LIV. IL SECT. III. GHAP. V
lit ainsi du danger de la demi-science, plus fatale encore que l'ignorance. Or, on voit déjà que l'homme doit trouver, dans l'habitude de se gouverner lui-même , le moyen essentiel de soumettre les facultés de l'esprit à ce régime salutaire , a cette sage subordination. On voit également que l'harmonie des facultés morales doit préparer , par de secrètes influences , celle des puissances de l'entendement; que les exercices par lesquels l'ame s'applique k la méditation et à la pratique du bien, doivent naturellement introduire l'ordre et le calme dans les régions de l'intelligence, et assujettir toutes les facultés, suivant le rôle qui leur appartient , au service de la raison.
Tous les progrès, dans l'ordre des travaux intellectuels , dépendent d'une condition essentielle et générale, du pouvoir de captiver son esprit; or, cette condition , k son tour, est éminemment favorisée et par l'empire que l'ame obtient sur elle-même, et par le recueillement calme qui accompagne l'amour et la pratique du bien.
L'esprit a ses jouissances sans doute , des jouissances qui lui appartiennent' en propre; mais le sentiment du vrai et du beau recèle en lui-même un principe moral que tous les seudmens vertueux développent et raniment. Des intentions vénales peuvent engager dans la carrière de l'étude ; le talent peut se mettre au- service de l'ambition, de la vanité, de la cupidité même; mais ce genre d'intérêt calculé aura-t-il rien de commun avec le goût de l'étude ? Mais le charme qui attache à l'étude pour elle-même, ce charme qui la fait préféra* aux honneurs et à la; fortune , qui suffit pour remplir de 2 5..
douceur une vie obscure , pour embellir la retraite , pour consoler de l'injustice des hommes , qu'est-il donc en . effet, si ce n'est quelque chose qui correspond en nous à un sentiment entièrement désintéressé, qui s'adresse à ce qu'il y a de plus noble dans notre nature? Quels sont les heures , les lieux où il se fait le plus puissamment sentir, sinon les heures et les lieux les plus propres à favoriser la paix et l'indépendance intérieures? Se déploiera -t-il au milieu du trouble et des anxiétés de l'âme? Le recueillement qu'il suppose sera-t-il possible à celui qui laisse l'accès ouvert à toutes les distractions du dehors? Les douceurs qu'il répand seront-elles connues de celui qui est mal avec lui-même ?
Ces intentions vénales , qui donnent aux sciences et aux arts des disciples trop peu dignes d'eux, et qui substituent un v calcul de personnalité au culte désintéressé, trompent d'ailleurs, plus d'une fois, ce calcul lui-même. Nous leur devons ces études superficielles , cette érudition d'emprunt, ces productions avortées qui attestent l'avidité de jouir et l'impatience de se produire. Nous leur devons les écarts des talens précoces , le prompt épuisement qui en est la suite. Nous leur devons les prétentions et les travers du bel esprit. Nous leur devons le triste spectacle de ces talens qui s'avilissent, en mentant à leur mission, qui Eussent à plaisir les idées et les sentimens , qui s'humilient par l'adulation, qui se vendent aux intérêts des partis , et tournent contre la vérité, elle-même les armes qu'ils avaient reçues pour en soutenir la cause.
On peut ranger sous trois ordres principaux les fàcul-