‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-mêmeChapitre 16 sur 29 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Suite du précèdent.

DU RÉGIME àcOKOHiqVM DU PAUVAE.

i<*B<WMW

tiB visiteur du pauvre a étudié la situation de rinfortuné placé sous sa protection j il croit avoir reconnu les besoins auxquels il s^agit de satisfaire. Maintenant , il nous reste k découvrir les moyens d'y satisfaire, aux moindres frais possibles 'y en faisant cette recherche , nous découvrirons aussi les moyens qu'aurait Tindigent de réduire lui-même , autant quMl est possible , hi dépense qu'il fait avec ses propres ressources , et de réduire ainsi retendue des secours qu'il est forcé de solliciter. Nous parviendi^ons peutêtre à lui enseigner Téconomie , Fesprit d'ordre et de prévoyance , a mieux sodguer^msi Tintérét de sa dignité : ce sera lui faire trouver un vrai trésor.

Ayons donc la condescendance et la patience d'entrer dans les plus minutieux détails, pour résoudre ce problème difficile, problème d'ail-

DU PJkUVBE. l85

Jeun <|ul présente un assez vif intérêt : quel est îf plus haut degré d^économie qui puisse être Àjîenu dans rexistence d*un individu et les îoorcns dy atteindre? A cet eflet, essayons de ' '/mpo^er le petit budget de ces pauvres gens , 'i d'en discuter arec enx tous les éiémens.

Continuons à éviter toutes les règles trop ab' 'iittes dans leur généralité : le même régime ne ■*mviaA point à tons; le régime de rie doit ) aner saîvant Tâge , le sexe , la profession , le •eBpérament, et quelquefois suivant les habi« tudes antérieures.

Il eit surtout et avant tout, une donnée es- ■4'atidle à consulter : notre protégé est^l seul , M bien est-il mairie, ou veuf, père de famille? ians ce dernier cas , combien a-t^îl d'enfans ? ';iH est leur sexe , leur âge? combien a-t»il 'i'enlans au-dessous de douze ans , et de douze «08 â dix-huit?

Ici, nous nous trouvons de nouveau en pré' •"lice des partisans de Malthus; et cette fois '»»* ne pouvons sans doute nous empêcher de ''■jAorer avec eux que dans la classe indigente >> mariages se multiplient et obtiennent une i^tcheuse Cécondité. Et nous aussi, nous em- '^jieroBf tous les moj^ens de persuasion qui

tii en notre pouvoir , pour détourner les inligens de ces unions imprudentes ou préma- 'ur«es. Mais 5 est-il bien vrai que les secours à -i<NDicile, sagement distribués, encouragent en

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effet , et ce genre de maria gea, et leur fécoiniité ? Obsenrez de près et avec attention t les faits sont-ils tels qu'on nous- les décrit? consultons ^expérience, étudions les mœurs des classe» laborieuses. ^

Les sectateurs du célèbre système de la popu-> lation, posent en principe que le nombre des mariages et leur fécondité , sont en raison de l'aisance ; qu*ainsi les mariages sont plus nom^ breux et plus féconds à mesure que les salaires sont plus élevés , et aussi a mesure que les sal>sistances sont plus abondantes , deux causes qui agissent cependant, sous quelques rapports en sens contraire Tun'e de Tautre. lU posent ce principe , sans, penser qu^il puisse être contesté , qu'il ait besoin d*étre justifié. Quelques, ob* seryations cependant tendraient à le modifier. Il est certain qù'U y a aujourd'hui en France une aisance bien plus générale qu^avant 1789; les salaires sont plus élevés; à l'exception de l'année 1B16, les subsistances ont été abondantes; elles surabondent depuis les dernières années, et cependant, l'on reconnaît qu'en France , les mariages sont , relativement à la masse de la population, moins nombreux et moins lëcMids qu'avant 1789, quoique plusieurs causes qui favorisaient le célibat, conservent moins de force et d'étendue. De plus , nous voyons aussi que les mariages sont moins nombreux et mains féconds précisément dans les conditioas de la

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m; PAU VUE, 187

On r«jit que VârrondUMemeni de Paris le pla» foamvre^ saiu aucune ccimparaifon , est un de rem <ni les mariages sont le moins nombreux « vsai aqu^cm même temps il est celui ou ils sjnt le pla« féconds, en sorte que la fécondité des if^es ne suit pas , comme on le suppose, la prof^ression que leur nombre, en sorte que la pioa grande rareté des mariages se ren* oMBtre OBéme au contraire avec leur plus grande féomdîté. Cette observation tendrait â démentir La «opposition de Maltbus, que les mêmes causes déCemnnent à-ia-fois et dans le même rapport la amltJplication des mariages et leur fécond ité«

l«rf mariages sont généralement plus nombreux 9 mais moins féconds , dans les arrondisse fXMMu les plus riches. Le 8« , qui est le plus pjMfvre après le i3« , oflTre sous ce double rapf^rrt tffie atwmaUe ; les mariages j sont tout #m<seatble très nombreux et très féconds; au orjpotraire, le 6^ et le ii« qui occupent a peu pr^ b? terme moyen de réeheUe , relati^'ement k la tu^nsê§e et à l^aisance , figurent , le premier t/Tjanne celui de tous ou il y a le moins de ma« riagcs « quoiqu'ils soient assez fécond» ; le second rrloi de tons ou ces mariages sont le moins fé* r/jfids , qooiqu^ils soient trè<( nombreux. Si le nfMibre des mariages ne suit pas régtiliêrement le rapport de la plus grande aisance , c'est que placeurs antres causes concourent a influer sur •m? rapport.

l88 LE VISITEUR

On voit ensuite que les arrondissemeiu le» plos pauvres sont ceux où le nombre des eufans naturels est plus faible comparé avec celai des enfans légitimps, et ceux aussi ou le dodbre des en£ins naturels reconnus est le plu» considérable } les i3« et 8« arrondissemei!» offrent à cet égard un exemple bien renarquable.

On se croirait autorisé par ces rapprocbemeiu a conclure que les quartiers où il y a le moin) d^aisance, sont en même temps ceux où il y ^i le plus de moeurs ; qu'une vie laborieuse est un préservatif contre la débaudie; c'est ici uoc grande cause morale « dont Faction influe eifeotiellement sur les mariages et leurs effets, et dont on tient trop peu de compte dans le système de Malthus. Dans les familles laborieafe« et peu aisées , les époux vivent plus rapproché»plus unis ; les affections de famille 9 lea sentiment de la nature conservent plus d^erapire; les jonit^ sances domestiques ont plus de prix.

Nous ne saurions toutefois tirer des rapprochemens que nous venons d*établir , deê coiuéquences trop rigoureuses ; les documens authentiques sur lesquels ils sont fondés , ne ooncemeot que Paris, ne sont pris que sur une année. D*ailienrs, on n^a pu faire entrer dans le csUul des naissances , les enfans abandonnés qui, tran»portés directement k Thospice , sans désignation, ne peuvent être assignés a aucun arrondiis^*-

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igO LJB VISITEUK

ce qui nous montre que la misère tombe essentiellement sur les gens mariés, sur les veuves et sur les familles chargées d^en£ins en bas âge; mais il n^en faut pas conclure que les indigeos se marient plus facilement, que leurs mariages soient plus féeonds ; il faut seulement y reeonnaitre , ce qui est naturel , que les ménages chargés d*enfans en bas âge , et les veuves , sont, par leur position eUe*-môme, plus exposés à l'indigence.

. £n communiquant, par des rapports habituek. avec la classe inférieure et laborieuse de la société , on ne la trouve point dirigée , du moins en France , relativement aux mariages , psr le genre de motifs et de considérations quelear prêtent à certains égards, les auteurs du système dont nous parlons, et, ici encore, robservatiq|i directe et assidue des faits dément les assertions de la théorie. Dans cette classe, les ouvriers, avant de se marier, ne calculent point d'avsDCC qu'ils trouveront un jour les ressources de la charité publique, pour leur petite famille et peut-être pour eux-mêmes, et ne se déterminent point par un semblable genre de calcul. Qu'ils soient imprévoyans sur leur avenir, qu'ils ne mesurent pas bien l'étendue des moyens qu'ils auront pour élever et nourrir leurs enfans , c'est malheureusement ce qui n'est que trop fréquent. Mais, bien loin de prévoir d avance les chances de la misère , ils sont plutôt portés

* «ialtar4'flliM!MMi* m^turéSU» k leur âfi^e. D^ailkmn^U ne taAâ^^ttiUt i|o*iU mhieiitf lé pea 4^ ,<^niiflace» «foi Uor est aeevirdé , ]«or hii rtther" "iMïv fis» nwemtsfA le* «kwecor» d«; roiuim eofi|«tî^k^ km vie sédentaire Usêjfmte anMi ; ri»^#^' ^M» Mr fréieDte^ il* luni de» emnân^Mn/re»; il» ''>4ciii d Mitjroi ploft laeilement U un fretB^kamt aatoreif 4|0e lef>o ncnir» «doI plu» pnre». V<r/flli ''^MMMfti le» eii0»e» »e pâi»»efit parmi non». 11 ^n e»( 4e même de la mctUiplicatacm da ttoahi'ff, 4t» enùmà ; il n'e»! irien k rpicii le» paren» i')«9;m mcMA» d'aranee, en prércryant Tati^^- '^^•lalMii de leor famiJIe 9 #(«i'k la per»pe«4îrrr ^'* JMnpiee» <M» aoire» étaM>»»emefi.« âeMistè^ U fnmiSkr le» enlan» <l/r» mf»éral>le» ; cette per»- Fictive M a rven qui le» llaiie tm lettr «oorie ; an '"Ofkiranre^ «m peut afiînner qae , dan» li^» amdi' ^iom i«lerie<ire»9 1^ teiMlre»»e de» paren» pfiur tenv» eafaf»»^ e»i|i$énéralemeiit plti» tire ; il faut 96» aree <^|iielle flofileor il» »'efi M^pare»!. S H' 'oa»-Mti» pa» remarr|né to«it à rbetfre (ptf. lr.« 'pKvtie»» le» ptff» pauvre» «ont^ «an» e/>mpar4f' ^««ccaKOtt le» pare»» de» enfan» naturel» %Ant ^ eitt^e»»é» a le» reermnailre? Si « dan» celle 'iime de la iCMaété, le» ttnic^i» «mit plu» fc^ 'onde» 9 e'e»! «fue le» époo^i vivent pin» éUrMUi' *MaA et plo» l»lMtoellemefit «m»emkle; iNMivent *^ ie ^muideni rpie lenr» enfon» poorront un f^r kê aitàer d^Uê leur» travacts.

ihi wtMe^ non» ne rayon» point le» indi^^n*

192 LE VrSITEUR

déjh admis aiix secours , se marier , à rexception des aveugles, et cette exception s'explique d'cllemême , par le besoin impérieux qu'a raveiiglc, d'avoir un guide , une assistance continue pour ses moindres besoins. D^ailleurs, nous voyons seulement les indigens faire légitimer par ]e mariage une liaison déjk formée : c*est un genre d'union qui doit être encouragée dans Tintérét de la morale , et à laquelle le visiteur du pauvre ne manquera point d'inviter par ses conseils, surtout quand il existe déjh des enfans.

Nous le répétons , en attestant ici les faits réels, tels que nous les avons recueillis , nous ne prétendons offrir que le résultat de notre propre expérience , et les obseiTations de mœurs qoi sont propres à la France , particulièreinent à la capitale. L'imprévoyance, une confiance trop aveugle dans l'avenir , une trop grande facilité à céder aux penchans , sont la vraie cause qui multiplie les mariages imprudens. Le remède doit être cherché dans une bonne éducation qui fasse naître , fortifie , dans les classes laborieuses , le^ idées d'ordre et les habitudes de la réflexion. Mais , après tout, les époux eux-mêmes qui auront consulté la prudence avant de s'unir , peuvent éprouver des revers par une foule de circonstances ; nous devrons d'autant plus nous empresser de les assister , qu'ils auront moins mérité leur malheur. Ceux même qui auraient été imprudens, en subissant la peine de leur

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inprodence, ne méritent point poar cela d^étre abândonaés par nous ; noos ne sommes pas char<> ^ét àe les pimir ; il ne serait plus temps de les corrif er par un refus barbare ; nous les assisterons aussi ^ TOjTons ce qu'il y aura de mieux à faire.

Eo cherchant avec notre indigent , a établir le petit budget de ses dépenses , nous établirons «rabord une première distinetion entre les dépen> <es qui ont lieu au jour le jour, d'une manière k pea près égale et constante^ et celles qui ont liea seolement à certaines époques plus ou moins fixes 00 déterminées et par fortes sommes , et à cette distinction s'attache une considération importante.

La première espèce de dépenses , est celle à laquelle le pauvre subvient le plus facilement ; die est, par là même aussi , celle qu'il est plus particulièrement exposé à laisser étendre hors 4e b mesure rigoureuse , en même temps qu'dle est celle aussi où , pour peu qu'on excède la juste mesure » même d'une manière insensible , on arrive sans s*en appercevoir à de plus graves conséquences <, par la répétition prolongée de ces pertes journalières. £lle est donc celle où l'éconmnie semble le plus difficile tout ensemble , et cependant le plus nécessaire. D'un autre côté, la plus légère économie opérée journellement sur ce genre de dépenses, produit avec le temps une réserve utile , pour d^autres besoins , sans que le ucri6ce ait pu être pénible.

La seconde espèce de dépense est cette qni cause toujours au pauvre les plus cruels embarras , et qui le jette dans une véritable angobse. Lorsque le moment arrive'de payer une somme un peu forte , en une seule fois , il se trouve ordinairement sans réserve disponible qni puisse lui être appliquée. Plus les époques de paiement sont éloignées les unes des autres , plus cette fâcheuse difficulté s'accro&tj elle s'accroit aussi d'autant plus cpie cette époque est moins déterminée ! Car, si un paiement doit être fait nécessairement à jour fixe , la prévoyance est mieax rappelée , plus sûrement contrainte à se mettre en mesure pour y satisfaire. Ainsi l'indigent payera plus aisément son loyer tous les mois que tous les trimestres , que tous les ans. C'est lai rendre un mauvais service que de laisser accumuler pour lui les paiemens. £n général ce sont pour lui de véritables crises , que les époques htaies où il doit acquitter le loyer échu , renoore- 1er rhabillement , rembourser une somme empruntée , ou bien retirer les effets du Mont-de- Piété pour éviter qu'ils ne soient vendus. Jasqoelà , il avait péniblement sans doute traîné son existence ; mais enfin il avait respiré ; Finfortuné détournait ses regards du moment fatal qui devait amener la grande et terrible obligation ; ce moment arrive , que faire ?

D'un autre c6té ) il est plus aisé de procurer au pauvre les secours de détails qui s^appliqaent

aos besoins de chaque jour , qoe ce$ sommes roii' àa et assez iÎMies qoelqœfois qui sont nécessaire» poor le tirer de la crise où il se trouve. On prévient nûeia aossi Tabus du premier genre de *ecoora,

TJite seconde distinction non moins essentielle '^i celle des dépenses qui s^appliquent k la saison (l'hiver et k celle d'été. La saison rigoureuse 'mène de nooreaux^ besoins en yêtemens^ en couvertures, en cbaufiage, en éclairage^ ordiluirement elle affaiblit le peu de ressources qui rciteat a Tindigent , en ne lui pennetUot plus la même étendoe de travail ; quelquefois même , ^'lle interrompt pendant plusieurs jours les tra- Mai auxquels il est accoutumé de se livrer. Mais pouiaot la belle saison , il s'est accoutumé k une luJte de bien-être relatif^ il a contracté de certaines habitudes ; il arrive k Tentrée de l'hiver uns avoir songé k faire des épargnes ^ les privations vont s'accroître.

Si donc, par une sorte de fiction , nous pouvions nous emparer entièrement de la direction JeTiodigent , lui assigner et lui mesurer en tout ^ nature et retendue de ses dépenses, nous devrions appliquer , autant qu'il serait possible, ^s les secours qui lui arrivent a ses besoins journaliers , réduire ses consommations journalières au plus strict nécessaire , former chaque )our, sur ses petites ressources, un prélèvement ^ qodqaes centimes , les mettre en réserve ,

IÇj/ij LE ViSlTEUB

pour parer d^abord au payement do loyer, àThabillement, pour les besoins imprévus; rendre cette réserve plus sensible en été. Ce cpe bous ferions pour lui , nous essayerons de robtenirde lui par nos conseils , nos prières. Il faut TaTOoer, nous n'aurons pas tout le succès que nous pourrions espérer en pensant que nous ne demandons au pauyre que ce qui est dans son intérêt le plus évident. Plaignons cet infortuné ! Il est facile d'élrc sévère; maison sait très peu se mettre à la place de celui qui souffre. Comment , pressé par tant de besoins présens, se les refuscra-t-ii chaque jour, ayant dans ses mains un petit pécule avec lequel il peut les satisfaire? Nous neoous lasserons point d'insister ; nous emploierons di' vers moyens indirects pour prêter plus de force a nos conseils , nous mesurerons Tassistance et les témoignages de bienveillance à la docilité qae nous aurons rencontrée^

L'élévation toujours croissante du prix des loyers dans la capitale et dans la plup'art àe nos grandes villes , devient le désespoir des indigens et de ceux qui s'occupent de les soulager. On se félicite aujourd'hui à Paris , si pour cent francs par an , on obtient un petit cabinet à un quatrième ou cinquième étage, dans une vieille mai' son , .dans une rue étroite et sombre : comment une pauvre femme âgée et seule ; comment une pauvre veuve avec des enfans en bas âge , peuvent-elles amasser la somme nécessaire pour se-

quitter une telle locatioji ? Le travail de leurs mains leur rend à peine quinze à vingt francs par mois. Se logeront-elles a un prix inférieur? Alors elles ne trouvent plus à occuper que des réduits tellement bas , étroits , délabrés , obscurs , qu^ils «ont vraiment inhabitables , et que leur seul aspect fait frémir. Cependant, c^est une chose bien essentielle pour le pauvre, que d'occuper du moins un logement sain , surtout lorsque les circonstances où il est placé le retiennent an lit et robKgent à une vie sédentaire. Il faut qu'il respire un peu d'air , un air libre et pur , que le soleil arrive jusqu'à lui. Ce n'est point un inconvénient pour lui que sa chambre soit placée ai sommet de la maison , si du moins il n'est pas atteint d'infirmités qui le mettent hors d'état d'y gravir; elle en sera ordinairement moins humide; les portiers confinés dans une espèce de cachots obscurs, au bas des maisons, sont sujets à de fréquentes maladies; mais, il faudrait un peu «l'espace , il faudrait un peu de jour , et c'est là ce qui manque. Malheureusement encore, l'indigent ajoute lui-même à Tinsalubrité de son logement, par l'excès de la malpropreté et par la négligence à renouveler l'air. Hélas ! indépendamment des obstacles que l'indigent rencontre dans le taux exorbitant des loyers , souvent il on est encore un autre : beaucoup de propriétaires rcpuguent à le laisser habiter chez eux ; la crainte de n'être pas exactement payés les ar-

198 ' LE VISITEI7B

rête ; souvent ils élèvent encore le taux de la k>> cation , pour compenser cette chance par une sorte de prime d^assurance.

On désirerait qu^ii pût être construit des édifices avec la destination spéciale de loger des pauvres , où ils trouvassent des logemens sains et <i bon marché. Mais qui voudrait faire une telle spéculation ? Qui calculerait sur le produit de locations si incertaines avec de tels locataires? Pour nous , nous préférerions, à tous égards, que les logemens destinés aux pauvres fussent disséminés et répartis dans les combles des mabons Iiabitécs par les gens aisés. Plus les pauvres seront disséminés, et plus il leur sera facile d*attirer individuellement l'attention et l'intérêt des particuliers qui peuvent les secourir. Ils seront aussi plus a portée d'être assistés de secours et de conseils. Ceux qui habitent sous le même toit, ne pourront ni ignorer leur sort , ni y demeurer indifférens. Nous rcmai^quons chaque jour ce contraste entre les indigens qui habitent dans ces vieilles masures qu'on appelle des maisons de pauvres, et ceux qui ont réussi h se placer sous le même toit que les personnes aisées. Ces derniers ne sont jamais entièrement abandonnés. D'un autre côté , en voyant beaucoup d'indigens réunis , la charité est sujette a se décourager , elle a plus de peine à particulariser sa bienveillance. La dissémination des «indigens favoriserait cette adoption qui les répartit sous

nv wAvvut, 199

<i«« pmtoetetirf 9 et qui ooum parait fi decirabie. Coott¥ri«ret un iiulî^ent trouvent, dans la '«^•îtsle 4 ^ f« pUeer <m fçami clu^ un logeur , k iaisoitde «» frane« par moif, Maif , à ee prix, iU i^iot e^tAMéf daflj* de* diambre* où lei litt «« *'Mcfc«nt, ou iuie$tn air ne dreule. <^>t arrange^ '^M»t evppofie d^aflleurf '|ue Tindividu eid ctélilïUûre , qu'il otau^e â la taverne ^ que «e« oeeu- ^ifU^MH rappellent toute la fournie borf de chez lui. Ifaii , «i une famille veut «e loger en garni, »v«*riuieebaBibre qu*elle doive habiter pendant k jottr^ le prii^ «era ruineux. Le loyer aéra le 'l'^Ue de eelufl d'une ebambre nue«

Le propriétaire ou le principal loeataire ne '^jocestent à louer qu*autant que la pauvre la* iuilk a suiUfamment garni de vieublea le cïtéiii ^€Ment qa^Me veut occuper ; «i , au terme, elle i^** peut payer ^ lef menblec «ont «aiait et vendu», . 1^ e^dwic d'une néee«aité impérieuse de procu- '*Y à riodigent ce* meubles « a^il ne le« a pa« « ^ lei lui conserver quand il les a , de les lui f «mptacer «11 vient à les perdre. Autrement , il ^* imejk de «e mettre en garni , ce qui renàr» »« «itaatjon plus Ûebeuse encore , et de plus , â ^'«fis, par un règlement particulif^r^ que de sa* '^*'^ miiâU ont dicté , les indigens logés en garni ■^«i exclus de« secours publics ^

on

200 LE VISITEVU

On réussit k pourvoir une femme seule, du mobilier absolument nécessaire, pour ciuquante à soixante francs : ce mobilier comprend on Ijt de camp , une paillasse , une couyertore , deia cbaises, quelques petits ustensiles, le toutacbeté de hasard, mais encore solide et en bonéut; mais ce petit capital n^est pas toujours facile à réaliser.

Il est à craindre , quand on a pourvu une famille indigente de ce petit mobilier nécessaire pour rétablir , que son imprévoyance , on rexcès de ses malheurs , fasse bientôt évanouir , lorsque le terme du loyer viendra à échoir , le bieofait cpi'elle avait reçu ; elle laissera saisir et vendre ses meubles ; il faudra recommencer. Tâchons, s'il le faut , de paraiti'e quelquefois plus dors et plus insensibles que nous ne sommes ! Qu'on ne se flatte pas, si nous avons payé une fois le loyer, que nous renouvellerons périodiquement ce service; si nous avons proouré des meubles, qae nous les renouvellerons à volonté ! Autrement . en comptera sur nous , on consumera en détail les petites ressources qn^on eût pu accumule^ pour le terme , et Vincurie déjà si ordinaire , si funeste , sera encouragée.

Coucher sur la paille , est une expression que nous avons coutume d^employer pour désigner Textrême misère ; cependant, si la paille est le lit le plus économique , elle est un lit fort agréable , et ce qui est essentiel , un lit très sain , pourvu

DU PJIVVRE. 20 1

^pi elle uÀi fraîche et par congéi^aeni fréqnem" autni rettoawMe, On aura ée la bonne toile a paiilaMe k raMon de 1 fr. 20 k f fr. 35 c. , une '^fmrertore de lame nettre à lo on f i fr. , et ce [non apfyeDe tme Thih€uide, k 4 £rdnc». 11 eftt r^re qoe les indigen» atent des draps ; qaand ils ''H ont, il e^t tiien rare aoMÎ qa^iU sachent \e% 'onser? er ^ on reffrttit <pe cette dépense smt m ^on.4tdéraUe poor eux ; pendant la maladie, il l^TÎeiit indispensable de leur en procarer ; on froovera pent^tre k lenr en faire prêter.

Le comie de Ramford arait proposé , ponr ' ^i^9%t éeê indigens , un lit dmit on arait fait

• "««aiarrc saccès , et oà Tair contenn dans nnc >rte de caisse 9 tenait liea en qoelqtfe sorte de •■«telas : il est reconnu en effet que Tair fait niienx encore cette fonction , sons plnsietsrs rap- F^U , qoe la plmne , la laine , le crin. Ce lit ne '*'>ûUtt ^ahre que douze francs; il n'exigeait f>OTnt de reootivellenient ; il était d'ane longue 'lorée. Il n'a cependant point été adopté. I/a

* tilc obiection qo*on ait pu Itti opposer est q»i'il '^it un peo loftrd 1 qail ne se pliait point , mars

•" renrersait debout , et tenait un peu plus de i'ice. Mais ces inconréniens étaient k peine ^en^ ■Mes.

1^ facilité k trouver des prêts êar gages , est ) 'ine des sédoctions les plus funestes pour leir •ndigens. Toujours absorbés par le sentiment ^^^ besoins ptésens , confians dans Farenir, ou

301 LE VISITEUB

insoucians pour l*aveiiir , ils cfX>iCDt obtenir une resnource dans ce qui devient leur ruine. Ik eommencent par engager seulement quelque objet dont iU se flattent de pouvoir bientôt rentrer en possession , dont ils pourraient dVillcurs se passer à la rigueur ; Ji>ientôt , un second , un troisième eflîet 1 vont successivement sY'coulcr de b mémo manière; insensiblement , le pauvre re»U nu , et cependant les intérêts et les frais consom- Dient déjà une portion notable de la valeur det effets déposés ; il faudra , pour retirer ces efletj . une somme beaucoup supérieure à celle qu'ils ont momentanément procurée ; ils seront donc infailliblement vendus ; ils le seront è vil prix , et le produit sera en presque totalité absorbé. Les Monts-de-piété ne peuvent rendre un office utile 9 que dans le cas très rare où un ouvrier . se trouvant subitement atteint par une gène passagère , est assuré de reprendre bienû^t , avec son activité 9 les moyens de retirer ses effets. Mais , généralement parlant, cette prétendue as* sistanee qu*on offi'e au malheureux , qu*on se complaît à lui annoncer , à rapprocher de lui , n*est qu'une cruelle perfidie qui rengage à se dépouiller du peu qu'il a ; heureux encore s'il résiste à la tentation de s'accorder une fanlaiiic , de s*abandonner à quelque désordre ! Le plu» souvent , nous sommes avertis trop tard ; nous arrivons quand tous les effets sont engagés , quand ils sont au moment d'être vendus ; on nous

mj PAVVBE. 2o3

montre des paquets de reconnaissances do Mont- (le-piété : c'est nn malade qui attend d'être à Tagoniepoor appeler son médecin. Que |>oayoiisnous alors ? On troorer subitement la somme né^ rcssaire poitr récupérer toute la dépouille ? Puisse donc la sollicitude du yisiteur du pauvre a?oir été éveillée assez à temps pour prévenir ces désastreuses opérations ! Qu'il arrête son protégé avant de le laisser s'engager sur cette pente qui le conduit dans l'abime ! Un léger secours , à l'origine , pourra rétablir l'équilibre , tandis que , plas tard , par une progression fatale, le mal êc trouvera sans remède. Toutefois , si nous ne découvrons la situation de l'indigent , que lorsqu'il a déjà cédé à cette dangereuse séduction , il vaudra mieux sans dontelui faire retrouver ses effets, que de lui en acheter d*autres. Mais il faudra bien prendre garde que la séduction ne reçoive à ses y eux un attrait nouveau , par l'espérance d'un secours qui viendra le délivrer h propos des fâcheuses conséquences auxquelles elle le conduit. On ne peut se montrer assez sévère à Tégard des indigent qui vendent on mettent en gage les objets qui leur ont été fournis. Cette habitude est un signe certain du désordre ; elle nous annonce qu'on sollicite notre secours pour en abuser. v

Ce qu'on doit s'attacher h tout prix , s'attacher «ans cesse , s'attacher de toute manière , à faire naitre, a encourager chez les indigens , c'est l'es-

2o4 LE VISITEVR

prit de conservation ^ esprit qui malheureusement leur manque prescfue toujom*s , dont Tabsejïce les a le plus souvent conduits à la xnisère . que la tristesse , Vabattement ^ l'humiliation tendent encore à éteindre. Ne cessons de leur demander compte de Tattention qu'ils ont mise à soigner , entretenir, ménager le peu qu'ils possèdent; accoutumons'les , s'il se peut , k des habitudes d ordre ; récompensons les efforts quHls font pour mieux régler leur vie , nliésitons pas à punir leur négligence. La propreté est tout ensemble et un moyen de conservation et un signe qui annonce l'esprit d'ordre et de conservation j on s'afflige de voir à quel point elle esi inconnue à. la plupart desindigens, et c^estun triste symptôme de la maladie morale dont ils sont atteints. Soyons donc aussi empresses à recommander la propreté^ que sévères à l'exiger ; et . si nou& en trouvons la pratique bien établie , accordons quelque confiance à Tindigent ; il la mérite.

Cette considération nous guidera dans le choix des objets a fournir au pauvre. On peut encore distinguer des qualités de divers^ degrés , dans ceux dont ils font usage. Sous tous les rapports . il convient , lorsqu'ils n'ont pas encore appris a bien conserver, de ne leur donner que ce qu'il y a de plus grossier , de ne leur remettre à-Ia-foi> que les moindi^es quantités.

Le ^èle des philanthropes s'est beaucoup exer-

DU VAVYKE, 2o5

ce. sorioat dans ces derniers temps , sur la rediereiiedes mojens les pins ayantageux de yétir et oomir le paayre Le respectable comte de Rooiferd avait appliqué a. ces recherches , toates lei loimères de la chimie et de la physique ; M. Cadet de Vaux n*a rien négligé peur nûdtiplier les essais , répandre les bons procédés . améliorer les moindres détails , avec nne infa« HgaUe persévérance : nons devons beaacoap aosii à H. Boorriat , membre et professeur de rÉcole de Pharmacie de Paris , qui remplit de- (MiiB un grand nombre d'années les fonctions d'administrateor des pauvres , avec un dévoâment exemplaire , et qui a dirigé sur ce sujet d'utiles investigations dont la société d'encoura* cernent pour rindustrie nationale a fréquemment recueilli les fruits. Ils ont fait voir combien il Knit facile de mieux pourvoir aux besoins du pauvre, à moins de frais, par un choix mieux entendu , on par nne meilleure confection des obiets employés. Cependant, comment se fait-il que preiqn'aucun des procédés qu'ils ont indlqoés, n'est admis dans la pratique, ou du moins nest généralement usité ^ que ces précieuses amcKorations restent reléguées dans les livres ? Serait-ce que Texpérience en a rendu Futilité <hHiteuse? Nullement. Mais, les pauvres n'en Mupçonnant pas l'existence , les ignorent; alors même qu'ils seraient a portée de les connaître , l'iocorie , les préjugés , la routine, les détoome-

2o6 LE VffITCVft

raient encore d*ett faire otage, lief ttaiikùaM inférienret de la société ^ «ont celle» oa H^piO' rance rend Tempire dei halritiides plos m^fca^k et plos abfola. L^indigent ne profitera àtmey^' mai» de tant de préciem traraos £aitt« daoa son Intérêt, si vous Tabandonnez k lof-méflie. L« visiteur doit être sa prorîdence ; e*est ^ lui dV' clairer Tignorance , de vaincre le préfiigé, a pour y parvenir, il lai faudra |dua cpie d«t conseils ; il fandra qu*il fasse essayer ^ qn^il per* sjste 2i faire continuer l'essai. Devrioo»-oon« ajouter que le visiteur do paovre devra lui-fliiéi»» ne pas négliger de sinstruire de ces détails, w pas s^associer aux préventions du vulgaire, n^ pas s*assoder aussi an% frivoles dédains des gen^ du monde pour ces obscures études?

Kous aimerions à voir former pour Tusage àa visiteur du pauvre , un manuel qui renlenneratt toutes les indications sur le genre de ibonuture* et d*approvisionnemens qui peuvent le mieux convenir 2i sa situation. lîes deux chemises mdispcnsables au pauvre , neuves et ocmlection' nées , reriendrottt de 3 fr. 5o c. & 4 (rmu», ht* étoffes pour habillement doivent varier suivant les localités , et suivant les saisons. L'habillement d*nn homme , en drap grossier , pour Tiiîver , n^excédera point le prix de ii à ta fr ; ceioi d'une femme , aussi pour Thiver , composé d'an pjpon de rasis ou de molleton , d^une camisole de tricot oO de molleton , et d^une paire deba«

DIT PAVVBE. ai>7

(l« Uinç , n'excédera point celle de 9 à lo fr. On est oatarellement porté à préférer les étofTes <]nirésUtenl le mieux à l'usage ; mais lorsque le prix des étoffes de qualité solide est aussi plus cieré , on ne doit pas perdre de vue que le pauvre peut revendre ce qu'on lui a donné; et lorsqu^on » lieu de supposer qu'il est en effet capable d'a- ^Miscr ainsi , on se voit contraint a ne lui donner ffue les qualités les plus inférieures quoique de pea de durée. Les indigens ont coutume d'acheter des revendeurs de vieilles hardes qu'ils ont ^ on prix beaucoup plus modique , mais nlies font en général peu d'usage. L'indigent a besoin d'être bien vêtu , parce qu'il est pliMpiexposé à l'intempérie des saisons , parce qj^.l^ uoté est la condition de toutes ses ressources , parée que presque toujours il est atteint d'infirmités. Cest une vraie économie pour lui que <ie se couvrir convenablement pendant la saison rigoureuse. Alors ^ d'ailleurs , il dépense moins ta chauffage.

Le chauffage est dans les villes une dépense considérable pour le pauvre. La bouille et la tourbe lui offrent plus d'avantage partout oùl'on «e trouve à portée de lun ou l'autre de ces préneuji combustibles. Le bois est au contraire celui f{m leur convient le moins , à cause de son prix. A Paris , on emploie des mottes dont le cent re* vient à 5d centimes , et du poussier (poussière de < harboo) dont le prix varie de 4o à 60 centimes

2o8 LE VISITEUR

le boisseau. Avec vingt-cinq mottes une ptiivr«* femme entretiendra sa chaufferette pemlantdeax ou trois jours ; avec un boisseau de pouisier . elle aura plu» de chaleur , pendant un espace de temps trois ou quatre fois plus long ; ordinaire'ment elle mélange les deux combustibles. On emploie aussi, particulièrement pour les malades, des cotrets , dont le prix revient à environ oj centimes. Mais ce qui n'importe pas moins que le choix du combustible , et ce qui est cependant beaucoup plus négligé , ou plutôt même ce qui est entièrement négligé dans la pratique', c'est le choix de Tappareil du chauffage. Les cbemi' nceyont le moyen d'avoir le moins de chaleur eii|Znsommaut le plus de combustibles ; il en e>t à ^u prè <$ de même des brazières , qui ont d'ailleurs de graves iuconvéniens et occasionnent de nombreux dangers. Plusieurs appareils ingénieai ont été conçus et exécutés depuis vingt-cinq am; à peine sont^iU connus. Du reste plusieurs d'entre eux quoique d'une construction agréable et commode , sont d'un prix trop élevé pour 1 indigent. On cite avec éloge ceux de M. UauL Celui de tous qui parait offrir incontestablement le» plus grands avantages , est celui dont M. Bourriat a recommandé l'usage, et qu'on trouve a Paris , dans les rues G>peau , Neuve-St.-Médar<l et Vaugirard , passé la Barrière : c'est un petit poêle enterre cuite, dont la forme est celle (l'on ({uarré long; qui reçoit une marmite, est por-

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- ont conservé son nom : elles ont certainement résolu le problème de la combinaison qui réunit k la bourriture la plus substantielle le prix le plus modique. Mais on n'en prépare pas partout, ni pendant toutes les saisons. £t d'ailleurs , comme nous avons déjà eu occasion de le remarquer , tous les indigens ne sont pas en état d'en profiter par différentes causes. Outre la soupe économique employée à Paris, il est plusieurs autres compositions du même genre, mises en usage à Londres, à Hambourg ^ Le comte de Rumford avait fait lui-même exécuter dans la maison d'industrie à Munich une combinaison un peu différente. Ces préparations doivent varier suivant les circonstances locales. De précieuses ressources sont nées pour les pauvres dont la santé est altérée , et qui ont besoin de bouillon, dans la préparation, des tablettes de gélatine, et dans celle de bouillou d*os. Mais il parait que ces préparations sont encore peu répandues. M. Appert, dans le grand établissement qu'il a foi^mé aux Quinze-vingts , pour la conservation des viandes et autres comestibles , confectionne des tablettes de gélatine de viande et de légume à l'usage des indigens. fort nourissantes et d'un goût assez savoureux • pour le prix de 6 francs le kilogramme qui re-

> Voyes sor ces diverses préparations Pécril publie en ranVIII, p;«r H)I. Benj. Delessert et Decandolle. brochure de 4o pages , avec gravures,

présente environ seize kilogrammes de viande dans le pot au fea ; c'est une économie d'an pfu ping de moitié. Les frères Robert au Gros- Caîlba préparent du bouillon d'os , aussi sous forme de gélatine , dont une once remplace dans la confection du bouiUon , une livre et demie de viande de bœuf, et qui coûte 4 fr- 80 c. le kilo- ^mme : mais le goût en est insipide; il a besoin d'être fortement aromatisé; il demande, pour être assimilé au bouillon ordinaire , que , dans un pot-au-feu , on y réunisse un peu de viande naturelle , des légumes , et surtout quelques ingrédîcns propres à lui rendre de la saveur ; néanmoins il peut être employé avec avantage pour les malades , en économisant la quantité de viande. M. Temaux l'aîné a formé avec la fécule de pomme de terre, une sorte de polenta, sous lormc sèche, qui est préparée pour faire du potage, qui se conserve pendant plusieurs années , n'occupe qu'un très petit volume , se transporte facilement, donne un potage aussi sain que nourrissant , et n*aurait que le désagrément 'l'être un peu fade , désagrément auquel il est facile de remédier. Le paquet de cette polenta, pesant un demi-kilogramme, coûte en ce moment soixafite-quinze centimes et fournit huit potages ; la même substance est préparée aussi *^>us forme de farine, de semoule, de gruau, et p<?ul alors être employée comme vermicelle ou |>our faire de la bouillie; elle sert aussi pour

312 LE VISITElfK

des potages maigres; la lirre coûte 55, 4^ et 4^ centimes ^

L^orge a été recomioe comme l'im des grains qui contient le plus de parties nutritives; elle doit être employée , mondée , concassée ou gruée, plutôt qu>n farine. Le riz est une excellente nourriture , mais dont le prix est malheureusement trop éleyé. Le maïs a le même avantage , sans avoir le même inconvénient ; mais il est trop peu connu k Paris et dans le nord , où il serait à désirer qu^on pût en répandre l'usage, en ayant soin de le faire torrifier, p6ur qu'il ne s*écliauffe pas en le conservant. Parmi les légumes secs , les haricots seront préférés , parce qu'ils sont moins chers et ont moins d'écorce.

Généralement la pomme de terre est la deor rée la plus utile pour le pauvre ; elle reçoit les plus faciles apprêts : on peut dire que tout le système des subsistances est changé pour la consommation populaire, depuis que cette pulpe bienfaisante est aussi généralement cultivée. Son seul inconvénient serait de ne pas se conserver assez bien ; mais on emploie avec succès , pour la conserver , des moyens qui sont trop peu connus ou répandus en France.

Si rhiver estla saison qui multiplie le plus les

I C*it substances alimentaires sont confeclloonëe^ à 8>iint-Oaen, dans la manufiictare de MM. ILarr eleompet se Tendent à Paris, rue des Fosse's -Montmartre.

UsHÀuê do patnrre foa» une (oaïe àe rapport*; kl iBob de mars et d*avril «ont (souvent pour lui ïtemamp plus pénible* quW ne serait porté k U: crmre. Alor« «es ressources sont émisées ; cependant cette époqoe est celle de Tannée où l«i Upnae»^ sa principale subsiitUnce , sont plus nre* et plus ehers ; et quelquefois un rr;tour du froid suryient « qui lui apporte les privations «fan hi¥&r nouveau.

Conune toute deiurée achetée en détail revient U«Î4ars a on prix sensiblement plus élevé , il y a uu avantage marqué â pouvoir C6rnu;r , a l'aide 'les établissemens publies de bienfaisance; ^ de israuds approvisionnemens pour toutes les frMirttîttfre» destinées aux pauvres 9 et à les foi^mer ^»% ép^ique* op|iorUines, D'ailleurs Tindigent eit p«o exercé â connaître les qualités. Une aduâiiistration Inen servie aura les meilleurs ob- )cts au prix le plus modique.

$i, pour un moment ^ nous supposions réa^ iiKc, par une sorte de fiction , cette distribution 'ici ifldigens dans les combles de diverses mai- *^«s habitées par les gens aisés , combien se trouveraient si mpliliées , les pénible» difiicultés j'JC nous éprouvons en voulant pourvoir aux 'Uftn l>esoius du pauvre î II jr a à Paris , vingts »«pt mille mai*ons environ, et environ aussi •iagt^sept mille méfuiges indîgens. Par un rap- {"^Kheoient fort curieux 9 on aurait donc un Ménage indigent par maison. Le ménage ne se

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compose souvent que d^ua seul individu ; ti en coulient quelquefois jusqu'à six ou sept , couvris les petits enfans. Ne suffirait-il pas pour nourrir, vêtir, chauffer ce ménage, d'une faible partie de tout ce qui se perd, se gaspille , se jette comme inutile , dans les ménages aisés qui habitent le reste de la maison! Parmi ces habitans, n'y aurait-il pas plus d'une personne sensible et bonne qui ne saurait avoir sous les yeux, le spectacle du misérable , sans s'imposer avec joie quelque petite privation en sa faveur ! que de ressources subitement produites sans frâds ! Or cette fiction serait en quelque sorte réalisée vn effet , si toutes les personnes qui peuvent exercer l'office de visiteur du pauvre étaient appelées à le remplir.

La plupart des vues qui viennent de noas occuper dans ces deux chapitres, ne s'appliquent qu'aux indigens des grandes villes. Ceux des campagnes sont en général dans une situation plus favorable : ils ont moins de besoins , ils trouvent plus aisémenf a les satisfaire ; ils sont mieux disséminés. La population indigente n'est gubre dans la campagne que d'un trentième ou d'un quarantième de la population totale, tandis que dans les grandes villes elle s^élèvc presque jusqu'au cinquième ^ , indépendam-

I A. Genève . h ce qn^on assure , i sur 5 ou môme sur 4* On assure aussi qu^à Bordeaux, arant la restauration , le nombre s^est dleré à cette dernière proportioa.

nCDt éa Monbre eonu^hrable de paiivret re^« dans iec b6piUiu et les bo»|Mces. Elle est a peu prêt 4e I fur ao 4laiif la capitale ; mais ub grand aooihre de causes tendent à y augmenter la population indigente; ne fut-ce que la muUi> tadc de pauvres étrangers qui y afiliient de toutes parts. D'un autre côté , un incendie , une iaondation^ une épizootie, une grêle , peuvent réduire quelquefois un village entier à la plus tstréme détresse , êaMU qu*il reste pour une telle «'abttité aucune ressource locale.

2lb LE VISITF.UH

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