DES ÉPREUVES
Qu'elle est grave, austère, terrible , cette dernière partie de l'éducation de l'homme ! L'ame ne peut se défendre d'un saisissement profond à la vue des périls et des maux qui, sous tant de formes diverses, assiègent l'humanité* , et qui peuvent atteindre chacun de nous , dans le cours si rapide de son existence. Combien de fois la raison du sage en a été momentanément troublée i Combien d'esprits ont succombé , en voulant sonder le grand mystère, et s'expliquer l'origine des calamités qui assiègent le monde ! Les uns ont perdu la confiance au suprême dispensateur; les autres ont imaginé un génie, malfaisant, égal en puissance au génie du bien, indépendant de lui , et s'acharnant sur la créature comme sur une proie livrée à ses fureurs : tant il en coûte pour consentir à accepter les misères de la vie comme une épreuve salutaire, et pour y puiser les instructions qu'elles renferment ! Certes, ce n'est pas avec de vaines spéculations, avec une morale toute poétique, qu'on peut affronter cette portion de la destinée ; on est ici aux prises avec des réalités qui ne laissent pas de cours aux
illusions. La vérité seule , la vérité la plus solide, peut résister a une aussi rude expérience.
Cependant cette éducation est inévitable ; il ne nous est pas donné de nous soustraire à ses leçons; elle est nécessaire en elle-même; car nous tirons des leçons qu'elle nous apporte les plus importantes lumières et* 'es plus puissans secours. Combien n'est-îl pas déplorable que nous en repoussions le bienfait , que nous la fassions tourner à notre perte ! L'épreuve , en cessant d'être unie , en devenant funeste à notre caractère, n'en devient d'ailleurs que plus dure a supporter ; et cette remarque suffirait pour faire pressentir que, dans le plan de nos destinées, elle nous est envoyée en effet pour servir à notre amélioration morale.
Nous comprenons ici sous le nom d'épreuves, et les périls , et les privations, et les revers , et les souffrances physiques, et les douleurs de Famé, parce qu'en effet toutes ces choses, considérées au flambeau de la sagesse, ont évidemment pour but d'éprouver la créature humaine , de lui enseigner à se connaître , de l'améliorer, de lui donner une garantie de ses hautes destinées, de la préparer à en être digne. C'est pourquoi l'éducation qu'elles offrent & l'homme est , de toutes , la plus difficile ; car elle est celle qui renferme les instructions les plue profondes ; elle est celle qui doit produire ses fruits dans un avenir plus lointain; elle enseigne a envisager la mort; elle enseigne à mourir; elle forma k créature comme un élève pour l'immortalité. Aussi, pendant que les autres éducations morales dent Phomme re-
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y se ralentissent , celle-ci persévère , et devient ordinairement pins active dans le» dentiers jours : la douleur tient les clefs de notre carrière terrestre ; c'était elle qui nous en avait ouvert l'entrée ; elle nous ouvre aussi la sortie et le passage à une vie meilleure.
Voilà encore pourquoi l'homme connaît tant et de si immenses douleurs inconnues a l'animal. La douleur ne devait être le partage que dé l'être perfectible. Il n'y a pas pour l'animal de douleur qui mérite ce nom, puisqu'il ne connaît que la souffrance physique y et qne cette souffrance est purement instantanée , sans prévision <k l'avenir , sans mesure de la durée.
Les êtres les plus distingués sont ceux auxquels cal réservé le privilège des pins grandes douleurs ; car seuls ils connaissent les grandes peines de Pâme.
Le sceau de la douleur imprimé sur notre destinée y annonce donc en caractères manifestes notre vocation au perfectionnement.
L'histoire nous montre , dans tontes les grandes calamités publiques , un phénomène moral extrêmement remarquable : une révolution universelle s'est opérée dans le caractère de ceux qu'elles ont enveloppés; les uns se sont rapidement élevés aux plus hautes vertus, les autres se sont laissé entraîner à tous les excès de la dépravation; parmi les premiers, on a vu, avec éloanement , des personnes jusqu'alors abandonnées non-seulement à la frivolité y mais aux vices , à la dégradation elle-même ; parmi les seconds, on a vu, avec une surprise plus * 29. .
grande encore, des personnes dont la vie était estimable et régulière. L'épreuve était la même pour tous : comment a-t-elle produit des effets directement contraires ? de ce que les uns et les autres n'ont pas envisagé l'épreuve sous le même aspect , ne l'ont pas abordée avec les mêmes dispositions. Elle a réformé, fortifié , élevé , ceux qui ont su la comprendre; elle a laissé sans force ceux qui n'ont pas su l'accepter; la faiblesse explique tous les désordres , comme toutes les erreurs. Les uns ont reconquis , les autres ont perdu l'empire d'eux-mêmes. Les vertus de ceux-ci n'étaient peut-être que ces vertus molles et routinières qui , à la faveur des circonstances , s'adaptent à des devoirs faciles , mais qui ne pénètrent point au fond de Pâme , pour y étouffer la personnalité de l'égoïsme; à la vue du danger, cette personnalité, menacée dans tous ses intérêts , a seule prévalu , a envahi l'ame tout entière : ceux-ci donc n'ont vu, dans la terrible épreuve , qu'un ennemi qui frappe , dépouille, opprime; hors d'état de lui résister, ils sont tombés dans l'accablement du désespoir; ils ont fui , ils se sont précipités dans de honteuses distractions , pour s'étourdir , en détournant leurs regards d'une perspective qu'ils étaient hors d'état de supporter. Ceux-là conservaient encore un principe de vie morale , que la présence de l'épreuve a subitement éveillés : ils ont découvert la vanité de ces plaisirs d'un moment, dont la recherche les absorbait ; ils ont aperçu qu'il y avait pour eux une autre destinée ; ils se sont réjouis de trouver un instituteur qui les instruisait en les corrigeant, un médecin
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qui leur promettait la guérison dans un breuvage amer ; ils se sont félicités de pouvoir réparer en expiant
Or , ce que l'histoire met à découvert dans ces circonstances solennelles représente ce qui a lieu habituellement parmi les hommes , et les effets opposés que pro- , dui sent les épreuves ordinaires sur le caractère de chacun, suivant qu'il y succombe, ou qu'il réussit a s'élever audessus d'elles.
Qu'il est juste et salutaire cet arrêt de l'opinion , qui frappe la peur d'ignominie ! Car la peur suffit pour conduire à tous les crimes, par toutes les bassesses. U n'y a rien d'aussi cruel que le lâche. L'effet dé la terreur est de rendre à l'égoïsme une absolue suprématie, et de faire disparaître tous les contrepoids qui devaient le retenir. Elle rompt tous les liens de l'affection; elle entraîne'une sorte de dissolution de l'existence morale. La terreur glace l'ame, comme la peur physique glace les membres. Ainsi , la terreur détruit précisément ou paralyse , du moins , en 1 nous , les deux grandes puissances qu'il était nécessaire de cultiver : elle étouffe , dans leur principe, et l'amour du bien et l'empire de soi* Qui tremble ne Sait plus aimer — ni vouloir. On ne saurait donc concevoir une idée plus fausse que. celle d'employer indifféremment la crainte comme un moyen de régime moral. Gomment l'image de la vertu pourrait-elle se produire du sein de la frayeur? v Quel sentiment généreux pourrait naître de la lâcheté? La crainte ne saurait donner la notion du devoir ; elle peut en donner au contraire, une intelligence erronée: elle n'inspirera jamais une pensée utile, une résolution louable.
DU PBHFBCT10HNBMENT MORAL.
Ces* s'y prendre mal, pour vouloir réformer l'homme, que de commencer par l'avilir. Un certain genre et un certain degré de crainte peut seulement être employé avec avantage pour réprimer l'excès de l'impétuosité et de la violence; die sert alors à rétablir l'équilibre rompu et à rendre à Faine le gouvernement d'elle-même : c'est à cette mesure qu'elle doit s'arrêter. Pour avoir quelque chose de salutaire, il faut qu'elle soit empreinte de respect, qu'elle conserve ainsi quelque chose de moral : c'est ce qu'on obtiendra , si eUe s'associe aux règles de la justice, si elle leur sert d'expression ou de cortège ; mais, alors, elle doit exprimer en effet la justice , l'accompagner , non la voiler.
Le danger est un avertissement, un signal qui invite l'ame à se recueillir en elle-même , à rassembler ses forces. Si le signal est entendu , l'ame deviendra plus libre, dégagée qu'elle sera de toutes sortes d'entraves. Voyez cette sérénité répandue sur lé* front du héros, ce fini qui brille dans ses regards , lorsque , dans les champs de la gloire , mille traits volent autour de lui! Ils nous peignent ce qui se passe dans le cœur du sage menacé par l'adversité. Le génie s'exalte en présence des obstacles, la vertu en présence des périls; c'est alors qu'elle apprend à compter sur elle-même , qu'elle acquiert la conscience de sa puissance et de sa dignité.
U n'est rien de si ordinaire, de si facile, que cette bravoure qui affronte un péril sensible et déterminé ; ce qu'il y a de plus difficile , c'est d'affronter les dangers vagues et indéfinis ; ce qu'il y a de plus rare, c'est de
porto* dans la bravoure un motif moral. Cette condition est cependant nécessaire pour rendre l'habitude du danger profitable pour le caractère.
On ne s'étonne point de la bravoure de tant de milliers d'hommes qui exposent leur vie sur un champ de bataille , souvent sans trop savoir pourquoi ; on ne peut assez s'étonner de voir un homme exposer sa fortune , sa liberté, sa vie, pour la cause de la justice ou de la vérité. Le second genre de courage est cependant bien mieux motivé , bien plus légitime ; il devrait être plus naturel. C'est donc nous qui avons de dusses idées du courage.
Ce qui contribue souvent à soutenir , au milieu du péril , ce qui le fait même rechercher quelquefois avec ardeur, c'est le charme puissant des émotions; on va périr peut-être ; mais , en attendant , on se sent mieux exister. Un tel principe est plus funeste qu'utile au caractère. Il arrivera des épreuves où les émotions ne seront plus là pour nous secourir , et ce sont souvent celles où la constance est le plus nécessaire. Telles sont, par exemple , celles où il faut braver les arrêts injustes de l'opinion. D'ailleurs , en fortifiant le goût des émotions, on prête a toutes les passions une nouvelle énergie j. en même temps que la vie ordinaire s'affadit , les vertusobscures perdent de leur prix ; le devoir ne paraît plus* qu'une chose monotone et vulgaire. Les qualités brillantes qui ont été déployées sur un théâtre orageux, s'éclipsent souvent quand on- rentre dans la condition commune, et s'évanouissent dans un ordre de choses paisible
et régulier ; c'est que ces qualités tenaient plus do pot oipe de la passion que de celui de la vertu.
L'habitude du danger dispose au deantéressemeut elle prépare aussi à tous les genres de dévouement Unbitude du danger délivre d'une foule d'illusions, d'une foule de servitudes puériles; elle accoutume à se posséder, elle donne donc au caractère quelque chose de sériesi; en même temps que de mâle et de fier ; elle prépare ainsi aux exercices de la sagesse. Il y a cependant un art de la frivolité, qui s'habitue au danger parla distracuen, et qui abuse ainsi de l'épreuve, pour se confirmer encore dans une légèreté incurable. H y a aussi une sorte d'indifférence grossière et presque brutale, qui se familiarise avec le danger, et brave tout , parce qu'elle ne s'intéresse à rien; elle sort de l'épreuve, comme les substances » fractaires sortent du creuset, sans en avoir ressenti aucune transformation. Le danger n'élève le coeur que lorsque, sachant ce qu'on expose, on mesure l'étendue du sacrifice. Le monde, dans m jugemens superficiels, croit toujours voir quelque chose d'honorable dans le mépris de la vie, parce qu'il y voit quelque chose de brillant, quelles que soient, d'ailleurs, les causes de ce mépris. Cependant la vie n'est point une chose méprisable) 2 n'est ni sensé, ni permis de s'en jouer; la compromettre sans utilité n'est pas du courage , mais une étourdeoe coupable, et coupable surtout, lorsqu'une vaine ostentation est le motif réel de cette espèce de bravade. Ce qu'if y a d'honorable, ce n'est pas de mépriser la vie, c'est d'estimer le devoir, l'honneur encore plus que la vie,
estimant celle-ci à son juste prix. Si la présence du danger est comme un trait de lumière qui fait évanouir un grand nombre d'illusions, et réduit les faux biens à leur néant, elle fait mieux sentir aussi le vrai prix.de chaque instant de notre existence ; elle rappelle que ce qu'il y a de grand dans notre existence actuelle , ce qui peut donner un si haut mérite aux jours qui la composent, vient précisément de ce qu'elle doit unir et se répandre dans un avenir dont elle est l'apprentissage ; en nous montrant combien sa durée peut être rapide, le péril nous fait voir combien il est urgent de l'employer au but pour lequel elle nous fut donnée.
L'épreuve du péril nous apprend à nous bien juger : car elle nous donne une expérience certaine de la réalité et de la solidité de nos vertus. Mais il faut pour cela que nous sachions la subir avec une entière tranquillité : cai le trouble égarera notre jugement, l'effroi nous fera méconnaître nos ressources, oublier nos mérites, et le découragement nous rendra injustes envers nous-mêmes.
Quelques philosophes, spécialement parmi les nouveaux Platoniciens, ont défini la sagesse « la méditation „» de la mort. » Évitons les exagérations, et ne sortons point des voies que la Providence semble avoir indiquées à l'homme I La vie doit être sans doute une grande préparation; mais, pour cette fin même, elle doit être une vie, et non une mort anticipée et continue. Il est des sentimens utiles et louables qui s'affaiblissent trop dans une préoccupation habituelle de noire dernière heure; il est des soins qui seraient trop négligés et qui cepen-
dant sont aussi des devoirs. Cette contemplation assidue de la mort pourrait se convertir en une sorte d'égotsme exalté et mystique, qui nous ferait trop oublier ce que nous devons à la société , et qui détruirait le charme des douces affections par lesquelles nous sommes unis à nos frères. Ne disputons point ce rare degré de perfection au petit nombre de ceux, qui en sont jaloux! Le perfectionnement que nous cherchons est celui qui convient au commun des hommes; il demande, avant tout, de rester fidèle aux conseils de la prudence et aux indications de la nature. Ne serait-il donc pas mieux de dire : « Le sage , » en prévoyant la mort, fait fructifier la vie? »
Lorsque la raison décompose , par une logique rigoureuse , ce que nous appelons l'adversité, les maux de la vie, elle découvre d'abord qu'une portion des maux la plus considérable, celle dont nous sommes peut-être le plus affectés, ont un caractère purement négatif, c'est-àdire, se composent essentiellement de privations; elle reconnaît ensuite que, dans le nombre des biens dont la privation nous affecte , il est une partie qui n'a d'autre valeur que celle dont nous nous plaisons à les doter; une autre partie qui tire uniquement son importance des habitudes contractées ou des comparaisons établies. Cette appréciation exacte de la valeur des choses humaines compose les prolégomènes de la science du bonheur ; et cependant , quand songeons-nous à foire une semblable étude ? Il faut que l'adversité survienne pour nous y contraindre. Les lumières qu'elle nous apportera nous consoleront de beaucoup de choses; de la sorte,
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elle guérira souvent les blessures qu'elle aura faites. Quel bienfait bous puiserons dans les mécomptes de la vanité , s'ils peuvent nous faire réduire enfin à leur juste valeur les biens que la vanité poursuit, s'ils peuvent réprimer, avec elle, cette aveugle et insatiable personnalité dont elle est une exubérance !
Il y a des adversités brillantes et pompeuses qui retrouvent dans les applaudissement des spectateurs , un dédommagement aux rigueurs de la fortune; il faudrait être bien malavisé pour manquer l'occasion de recueillir un tel honneur. L'orgueil peut en diminuer le fruit, comme il en diminue le mérite. Dans les contrariétés obscures, dans les privations de détail , on n'a pas la même ressource, mais on trouve de bien plus grands avantages.
Cependant le monde ne peut at-sez admirer cette fermeté d'un grand de la terre , d'un homme puissant ou fortuné , qui se trouve atteint par la disgrâce , et qui n'a besoin que d'un peu de raison, peut-être, pour devenir réellement plus heureux. Ce qu'il faudrait faire connaître au monde, ce qu'il faudrait exposer a la vénération de tous les hommes, c'est l'héroïsme de la pauvreté , cet héroïsme dont les exemples sont cachés tout près de nous, que notre indifférence n'aperçoit pas, que peut-être notre frivolité dédaigne. Quelque magnifiques que soient les tableaux dans lesquels la philosophie et l'éloquence ont peint la constance de l'homme de bien dans l'adversité , ils n'ont point encore épuisé ce sujet, et celui qui visite l'asile ignoré du pauvre trouve
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encore de noQTeaux tnhs ^ y joindre: c'est peu de ces privations accumulées qui se font sentir à l'indigence si virement et sous tant de formes à la fois ; mais cet abandon , cet isolement qui laissent trop souvent sod ccenr sans consolation terrestre ; mais votre pitié dkmême qui Tient le blesser peut-^ par ses soupçons ou sa hauteur: mats ces affections de bmille, qui deviennentponr mi nn poison, la ju n tce des tourmens lesfb cruels, des anxiems les pms dêcoirantes; un tel <p*
pcut-e^,ouebe efurure, grand Dieu, ponr la oo- , et que de choses elle révèle oui nous s*i peut-être! Ce» an christianisme ou 7 ! a efc remrw de dernier à la mu m n t ceqnlly adesuhfe dans IVroisme de Fîndçence, d'ériger presque es «de cundibou cm nn p w * &g< mural, par h dçÈ* queue cunacre et les xeruas queue enseigne.
Leprejure uYcs priiaÉums et mes souuvunocs, «ns-
de rammmr éa bien, pent t cunarmumr sons pkàfots lafuurt*: dur mTuaim le mwAuueut dr f «ur ^ a omr*iamlo\Rm\umnfc*quàmm?u^
mi nafi ili faim m |*v$«u*»*fe <fc semquo^ uluuu^fmur urmuoran» uju <mt >9uwa «erc^ et
a aanruuur; «mt «rame* n* nuunml s*' bir.u.
ment dans celles auxquelles on s'abandonne , une consolation inépuisable dans les unes et dans les autres ; enfin , en ramenant la pensée à ce qu'il y a de plus réel dans la destinée humaine , elle conduira à en mieux x apercevoir le véritable but, à mieux sentir l'autorité des devoirs qui en sont les lois : elle fera reconnaître ce qu'il y a de positif et de sérieux dans cette science de la sagesse , que notre frivolité , trop souvent , relègue au rang des théories. Alors , et en présence de ces augustes images , l'ame affaissée se sentira renaître ; la vertu se - — — montrera à elle sous ses formes les plus pures, l'admettra à un commerce plus intime; il existera pour elle, non pas seulement des adoucissemens , mais des joies célestes qui lui fussent restées inconnues dans les jours de la prospérité. Oh ! que la vertu parait belle, quand on se trouve ainsi face à face avec elle , n'ayant plus qu'elle seule pour tout bien , mais la possédant tout entière , la contemplant sans voile , lui offrant un cœur purifié par l'adversité! Mais, pour pénétrer dans ces admirables \y secrets , pour recueillir ces salutaires influences , il faut entrer dans les rudes voies de l'épreuve, avec des dispositions convenables : il faut y porter le calme , non pas seulement le calme .extérieur des sens, mais ce calme intérieur qui appartient à une conscience satisfaite ; il Êiut y porter le désir sincère de recueillir ces enseignemens si graves, qui doivent s'y offrir à nous ; il faut y conserver , y nourrir la faculté d'aimer , qui seule fait Coûter la douceur d'être aimé , et , par conséquent , d'être Consolé. En vain le grand livre de l'adversité sera ou-
DP PERFECTIONNEMENT MORAL.
vert devant nous , si , pour y nre 9 nous n avons arrache de dessus nos yeux lé bandeau de l'amour-propre.
Considérée comme nn moyen d'éducation propre à développer Pempire de soi, l'épreuve des privations et des souffrances sertira essentiellement et de diverses manières a nous faire recouvrer cette salutaire autorité; elle rompra la chaîne d'une foule d'habitudes qui nous tenaient asservis , et l'ame recouvrera ainsi une liberté qu'elle n'avait pas su conserver; placé dans cette situation nouvelle , on apprendra à se mieux étudier ; on sera conduit à réfléchir sur ses feu tes, et sur les conséquences
- -qu'elles ont eues ; on sera désabusé dé Popmion trop
favorable qu'on avait conçue de sot ; on reconnaîtra ce qu'il y a de réel dans les vertus qu'on croyait avoir acquises ; on s'exercera à la retenue , à la tempérance; la | volonté acquerra de la sorte un caractère maie et austère ; enfin, on pourra convertir, par des intentions morales, en un -sacrifice volontaire, celui qui était impose' par les circonstances, faire ainsi de b résignation un véritable triomphe.
Nous portons souvent envie , et bien justement , à ces êtres privilégiés qui ont eu le bonheur de pouvoir dévouer leur existence a une cause sainte , s'immoler pour le devoir , souffrir persécution pour la justice! Mais la résignatipn ouvre à chacun de nous une carrière de mérites qui se rapproche, à beaucoup d'égards, de celle qu'ils ont parcourue. Les privations et les souffrances qui nous sont envoyées, quoique n'étant pas de notre choix , peuvent être acceptées en nous par la vertu, et,
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en h ^no nfl fr anpainsi, a«is«aôrdiis véritaWèmtetjt tm holocauste au devoir : car c'est un devoir atfesi que de se soumettoe au* volontés de ik Providence ^âux e\énemenfrdont eUe ftararqot notre destinée y et y moins ce devt*r«>dl*cktv n*>ms il flatte l'amow»propre, .plus aussi mnr^kcém^iBBèKteat^eiÊî^aàr de grandeur et de, pureté/ Entrez dans cet asile ou repose j loin des 1 ' regards du monde , une personne depuis lon^-temps épuisée par les plus cwelles douleurs : ette ntaperçott au-devant d'elfe d'autre perspective que «telle de ces mêmes douleurs proloBfê^jus^W tombeau ^chaque jour lui ravit quelque rayon de reiisfeiice ; ses joutfs sent sans distraction , ses sombres nuits sont sans repos; l'aiguillon du mal k presse, latorisre sans cesse; ce reste de vie. n'est pour eHe qu'une mort lente et progressive ; chaque jour hn amène un adieu; ses communications avec ceux qu'elfe aime ^ «seule douceur qui lui restait, deviennent plus difficiles et plus rares : toutefois , pendant le cours d'un martyre qui Va toujours croissant , sa sérénité devient toujours plus grande, sa patience phis égale; ^, elle se détache de tout, sans regrets personnels ; loin d'être préoccupée d'elle-même, sa tendre sollicitude pénètre plus vivement que jamais dans les intérêts de ceux qui lui sont chers; eUe a un; redoublement d'ardeur pour prévoir leur avenir ; elle sait mieux aimer que jamais. Oh ! que de choses admirables elle a donc apprises à cette terrible école ! Que de choses aussi ellemême, à son tour, nous enseignera par son exemple! Une telle résignation , soutenue avec une telle cons-
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tanoe, est-eUe* en vérité meîns beUe que de tSocrate?
Infortunes ! tous qui êtes appelé* k boire èttsla coupe araère de la douleur ., poissies^-Tons tomfreûdre toal ce qu'elle renferme d'alhnens substentiek étïetf»ro»f tréridux remède* poar les. maladies de l?amo! k ^pt^U >Tec covwt^^ éyei reeoftBaâsance frèfoelEi vous qui &wçl*$w& " la. touchante , mission d'Wster lt ttattieur, perfiuadear^oUs bien quB;*vfrusia¥esàpeîtf ébauobé t'aceomplissefeent de ce jnsnistèot sacré, lors que von» ayez porté Jk§ secours et soulagé les besoins èi çorp*! Ce sont, aussi des ccroolafeo»* * qjie vousès tppelés à distribuer; c'est la puissance do b tendra fectiqn, qu'il fiuit feire» sentir au mur r«ffligé 7 et,po* y farveoir , il feùt pénétrer; jusqu'à lai , obtenir sa o» fiance, succès bien plus difficile qu'un ne. pense. Gi un ami qu'il faut, dernier au malheureux , pour un médecin au malheur. Mais surtout , et voici ee votre? ministère a de plus auguste et déplus utile, î le dernier bieoiah, bienfait dont le lien d'affection vous aurez établi sera le moyen nécessaire : releva cœur abattu , apprenezduià ne point désespérer de même j aide4-le à découvrir, dans l'épreuve qwft bit, toutes les instructions qu'elle renferme, à les cueillir; c'est k celui dont il se sent chéri et perti quH appartient de lui foire trouver dans son info le migre* de. devenir meilleur.
De tous les mystères de la douleur, le plus prof< le pkis terrible, est celui qui est réservé précisément
lit. in. jmt. il. chàp. ? ni. 34?
âmes ka plus pures , lorse^e; les affection* les plus saintes viennent se convertir pour «lies en peines déclarantes; lorsqu'il fytà r*eevoàr les eninls adieu* de Fêtre auquel on dévouait sa vie, renoncer à là douceop d'exister pour lui; lorsqu'on ne peut plus ratondre les «cens ]de tieuç> a vnrxqui excitait au bien, tenir cette maân<qni çuidaitdans , v les sentiers da devoir , confondre son ccenr dans uneseur ^excellent; lorsqu'on se voit enlever son guide, son appui, ^ son confident le plus intime; lorsqu'onvott dispwaîtrecette y-image vivante et sensible <\xas laquelle la vertu eUe-môme ^j^jembkrt^être personnifiée pour se faire entendre et voir. » ue létérans de la douleur , vous qui avez exploré le secret u^e tontes les souffrances, dites-nous s'il est une explica- I ' |m pour cette dernière épreuve ! dites-nous s'il est quelteBï jte moyen pour la rendre encore utile a notre amèlioi ^on , alors qu'elle nous ravit les plus puissant secours. V^lnt nous nous aidions! Oui : et ici encore sont renfer- ' g|fes des leçons austères , sans doute , mais subb'mes ; elles jfmX fructueuses pour oeux qui sauront en être dignes.. , jJbs se rattachent à une haute instruction qui est comme , (Jterme de notre éducation morale , et qui , pour ce ^pif, est contenue dans l'épreuve de la douleur , parce '\gjftla douleur devait achever, en effet, notre perfec* jfrnement. Tous les mystères de la douleur se résolvent, . . jfdéfinitive , dans la pensée religieuse ; car là seule-* j^t ils peuvent pleinement s'expliquer. Élevons nos prds à ces grandes perspectives! Alors, et seulement . Jfr, se révéleront toutes les utilités cachées dans les . f^Juves de la vie présente. Alors deviendra intelligi-
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Me, pour le cœur sensible et tendre, cette sentence affreuse qui le condamne à une viduité passagère? alors, il comprendra et le vrai caractère et le but suprême de ces affections qui faisaient ses délices ; il découvrira qu'elles peuvent s'élever encore a un plus haut degré de pureté ; il goûtera une nouvelle manière de servir et d'honorer l'être auquel il s'était dévoué ; sa douleur sera féconde en bonnes actions ; il trouvera dans les liens, qui ne sont pas rompus, quoiqu'ils deviennent invisibles, un moyen de s'entretenir dansées plus nobles espérances : le temple où se célèbre le culte des souvenirs, est éclairé des rayons de l'immortalité. Dans l'exercice du bien , désormais solitaire , l'être délaissé devra trouver sans doute en lui-même la puissance des plus héroïques efforts ; mais c'était aussi ce qui lui restait a obtenir. Avec cette dernière immolation, s'ouvrira pour lui une nouvelle voie de perfectionnement, inconnue jusqu'alors, et que ne pouvait enseigner la sagesse humaine. Les adieux des cœurs vertueux sont des promesses; ils correspondent encore dans l'absence ; ils se retrouvent là où est le foyer de l'amour , le sommet de la perfection, le vrai but de notre destinée. S'il y a un martyre du cœur, il y a une palme pour ce martyre; elle croît sur loi confins de la terre et du ciel; c'est là qu'il fout aller U'cueillir.
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