaux et sacres. Elle relève le mérite de la probité; die appelle la modération à savoir trouver une vertu dans le contentement, à se défendre de J'envie ; elle provoque des échanges de services d'une autre sorte, mais qui ont aussi un grand prix : de même que k variété des conditions fournit la matière des transactions , et devient ainsi l'occasion d'un exercice continuel pour la confiance et la bonne foi, l'inégalité dea conditions entretient un autre genre d'échanges : ette entretient le commerce de k g* nérosité avec la reconnaissance. Dans.ce commerce, celui qui occupe k condition supérieure n'a point, comme il semble au premier abord , le privilège de rendre seul des services; il en reçoit, et de plus importons peut-être : en retour du bien qu'il a fait, il obtient ces a «retiens qu'au-