‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-mêmeChapitre 19 sur 29 · DES ETÀBLISSEMEKS POUR LE TRAVAIL · texte numérisé non relu

DES ETÀBLISSEMEKS POUR LE TRAVAIL

Jbtoss mainteiiant uncoup-d'œil siur les éta- Iilissemens publics destines à venir au secours ihs indigens valides , examinons quels rapports ils peuvent avoir avec les fonctions du visiteur, (lu pauvre , soit quUls puissent s^aider de son <*oncours , soit que le visiteur du pauvre y trouve It's moyens d*étre utile à son protégé.

Offrir du travail aux indigens valides qui en manquent, est certainement de tous les secours le plus utile. Il profite k'ia société entière ; il éooocMnise les fonds destinés au soulagement du malheur; mais , ce qui est bien plus imporlant, il accoutume Tindigent à s^assister luinéme par »€s propres efforts ; il entretient en lai Ijclivilé morale et physique ; il protège en lui la Higuilé du caractère ; il prévient des maux plus terribles que la faim et la maladie , savoir : les ^ices et les désordres qui sont le fruit de la f'^inéantise. Malthus attribue tous les crimes à la faim ; la plupart des crimes sont dus k une

cause qui sans doute aussi produit la faim , mais qui est encore plus tristement féconde, c'est-àdire au désœuvrement et aux passions qu'il favorise : les régions de l'Europe où il se commet le plus de crimes, sont celles où les denrées abondent davantage , où l'on vit à meilleur compte , mais où règne Toisiveté.

Cependant dans quel cas ^ jusqu'à quel point , sous quelles formes , à quelles conditions, sous quelles réserves , l'administration publique peutelle , doit-elle offrir le travail ?

Il convient de distinguer ici , de nouveau , les circonstances extraordinaires , et Tordre de choses accoutumé.

Les -branches d'industrie qui fournissent à une exportation considérable , peuvent se tron?er frappées de paralysie par une circonstance qui leur ferme ce débouché ; celles qui fournissent à la consommation intérieure peuvent se trouver atteintes par un changement dans les goàts et dans les usages; elles peuvent souffrir aussi par l'effet d'une gêne qui restreint les consommations de la généralité des habitans do pays j ce qui a lieu , par exemple , en certains cas de guerre et de disette ; elles peuvent aussi éprouver une suspension par l'effet d'une saison rigoureuse. Alors 9 des classes entières d'ouvriers , demeurant sans occupation, se troiivent menacées d'une indigence qui leur était inconnue, et k laquelle ils n'étaient point préparés.

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satisfaire au goût du moment. Telle est singulièrement la situation propre a la seconde villr du royaume ; la richesse éclatante des ouvrage» qui sortant de ses ateliers , est précisémcul c qui en fait le danger. Dans de telles contrée* • dans de telles villes, il faut prévoir de loin ; ou ne saurait trop s'y appliquer à donner aux eiifao« une éducation première qui les dispose , dan» l'occasion , a trouver des ressources en cav mémes pour être propres à des travaux diven ; ' là , on ne saurait trop aussi soigner leur éducation physique , et conserver leurs forces par un bon régime , pour qu'ils puissent employer du moins leurs forces , quand ils ne pourront piii« exercer leurs talens ; là, enfîn, Tadministratiou publique doit toujours tenir d'avance en résenc des travaux extraordinaires à exécuter poor le» momens de crise.

Quelquefois un certain genre d'entreprisci . acquiert , par une sorte d'engouement des spéculateurs , une activité immodérée ; on fabrique au-delà de la demande ; on commence pi"^ qu'on ne peut achever ; on dépasse la mewirc de ce qui peut s'écouler par la consommatioo . ou de ce que permettent les capitaux disponibles : une foule d'ouvriers est momentanément appelée pour l'exécution de ces travaux gigantesques : mais l'encombrem 'nt survient ^ l^*^ opérations avortent ; la plupart des fabricant sont obligés de s'arrêter , plusieurs se ruiucut ;

WJ VAVVAE. 285

le» oorrien qaï avaient abandonoé oa leur pro- ▼inee , 00 leor ancienne profession , se troareni tans emploi : tel est le spectacle quel* Angleterre a offert cette année , sor on vaste théâtre.

Dana ces criset extraordinaires , il est heoreax qae le génie de Tadministration publique puisse créer nne matière de travail , nouvelle et également extraordinaire. Car il est évident que , si elle ne savait employer les bras inactifs qu*anx genres de travaox. déjà exécutés pour les besoins ordinaire* de la consommation, elle ne ferait 'pie déplacer le mal sans le guénr ; die reproflairait sur un antre point le vide qu'elle se profxïse de combler. Or, Tadministration publique à presque toujours en effet quelque moyen de n-éer on ordre nouveau de travail utile k la sof^iété , sans déranger en rien la marche générale r^^s professions établies : elle a des routes et des «'anaux à ouvrir , des déblais , des remblais, des transports , des constructions k effectuer. Malh^reosement ce genre d^occupation^ ne peut ^mivenir également à tons les individus que laisv>at San» emploi les circonstances fâcheuses dont il «'agit : il en est dont le sexe , Tâge , le tempérannnent se refusent k ces fatigues; les ouvriers accoutumés k un genre de vie sédentaire < ^At la constitution est affaiblie, seront mal •lisposés h les supporter ^ les ouvriers exercés k '•«"S opérations délicates , ne pourront tirer parti '1^ lliabilefé et de Taptitude spéciale qu'ils

LE visiïErn

avaient acquise. Enfin , rintcmpérie des saisoas pourra metti^e obstacle à ce que les entreprises qu^on aurait conçues , reçoivent leur entier dé> veloppenient.

Il restera donc toujours un certain nombre d'individus , surtout de femmes , de filles , et d'enfans , qui , dans des crises semblables , ne pourront profiter des mesures générales prises par Tadministration , et auxquels Tassistance , les conseils et l'appui de la bienfaisance privée teront indispensables.

L^administration publique, lors qu'elle se voit appelée à offrir du travail aux bras oisifs , ne peut assez éviter dé déranger les combinaisons naturelles de rindustrie particulière , et de lui susciter une concurrence fAcheuse. Les travaux de filature et de tissage, par exemple, entrepris par l'administration , s'ils jettent leurs produits dans le commerce , réduisent la consommation destinée à écouler les produits des manufacture» ordinaires; et, si la règle de tenir les salaires plus bas , dans les. ateliers de charité , est observéc , ils font aussi baisser les prix : on s'expose donc à faire des pauvres nouveaux , par le chômage des fabriques , en voulant aider les pauvres ([ui existent; Si l'on confie a. des indigens les travaux publics d'un ordre constant et régulier, on rejette dans l'inaction une partie des ouvriers qui , comptant sur cet emploi , avaient embrassé cette profession.

DU TAVvnt. 187

Il est toujours préférable que Tadininistraiion TafSL', dans le cas dont il s'agit, exécuter fies ouvrages destinés 3i son propre service , plutôt 'pie de faire confectionner des produits destinés a être versés dans le commerce; il en est qu'elle peut tenir en réserve pour les temps de calamités : c'est dans cet esprit quelle saisira Tocration , par (exemple , pour renouveler certains approvisionnemens , pour exécuter certains tra* ^»ux ^relatifs à des améliorations qui n^avaient iicn d'urgent.

Lorsque de semblables calamités menacent de «^e prolonger, ce qu'il y a de plus sage pour i'ariininistration puFjlique , c'est de tendre h donner, autant du moins qu'il est possible , un plus Rrand développement à l'industrie, en ouvrant <ie nouveaux débouchés , en secondant , par des f'nconragemens bien entendus, les entreprises particulières qui ouvrent de nouveaux ateliers ««1 travail.

Combien, dans ces occurrences, on aura h se féliciter de rencontrer l'assistance de ceux qui se sont déjli exercés dans les fonctions de visiteurs fin pauvre ! Que de sages conseils leur expérience pourra fournir! Leur concours sera né- ''CAsairc pour ne pas laisser confondre l'individu ^Mimable et laborieux , auquel manque réellement un utile emploi de ses bras , avec le fainéant toujours empressé et souvent habile h surprendre un secours qu'il n'a point mérité l

288 LE VÎSÏTEtJB

Quelquefois les désastres dont nous yenons de parler, ne frappent , dans un pays , qu'une localité^ particulière, et s'y renferment. C'est un incendie qui dévore un village ; c'est une inon^ dation , une grêle , une épizootie , qui lui enlèvent ses récoltes ou ses bestiaux. Une ville , un canton peuvent être presque exclusivement livrés h. un genre de fabrication qui se troavc arrêté ; un port de mer peut être privé de son activité , par un blocus ou par un changemçntde direction dans le commerce maritime. Alors , les riFets d'un tel désastre deviennent bien plus terribles pour la localité qui en est atteinte, parce qu'ils embrassent d'une manière plus générale la masse de la population ; alors , Yhèroïsme de la charité privée pâlit en présence àe malheurs qui excèdent la puissance de ses bienfaits ; mais , alors , aussi , radministi*ation pnblique a plus de remèdes à sa disposition, pour un tel mal , dans l'ensemble des moyens dont elle dispose , elle appelle alors une généreuse émukition pour faire arriver sur le canton , tm* la cité soufirantc , les secours du reste du pays ; des souscriptions se formeront , si l'esprit public a reçu l'éducation qui dispose à un semblable concert, et la direction convenable ; alor^ une autre mission sera conférée sur les lieos , au génie de la charité ; il inspirera ceux qui s' dévouent k consoler, k encourager , ceux qui deviennent les ministres de Tassistancs envoyée du dehors.

n est , aujourd'hui , au fond de TAdriatique , une ville célèbre , jadis opulente , qui a perdu tout ensemble et son yaste commerce , et son indépendance, et la présence du gouyemement qui siégeait dans ses murs , dont la population décroissante , erre , misérable au milieu despa> lais de marbre^ ses malheurs semblent être sans remède, comme elle semble être elle-même sans ayenir. Mais de pareils exemples sont heureusement forts rares.

Rentrons maintenant dans Tordre de choses accoutumé. Dans l-état ordinaire , il est deux sortes d*indiyidu8 auxquels il s^agit de procurer da trayail : les uns sont des ouvriers ou des ou- Trières valides et en santé , mais qui momentanément se farouvent jM'ivés d^occupation , par Teffet naturel de la réduction dans là consommation et les demandes, que' les produits de divers métiers sont sujets à éprouver ; les antres sont des personnes âgées , infirmes , ^affirantes , qui ne peuvent plus , par ce motif, exercer leur ancienne profession , mais qui sont cependant capables encore de s*occupei^ d'ane manière utile , par quelque autre travail à leur portée.

n est bien , sans doute , que les administrations charitables disposent , dans leiir sollicitude , quelques ouvrages à faire exécuter par les uns et par les* autres , que surtout elles leur fassent coxifectionaer, autant quUl se peut, les 0I

290 LE VISITEUK

jets qu'elles consommeroDt el1es-m6mes. comm^* les toiles , le linge , les vétemens , etc. Mais il est difficile que ces ouvrages conviennent a Yeitréme variété des situations dans lesquelles ce? indigcns sont placés , et des conditions qui en résultent. Ces administrations pourraient obtenir une plus précieuse assistance de rindustrir privée, en établissant des bureaux de placemeol et dUndications, que les particuliers viendraient consulter, lorsqu'ils seraient dans le cas de fournir quelque ouvrage aux indigens , et quHb seraient disposés à le faire.

Mais ici le concours du visiteur du paaTTi" se trouvera surtout né cessaire 9 sous plusieurs rapports.

£n ce qui concerne d'abord la première classe d'indigens sans travail , on doit prévoir qu^elle renfermera souvent les ouvriers maladroits, ou paresseux , ou sujets k quelques vices ; car , toutes les fois que les ateliers se restreignent , les bons ouvriers sont ceux qui restent les derniers, comme les mauvais sont les premiers qui se trouvent écartés. Un sage discernement , uiif^ grande surveillance , sont donc indispensable*; pour prévenir les abus, dans l'assistance que cette classe d'individus va recevoir j une fermeté sévëre peut même être indispensable aussi pour les décider à l'accepter et à en proôtcr convenablement. Nous éviterons que ces indigens ne soient détournés de rechercher et de

BU PAUVKE. 291-

vduirles occasions de s'industrier par eux-mêmes '-t de retourner k leurs premières occupations. Qae , si nous rencontrons des ouvriers estimables , qui malgré leur application et leur habileté , ont le malheur de ne pouvoir obtenir de l'ouvrage , nous ne les confondrons point avec If 9 pauvres d^habitude , nous aurons pour eux. des égards particuliers , nous mettrons tous nos soins II ce qu'ils conservent ce courage et cette activité que l'adversité peut-être tendrait à abattre , mais qui bientôt seront appelés à s'exercer (le nouveau par un retour de circonstances plus favorables.

La manière d'occuper la seconde classe d'in- (ligens que nous venons de distinguer, présente beaucoup de difficultés. D'abord , l'ouvrier ne se plie qu'avec répugnance h. un genre de travail différent de celui auquel il était accoutumé ; l'âge, les infirmités , les souffrances , accroissent <^ette répugnance , font naître quelquefois le découragement, le dégoût. De plus, il faut trouver un genre d'ouvrage qui soit approprié à ce dont l'indigent est encore capable ; presque- toujours il lai faut un ouvrage qu'il puisse exécuter chez lui, par conséquent aussi exécuter tout seul. Voilà bien des conditions fort peu aisées à remplir. Cependant on ne peut assez le redire : il cU essentiel que le pauvre qui peut encore «îssayer quelque travail , l'exécute en effet, qucl- <Iiie borné qu'il soit, mais autant qu'il lui est

IXgH LE VISITEVB

posnble ; c^est le premier secours 9 le meilleur qui puisse Ini être donné , ne fui*ce que dans rintérêt de sa dignité , de sa moralité et de ioii bonheur. Alors m^me que , par impossible , le pauvre ne pourrait tirer aucun profit du travail dont il est encore capable , il faudrait encore lui procurer cette occupation , comme un remède moral , comme un préservatif contre de funestes habitudes. Les aveugles, par exemple, sont naturellement disposés à la défiance, à l'inquiétude j dans les conditions inférieures, ils ne sont guères distraits par le charme des entretiens ; Toisiveté leur est extrêmement funeste 9 elle ajoute beaucoup à leur nudbear et le leur fait plus vivement sentir. Mais , qa^oo leur trouve une occupation par laquelle leur attention soit captivée , tout est changé pour eux; ils retrouvent la sérénité ^ ils se sentent aussi moins dépendans des autres. C*est au visiteur du pauvre à convaincre Tindigent pour qu'U emploie encore le peu de forces qui lui restent , il lui en offrir Toccasion , à le guider du moiau par Be$ conseils , à faire , dans son indigence 1 la part exacte des besoins auxqueb il pourra satisfaire lui-même par le contingent que loi fournira le produit de son travail. En aucun cas 9 les secours accordés ne doivent excéder la pari à laqueUe l'indigent ne peut réellement subvenir par lui-même.

Quatre choses peuvent manquer a un îndigeotr

DTJ PATJVBE. 293

pour exécuter le travail qui serait a sa portée : les instrumens v}a matière , le débit , ou la confiance de ce«Bui.le feraient travailler pour leni* compte. ■Fvisiteur du pauvre s'attachera à découvrir quel est celui de ces obstacles confire lequel son protégé lutte sans succès ; il pourra lai procurer les deux premiers objets, le faciliter k trouver et à obtenir les deux dernières ressources.

n est une règle générale , fondamentale , qui embrasse tous les genres de travaux qu'on peut procurer aux indigens , mais surtout ceux que leur fournit l'administration publique , règle au reste trop connue , et dont le motif est trop évident, pour qu'il ne suffise pas de T énoncer : c'est que le salaire attaché k ces travaux doit rester toujours au-dessous de celui que le même individu eut obtenu par sa propre industrie. On voit k Gênes un beau palais de marbre, entouré de jardins délicieux, où des filles orphelines , admises dans l'enfance , s'occupent à faire des fleurs ; elles sont bien vêtues , bien nourries ; on croit voir un élysée : ce sont les Fieschines , nom qui leur vient de ce que ce somptueux établissement a été fondé par la famille Fieschi. Certes , pas une de ces heureuses orphelines ne songerait k quitter son asile , et toutes les filles y accourraient , si on voulait les y recevoir. Nous admirons la munificence des créateurs de cette somptueuse retraite ; nous envions la félicité des

194 ^^ VWITEUB

êtres privilégiés qni sont admis à j mener one si douce vie ; mais one charité plus éclairée cât élevé im monument plus utilejj^le eut cooco nn meilleur plan pour donne^Kducation do travail à la condition indigente.

Le luxe des établissemens charitables est no des plus grands fléaux de la société ; il peutCûre autant de pauvres que la disette. H est une cod' trée de TEurope où les établissemens de diarité ont été multipliés avec profusion , zichement dotés , variés sous toutes les formes , où les aumônes sont distribuées cbaqne jour avec abondance ; c'est la contrée de TEurope où il j a k plus de pauvres : on n*y a oublié qu'une seule chose ; mais on y a oublié la chose essentielle : on n j a guère pourvu à offrir du travail à ceux qui en manquent^ on j a surtout négligé Sor citer ceux qui sont sans travail , à en chercher . à accepter celui qui s^offre.

Dans un pays bien réglé, qui n'éprouve aocoD trouble dans son industrie^ qui ne souffine d'ancune circonstance particulière , TadministratioD publique ne sera guère appelée à entretenir . <rnne manière constante et habituelle , des établissemens où un grand nombre d^individos valides , momentanément sans emploi « poisseot obtenir du travail : ils y devront bientôt et facilement retrouver de l'occupation. IlyapliUT et nous ne craindrons pas d'avancer que , dans (le tels pays surtout, il serait sous tous les rap-

DU VAVVRK. 295

f)0H» , beancoap pla» avantageux (Vaidcr , par toiw les moyen» po»ribles, le» ouvriers qui manfuent moracntanément d'activité , a se placer chez de simple» particuliers. De même aussi , fNellc que soit Futilité des écoles d'industrie , pour arracher les enfans h la fainéantise , leur lonncr le goût du travail et leur préparer une '^arrière, nous estimons encore qu'il est bien préférable de placer autant qu'il se peut les même» enfans en apprentissage chez des maître» particolie?». De cette manière , on laisse mieux »uivre aux chose» leur cours naturel ; il s'offre h rhacan de» ressources plus variées ; l'indigent « en trouve mieux ; l'administra lion y trouve ^assi son avantage j elle est soulagée de grands '-mbarras. 11 est reconnu d'ailleurs qu'elle fait toajour» confectionner moins bien et h des prix Hoi élevé», et cela s'explique de soi-même. »w« aimerions k voir établir, autant que pos- •«We, an lieu d'ateliers publics, des bureaux '^ placement pour le» apprentis et les ouvrier» un» travail; les visiteurs du pauvre pourront, i'Wfo'à un certain point, en tenir lieu, et tourw» en seconderont le» opérations.

H serait intéressant de rechercher quelles sont J*^» professions qui fournissent un plus grand "ombre d'indigens, et quelles sont les espèces '•î travail les mieux appropriées k la situation de "^\ qui en sont encore capables.

11 est trois sortes de profession» qui condui-

sent le plas ordinairement à Tindigence : ce sont celles qui occasionnent le plus fréquemment des maladies , des accidents ou des infirmités , celles qui sont le plus sujettes aui interruptions de travail ; enfin , celles dont le salaire est le plus modique.

Nous avons eu occasion dans le chapitre précédent de signaler les professions qui paraissent plus spécialement appartenir h la première sorte, telles que celles des cordonniers , des tailleurs d'habits, des tisserands, h cause du genre de vie sédentaire , de Timmobilité auxquels elles les condamnent j celles des ouvriers en bâtimens, sous le rapport des accidens et blessures ; celle des peintres , des doreurs, et à Paris , celle des portiers , à cause de certaines maladies particulières auxquelles elles les exposent. Les professions qui sont le plus sujettes aux interruptions, sont, dans les campagnes, celle des vignerons ; dans les villes , celles des ouvriers qui exécutent les objets de luxe et particulièrement les articles sujets aux caprices de la mode.

Les professions qui ne supposent aucun art , aucune étude, aucune capacité ou habileté marquées , sont naturellement celles dont le travail est le moins récompensé ; en même temps elles sont celles aussi pour lesquelles il se présente un plus grand nombre de bras , ce qui en fait encore baisser le salaire. Ce salaire se trouve

©v TAVvnz. 297

'ifmt intoSBêsaxt pour entretenir un ménai^e, itte Êmnlle, «omrent même potjr fHsrmetire U ' :ndîff<la isolé de £siire de petite» épargne* ré* ^«rrée» poar «abreoir aux fraî« de% maladie*. M e«t par exemple 9 k Paris , la proUt%%um de ^itïfhnttier ; eUe compose en qai*V(ue s</rte ane !'>^ à part qui habite dans les {»u\nmr%% Saint' VkUtr et Saint-Marceau ; on aurait peine à se Nire une idée de Tétat mivérable dans lequel '«^Sfétent ces paorres gens; yétus de baillons , le /<<ir errant dans les rues ; la nuit, entassés péle^ fA^ dans de vastes greniers où des amas de ' r«îi<Mis leur servent de lit c^jmmnn ; leurs m<eurs, < '{aelr|ties égards , s^nnblent a peine offrir quel' 'fies vestiges de civilisation. CV'st au sein de la '-«pîtale la plus élégante de TEurope^ que sé^ /''ime et se répand cette nation à moitié sau- ' <«;;^e. L'n chifînnnier recfjeille à peine chaque ''JT, I fr. 5o cent,, des long wrs courses qui rem- :'»»MeDt sa yiarrtée'^ et cep#;ndant une foule de ^amlheureux per.sévèr<^;nt rlans c^rtle triste indos- '/le, Cest que, ne su ppr^sant suicutte Aér 0*^^*4* ^ **v:tme application, elle flatte les goûts de fai-' •'•<^4ttti*e et de vagabondage ; c'est une promet .'~<4e plus qu'un travail.

Telle était autrefois à Naples la Cfmdïiifm '«^ Lazzaroni , laquelle n'était en réalité que '* profession des porte-faix, des commission- "^tre» , mais tntercée par une multitude de gens «^eoutumés a vivre de rien, réduits par leur

nombre même à faire très peu, à se contenter d^un modique salaire , mais portés aussi parleurs habitudes et leurs goûts à accepter cette consé* quence.

Le rapport fait en 18 16 sur les hôpitaux et hospices de Paris , de 1804 à i8l4 , rapport que nous ayons déjà eu occasion de citer et qu'où consulte avec tact de fruit pour une foule de documens , nous donnent sur les professions qui fournissent à Paris le plus dlndigens , les deux termes de comparaison suiyans :

ÀHKéE 1804. AsviE i8i3.

Indigens.

Sur un total de. . . 86,936 102,806

secourus à domicile , on compte :

i» Individus sans état. 20,926 18,100

20 Dont la profession est inconnue 8,257 14^209

30 Professions qui n'exigent point d'apprentissage difficile ou d'aptitude particulière.

r 1. îhommes) « oer 2,812

Journaliers jj^^^^^ j 3,854 3,43?

Marchands ^ u i 5 « ^^a

Marchandes) \ « i,3i2

Commissionnaires et portefaix 207 Iîi45

▲SKBE 1804 • AKVis l8l3.

Marchandes de fruits et de légumes.

Porteurs d*eaa.

Rayaudeuses. .

Revendeuses. .

Chiffonniers.

Balayeurs. .

Brocanteurs .

Décroteurs .

Ramoneurs.

4" Professions relatives am constructions , bâtimens et travaux publics

Maçons. .

Manœuvres

Terrassiers

Menuisiers

Serruriers.

Forgerons.

Couvreurs.

Peintres .

Paveurs .

Marbriers

Vidangeurs

Scieurs de pierre et de

bois Tailleurs de Plâtriers .

Poeliers .

pierre.

5oo

3oO LE VISITEUR

▲KHéE i8o4- Axvéc i8i3.

Fumistes. . . . , a '*^

5o Professions relatives aux objets d'habillement et de chaussure.

Cordonniers. . . 65o

Savetiers 2o5

Tailleurs aSS

Lingcrcs *

Couturières .... 892

Blanchisseurs , blanchisseuses 375

Repasseuses .... 3o

Tricoteuses .... 28

Fileuses . . . 4^1

Dcvideuses .... 60

Tisserands 4?

60 Professions relatives au service domestique.

Faiseuses de ménage . 355

Portiers 2o5

Domestiques .... 118

Cochers 76

Palefreniers .... ao

Garde-malades et d'en-

fans ii5

Frotteurs ..... 10

70 Professions relatives aux objets de luxe.

Ouvriers en tabac . . g ^9

5fiH

©r TAVVRE, 3oi

Avviz i8o4' Assée i8i3.

Toammirc ou tabletiers io3 33^ biprfiii«ur« en carac-

Ut<!» et en UiUe-douice . 139 25G

Onvrieri en papiers. , 3 i8:]î

R<^ieor« « Go

Brodieasef . , . , 11 55

Offaveon a 38

Pern»{uierf , . . ^5 218

Gaïier« 160 13^

Gantiers et ùiï§ea$e§ de

î.is/U a 420

PoEfseors 9 aij

TapMsîerf 19 iiS

Tmatunen , , . . i5 t8o

Cbeienrf 19 45

Doreurs tS «

8« Professions analo-

•rua uwL. travaux des

Janlîniers 91 177

Obarretiersetvoîturiers, 164 33 9*0iiTriers sans dési*

?aation spéciale . . . 194^^ **

iQ» Kyfeof^ . . . . sSo 924

Cei rapprocbemens peuvent fournir <p]c:flqu<?«

iiankre* sur la question qui nous occupe; jJs ^^ndent à confirmer le principe que nous arons

'TU deroir établir ; cependant Qs ne peuvent of-

frir des inductions très positives , pour plusieurs motifs. D^abord , il faudrait pouvoir comparer au nombre des indigens de chaque profession . le nombre total des individus qui, à la mêmr époque , exerçaient la même profession ^ et ce dernier renseignement nous manque : en secoDil lieu , ils ne concernent que la capitale , qui e>l toujours une grande exception ; en troisièm<> lieu , ils ne se réfèrent qu'à deux années j nou^ n'avons ni les années intermédiaires , ni cello^ qui ont suivi ; de plus , ils se rapportent à un«' époque oii le nouveau régime de secours à domicile n'était point encore établi à Paris , où !«• nombre des indigens admis au secours ébil fort exagéré , comme l'a prouvé le résultat tin recensement opéré depuis l'introduction du nouveau régime 5 enfin le grand nombre d'individu* compris sous la désignation générale deprofession inconnue y jette une grande incertitude sur les nombres qui appartiennent aux profession> désignées.

Les différences que l'on remarque entre lf< deux époques tiennent sans doute en partie .» cette dernière cause , et à ce qu'on n'a pas sui\ i absolument le même mode de classification imî x8o4 et i8i3 : mais elles tiennent certainemec aussi à ce que Tannée 1804 était une époque (!< paix et de prospérité intérieure , tandis que Tannée i8i3 vit la situation politique de la Franrr gravement compromise \ de là sans doute Tac-

DU PAUVRE. 3o3

croissement considérable des indigens reçus pendant cette dernière année.

On s'afflige de voir un aussi grand nombre de domestiques figurer dans les états des hôpitaux et dans ceux des secours a domicile ; on s'afflige de voir que la plupart des domestiques sortant des hôpitaux , en convalescence , ne retrouvent plus leurs places. On aimerait à penser que les maîtres donnent plus de soins à leurs domestiques pendant leurs maladies, et n'abandonnent pas dans la viellesse et la misère ceux qui les ont autrefois servis. D^un autre côté, on doit réfléchir aussi qu'à Paris , les domestiques changent souvent de service ; qu'il peut y avoir parmi eux des sujets vicieux, et que ceux-ci doivent finir par se trouver sans place , en même temps quUls demeurent peu propres à un autre genre d'occupation.

£n 1804, on trouvait i55 militaires sur le tableau des indigens secourus; en 181 3 il n'y en avait pas un seul.

En i8o4,on y voyait 8 ex-religieux et 44^ exreligieuses.

£n i8i3 , seulement 1 1 ex-religieux et 47 cxrcligieuses.

Nous n'avons fait entrer et classé dans les relevés qui viennent d'être rapportés que les professions les plus abondantes en indigens ; elles iijp forment guères que le quart de celles qui sont portées dans les tableaux du rapport de

302 ht VMlTEUil

frir des inductions très positives , pourpliificor^ motifs. D'abord , il faudrait pouvoir comparer au nombre des indigent de chaque profession . le nombre total des individus qui , à la mém^ époque , exerçaient la même profession ; et n' dernier renseignement nous manque : en secoD'i lieu , ib ne concernent que la capitale , qui e^i toujours une grande eiLception; en iro'mtmt' lieu , ils ne se réfèrent qu^à deux années^ noun*avons ni les années intermédiaires , ni cell^'^ qui ont suivi ; de plus , ils se rapportent à ua*époque où le nouveau régime de secours à domicile n'était point encore établi à ParLs , où ï^ nombre des indigens admis au secours étâii fort exagéré , comme Ta prouvé le résultai du recensement opéré depuis l'introduction du nouveau régime; enfîn le grand nombre d'individi'^ compris sous la désignation générale de prof etsion inconnue, jette une grande incertitude sur les nombres qui appartiennent aux profession* désignées.

Les différences que Ton remarque entre le< deux époques tiennent sans doute en partie j cette dernière cause , et à ce qu'on n'a pas suiu absolument le même mode de classification tii i8o4 et i8i3 : mais elles tiennent certainemex.' aussi h ce que l'année i8o4 était une époque «!'paix et de prospérité intérieure , tandis que Tannée i8i3 vit la situation politique de la Fraoogravemcnt compromise; de là sans doute l'a^-

J^nt eetiu*: ffanrtî^e tannée,

<<vm«lifjine» îtprrer àim% les ^fi>i» deji b^^piUrtn '*^a(ft»cei« ile*de^rtof% J» flomicile j oti «'afflige '** i^<wr (ftte la filnfxri âfi» âmneMiqnf;^ sortant

><•!« hmf» plaee». f)ft arîmerait. k penser qnc le» ■n*ïlw:» ^^fveAt fSnS' âe «//in» ài Jetws Âfffnes^ '*^nt$ pettâftnt let^r* malarfie»^ et n'abarn/If»»- ^«•ntpa» dan» la vielle*^ et la misère cer« f^m •** oftt atttrHm» «ervb, ï>'an antre eôté, on î*^»* ïïiâêehit itmm qn'h Pttri» , le» domefti^ioe* ■^î^ngen* 9<mrtnt âe ^er-^'tce 5 rjn'il peut y sr^oir '*ffm ewx de» sfijet» yieierw, et rjae cew:x-ci •''•«vflii imir par »e iroorver tan» plare , en n»^me •*iitp« ffn^'tU dewiewrent peu propres k nn siutre .^re d'V>eenpatioti.

K» ido4< fm Ufmvkii i55 militaires sorleta- •t*»î*ti des in/lf^en» »ecf>i»m»^ en 181 3 il n'y en «''■^it pa» f»n seal.

Kft i^o^i <>* y voyait $ cx-relijKÎewx et44> ^^-^ "lirienae».

Ri» ïSf 5 5 senlement 1 1 ex-r^ligieiiiï et 47 ex- •■* iiariew.se»,

.Vous ft'avon» fait entrer et classé Aans le» re- '" <•* fftn Tiennent ff^^r e rapportés r|«e les pro-

wWw» le» pin» abondantes en inrligens j elles •• fn^nnerti ^ahre» que le rjnart de celles ^pii •nt portée» dan» le» tablcati* dri rapport de

3o4 LE VISÏTETR

1816. Il est remarquable que les boolan^ers qui envoient plus de malades aux. hôpitaux que les autres professions , fournissent très peu d'iiuUgens aux secours k domicile : Sa en 18049 33 en i8i3.

Les professions les plus lucratires étant celle» qui exigent unç habileté particulière , un loo^ exercice , une habitude contractée dès Vadance, Touvrier q^i ne peut plus continuer sa profe»^ sion , soit que le h'avail lui manque , soitqn'uix^ infirmité Ten empêche, ne peut recourir qu'aux genres de travaux les moins productifs , ceiu qui sont accessibles à tout le monde , qui s^exé cutent sans préparation , et qui , par cette circonstance , sont cependant recherchés par ud grand nombre de concurrens. L*administratioD des hospices civils de Paris a conçu Fidée L plus judicieuse et la plus sage pour offrir à ce» malheureux la ressource la plus convenable ^ leur position , en formant son établissement dt filature et de tissage : il occupe essentieUemeot des femmes ; mais ce sont les femmes sartool qui sont exposées à se trouver sans ouvrage ; Ji leur laisse le moyen de travailler à domicile; car on leur livre la filasse sur un certificat du propriétaire ou du principal locataire de letir maison , visé par Tadministrateur de charité ; i! leur permet de ne travailler qu^autantque leur^ forces le leur permettent, et dans les instanfavorables; enfin, les hôpitaux et les hospin"

DV PAITVBE. 3o5

confomment eux-mêmes les toiles. En remontant à Tan XII, et suiyant pendant plus de vingt ans la marche de cet intéressant établissement, nous yoyons que le nombre des indi- ?ens auxquels il a donné du travail s'est élevé , iiiivant les années , de 1900 à 3ooo , sur Irrvipaels de 1700 à 2800 fileuses , /^o à i45 tisserands, 22 à 33 ouvriers divers. En 1823, 2394 iudigens ont reçu du travail de rétablissement de la filature; une somme de 151,872 fr. i r cent, leur a été répartie à titre de salaires ; ^''est environ 63 francs , terme moyen , par an et par tète , mais les tisserands ont un prix de journée plus élevé de i fr. 7 5 centimes que celui des fileuses , qui , par jour s'élève à peine a io cent. Il est vrai que la plupart d'entr'elles *ont vieilles , infirmes , ou se livrent en même temps à d^autres occupations. On voit que l'emploi offert par l'administration ne saurait ici îA OIT rinconvénient d'enlever la main-tl'œuvre aux établissemens d'industrie privée. Dans l'origine , on faisait confectionner aussi aux indi- 'jrns des rubans , padous et lacets *. on y a sagement renoncé.

LVnlëvement des neiges et le balayage des rues, en certains momens de l'hiver, donne momentanément de l'emploi aux nombreux oumers que la rigueur de la saison prive momentanément de leurs travaux ordinaires. La I> rmission d'étaler, de colporter et vendre des

SoÔ LE VISITEUR

fruits , des légomes , des fleurs , de la pâtisserie, des sucreries , laisse à des malheureux: qui ne peuvent que stationner dans les rues, ou les parcourir, la faculté de se créer une sorte d'état, pour peu qulls puissent disposer de quelques petites avances.

Les écoles d'industrie et les ateliers d'indigens qui existaient h Hambourg, ont été justement cités comme des modèles. Ces beaux établissemens ont succombé pendant le cours des événemens politiques dont Hambourg a été le théâtre, il y a près de vingt ans , et par l'efiet des malheurs qui ont ac<^ablé cette ville , à Tépoque où elle fut occupée par les armées françaises : on ne saurait assez le déplorer. Il nous reste <lo moins l'intéressant tableau qui en a été tracé par un philanthrope qui avait beaucoup contribué à leur création , k leur organisation , à leur direction , et qui a acquis par ses honorables travaux de grands droits à la reconnaissance des amis de Thumanité , M. le baron de Vogbt.

Une réunion de généreux amis de rhumanité avait fondé en iSo3, à Paris, hôtel de Pons, rue des SS.-Pères , un établissement de secour"! dans lequel étaient réunis à des écoles de charité, à un asile pour des enfans égarés , à une chambre de secours pour les individus surpris par des accidens, etc., un pensionnat de jeunes filles, et un atelier de filature et de métiers à bas. Mais cet établissement n'a pu se soutenir, et cause

BU PAUVRE. 3o7

<Îps partes considérables k ses créateurs ^ Un ateiler de jeunes filles fut ouvert à Chaillot, \en la même é|>oque. On a essayé a diverses reprises et récemment encore , de former à Paris , pour les orphelins , des maisons d*apprentissage où ils seraient instruits dans divers métiers ; ces entreprises ont échoué en peu de tfiaps.

On ne peut donner sans doute assez d'éloges aux motifs qui suggèrent l'idée de ce genre d'élablisscmens : ils offrent Favantage de donner auK enfans , avec le goût du travail , et l'aptitude nécessaire pour un métier productif, cette bonne t'iacation, ces habitudes d'ordre et de discipline , ces instructions salutaires , qu'ils ne recelaient point ordinairement chez les maîtres particuliers auxquels ils seraient confiés pour i apprentissage. Mais on ne peut aussi s'empé- '*ker de reconnaître que , sous les rapports écof^^aiiques , ces établisscmens doivent avoir toujours beaucoup de peine à se soutenir. Jamais ils "^' fabriqueront à aussi bon marché que les particuliers; il est rare qu'ils puissent fabriquer aussi bien ; les élèves ne s'y forment pas aussi

> Le rëgleroeot de ces éUtblisfemeos ( Paris , ches B;iu4oo|ji, nivôse, ao xi), est un modèle de saçe&se. f*twi le* foodateors et admioutrateurs se truarait M. ie doc Mathieu MoDlmoreocy , dont le nom se re- *roafe couitammeot oUaché k tout ce qui u élé fait de ^i<a à Paris, depuis 39 ans.

3o8 LE VISITETTR

rapidement au travail que dans Tapprentissage ordinaire. On ne peut d'ailleurs y enseigner qu^un petit nombre de métiers : enfin , on coart le risque de donner à une profession plus d'élèves qu'elle n^en demande , tandis que les apprentissages particuliers se mesurent toujours au besoin d'ouvriers.

Ces considérations cependant ne 8*appliqaent pas aux ouvroirs , pour les filles , qui sont souvent très sagement associés aux écoles de charité. Il est, pour les fîDes, des genres de travaux auxquels elles ont toutes besoin d'être exercées, comme ceux de l'aiguille , et qui doivent former la profession du plus grand nombre , ou lenr aider à en trouver une j les ateliers où on les leur enseigne n'exigent point de grands établissemens , ne demandent point de capitaux ; il n'y a pas de matières premières k acheter, de spéculations à entreprendre ; les produits s'écoulent avec facilité et d'une manière toute naturelle. Dans les écoles d'enseignement mutuel , ces travaux se combinent d'une manière heureuse avec les leçons de lecture , d'écriture et autres,* il* sont montrés par une méthode fort ingénieuse qui fait faire aux enfans des progrès rapides.

Un bureau de placement pour les apprentis des deux sexes serait une institution plus facile, moins coûteuse , et à quelques égards plus ntile que les écoles d'industrie j il pourrait du moins y suppléer. Des bureaux de ce genre semble-

DU PAUVBE. 309

ment devoir natarellement se placer près des écoks de charité. Mais , nous avons eu déjà occiibîoa de faire voir ijue Tiiitervention de notre >iMtetir du pauvre remplira en détail le même Uit».

Mais la charité privée , en prenant ce caractère d^activtté, d'investigation que nous cherchons à personnifier dans les fonctions du visi- U'ur du pauvre, en formant et multipliant les c^jomuanications entre Touvrier sans travail et les particuliers qui ont du travail à offrir , procurera toujours à cewL-Ak la ressource la plus sûre , la plut utile , et celle enfin qui convient le mieux a l'économie générale de la société. Nous nous léiîciterons donc de voir le visiteur du pauvre Hirtir lui-même des conditions industrieuses, ^étçociant, marchand, manufacturier, son exj'trienee , ses relations , lui donneront des vues ••t des moyens pour offrir à Tindigent et de sages t^mueiU et d^efiicaces recommandations.

Oins les cantons situés sur les montagnes où iiuver est tout ensemble et très long et très rigoureux, les simples journaliers qui ne vivent '^ue du travail de leurs mains , sont condamnés peodant une portion de Tannée à une fâcheuse oisiveté. Mais , si quelque genre d'industrie, qui IMiisse s'exercer pendant l'hiver , est venu s'in- ^o<iiurç sous le toit des chaumières , le journa-

i Tojes ci'4«ssus , chap. IX, page i5s.

3lO LE VISITEUR

lier y trouve une précieuse ressource pour nour' rir sa famille et se préserver du désœuvrement pendant que le petit propriétaire et le fermier en recueille quelques bénéfices qu'ils emploieront avec succès pour Tamélioration de la culture. La fabrication des montres a vivifié un canton du département du Doubs , situé wnr le Jura et voisin de la Suisse ^ celle des mousselines a répandu la prospérité dans les montaçoes du Beaujolais. Un de mes amis qui a créé dévastes établisscmens d'industrie , et qu^anime le zMe d'une philanthropie éclairée , a introduit b fabrication des toiles dans une portion des montagnes du département de Tlsère , en faisant aox habitans l'avance du métier , leur fournissant le chanvre et leur achetant la toile fabriquée ; le tissage de coton anime et enrichit les vallées des Vosges j les vénérable Oberlin a civilisé en quelque sorte la population du Ban de la Roche , au sommet des Vosges , y a amené l'aisance avec les bonnes mœurs , en associant des travaux de fabrication à une agriculture mieux dirigée. Utiles exemples qu'on ne saurait trop faire connaître et propager.

Nous avons dit que les aveugles eux-mêmes étaient capables de se livrer à des occupations utiles et lucratives. Il en est qui n'exigent de leur part aucun apprentissage particulier ; il en est qui n'exigent qu'un apprentissage facile. Dans les ctablissemens formés à Londres , cl à

DV VAVVEK. 3l 1

Ijferpool^ pour ce genre «flnnrmjtcs* les aveu- (fi^ eonùit'ûoDBent des nattes , des tapu , etc* A Jliôpittfl rojal des Quinze-Vingt de Pari$ , un ''ertaiu nombre d*aveugle« »e sont créé des métiers: d^iuz^; d'entre eux «ont tourneurs de roue . trois tiont horlogers , d^autres fabriquent de<» )'M«tf d'enfant , du papier de verre , des laeets , «i^» bourses , des coffrets et \}oiUni en carUm ^ on </iiDpie parmi eux un rempailleur de chaises, un Mioiiear, un souflleur d'orgue ,un porte-faix, deux }/>rteurs d'eau , quelques marcliands de détail. ^>eux qui ont pu apprendre la musique, trouvent «i;«iu l'exercice de cet art une ressource doubler/j^ot précieuse ; d*une part en ce qu'elle leur ♦-^t profitable , de Tautre en ce qu'elle leur pro- 'fjre la plui» douce distraction : il y a aux Quinze- ^'iagU vingt-trois musiciens, neuf musiciennes , 'Jo organiste, un accordeur de piano. Enfin, 'tyte une culture plus étendue encore , ils peu- ^^ot remplir des fonctions encore plus distin- ;'uéef : le même établissement poi>i»cde trois 4v«ugles professeurs de grammaire et de langues, 'iU professeur de mathématiques, et a donné ■'0 professeur de la même science à l'un des col- '•'^esroj'anx. En commençant dès Tenfance Tédu- '^Uonde Taveugle, on peut lui faire acquérir 'Uiu les professions industrielles une habileté .'«rmirquable^ nous sommes frappés d'admira- ^Kttt en voyant t/>ut ce qu'exécutent les jeunes aveugles danâ Tinstif ution formée dans l'origine,

3l2 LE VISITEVR

par M. Hauj , et qai est redevable à M. Pigiier directeur actuel, des plus notables perfeetion' nemens ^ G)iiibien il serait à désirer que cette intéressante institution devint un atelier normal, que chaque département du rojanme j envoyât des élèves, qui, de retour chez em. instruiraient à leur tour leurs compagnons d''in-

1 Voici le tableaa des malien qui aoni mainUtoBOt en acUviKf dans l^iiistitntion royale des Jeanes Areogles.

Typographie en relief.

Tricot & i*alsaille , en laine , fil on coton. Bas, japens, gilets, camisoles, tobes d^enfant de diverses coalenr». Bonnets basques de dîffërenles formes et diverses cov leurs. Bourses , etc.

Cravache en fil 'et en boyan.

Chaiusom de lisière , de tiresse , de pelocbe.

Tapis de lisière.

Paniers , chapeaux de paille et paillassons de dârer»** toulfiDfS. Eoipiiillage de chaises.

Tricot sans aiguilles , bourses de diverses coalcsn rt h difTc-rens de^sios, sacsà ouvrage, bonnets, brassières, gilets , bas h jour, franges , etc. en soie et en coton.

Bourses au moule t

Braceieis , cordons et chaînes de montre*

Croix ^ bagues et autres bijoux en ixt%êt$ de chereoi ou de loie.

Tapisserie à Paigoille.

Filature au rouet et an fuseaa.

Tisseranderie qui comprend la fabric&tion de la tolU, celle du molleton de laine et de coton, couvertares. langet do laine , etc.

On compte établir la corderie, la vannerie, la passementerie , lorsque le local le permettra et qu^on aun des fonds suffisans. On doit aussi introduire incrssammpnt dans Pinsiitrilion la fabrication dts limes. Plnsicms élèves touchent de l'orgue dans les paroisses.

DU PAUVHÉ. 3l3

fortune. En attendant , la plupart des aveugles reçus dans nos hospices, ou secourus a domicile, restent oisifs II n^est pas un d'eux qui ne pût , par quelque travail , gagner au moins la moitié , les trois quarts de sa subsistance ^.

Ce qu'on peut faire dans ce genre pour les aveugles, met sur la voie pour découvrir ce qn*on peut faire aussi pour les vieillards , les infirmes à qui leur âge et leurs infirmités permettent encore quelque occupation.

I Un aveogla aosti intéressant par ses connaissances , son caractère bonorahie , par les malbenrs dont il a élé •ceahié, que par le zèle qui l*aniine pour le soulagement de ses frères d*infortnne , M. HeiUnann , avart établi, il j a aoelqnes années, ans. Invalides , nne maonfactore de draps pour rhabiilement des troupes, dont toas les travaux étaient exécutés par des aveugles. Cet établissement a malbcureosement croulé, non pur des vices intérieurs , on par la faute de son chef , m.«is panse qa*on • abusé de la confiance de celui-ci.

3l4 I«E VISITEUR

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