UT. IL SECT. III. CHU. II
ueompti avec joie; il fiutt que ce sacrifice soit mit h un objet digne de le recevoir; il faut, en un mot, qu'un amour plus noble et plus pur ait conquis et absorbé Famour de soi-même.
Les grandes âmes ont entre elles un commerce intime et an langage qui leur est propre ; ce langage peut être difficile à comprendre quelquefois pour le vulgaire ; cer* tains hommes , échappés du vulgaire , ne le comprennent pasenefiet, et se croient fen droit , par la , d'en contester le sens et la valeur.
Les grandes âmes sent sujettes a certaines négligences dans les choses de détail; il faut bien qu'elles laissent cette consolation à l'esprit de critique et à l'envie.
Il y a un sublime pour les caractères , comme pour les productions de l'esprit II résulte des deux principes qui constituent la grandeur d'ame, élevés tous deux ensemble à leur terme le plus extrême. Qu'est* ce à dire ? H réside dans l'immolation , dans l'immolation entière a la voix du bien , lorsqu'elle ejige en effet un sacrifice aussi absolu. Cette immolation , qui fait tressaillir les âmes vulgaires d'horreur et d'effroi , est embrassée par les grandes âmes avec une joie si vraie et si pure , qu'elle semble être pour elles plutôt encore une récompense qu'un sacrifice. C'est moins pour elles un fardeau à soulever , qu'une couronne à saisir. L'immolation , au reste , ne consiste pas toujours à donner sa vie; il y a des hommes qui donnent leur vie avec légèreté: il y a, dans certaines circonstances, plus de grandeur dans la manière
de recevoir la mort , qu'il n'y en aurait à aller au-devant
d'elle; il y a quelquefois plus de grandeur à consentir k vivre, et surtout à se résigner à survivre, qu'à braver ou subir le trépas. H y a une immolation qui embrasse tous les intérêts et tous les instans de l'existence, qui! emporte un renoncement à l'ensemble de ses habitudes, de ses penchans, le sacrifice de sa fortune, de sa carrière, le sacrifice de ses plus chères afiections; il y a l'exil volontaire; il y a des occasions où l'on se trouve appelé à braver l'opinion , le préjugé de son pays et de son siècle. Le martyr de la vérité et de la vertu a plus d'une fois été frappé d'une ignominie apftareute; il a subi la sentence prononcée par le vice ou. l'absurdité , applaudie par le vulgaire. Que les héros du monde se taisent et s'inclinent devant un tel héroïsme t ils recueillent les applaudissemens des hommes; celui-ci ne recueille que leurs injustices. La gloire les couronne; celui-ci n'a .pour appui que le suffrage de sa conscience.
Le sublime, dans les productions de l'esprit, a toujours quelque chose de relatif; il demande un concours de circonstances favorables, une préparation qui ménage la surprise , un art qui rassemble et concentre tous ses effets dans un trait unique et rapide. Le sublime du caractère est absolu, indépendant, permanent; il tire tout de sa propre nature; il n'a aucun besoin des secours de l'art; il ne s'affaiblit point en se multipliant; il ne perd rien en Rappliquant Les grandes, âmes ne sont point grandes, en ce qu'elles se séparent du commun des hommes; et tous atteindraient à cette eVninente dignité,
ga'efle ne perdrait n'en de son prix. Ce qui aère les grandes âmes, c'est la hauteur du but, c'est la générosit de l'effort nécessaire pour y atteindre.
20 DU rEfcFECTlQKNEMKliT «ORAL.
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CHAPITRI III.
DE LA DICKTB DU CAmACTBBB.
CbIatube de Dieu , l'homme porte sur son front e plus encore au fond de son cœur, l'empreinte de cette auguste origine. Candidat d'une existence à venir j l'homme porte en lui le signe de cette haute vocation. Citoyen de l'univers , l'homme y exerce une sorte de magistrature et même de sacerdoce. Il est le lien de communication entre le monde matériel et le monde moral j connaissant le premier par la science , le gouvernant par l'industrie, il entre dans le second par la religion , la vertu, et la liberté.
La dignité du caractère qu'est-elle autre chose que cette même dignité de notre nature , lorsque nous avons su la comprendre, la conserver, la reproduire dans l'ensemble de notre vie? En quoi consiste-t-elle, si ce n'est à soutenir par nos sentimens et nos actions le rang que nous a assigné la Providence? Aussi les âmes élevées mettent-elles un extrême intérêt à soigner cette dignité commune de l'humanité ; aussi est-ce un signe certain d'un caractère qui se dégrade et se déprave , que ce besoin secret de rabaisser la dignité de notre nature , dont