‹ Du perfectionnement moral, ou de l'éducation de soi-même (volume 3)Chapitre 6 sur 34 · DE LA PAIX IHTERIEURB · texte numérisé non relu

DE LA PAIX IHTERIEURB

Voua un trésor malheureusement trop peu connu la plupart des hommes, un trésor qu'ils négligent, <j souvent il* semblent fuir, un trésor qui cependant éfi à la portée de fous , qui pouvait s'obtenir à peu de frai et dans lequel était enfermée une grande abondance i richesses!

« La nature , disaient les physiciens disciples d'Arii tote , la nature a horreur du vide » . C'est ce qu'on poui rait dire aussi du coeur humain. La plupart des hommd dans le besoin aveugle d'agitation qui les tourmente,* se forment de la paix du cœur qtfune idée négatif ils la redoutent comme un état de privation. Sous pri texte de fuir l'ennui , ils cherchent le trouble. Que h 9 od\ ils cependant expérimenté une fois cette paix intérieure combien l'image qu'ils en ont conçue deviendrait pk juste ! Ils reconnaîtraient qu'elle n'est pas le silence mais 1 harmonie j l'inaction , mais l'équilibre ; le sommeil mais le bien-être; le néant, mais la santé de l'ame. Ces un calme plein de vie, qui tempère toutes les peines,

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kakk le prix de toutes les jouissances, et ranime toutes la forces.

Ce que certains sages de Fantiquitéjippelaient la tranquillité de Vante , ne répond qu'imparfaitement à ce que nous entendons ici par la pais intérieure. La tranquillité de l'ame consiste essentiellement dans l'absence de Hnquiétude et du trouble; la paix intérieure suppose quelque chose de plus : elle suppose la présence d'un principe restaurateur. La paix intérieure est encore une harmonie des deux grandes puissances morales de Thomme; la tranquillité de l'ame n'est guère que le fruit de l'empire de soi-même ; elle remplit donc l'une des deux conditions qui se réunissent dans la paix intérieure ; elle la prépare et la commence; elle est un état de sécurité ; ta paix intérieure est un état de satisfaction ; l'amour du bien y verse toutes ses douceurs. L'ame tranquille est comme le vase destiné a contenir des parfums; c'est peu encore de ne posséder que le vase , s'il reste vide. \& cœur où règne la paix intérieure est rempli par l'amour du bien ; et plus il en est rempli , plus la paix qu'il goûte «si profonde.

N'y a-t-il pas quelque chose de sec et de stérile dans cette tranquillité de l'ame que célébraient quelques philosophes anciens ? Souvent, elle semble reposer sur une sorte de fiction que démentent la raison et l'expérience, que la morale même repousse. Sénèque, Épictète luimême nous attristent, nous enraient en certaines occasions, par l'image qu'ils nous offrent de ce prétendu ftços; quelquefois, ils vont presque jusqu'à nous révol-

1er , en nous demandant le sacrifiée de nos affections les plus douces et les plus sacrées. Mais la paix intérieure a recueilli l'amour dans son sein, et lui* sert en quelque sorte de sanctuaire; elle admet donc tous les sentimens justes et honorables. La paix intérieure résulte de l'accomplissement fidèle de la vocation qui nous a été tracée par la nature ; elle ne saurait donc exiger une contradiction aux voeux de la nature. Cette paix n'est point une exemption totale de souffrances; elle peut se concilier avec certaines peines du cœur, avec certaines sollicitudes; car il est des peines et des sollicitudes légitimes, et rien de ce qui est légitime et vrai n'altère une disposition qui est elle-même une sorte de concert formé par la justice et la vérité. On souffre alors ; mais on souffre avec fermeté; la douleur est acceptée par la résignation ; quelquefois même la paix en devient plus exquise; la douleur aussi est en accord, par $es corrélations secrètes, mais réelles, avec la destination de l'homme; rieu de ce qui est dans l'ordre général ne trouble l'ordre du dedans; les larmes coulent peut-être, et ne sont point alors une faiblesse, et sont même im tribut mérité ; elles soulagent, puisqu'elles sont dues. Il y a d'ailleurs dans la paix quelque chose de balsamique , qui adoucit , d'une manière secrète et insensible, les blessures de l'ame , et même les souffrances du corps. Ainsi en possession de cette heureuse disposition de l'ame , le sage se meut sans trouble et se repose sans ennui ; il jouit de ce qui lui est échu, supporte les privations qui lui sont imposées; aucun nuage n'obscurcit ses regards ; aucun murmure ne le feti-

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i ?tj aucun fantôme ne l'alarme; aucun trait ne le Messe

i jusqu'au fond du cœur; il se porte avec facilité à tout ce

fui loi est prescrit ; rien ne le surprend, ne le trouve en

défaut, parce qu'il marche dans les voies tracées par la

uture; il jouit pleinement des bienfaits du Créateur,

reconnaît encore un bienfait dans les épreuves qui lui

sont envoyées , et trouve en toutes choses un sujet de sa-

to&ction y en tant qu'elles dépendent de la condition qui

foi est échue, parce qu'il se voit lui-même à la place qui

lui fut assignée dans les desseinà du suprême dispensateur.

Sous l'influence d'une telle disposition, toutes les facultés prennent un essor plus facile et plus vigoureux; b paix intérieure est pour les facultés de l'homme ce que la rosée du matin est pour les plantes de la terre. La darté se répand dans l'intelligence , les idées se distin» S^t, se classent sans effort; on s'interroge , on se répond sans contrainte; on pénètre facilement au fond de soi-même ; se rendant compte de ce qu'on pense et de ce qu on sent , on sait mieux aussi ce qu'on veut , on le veut d'une manière plus décidée et plus, franche. Comfôn alors la vertu paraît plus facile ! Quels charmes dans * contemplation! Quelles récompenses anticipées dans ** pratique! Gomme on est bien avec soi-même 2 Gomme °û est bien aussi avec les autres! Le commerce que nous tfctretenons avec eux participe de la sérénité qui règne dans notre ame ; la bienveillance devient naturelle ; on eu ge moins 9 on pardonne davantage; car on a moins ksoind'autrui, on est moins vulnérable. Ge calme que

l'on porte en soi-même se transmet à ceux qui: nous entourent , même à leur insu : l'homme pacifique intervient comme une sorte de médiateur au sein des animosites et des haines; s'il apparaît , bienfaisant messager , au milieu de la foule mécontente, inquiète, agjlée, sa présence seule ramène la confiance et l'espoir ; sa présence produit un effet semblable aux accords d'une mélodie suave et douce qui apaise les orages des passions furieuses. Telle est ; à la suite de la tempête, l'apparition de cet arc mystérieux qui se dessine dans le ciel et vient s'appuyer sur la terre. La paix intérieure est l'expression de l'ordre moral, comme la beauté d'un édifice est celle de ' la régularité de ses proportions. Elle est une émanation de la vertu elle-même ; et c'est pourquoi, en se peignant " sur le front de l'homme de bien, elle devient une sorte ' de langage éloquent qui s'insinue au fond des cœurs. ■ N'est-ce pas à elle que nous devons éminemment de •' goûter la contemplation de la nature? et réciproque-' 1 ' ment , n'est-ce pas parce que la contemplation de la ^ nature nous dispose à recouvrer la paix intérieure, 1 * qu'elle fait tant de bien ? L'image de la paix , incessam- $ ment reproduite dans ces scènes variées , dans ces gracieux tableaux que la nature déploie sous nos yeux, s'y % montre vivante et sensible , nous répond , nous applaudit, ' k si nous sommes en accord avec nous-mêmes , nous rap- ''"M pelle à cet accord, si nous y avons été infidèles. Aussi Me la nature ne sourit-elle qu'à ceux qui sont bons ou sin- iy cères du moins dans leur retour au bien ; elle n'accueille >t que l'innocence ou le repentir, parce que la paix du isj

dedans est un privilège réservé en effet à l'un ou à fautre. Le spectacle d'une belle nature est comme le miroir d'une ame vertueuse.

La paix intérieure est un gage de constance et de durée dans les résolutions et les sentimens ; elle est un principe conservateur et tutélaire : c'est dans le trouble et f agitation que l'on change. Plus on goûte la 'paix , plus on s'y attache \ à l'opposé de tous les plaisirs sensuels ou égoïstes , sa volupté s'accroît par la jouissance même ; volupté animée et vivifiante , qui , loin de nous jeter dans l'assoupissement, éveille en nous toutes les forces morales! L'ame alors, se sentant comme dégagée, £ relève du sein des misères qui pesaient sur elle ; elle se relève libre, confiante et fière; elle envisage avec joie ia perspective des grandes choses; elle aspire à les entreprendre. Si nous pouvions interroger les hommes dont les exemples excitent en nous la plus juste admiration , ils nous diraient que c'est dans les momens d'un recueillement paisible qu'ils ont conçu ces vastes desseins, ces résolutions généreuses qui ont en eux honoré la nature humaine.

La paix de l'ame respire , avec une aimable candeur, sur le front de ces êtres favorisés par la vertu , qui , constamment fidèles à la loi^du bien, ont conservé intact le dépôt de la virginité morale; elle se peint avec une sérénité majestueuse sur le front de la vieillesse, lorsque la vieillesse est en quelque sorte couronnée par te souvenir des bonnes actions qui ont rempli le cours dune longue vie. Chez les premiers , c'est un calme qui

prélude à une activité fructueuse; chez les seconds, c'est un repos mérité, et encore plein de vigueur; elle confère aux premiers une dignité douce, pore ; die restitue aux seconds une jeunesse nouvelle. L'expression d'une paix parfaite est l'un des attributs dont nous nous plaisons a revêtir ces intelligences supérieures, ces natures angéliques que nous nous représentons comme formant , une sorte d'intermédiaire entre la Divinité et l'homme j et comme occupant dans la création les plus hautes sommités de la nature morale.

Ce oui choque nos regards dans les objets extérieurs ^ ce qui porte le trouble dans la marche des phénomène ^ sensibles, ce qui altère l'état des êtres vivans et organises provient toujours de ce qu'un élément quelconque st>. ; trouve déplacé, ou de ce qu'un mouvement est détourne ^ de son cours. Il en est de même de toute agitation qu a lieu au-dedans de nous-mêmes; elle accuse un déré»». glement, une contradiction secrète entre la direcn'oi., qui est suivie et la tendance qui était marquée. Si main tenant on remarque que tous les obstacles qui n0U :*L privent de la paix intérieure, proviennent, d'une miv 1 nière ou de l'autre, de quelque -exigence de l'égoïsme. ' on reconnaîtra de nouveau combien l'égoïsme est, d* 11 ^ la nature humaine, un désordre réel et profond. Sous se* . trois formes principales et les plus décidées, la cupidité^ l'ambition, la vanité, il devient un intarissable foyer à\ , sollicitudes diverses, toujours inconciliables avec krepû . fl du cœur : chose remarquable! On n'est jamais moins ei

accord avec soi-même que lorsqu'on se recherche exclu*

granent soi-même ; c'est se placer au service du maître leplus dur et le plus difficile à satisfaire.

D y a une mélancolie qui peut s'allier avec la paix de lame; c'est celle qui s'attache presque inévitablemeiit à la sensibilité, alors même que la sensibilité est placée sous la sauvegarde de la vertu ; mélancolie approuvée par la vertu, consentie par la raison ; mélancolie naturelle, il faut le dire, pour ceux qui voient la vie humaine m son point de vue véritable. Peuvent-ils en effet détourner leurs regards de tant de misères qui affligent Humanité, de tant d'erreurs , de tant de crimes qui la trouhlent? Peuvent-ils ne pas gémir des maux qui pèsent *r les êtres qu'ils chérissent ? Un long retentissement de douleurs arrive sans cesse jusqu'à eux. Combien a ont-ils pas aussi chaque jour à déplorer leur propre ^blesse ? Le zèle même qui les enflamme pour la cause ainte de la vertu, éprouve de si fréquens et de si pénif h mécomptes ! Cette mélancolie , toutefois, a quelque traceur; elle n'est point un principe d'agitation ; elle ai rien de sombre ; elle ne dessèche point j elle atten* fô> au contraire ; ce qu'elle a de triste et de légitime lut qu'elle ne porte aucun désordre dans l'ame, et que far elle on devient même encore meilleur.

D y a une mélancolie qui influe essentiellement sur ufee imagination. C'est une disposition qui résulte du «Bopérament, de l'eut de la santé, de la disposition JB organes , et de la réaction que ces circonstances tout Prieures exercent sur les impressions ordinaires que 4K recevons des objets. Cette espèce de mélancolie *

mélancolie, que la léthargie n'est de la paix. D y 4 toujours dans la mélancolie quelque chose ou s'annoncer* des facultés qui ont dévié de leur cours, qui divaguent: , qui sont peut-être surabondantes , et hors de proportion avec la situation de l'individu , mais qui , ramenées à leur vraie tendance, et trouvant une carrière en rappon avec elles, deviendraient fécondes. C'est une sève qui a, peine à circuler , qui reflue parce qu'elle trouve obstrue quelque part le canal où elle devait couler. C'est pourquoi la mélancolie intéresse et touche. La vertu se seul pour elle une sorte d'attrait , se complaît à s'approcher d'elle. Elle comprend qu'elle peut secourir cette maladie de l'ame, et en rendant la santé, tirer peut-être de cette maladie elle-même le principe d'une vigueur nouvelle.

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