LIT. II. SEC T. III. CHIP. Y
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COMMEHT LE PB BFECTIOKlf EMEUT MORAL COMTMBUB AU PBBFBPTIOmBMBHT INTELLECTUEL.
Si les dons de l'esprit ne sont point toujours alliés aux qualités du cœur, si le talent, au lieu de se mettre constamment au service de la vertu , se prostitue trop souvent au service de la vanité, de la frivolité, et même de la corruption, la douleur que l'on éprouve en faisant cette remarque n'annonce-t-elle pas du moins qu'on s'étonne de ce divorce contre nature , et qu'on s'attendait.à retrouver en accord deux genres de mérite si bien faits pour aller ensemble ? Oh ! la belle et digne alliance , en effet , que celle du génie et de la vertu! Eh quoi ! ne serait-elle donc qu'une chimère, une illusion de nos jeunes années, que l'expérience viendrait démentir? Pour prouver que le talent ne doit rien à la morale , suffit-il de cher des succès obtenus par l'un, sans le secours de l'autre? Les succès qu'obtient l'esprit quand il devient infidèle au cœur, sont-ils véritablement les plus réels et les plus utiles ? N'en pourrait-il pas espérer de plus utiles et de plus réels en effet, par son alliance avec les sentimens les plus élevés et les plus purs ? Ceux même qu'il a 5.
recueille ne sont-ils pas dus en grande partie à ce qui peut exister encore de bon, de généreux et de pur dans une ame égarée par les séductions de la vanité ou les attraits du plaisir , ou , du moins, soit dans les souvenirs qu'elle conserve d'un état meilleur, soit dans les fictions qu'elle s'en compose ?
Les puissances de l'entendement sont, comme les forces du corps, un instrument mis à la disposition de chacun de nous. Est-il donc étonnant que les passions s'emparent des premières, comme des secondes; qu'elles réussissent à former des hommes instruits et habiles , comme autant de vigoureux athlètes? Toutefois, les puissances de l'esprit ont, avec celles de la volonté , un commun foyer : elles se rencontrent dans le principe d'unité qui préside à notre nature ; elle ne peuvent donc, dans leurs développemens , rester étrangères les unes aux autres. Le perfectionnement intellectuel ne consiste pas essentiellement dans l'étendue des lumières acquises : il consiste, surtout dans le développement harmonique des facultés de l'intelligence , dans cet heureux concert qui s'établit entre elles, lorsque chacune , croissant en énergie, conserve le rang , remplit les fonctions qui lui sont propres, lorsque toutes ensemble entretiennent réciproquement des rapports conformes à l'assistance qu'elles se doivent , et concourent ainsi en accord à leur destination commune. Le perfectionnement intellectuel conduit ainsi à l'accroissement des connaissances ; mais, en même temps , il rend capable d'obtenir des lumières complètes, coordonnées ^ réglées sur de sages proportions; il garan-